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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 14:49

 

Le Code de droit canonique recèle parfois des pépites de liberté. A condition que nos pasteurs acceptent d'en tenir compte.

 

Je n'ai pas l'habitude de parler de droit canonique. Je ne déborde pas d'admiration pour ces séminaristes dont l'unique raison de vivre est d'étudier la littérature juridique catholique, puis de faire carrière dans les bureaux des évêchés pour les moins doués ou dans les palais romains pour l'élite. Bref, le Code de droit canonique, version 1983, n'est pas mon livre de chevet.


Pourtant, on se souvient que la Conférence catholique des baptisé(e)s de France avait organisé sa marche fondatrice en octobre 2009, en revendiquant haut et fort le Canon 208 : « Entre tous les fidèles, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propres de chacun ». Il y a donc du bon dans cet austère document.

 

Lundi 3 octobre, Mgr Philippe Ballot, évêque de Chambéry, a prononcé un bel éloge du Code, à l'occasion de la rentrée du Studium de droit canonique de Lyon. Dans le site du diocèse de Lyon, on apprend de la bouche du prélat que ce texte est « un excellent outil pastoral ». En voilà une déclaration qui interpelle, tant elle juxtapose deux propositions apparemment antinomiques.

 

Mgr Ballot cite notamment le Canon 212, que l'on peut lire dans la partie : « Obligations et droits de tous les fidèles ». Le premier alinéa n'annonce rien de bon  :

§ 1. Les fidèles conscients de leur propre responsabilité sont tenus d'adhérer par obéissance chrétienne à ce que les Pasteurs sacrés, comme représentants du Christ, déclarent en tant que maîtres de la foi ou décident en tant que chefs de l'Église.

 

Heureusement, la suite est plus ouverte

§ 2. Les fidèles ont la liberté de faire connaître aux Pasteurs de l'Église leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits.

§ 3. Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l'intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes.

 

Merci, Monseigneur, de nous faire découvrir ces quelques lignes sur laquelle peuvent et doivent s'appuyer ceux qui aspirent à faire advenir une véritable opinion publique dans l’Église catholique. « Cela n’est pas facile à mettre en pratique car on a plutôt tendance à entendre ceux qui rejoignent notre pensée », a commenté avec franchise l'évêque de Chambéry. N'importe quelle personne en responsabilité est enclin à éviter ses détracteurs.

 

Vous avez hâte de connaître la conclusion qu'en tire le pasteur. Un espace de parole ? Un échange avec des laïcs critiques ? La rédaction d'un courrier destinée à Rome sur un aspect « qui touche le bien de l'Église » ?

 

Vous n'y êtes pas : « En tant qu’évêque je l’intègre (le canon 212) dans la perspective du salut des âmes ». Qu'est ce à dire ? Le lien entre le souci du salut des âmes et la nécessité pour le pasteur d'entendre les idées de ses ouailles sur le bien de l'Église n'est pas limpide. On aimerait en savoir plus.

 

A défaut, on pourrait se dire que dans leur lecture des textes magistériels – il en est parfois de même pour le Concile – nos pasteurs ont le chic pour glisser sous le tapis ce qui pourrait déranger leur façon de fonctionner ou l'institution ecclésiale. Mais il s'agit sans doute ici de mauvaises pensées.

 

 

 

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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