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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 06:55

 

En présentant jeudi 4 avril dans La Croix, le monumental Dictionnaire encyclopédique d'éthique chrétienne qu'il vient de co-diriger aux éditions du Cerf, le dominicain Laurent Lemoine a posé une des difficultés de l’Église catholique actuelle.

 

Interrogé sur l'état de santé du champ de l'éthique chrétienne, il en précise nettement un « point faible » : « le problème persistant d'une morale catholique à deux vitesses que le jésuite Jean-Yves Calvez avait bien diagnostiqué : un discours social et économique plutôt innovant où les catholiques sont en dialogue de pointe avec leur temps, et un discours sur l'éthique sexuelle et familiale qui est en souffrance. » Et le théologien de conclure : « Nous ne pouvons nous satisfaire de ce décalage ».

 

Les habitués de ce blog trouveront ici un refrain connu. C'est pourquoi, j'apprécie quand il est repris par une personne plus habilitée que moi à l'entonner.

 

Comme une illustration de ce « décalage », ce même jeudi, les catholiques se distinguaient sur les deux fronts définit plus haut.

 

Les militants du mouvement « Manif pour tous » (1), poursuivaient leur mobilisation devant le Sénat dans lequel débutait alors l'examen du texte tant controversé.

 

Le matin même, le P. Bruno-Marie Duffé, vicaire épiscopal « Famille et Société» du diocèse de Lyon, enjoignait les curés et les congrégations religieuses à mettre leur locaux disponibles à disposition des Roms expulsés par les forces de l'ordre.


« Dans le contexte actuel où des interventions policières déplacent, sans proposition d'hébergement, des familles de Roms (hommes, femmes et enfants) en situation d'extrême précarité, nous sommes appelés à accueillir ces frères et sœurs « qui n'ont pas où reposer la tête ». Nous vous demandons de faire tout votre possible pour ouvrir tout local paroissial ou communautaire, susceptible d'accueillir, pour un temps limité, une ou deux familles roms. La « cellule de veille d'hébergement d'urgence », constituée dans le cadre de la Mission « Famille et Société » se tient à votre disposition pour assurer un lien de fraternité et de conseil. »

 

Les deux informations mises côte à côte ont de quoi dérouter. En poussant le bouchon (lyonnais, bien sûr), on pourrait arriver à la conclusion - idiote - qu'il vaut mieux être rom qu'homosexuel si l'on souhaite voir ses revendications appuyées par les catholiques en France.

 

  1. Il faudra un jour que l'on m'explique comment un mouvement qui refuse à une catégorie de personnes un droit admis pour une autre peut s'appeler pour « tous ». Sauf à penser, que les adeptes du dit mouvement sont habilités à penser ce qui est le bien de « tous », sans consulter la minorité.

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:49

 

Depuis les succès de Confession d'un cardinal et de l'Espérance du Cardinal, deux livres d'entretien avec un prélat mystérieux, Olivier Le Gendre multiplie les conférences auprès du public chrétien.

 

Dans  C'est une aventure étrange que de survivre, son dernier ouvrage, il raconte un échange avec un trio composé d'un évêque, d'un prêtre et d'une femmes médecin, consulteurs de la Congrégation pour la cause des saints, venu l'interroger sur... les miracles. « S'il y a miracle, il y a obligatoirement situation désespérée » lance-t-il à ses visiteurs avant d'évoquer des récits de survie : le tsunami dans l’Océan indien en 2004 et son propre cancer. Et il ajoute la situation difficile de l'Eglise catholique aujourd'hui.

 

Devant l'incompréhension de ses interlocuteurs, il se lance, à la fin de l'ouvrage, dans une tirade admirable. Je la reproduis ici intégralement, avec l'accord de l'auteur.

 

La vie d'un croyant, d'un catho en l’occurrence, n'est pas simple aujourd'hui alors qu'elle l'était auparavant. Il suffisait dans le passé de se soumettre à tout ce que disait l'autorité ecclésiale, et surtout de ne pas se poser trop de question. Cette autorité avait progressivement fait passer ses décrets les plus secondaires comme parole d’évangile. Aujourd'hui, l’Évangile nous a a été rendu et nous voyons les failles dans certains raisonnements tenus pas une autorité qui se nimbait sans cesse plus d'un voile de sacré que personne ne songeait à mettre en doute.

 

La vie d'un croyant n'est pas simple aujourd'hui parce qu'il est moins naïf que ses pères et certains arguments en faveur de la foi ont montré leur limites. Et pourtant, ce croyant croit. Il est donc dans une tension permanente entre témoigner de sa foi et donner ce témoignage de façon audible et crédible.

 

La vie d'un croyant aujourd'hui n'est pas simple parce qu'il se heurte à une nouvelle catégorie de croyants que se réfugient dans un « j'veux pas le savoir » quand on tente de leur faire comprendre la tension que je viens d'évoquer. Ils nous répondent, ceux qui appartiennent à cette nouvelle catégorie de croyants, qu'il suffit de faire comme avant, quand ça marchait bien. Ils drapent leur frustration outragée dans les ornements liturgiques et les signes extérieurs pour se protéger du monde. Ces nouveau croyants aiment l'or, le respect, la docilité, la capa magna. Vous savez, monsieur l'abbé, cette longue traine rouge des cardinaux, abandonnée après le concile Vatican II par souci de simplicité, et réapparue depuis quelques années par des prélats qui croient naïvement que l'habit fait le moine.

 

Et la vie d'un croyant aujourd'hui n'est pas simple parce qu'il souffre de voir tant de gens de bonne volonté ne pas continuer à croire parce qu’on leur a enseigné des bizarreries qui masquaient ce miracle qu'est l’Évangile.

 

Et, enfin, la vie d'un croyant aujourd'hui n'est pas simple parce qu'il se désole de voir l'amour de Dieu si peu reçu.

 

 

C'est une aventure étrange que de survivre, Olivier Le Gendre, Lattès, 320 p., 18 euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 08:29

 

Avant cette semaine, mon ultime envie de renvoyer mon extrait de baptême au diable remonte à une décision romaine. Il s'agissait du jour funeste où le pape Benoît XVI a eu l'idée lumineuse d'entrouvrir la porte à un retour dans mon Église aux quatre évêques réactionnaires de la fraternité Saint-Pie X (1).

 

Ces personnages représentaient (et c'est toujours le cas) des dangers pour l’Église et pour la société (1). Pire encore, se trouvait dans leur rang un personnage qui niait (et nie toujours) le massacre systématique et organisé dont furent victimes des millions de juifs il y a 70 ans. L'excuse avancée - personne au Vatican n'était au courant des dires et écrits du sinistre Williamsson – ne m'a jamais convaincu. Pour flinguer un théologien qui tente de penser librement, le Saint-Siège a toujours su s'informer.

 

Et voici que j'entends et que je lis (même en évitant twitter depuis dimanche, de peur de casser l'ordinateur) de la part de catholiques, que des enfants ont été gazés dimanche à Paris. Je crois rêver, cauchemarder plutôt.

 

Des bourgeois(es), qui n'avaient jamais vu un CRS qu'à la télé et pensaient que seuls les chevelus gauchistes avaient droit aux coups de matraques, ont découvert que quand les flics bloquent la voie, on ne passe pas. Ce n'est pas parce qu'on subit le côté peu glamour des manifs qu'il faut dire des conneries gravissimes.

 

Prendre des gaz lacrymogènes dans la gueule, ça fait pleurer, puis reculer, puis rager, puis dire des grossièretés aux flics. Point. Que tous les imbéciles qui oser utiliser l'expression être gazé s'offre un petit séjour dans n'importe quel musée de la Shoah. Quand aux catholiques, je les enjoins de rajouter une étape lors de leur prochain pèlerinage en Terre sainte : le Mémorial Yad Vashem de Jérusalem.

 

Dans cet espace dédié à la mémoire des victimes de la Shoah, le Mémorial des enfants rend hommage au million et demi d'enfants martyrs. Des petites lumières, dupliquées à l'infini par des jeux de miroir, sont censées les représenter tous. Tout au long de ce parcours en enfer de quelques dizaines de mètres, parcouru en silence et kippa sur la tête pour les hommes, on entend égrainer des prénoms, des âges et des nationalités, dans toutes les langues. Je défie quiconque de sortir de ce lieu les yeux secs. Les miens sont humides rien qu'à écrire ces mots.

 

Qu'un mot déplacé sorte sur le moment devant un micro tendu, passe encore. La colère excuse beaucoup de bêtises. Mais que le lendemain, ou le surlendemain, on me parle encore d'enfants gazés parce qu'ils ont pleuré dans les jupes de manifestantes néophytes qui se croyaient les rois de Paris, j'ai envie de hurler, et de vomir.

 

Suis-je encore membre de la même famille spirituelle que ces gens ?

 

(1) A tel point que leur retour est aujourd'hui oublié, deo gratias.

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 15:54

 

Dans le concert de louange entendus depuis l'avènement du cardinal Bergoglio, on avait peu entendu la frange catholique traditionnelle, qu'elle se situe dans ou hors de la communion romaine. Il faut dire qu'un jésuite aux tendances franciscaines leur est hautement suspect. Encore plus quand il décide de simplifier les habits papaux, tournant le dos à un Benoît XVI aux goûts vestimentaires passéistes.

 

Voici venue la première discorde. Et elle est de toute première importance. On a apprit que le pape comptait se rendre, pour célébrer le Jeudi saint, dans une prison, comme il en avait l'habitude en Argentine. Selon la tradition, il va procéder au lavement des pieds de certains détenus.

 

Sur le blog traditionaliste leforumcatholique.org - lequel pourtant invite les intervenants à « manifester à l’égard du Souverain Pontife les égards dus à sa personne et à sa fonction »-, un certain Chicoutimia exprimé sa plus vive inquiétude.

 

La prison qui attend la visite du pape est mixte. Et, par la passé en pareille occasion, le cardinal Bergoglio, a déjà lavé, horreur !, des pieds de femmes. Des photos de presse prouvant ce forfait circulent. Maintenant pape, osera-t-il renouveler ce geste scandaleux ?

 

Le sympathique Chicoutimi invoque un texte romain de 1988 et le Missel romain de 2002 lequel « utilise la forme viri, qui a une signification masculine. Puisque c'est une reproduction de la Cène, le lavement des pieds réfère directement aux apôtres, qui ne sont que des hommes ». On pourra ajouter que, dans sa légendaire ouverture aux réalités de notre monde, le Vatican n'oblige par les prêtres de paroisse à importer pour célébrer ce rite des pêcheurs galiléens, histoire de reproduire fidèlement ce geste magnifique du Christ.

 

Un deuxième argument est avancé par Chicoutimi. « Quand on sait que la dernière Cène est le moment de l'institution du sacerdoce et de l'Eucharistie, n'y aurait-il pas le risque d'interpréter que, le fait que Pape lave des pieds sur des femmes indique une ouverture éventuelle pour celles-ci au sacerdoce? ». De même que permettre à des petites filles d'être servante d'autel serait de nature à faire naître dans leur tête des envies sacrilèges.

 

Décidément, pour les catholiques qui ne jurent que par la « Tradition » cette question demeure une obsession (qui a dit sexuelle?). Pour conserver ce bastion du machisme qu'est la prêtrise catholique, à coup d'arguments historiques éculés, certains s'obstinent à cantonner les femmes loin des lieux de pouvoir que sont le sacerdoce et la table du sacrifice.

 

A l'heure où le monde s'émerveille devant la simplicité et la gentillesse du nouveau pape, cette polémique est des plus mesquines. Nous verrons si le pape François est capable de s'affranchir de ce genre de pression.

 

 

 

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 13:03

Depuis 1978, les catholiques ont vu apparaître au balcon de Saint-Pierre de Rome un pape jeune et sportif, puis deux septuagénaires, un cérébral et l'autre proche du peuple. Chaque fois, ils ont d'une même force acclamé le pontife et se sont félicités de l'action des cardinaux et de l'Esprit-Saint.

Ils se sont extasiés devant un pontife mettant en scène son agonie en direct, puis devant une autre expliquant que, sans force pour tenir le lourd gouvernail de l'Eglise catholique, il préférait se retirer. Quelques jours plus tard, les mêmes se sont enthousiasmés devant l'arrivée d'un homme de 76 ans, certes en bonne forme, mais avec un poumon en moins.

Ils étaient prêts à acclamer un favori dont ils connaissaient le CV et ont crié de joie pour un inconnu. Ils adorent les expéditions papales dans le monde partout dans la planète et plébiscitent les septuagénaires.

En poussant le bouchon et la mauvaise fois, on pourrait affirmer que n'importe qui habillé de  blanc apparaissant à la tribune aurait immédiatement l’assentiment général des fidèles.

À Paris, un foyer de jeunes  tenu par des religieux a  invité à voir sur écran géant la messe d'entrée en fonction du « Bon pape François ». Le terme, à ma connaissance n'a été utilisé récemment que pour Jean XXIII, après qu'il ait convoqué un Concile, parlé au « hommes de bonnes volontés », contribuer à éviter une guerre (la crise de Cuba) et écrit des textes historiques sur la paix et la justice. Comment peut-on au bout de quelques jours dire que ce pape François est, ou sera, « bon » ?

Il faut dire que nos catholiques français, girouettes bienveillantes, sont bien aidés en cela par la presse, toute aussi béate.

Les médias profanes raffolent des rituels et du décorum de cette monarchie hors âge. La fumée blanche, le secret, les gardes suisses, c'est tellement désuet et sympathique. Et quand en plus, l'élu vient d'un pays exotique !

Nos télévisions  rêvent de l'avènement des nouveaux papes, comme ils se repaissent des mariages princiers. Nous vivons le triomphe posthume de Léon Zitrone.

Qu'on se rassure, ces mêmes médias ne tarderont pas à traiter le phénomène catholique avec sarcasme et incompétence, dès que les experts seront rentrés chez eux. Et dès que le pape devra se prononcer sur des sujets moins consensuels que son amour pour les pauvres.

Quant à la presse catholique, elle est d'une déférence qui mériterait parfois qu'on retire la carte professionnelle à certains. Les images de la « rencontre avec la presse » proposée par le nouveau pape samedi 16 mars frisaient la caricature. Hélas, tel est l'ordinaire de la couverture médiatique au Vatican.

Connaissez-vous beaucoup de lieux dans lesquels des journalistes professionnels applaudissent à son arrivée la personnalité qui les convie, lèvent bien haut leur i-phone pour prendre des photos (comme des ados à un concert), et qui retapent dans les mains à la sortie de la star ? Le tout sans avoir le droit de poser une seule question. Bienvenue dans  monde magique de la presse catholique accréditée auprès du Saint-Siège.

Invité sur une radio pour commenter en direct l'arrivée du nouveau pontife, je me suis senti mal à l'aise devant cet émerveillement permanent des mes confrères. Demain, mes frères et mes sœurs, il fera beau car nous avons un pape paré de toutes les vertus !

Un regard plus distancié, plus questionnant, en un mot plus professionnel, serait le bienvenu. Et une telle attitude rendrait service à l'Eglise catholique, qui manque cruellement de miroir autre que celui de la reine de Blanche-Neige.

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 13:42

On aurait tendance à l'oublier tant les yeux sont tournés vers Rome, mais le Carême continue dans les communautés chrétiennes.

Prenant modèle sur les prestigieuses conférences de Notre-Dame de Paris, leur ancienneté, leur diffusion (toujours sur France Culture, en plus des radios chrétiennes et de KTO), bien des diocèses mettent en place un cycle de causeries. Les plus importants proposent une conférence tous les dimanches, des Cendres à Pâques.

Il reste que ce genre est assez convenu. Quelle que soit la renommée et le talent de l'orateur, la conférence demeure un cours magistral et une manière verticale d'assurer l'enseignement et de mener à la méditation.

Il est pourtant des lieux où l'on cherche de nouvelles formes de rendez-vous de Carême. On peut penser ici au diocèse de Saint-Étienne, qui organise deux cycles de soirées projection-débat, dans une salle de cinéma.

À Saint-Just-Saint-Rambert, la paroisse Saint-François-en-Forez invite chaque mercredi depuis le 20 février (et jusqu'au 20 mars), chrétiens et non-chrétiens à regarder des long-métrages et à participer ensuite au débat. Après Lord of War, et le trafic d'armes, le documentaire Sur la finance et la développement durable est à l'affiche ce mardi 5 mars. Ensuite seront abordées les questions de l'émigration en Afrique (La pirogue, 12 mars) et du pardon après une agression (Les neiges du Kilimandjaro, de Robert Guédiguian, le 20 mars). Rens. : 04 77  36 47 62.

Au cinéma Le Quarto d'Unieux, à côté de Firminy, la paroisse Saint-Martin-en-Ondaine propose trois soirées-débats thématiques sous le titre général « Regards d’Humanité », les mardis du 12 au 26 mars. Le 12, le thème choisi est « L’enfant rebelle », avec le film « Le gamin au vélo » des frères Dardenne. Le 19, on parlera de « L’enfant venu d’ailleurs », avec le film « Salaam Bombay », de Mira Nair. Enfin le 26 mars, la dernière soirée abordera « L’enfant objet », avec le film « My little princess »,  d’Eva Ionesco. Des professionnels et des responsables associatifs sont conviés à chaque rencontre. Rens. : 04 77 56 01 65

Nulle doute que cette forme de rendez-vous de Carême attirera autant les chrétiens qui profitent de ce temps pour penser à leurs engagements personnels que les non-chrétiens qu'une conférence plus classique n'aurait guère attirés.

Le cadre n'est pas innocent. Une salle de cinéma apparaît pour beaucoup plus accessible qu'une cathédrale. Et la formule du débat correspond bien à notre époque, qui suspecte, on peut le regretter, toute parole verticale.

Les grandes conférences de Carême vont demeurer et c'est heureux. Mais d'autres manières de penser pendant la montée vers Pâques ont également toute leur place dans les calendriers chrétiens.



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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 11:19

Pour un journaliste religieux ronchon de mon espèce, anti-ratzingerien patenté depuis des lustres – mon premier papier contre le cardinal remonte à 2000 (1), ces derniers jours n'ont pas été faciles.

Non seulement j'ai du boulot en rab, mais en plus je dois lire, entendre et voir des hagiographies à n'en plus finir de la vedette du moment. Celui qui était hier un vieux monsieur dépassé de tous les côtés et qui est devenu le héros absolu.

Comme tout le monde (excepté Mgr Minnerath, voir un billet précédent), j'ai applaudi sincèrement à son renoncement. Mais, naïf que je suis, je ne voyais pas venir ces réactions passablement délirantes, dans le monde catho et dehors (voir un autre post).

Les journées de mercredi 27 et jeudi 28 ont atteint des niveaux records de flagornerie médiatico-religieuse. Si en 2005, Joseph Ratzinger avait imaginé que son départ occasionnerait des éditions spéciales sur toutes les chaînes d'info de France il aurait dit non, tel Michel Piccoli dans le film Habemus papam de Nani Moretti.

Donc, les chaînes télévisées d'information en continu, si promptes à tourner en ridicule tout ce qui touche au catholicisme, ont trouvé un héros moderne malgré son âge, et un beau cadre de tournage, la place Saint-Pierre, pour nourrir les heures d'antennes. Elle auraient pu pour une fois laisser l'exclusivité à KTO, qui ne leur a pas fait beaucoup d'ombre pour retransmettre les audiences new-yorkaises de DSK.

On a donc eu droit à la totale : images de foules, commentaires en plateau de gens qui n'ont rien à dire vu qu'il ne passe rien, interviews indigentes (« je n'ai pas compris ce que que le pape a dit, je parle pas italien » ou encore « j'ai vu la papamobile »), témoignage hystérique digne de fan de rock star, cortège de voitures (comme les soirs de mai les années présidentielles en France), et, nous sommes au XXIe siècle, gros plan sur l'hélico.

Tout ceci à la gloire d'un vieil homme modeste qui n'aspire depuis des années qu'à rester au milieu de ses livres, près de son prie-dieu et de son piano.

Il a suffi d'une décision sensée pour devenir le modèle absolu. Si le Saint-Siège est demandeuse de coups médiatiques aussi puissants, qu'on me fasse appeler. J'ai des idées.

Heureusement, dans ce bain de roses, on arrive à trouver ça et là, un bilan moins unilatéral de ce drôle de pontificat. Certains osent encore écrire, sans peur d'être lynchés, que Benoît XVI n'a pas tout réussi, qu'il ne mérite peut-être pas le prix Nobel et la sainteté de son vivant. Et que son pontificat laisse pas mal de dossiers mal ficelés sur la table.

Pour cela, il suffit de lire La Croix du 28 février, qui dans une couverture globalement laudative, sait proposer une diversité de ton. Isabelle de Gaulmyn dresse un bilan fort intéressant de celui qu'elle a appelé par ailleurs « Mon pape » - elle fut correspondante à Rome les premières années du pontificat.

Évoquant la Curie, elle écrit « Cet homme déjà âgé n’a pas eu l’énergie de s’attaquer à un système enkysté par des années de non-gestion. Au long des huit années, Benoît XVI a semblé avoir du mal à trancher. En se choisissant un second, en la personne du cardinal Tarcisio Bertone, qui avait sa confiance, mais démuni de vraie expérience de gouvernement, il a aussi commis une erreur d’appréciation qu’il n’a jamais voulu reconnaître, par fidélité. »

Avec mon mauvais esprit, je n'aurais pas écrit mieux. Voici un domaine ou le pape émérite a échoué. Il en conviendrait sans doute. Mais jamais ceux qui tressent des louanges aujourd'hui.

Benoît XVI est aussi taxé d'avoir été un piètre politique. « il a paru sous-estimer l’importance de la diplomatie vaticane et du rôle international du Saint-Siège, écrit la journaliste de La Croix. Le léger lifting donné au fonctionnement synodal était aussi bien insuffisant pour permettre une meilleure collégialité entre les évêques du monde entier. »
Après avoué loué ses réussites sur le plan des idées et du dialogue inter-religieux, Isabelle de Gaulmyn n'omet pas ce qui fâche, notamment en Occident. « Certains pourront regretter l’absence d’évolution sur le discours moral, dans une société où les lois de l’Église ne sont plus la référence, celle-ci ne pouvant se cantonner à une posture de « contre-société ».


Cet article prouve qu'il demeure possible, même aujourd'hui, de parler d'un homme et d'un événement sans apologie, ni caricature.


PS : Je viens de recevoir les épreuves d'un livre de l'historien jésuite Paul Christophe Benoît XVI, un pontificat contrasté, à paraître le 15 mars aux éditions du Cerf.


(1)    Le document Dominus Iesus, de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2000), signalait que seules pouvaient se définir comme Églises celles qui avaient conservé la succession apostolique, excluant de faite celles issues de la Réforme.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 20:33

 

Le bel unanimisme face au geste historique de Benoît XVI a été rompu par un évêque. On s'étonnait que Roland Minnerath, archevêque de Dijon et compagnon de Joseph Ratzinger à la commission théologique internationale (il en est toujours membre), ne se soit pas associé au concert d'admiration devant la renonciation papale.

 

Le prélat, qui préside le Conseil pour les affaires canoniques de l'épiscopat français, a été très choqué et l'a dit au micro de la radio diocésaine RCF Parabole, repris par le site infos-dijon.com. Dans un premier temps, il n'a même pas voulu croire la nouvelle.

 

«Lorsque l’on est Pape, on assume jusqu’à la mort. Qu’est-ce-qui est important dans le Ministère d’un prêtre, d’un évêque ou du Pape, ses qualités intellectuelles ou le don qu’il fait de lui-même au Christ ? ». Et pour ceux qui hésiteraient encore, il précise sa pensée : « Ce n’est pas ça qui porte du fruit, plus que tout le reste ? ».

 

Au moins, contrairement à ses collègues, l'archevêque de Dijon est cohérent avec les louanges exprimées après la lente agonie de Jean Paul II, qui avait pris la décision inverse de son successeur. Lequel, bien que fatigué, est en meilleur état de santé.

 

Le pape polonais, explique le prélat français « était très  impotent les dernières années de sa vie mais il est resté jusqu’au bout ». Et il en remet une couche :  : « il a donné par là un exemple de ‘rester fidèle à l’appel que j’ai reçu’ ». Pour Roland Minnerath, la décision « en conscience » du pontife bavarois « ne doit pas disqualifier le choix qu’ont fait les autres de rester jusqu’au bout ».

 

Au-delà du cas présent, l'archevêque de Dijon voit l'avenir et refuse le parallèle proposé habituellement avec la bonne gestion de toute institution. « Si on introduit un critère d’efficacité, c’est tout à fait valable dans le Gouvernement des choses temporelles d’un chef d’État. Mais l’exercice de l’épiscopat ou du pontificat, c’est autre chose ! ».

 

Pour lui le rôle du Pape consiste à être « témoin, et on est témoin à tous les âges, que l’on soit en bon état ou fatigué ». Cette définition du poste omet complètement les aspects de pouvoir que doit exercer tout évêque et a fortiori celui de Rome. Mgr Minnerath est là nettement moins convainquant.

 

Mgr Minnerath se révèle ici bien plus conservateur sur la fonction papale que ne l'est Benoît XVI, pourtant guère réputé pour son aventurisme. À moins qu'il n'envisage un nouveau job de pontife ne conservant aucune fonction de direction opérationnelle. Un simple père spirituel, un modèle de foi. À ce compte là, l'archevêque de Dijon est un vrai révolutionnaire.

 

En attendant de décrypter sa pensée, nous lui souhaitons de garder la santé et l’énergie dont il dispose aujourd'hui pour aller jusqu'à sa retraite le jour de ses 75 ans, le 27 novembre 2021.

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:23

 

 

* Benoît XVI a réussi le rêve de tout personnage illustre : lire sa nécrologie. Prise de court, la presse a sorti des tiroirs les textes prévus en cas de décès du pontife. Ce qui a permis de publier une dizaine de pages en quelques heures, avec une toute petite partie de produits frais.

* Mille mercis au pape. L’événement fait sortir quelques jours le monde catholique français de la guerre inlassable menée par Frigide Barjot et consorts. Hélas, dès mardi,  jour du vote en première lecture à l'Assemblée du texte ouvrant le mariage aux homosexuels, des tweets réapparaissaient pour mobiliser les anti-loi. Puisse le conclave éclipser la énième manif prévue le 24 mars, jour des Rameaux.

* Le coup de génie de Benoît XVI a redonné vie à ce que lui-même apprécie peu : le culte de la personnalité. On peut comprendre la réaction spontanée des cardinaux en apprenant la nouvelle, et le lyrisme sincère du cardinal Sodano, leur doyen. Mais que dire de l'exclamation scandée « Que ce pape est grand » du P. Bernard Podvin, porte-parole des évêques français !

* « On s'en doutait ». Il est amusant de lire les spécialistes (comme Dominique Greiner dans l'éditorial de La Croix, mardi 12) expliquant, après coup, tous les signes avant-coureurs de la décision papale : deux vagues de nomination de cardinaux pour se rapprocher du chiffre de 120, absence de voyages à l'agenda hormis les incontournables JMJ de Rio en août... Personne ne croyait que cette démission surviendrait et personne ne l'avait écrit.

* Les responsables d’Église et observateurs obséquieux avaient loué le courage et l'abnégation de Jean Paul II pendant sa pénible agonie. Sept ans plus tard, les mêmes s'émerveillent devant le choix strictement inverse de son successeur. Serait-ce une lecture (erronée) de l'infaillibilité pontificale ?

* Le jeu médiatique est ainsi fait qu'il a fallu en quelques heures se remettre d'un geste historique, le commenter, raconter la vie du pape sortant et donner les enjeux de son élection. Le bilan, le vrai, du septennat devra être fait. Et il faudra vite retomber du nuage hagiographique pour regarder, sereinement, succès et échecs, actions et inactions. De grâce, pas de santo subito !

* « Le geste qui change l’Église », titrait Le Monde, lundi soir. Désormais donc, pour qu'une institution évolue, il suffit que le patron rende son tablier. Certes l'exercice du pouvoir papal ne serait plus jamais le même. Mais, le Vatican n'étant pas l’Église, cela ne change en rien la crise globale du catholicisme actuelle. On peut lire ce départ du pape comme un aveux de l'impossibilité de gérer un système, non comme une amorce de solution. Il faudra donc attendre quelques années avant de savoir si la prédiction du Monde était juste.

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 10:05

 

 

Dans la production de livre sur le catholicisme, la sous-catégorie des ouvrages autour de la réforme de l'Église est une constante depuis plusieurs décennies. Dus à des prêtres ou anciens prêtres, souvent âgés, ces textes appellent, avec plus ou moins de vigueur, à des changements de fond comme de forme dans l’Église catholique.

 

La star française du genre est un jésuite nonagénaire, Joseph Moingt. Son ouvrage d’entretien Croire quand même (Temps présent, 2010, 243 p., 19,30 €) est étudié dans de nombreux groupes de fidèles en France et l'ancien professeur est très demandé en conférence. Desclée de Brouwer a regroupé l'an passé deux d'entre elles sous le titre Faire bouger l’Église catholique (191 p., 16 € ). Moingt invite notamment à remettre à plat la structure historique de la présence d’Église basée sur les prêtres et les paroisses.

 

Ce même éditeur a publié récemment un ouvrage dans le même esprit, de la plume d'un ancien recteur de l'Institut catholique de Lyon, Michel Quesnel. Dans Rêver l’Église catholique (143 p., 15 €), ce bibliste qui n'a rien d'un franc-tireur présente certaines impasses actuelles de son Église et invite à faire du neuf.

 

J'ai proposé une lecture croisée de ces deux ouvrages sur le site de Témoignage chrétien

 

Autrefois fer de lance du christianisme progressiste, les éditions du Seuil ont édité l'automne dernier le dernier opus d'Hans Küng Peut-on encore sauver l’Église ? (249 p., 21 €). L'ancien compagnon de route du Pr Ratzinger proposait là une étude aussi riche... que pleine d'aigreur.

 

Le 14 février prochain, la même maison propose un petit ouvrage d'un ancien enfant terrible de l’Église de France. Sous le titre choc, L’Église va-t-elle disparaître ? (1), Jean-Claude Barreau, défroqué depuis 1971, dresse le constat de faillite de l'institution et propose une nouvelle figure de prêtres bénévoles, mariés ou non, vivant et travaillant comme ses contemporains.

 

Qui lit aujourd'hui, en France, Moingt, Quesnel, Küng et Barreau ? Des catholiques nostalgiques de l'effervescence réformiste des années post-conciliaires. La génération qui a mal vécu le coup d’arrêt des années Jean Paul II. Ces fidèles, d'un certain âge, sont par avance convaincus des thèses iconoclastes des ouvrages qu'ils achètent. Ils y cherchent et y trouvent un souffle et des raisons d'espérer un avenir possible. Non pour eux mais pour les générations suivantes.

 

Ceux à qui s'adressent vraiment cette littérature de cri prennent-ils la peine de la parcourir ? Nombre de nos évêques, le nez dans les rênes de leur fragile attelage diocésain, n'en encombrent pas leur table de chevet. Beaucoup pourtant en partagent les constats et certains approuvent même quelques-uns des remèdes proposés. Mais en se gardant d'en faire cas publiquement, de peur qu'une âme charitable les dénonce à Rome.

 

Quant à ceux qui continuent à voir ou à rêver l’Église triomphante de la chrétienté, ils ressortiraient volontiers les bûchers pour ces traîtres qui osent mettre en cause la Sainte Église éternellement infaillible.

 

Alors faut-il publier ces livres ? Oui, malgré tout, et malgré leur diffusion moindre aujourd'hui. Car toute institution qui refuse de se penser et de s’imaginer différente est guettée par la nécrose.

 

Le jour où l'on arrêtera de se poser la question iconoclaste de sa mort, l’Église catholique se trouvera encore plus en danger. Sa disparition ne serait pas grave en soi si elle ne risquait d’entraîner avec elle le message qu'elle porte et qui la porte.

 

(1) L’Église va-t-elle disparaître ?, Jean-Claude Barreau, Seuil. A paraître le 14 février

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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