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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 10:39

Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio n'a eu de cesse que de chercher à rester celui qu'il fut en Argentine. Mais peut-il résister longtemps à l'appétit du monde pour le « papa ».


Élu en partie par rejet des princes romains, il a fait le choix de demeurer dans la Maison Sainte-Marthe, se rendant dans le Palais apostolique comme d'autres vont au bureau. Il n'ira pas cet été prendre le frais à Castel Gandolfo. Sa messe matinale, devant des employés du Saint-Siège est devenue un lieu très couru, d'autant qu'il y prononce des homélies très personnelles et dans un style peu papal.


François vient de gagner un point en refusant que ces rendez-vous matinaux soient filmés par la télévision du Vatican. Comme si l'eucharistie de début de journée était présidée par le P. Bergoglio et non par le chef de plus d'un milliard de catholiques.


En Argentine, la Franciscomania bat son plein et le pape ne peut rien y faire. Depuis le 4 juin et jusqu'au 28 juin, au monastère Sainte-Catherine de la capitale, on peut admirer l'exposition photographique consacrée au Pape François, « serviteur à Buenos Aires, serviteur pour le monde ».

Comme la racontait France Inter le 7 juin, la mairie de Buenos-Aires organise des circuits touristiques (gratuits) sur les traces de la nouvelle star locale. Les touristes-pèlerins peuvent découvrir les lieux qui ont marqué le futur pape et rencontrer des personnes ayant côtoyé l'archevêque de la capitale : son coiffeur, son marchant de journaux auquel il aurait téléphoné pour dire de ne plus le livrer chaque matin...


Certes, le Bergoglio Tour se termine à la Cathédrale, laquelle ne manque pas d'intérêt spirituel. Mais il s'agit alors de s’émerveiller devant le confessionnal dans lequel le jeune Jorge Mario aurait décidé de sa vocation religieuse.


On devine que le pontife n'a pas sollicité un tel projet. Son image lui échappe. Pire, son désir, plus que louable, de parler aux gens avec simplicité, laquelle n'était pas la marque de fabrique de Benoît XVI, le rend encore davantage sujet au vedettariat.


Il est à craindre que le culte de la personnalité soit désormais consubstantiel de cette fonction. On imagine déjà l’hystérie autour de sa venue le mois prochain à Rio pour les JMJ.


Que peut faire François contre ce qui est, de toute évidence, une réalité du temps, fruit de la médiatisation et d'un besoin populaire de héros fédérateurs que la classe politique ne peut guère fournir. On aimerait que l'octuor de prélats en mission d'études actuellement se penche sur la question.


Une solution nous semble être, outre la désacralisation bien entamée, une véritable remise en cause du fonctionnement pyramidal monarchique. En diluant le pouvoir réel et symbolique concentré aujourd'hui en une seul homme, on pourrait permettre à ce dernier d'être perçu uniquement comme une personne normale, non une icône.


Il faudra pour cela bousculer bien des habitudes. Et dans ce chantier immense de déstarisation, les marchands d'assiettes de la place Saint-Pierre ne seront pas les plus difficiles à convaincre.

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commentaires

Françoise 15/06/2013 09:07

J'ai plutôt l'impression que le nouveau pape essaie de faire croire médiatiquement à un simulacre de St François pour essayer de faire oublier ses accointances avec l'ancienne dictature argentine. Sachant qu'avant son élection, il était convoqué par différents pays pour s'expliquer sur sa participation à la dictature et sur la disparition et la dénonciations de prêtres et de religieux assassinés ou disparus, il lui faut se refaire un costume. Pour moi, c'est une entreprise de tartuffe qui tôt ou tard craquera car elle n'est pas sincère. Le nouveau pape n'ira jamais réformer le Vatican. Il n'a pas été choisi et élu pour ça. Et il a été plutôt nommé pour maintenir le système coûte que coûte, ne pas changer les orientations idéologiques, ainsi que pour octroyer aux US une sorte d'appui religieux pour favoriser leurs intérêts (mis à mal par différents gouvernants de gauche ces dernières années) en Amérique Latine. Le fait qu'il instrumentalise François d'Assise montre de lui un visage qui n'est pas franc. Mgr Romero et Don Helder Camara n'ont pas eu besoin d'instrumentaliser des saints pour agir envers les plus pauvres. Ils ont agi selon leur conscience et une volonté farouche de servir l'Evangile et la justice. Peu leur importait de plaire ou de déplaire à la hiérarchie cléricale. L'urgence était ailleurs. Le pape n'est pas du tout sur ce registre. Je pense qu'il ne l'a jamais été. Il voit l'aide aux pauvres comme de la charité façon dames patronnesses (où surtout rien ne change, les pauvres restent pauvres, les riches riches), pas comme un engagement qui doit faire changer les choses et permettre de sortir les plus fragiles de la misère. Sa critique dernière sur le fait que l'Eglise ne devait pas faire oeuvre humanitaire, reflète bien les idées du personnage, bien loin de l'élan évangélique de ses confrères assassinés, de Soeur Emmanuelle, de l'Abbé Pierre, de Guy Gilbert.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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