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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 08:03

Publiée par les jésuites des États-Unis, la revue America est connue pour sa grande qualité et pour ses positions souvent avant-gardiste et libérales. La Matinale chrétienne de La Vie nous apprend, dans sa livraison du 2 juillet, que le nouveau rédacteur en chef de la revue, Matt Malone renonçait désormais à utiliser les termes « catholiques progressistes » et « conservateurs ».


« Quand nous envisageons l’Église en fonction de catégories politiques essentiellement laïques, alors ce n'est plus vraiment l’Église, ce n'est plus une communion mais un regroupement de factions. Et la conséquence de cela, c'est que les termes et la teneur des conversations ecclésiales deviennent de plus en plus difficiles à distinguer de celles du monde qui nous entoure. »


Ces catégories sont-elles si laïques que cela ? Dans l’Église, de tout temps se sont pourtant affrontés, à fleuret moucheté certes, des partisans de l'évolution et des tenants de statu quo. C'est après de tels débats que les dogmes, les professions de foi, les règles disciplinaires ont vu le jour... ou ont été abandonnés. Peut-être, le jésuite américain souhaite-t-il que la médiocrité et les errances du débat politique partisan étatsunien, guère plus brillant que chez nous, ne vienne polluer le monde catholique ? Car dans celui-ci, c'est bien connu, tout le monde est frère, et ambitions et guerres d'influences n'ont pas lieu d'être.


Aux États-Unis, la récente polémique opposant Rome à la principale fédération de religieuses apostoliques montre bien, pourtant, que des visions d’Églises différentes existent. Comme rendre compte de cette diversité si on s'interdit le vocabulaire compris par tous pour en rendre compte ?


Matt Malone s'appuie sur un texte célèbre de la lettre de saint Paul aux Galates (3, 28) : « Il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus », justifiant, selon le journaliste de La Vie, « que la revue bannira désormais de ses pages tous les qualificatifs dont on affuble souvent les croyants, selon leur sensibilité ».


Les propos de Paul décrivent un monde idéal, celui du jour de la réalisation de la promesse chrétienne. Quand toutes et touts auront trouvé leur bonheur sur cette terre. Ce qui est loin d'être le cas dans l’Église. Notamment à cause de la ségrégation persistante dont souffrent les femmes. On pourra reprendre la question quand le tableau paulinien peindra la réalité.


Le troisième argument développé par le rédacteur en chef est très recevable. « Pas de partie de l’Église où America ne soit pas chez lui. » On comprend ce souci. Si l’Église catholique acceptait en son sein une opinion publique, la revue pourrait sans peine faire débattre des courants divers, nommés par leurs appellations traditionnelles. À condition de ne montrer aucun ostracisme a priori, et d’accepter que des bonnes idées puissent éclore dans les différents groupes, pour l'intérêt général. Une exigence qui doit être partagée par tous les médias catholiques, quelles que soient leurs origines.


En s’interdisant de qualifier les traditions ecclésiales, on court le risque, sous prétexte d'unité, de présenter une vision unanimiste. Ce qui aura pour conséquence l'oubli des plus faibles aujourd'hui, en l’occurrence les courants progressistes, invisibles au sommet de l’Église et en perte de vitesse numérique dans les communautés.


« La doctrine sociale de l’Église, explique le jésuite américain, est bien plus radicale que nos politiques laïques, précisément parce qu'elle s'inspire de l’Évangile, qui est lui-même un appel radical à devenir des disciples, c'est à dire des révolutionnaires opposés à toute notion humaine de pouvoir. » Cette Doctrine, si exigeante pour l'humanité, est une référence partagée par toutes les familles de catholiques. Si l'on pense que le respect de l'individu que prône l’Église peut concerner son propre fonctionnement, il faudra entendre des voix différentes du courant dominant, peu soucieux de changement.


Quand au discrédit de la « notion humaine de pouvoir » dans les propos du P. Malone, il étonne chez un jésuite, congrégation qui a toujours su former les élites et qui n'est pas naïve au point de croire que ce mal « humain » épargne les hommes de foi, lesquels demeurent toutefois « humains ».


En France, les citoyens qui prétendent ne pas « faire de politique » et récusent les étiquettes sont le plus souvent conservateurs. Dans le monde catholique, un refus de la pluralité de convictions, confinant au déni de réalité, ne rendra pas service à l’Église.

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commentaires

asclepias 03/10/2013 22:45

Il y a des courants différents mais depuis qq années je trouve que la frontière entre "conservateurs" et "progressistes" (je n'emplois pas vraiment ces termes d'ordinaire mais je vois a peu près ce qu'ils recouvrent) devient de plus en plus poreuse. Parfois parce que les uns ou les autres changent partiellement de discours et:ou d'attitudes, parfois parce qu'entre deux positions autrefois opposées on trouve une voie intermédiaire qui convient à plusieurs (un peu comme la messe de rite Paul VI en latin qui est venue trouver une place entre celle de même rite en français et le rite deSt Pie V). Je me demande si ces catégories n'ont pas évolué significativement depuis... je ne sais pas... peut-être la 2ème partie du pontificat de JPII ?

annick 26/08/2013 20:35

Le problème dans l'Eglise catholique est d'ignorer les cathos de gauche minoritaires : le langage officiel de volonté d'unité de l'Eglise catholique agit comme un rouleau compresseur. Non, l'Eglise n'est pas "une", elle est diverse au contraire et la reconnaissance de courants autres ouvrirait à davantage de tolérance. Mais voilà, la tentation unitaire sert le pouvoir de la monarchie théocratique vaticane qui peut ainsi défier les Etats démocratiques élus. Plus ancien, disposant d'un droit d'aînesse et doté d'un pouvoir spirituel sur les consciences, le Vatican s'arroge le droit de dicter ses volontés aux Etats laïcs ce qui s'apparente à une ingérence politique par la manipulation du pouvoir religieux et spirituel. Bref, les ecclésiastiques nagent en pleine confusion. La question est de savoir comment en sortir ? En garantissant le respect des consciences comme l'évoque le Concile Vatican II mais voilà, le respect des consciences ouvre les portes de la démocratisation du gouvernement de l'Eglise, valide la théologie de la Libération et met en danger le capitalisme libéral pur et dur. Est-ce dire qu'il y a collusion entre la hiérarchie catholique et le pouvoir économique et financier ? Depuis des siècles ils se soutiennent mutuellement et se protègent très clairement contre les pauvres. Les déclarations de soutien des pauvres par l'Eglise catholique est donc un discours largement hypocrite tout simplement parce que la hiérarchie privilégie avant tout les institutions et d'abord la sienne. Les ecclésiastiques pourront-ils longtemps jouer les équilibristes entre politique et spiritualité ? C'est peu probable si l'on en croit la Nouvelle Evangélisation qui n'est autre que la mise en oeuvre de la très belle spiritualité catholique, cette méconnue...

paroissiens-progressistes 07/07/2013 07:50

Philippe,

Difficile de soutenir une telle pratique, dans mon église j'ai pu voir qu'il n'y a pas de juste milieu possible lors d'une assemblée paroissiale. Il y avait les progressistes et les conservateurs. La réalité est là, on la vit et on aimerait que les progressistes soient mieux traités pa.

paroissiens-progressistes 07/07/2013 07:53

... par la hiérarchie. America ici est décevant.

Plus prosaïquement, nous avons fait mon frère et moi un manifeste pour les catholiques réformateurs, car beaucoup ont souffert d’être comparés aux catholiques de la manifestation pour tous. Si vous voulez signez cette pétition, je vous donne le lien : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N42205

Merci !

Jean-Christian Hervé 05/07/2013 22:43

Une position, on ne peut moins simpliste de la part d'un rédacteur en chef...Un pas de plus vers le lissage, le "pas de vagues", le déni de réalité comme vous le dites si bien!
J-C.H

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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