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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 11:48

 


Depuis des décennies, j'entends un reproche sempiternel à l’Église catholique  ou au pape, ce qui revient au même pour beaucoup- : « Votre Église ne s'intéresse qu'à nos fesses. »

Depuis des décennies, en bon catho de service, je réponds qu'il n'en est rien. Que sur les trois discours quotidiens du pape, comme au cœur des centaines de pages ardues des encycliques, la grande presse ne ressort que les deux phrases croustillantes qui évoquent le sexe ou le préservatif. Ou qui, à tord, n'en parlent pas.

Bref, j'essaie d'expliquer que ces questions n'obsèdent pas plus que cela le Vatican. Et je sais que nous sommes nombreux à faire de même.

Et patatras, de quoi parlent depuis deux mois les catholiques ? De mariage et de familles homosexuelles. Quoiqu'on pense du projet de loi et des arguments déployés, l'image extérieure n'est pas glorieuse. Comme icône catho de la télé, Frigide Barjot remplace l'Abbé Pierre. Les droits des homos constitueraient le principal - voir l'unique - sujet de société qui passionne les cathos.

Voici qui est fort regrettable. D'autant que cette fausse image atteint même les responsables politiques de la majorité. Comme Mme Cécile Duflot qui pensait que les catholiques de France, trop occupés à défiler contre les lois socialistes, ne s'occupaient pas des sans-abris.

Certes, la ministre du logement n'est pas très bien entourée. Certes, elle a oublié ou refoulé ses années à la JOC. Mais si l’Église catholique de France, de sa hiérarchie à sa base, était capable de dire simplement, sans orgueil, que les siens, professionnels ou bénévoles, font tourner le secteur social dans le pays, le cliché idiot n'aurait jamais germé dans l'esprit de Mme Duflot.

Je sais bien que le marketing est un gros mot chez les cathos. Mais quand même.

Plutôt que d'armer des bus et des trains pour défiler contre une loi, l’Église gagnerait à raconter l'histoire de la Maison Saint-Irénée de Lyon. Le bâtiment, qui demeure un centre diocésain et abrite notamment la radio RCF, accueille comme chaque hiver une centaine de sans-abris dans le cadre du plan Grand froid. Et il a fallu un incendie fin décembre, pour que cette initiative sorte, discrètement, de l'anonymat.

Dans les tracts distribués à la sortie des messes, plutôt que d'appeler à grossir la foule des contestataires à Paris le 13 janvier, on pourrait reproduire des extraits de l'homélie papale de la messe du 1er janvier , journée de la paix pour l’Église catholique.

Benoît XVI y évoque les « foyers de tension et de confrontation provoqués par l’inégalité croissante entre riches et pauvres, et la prédominance de la mentalité égoïste et individualiste, qui est également l’une des manifestations du capitalisme financier non réglementé ».

Qui sait, parmi les détracteurs de l’Église et notamment à gauche, que le Vatican est l'institution planétaire la plus constante dans sa condamnation de l'individualisme économique et du cynisme du monde financier ?

Ont-ils connaissance, ceux qui traitent l’Église de réactionnaire, que, de part le monde, des chrétiens, consacrés ou laïcs, se battent aux côtés des plus pauvres, des exclus et qu'ils agissent pour soulager la misère comme pour faire changer lois et coutumes ?

Hélas, l’Église semble s'efforcer de ne montrer qu'une facette de ses convictions, la plus exigeante, le plus difficile à comprendre.

Le voilà mon vœux pour 2013. Que cette merveilleuse famille qu'est l’Église catholique présente enfin au monde son visage d'amour, de compassion universelle. Qu'elle mette en avant ses figures admirables qui luttent pour le bien de tous au quotidien, au nom de l'amour inconditionnel du Christ.

Et que, après-demain, plus jamais personne ne puisse m'envoyer à la figure: « Ton Église ferait bien de s'occuper des pauvres, plutôt que de mes fesses. »

Bonne année !!


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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 15:10

 

Les vœux du pape à la Curie romaine constituent un rendez-vous très attendus des observateurs de la vie au Vatican. Ce discours permet de revenir sur les grands sujets de l'année pontificale.

 

En décembre 2005, pour son premier exercice du genre Benoît XVI avait donné sa clé de lecture de l'interprétation du Concile, en réponse au discours des intégristes. Ce texte fait toujours autorité sur la question.

 

Cette année, les commentateurs français ont surtout parlé de son éloge du texte de « notre » Grand Rabin Gilles Bernheim pour son analyse critique du projet de loi sur l'ouverture du mariage aux homosexuels.

 

La suite du message n'est pas sans intérêt. Avant même d'aborder le synode des évêques sur la nouvelle évangélisation, le pape a souhaité repréciser les contours du dialogue interrreligieux

 

Après les préliminaires convenus - « Dans la situation actuelle de l’humanité, le dialogue des religions est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et il est par conséquent un devoir pour les chrétiens comme aussi pour les autres communautés religieuses », Benoît XVI détaille ses dimensions et met en avant la plus basique. « Avant tout, il sera simplement un dialogue de la vie, un dialogue du partage pratique. »

 

Plus loin, il précise : « Il s’agit des problèmes concrets de la cohabitation et de la responsabilité commune pour la société, pour l’Etat, pour l’humanité. En cela, on doit apprendre à accepter l’autre dans sa diversité d’être et de pensée. »

 

Dans l'esprit du pape, ces échanges à la base doivent être profitables à la bonne marche du monde . « Il est nécessaire de faire de la responsabilité commune pour la justice et pour la paix le critère fondamental de l’entretien. Le but premier de ce dialogue n'est donc pas de débattre sur la pensée ou la foi, mais bien de contribuer à la préservation de la planète des dangers politico-nationaux qui la menacent. On ne fera pas ici la liste des conflits potentiels portant une coloration religieuse plus ou moins foncée.

 

Le discours pose deux règles « fondamentales » du dialogue interreligieux. Si elles ne sont pas neuves, elles méritent d'être représentées avec clarté.

 

« D'abord le dialogue ne vise pas la conversion, mais bien la compréhension. En cela, il se distingue de l’évangélisation, de la mission. Ensuite, conformément à cela, dans ce dialogue, les deux parties restent consciemment dans leur identité, qu’elles ne mettent pas en question dans le dialogue ni pour elles-mêmes ni pour les autres. »

 

Il s'agit là d'un double mouvement de respect : de la foi de l'autre qu'on ne doit pas altérer et de la sienne propre que l'on ne saurait mettre en difficulté. « Oui, le dialogue ne vise pas la conversion, mais une meilleure compréhension réciproque. »

 

Sans doute, le pape a-t-il voulu marquer sa défiance vis-vis de certains courants influents lors du Synode d'octobre. On pense ici à une vidéo délirante (à voir ici, en anglais) présentée devant les évêques, tendant à démontrer que, par une démographie prétendument galopante, l'islam allait bientôt dominer et contrôler le monde. Le cardinal Turkson, à l'origine de la diffusion du document, s'est platement excusé le lendemain (1).

 

Il est désormais clair que cette vision de l'islam comme ennemi à combattre plutôt que comme partenaire dans le dialogue ne prévaut pas au sommet du Vatican. Le travail de notre compatriote le cardinal Tauran, en charge du dialogue interreligieux, est grandement responsable du maintien du cap en la matière. Et c'est heureux.

 

Les tenants de la ligne de l'affrontement – notamment au sein du Chemin Néo-catéchuménal, à l'origine de la projection scandaleuse du Synode – savent désormais qu'ils sont désavoués.

 

 

(1) On pourra lire sur cette question l'interview récente de Mgr Michel Dubost en charge du dialogue interreligieux pour l'épiscopat français, publié sur le site de Témoignage chrétien.

 

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:44


Certains chrétiens ont besoin de crier leur foi. Quand ils disposent d'une surface médiatique importante, tout est possible. Ainsi, la chanteuse Michèle Torr, inoubliable interprète du tube « Emmène-moi danser ce soir », croit en Dieu et en Jésus-Christ.

Nous nous en réjouissons pour elle. Mais était-il nécessaire de l'exprimer à travers un CD entier, intitulé « Chanter, c'est prier »  (1), chez SonyMusic ? La réponse, vous l'avez deviné, est négative. Pour des raisons esthétiques, non religieuses.

On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, parait-il. Pour autant, il est possible de réaliser de la musique audible avec ses convictions. À condition de faire un minimum d'effort.
Hélas, la star s'appuie sur des textes d'une niaiserie confondante, et sur des rimes risibles, si elles étaient au second degré.

La chanson initiale (dont on peut voir ici une version live, qui donne son nom au pensum et dont le texte est de la propre main de la chanteuse, fournit une petite idée du projet,

Ce n'est pas une messe
Rien de plus que ma promesse
Mais comme on prie
Je chante en plein ciel
Je rêve, m'envole à tire d'aile
Ce n'est pas un amen, encore moins un baptême
Pas un alléluia, juste un je t'aime

Celles et ceux qui auront le courage d'aller plus loin pourront apprécier les œuvres de l’insubmersible Didier Barbelivien. Il a mis en musique un Notre Père surréaliste (ici le clip kitchissime), que la blonde exécute (sic) avec Claude Barzotti pour la traduction simultanée en italien.

Barbelivien a aussi écrit et composé pour Michèle Torr un Je crois en toi tout aussi pathétique, avec des rimes dignes d'un atelier poésie au collège.

Moi je crois en toi, en toi sur ta croix
les enfants dessinent des signes de croix
et je crois en toi, en toi sur ta croix
Fils de Dieu sublime, crucifié pourquoi

Entendez chaque Croix, avec une dizaine de rrr roulés à la Mireille Matthieu des grands jours. Imaginez une voix affectée et grandiloquente pour chansons d'amour sirupeuses. Ce registre qui lui a valu cette belle carrière auprès de la gent féminine.

Le tout avec une orchestration sans finesse, mêlant orgue Bontempi et batterie de bal populaire.

On ajoutera au tableau la reprise d'un standard de la comédie musicale Les dix commandements signé Pascal Obispo, ou une adaptation d'Amazing grace qui ferait sursauter n'importe quelle chorale de quartier.

Bref, un cadeau de Noël à éviter absolument. Sauf pour quelqu'un dont on souhaite honorer le mauvais goût musical ou le douzième degrés.

Quitte à faire dans la musique kitsch, autant investir dans le dernier opus du chef et violoniste batave André Rieu, finement intitulé Joyeux Noël (Polydor). C'est propre, sans originalité aucune. Mais on rit moins qu'avec les épanchements spirituels de Michèle Torr.

(1) Seule un conscience professionnelle admirable m'a fait aller au bout de ce CD reçu en service de presse.
 




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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 15:37

 

Lors de son Assemblée générale tenue en juillet dernier à La Pommeraye (Maine-et-Loire), la Communauté Mission de France (MDF) a eu la bonne idée d'inviter une personnalité qui connaissait très peu cette forme d'Eglise originale. Il s'agissait de Monique Baujard, directrice du Service national « Famille et société » de la Conférences des évêques de France.

 

Lettres aux communautés (1), la revue bimensuellle de la MDF, consacre son dernier numéro à cette rencontre dont le thème était : « Dans les basculements du monde, des semences d'évangiles ». On peut y lire notamment l'intervention de Monique Baujard. Pour s'y préparer, elle s'était longuement plongée dans le blog ouvert pour recueillir les témoignages des membres de la Mission de France sur ces fameux « basculements ».

 

La prise de parole de Monique Baujard a montré qu'elle avait parfaitement perçu l'originalité de ce diocèse sans équivalent, qui fait travailler sur un territoire prêtres et laïcs, autour d'une mission donnée, en accord avec l'évêque du lieu. Elle a ainsi raconté sa « découverte de la Mission de France », qu'elle ne connaissait qu'à travers le témoignage « enthousiaste et fier » d'un collègue au service de l'épiscopat.

 

« La mission passe par un partage des conditions de vie ordinaire. Vous ne vous mettez pas à part, à l'écart du monde, pour former un petit groupe de purs et durs ou d'heureux élus ». Je n'ose penser que de tels comportements puissent exister dans notre sainte Église. A l'occasion, il faudra demander à Mme Baujard à qui elle pensait....

 

L'invitée a développé alors une pensée d'avenir, digne d'intérêt venant d'une responsable de l'épiscopat. Écoutons-là. « Une certaine forme d’Église risque en effet de disparaître. Le modèle paroissial ne sera dans l'avenir probablement pas tenable partout et il ne correspond plus toujours aux aspirations religieuses de nos contemporains ».

 

Avec quelques nuances oratoires, Monique Baujard a exprimé ainsi ce que des dizaines d'auteurs lucides écrivent depuis 20 ou 30 ans. Dans le même temps, nos évêques, même si nombre d'entre eux eux partagent le diagnostic, n'en disent rien, préférant appeler à la prière pour les vocations de prêtres pour boucher les trous. Avec le succès que l'on connaît.

 

Mme Baujard poursuivait : « En même temps, il y a une soif spirituelle perceptible partout et une individualisation des trajectoires religieuses. Pas facile pour une institution de répondre à cette diversités de demandes et de parcours. »

 

Et de citer un jésuite nonagénaire hétérodoxe qui fait un tabac dans toutes ses conférences. « Pour Joseph Moingt, l'Évangile survivra dans des petites communautés qui en vivront. Des communautés qui partageront l'Évangile et la prière et qui la mettront en pratique ». On remarque qu'elle ne mentionne pas l'Eucharistie.

 

La conclusion Monique Baujard a fait rougir de contentement son auditoire déjà conquis. « Dans cette optique, les communautés de la Mission de France pourraient être un des 'laboratoires d'expérimentation' dont l'Église qui est en France aura besoin pour faire face à l'avenir ».

 

Voici donc un message à faire lire largement. Aux évêques qui ne comprennent pas pourquoi ces prêtres ne font pas, d'abord, tourner la machine paroissiale. À leurs confrères qui désespèrent de voir la catholicisme disparaître avec la fermeture des églises de village.

 

Sans épuiser les modes de présence possibles - Monique Baujard a parlé d' « un des laboratoires » -, la Mission de France ouvre bien un possible dans une vie chrétienne aujourd'hui. Pour ceux qui en font partie, c'est immense. Les autres n'ont qu'à pousser la porte, largement ouverte.

 

 

(1) On peut le commander à la MDF, BP 101, 94171 Le Perreux-sur-Marne. Rens. : 01 43 24 95 95

 

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 13:33

Lundi 3 décembre dans La Croix, Frédéric Mounier racontait la fin de la visite ad limina (auprès du Saint-Siège) du troisième groupe d'évêques français. Dans le dernier paragraphe, le correspondant permanent du quotidien catholique évoquait un échange entre les prélats sur leurs réticences à envoyer des prêtres de leurs diocèses travailler pour la Curie romaine.

 

Cela m'a rappelé une discussion avec cet excellent confrère il y deux ans à la table d'un bar de la Ville éternelle (1). Je l'interrogeais sur une impression personnelle : l'incompréhension des réalités de l’Église de France par le Saint-Siège. Sans démentir mon sentiment, il m'apportait plusieurs réponses (2), dont une m'est restée en mémoire.

 

Au-delà des visites ad limina, les services du Vatican jugent un pays à travers le témoignage de ses ressortissants en poste à la Curie. Or, depuis de longues années, les prêtres nationaux ayant choisi de faire toute ou partie de leur carrière au Vatican appartiennent tous au courant conservateur, si ce n'est restaurateur.

 

Aussi, ils ne rendent compte à leur collègues que d'une Église aux mains d'affreux progressistes, nourris par l'Action catholique, aventureux en matière liturgique, préférant la guitare à l'orgue et la tenue civile au col romain. Sans parler de la prise de pouvoir des laïcs. Bref, l'anarchie.

 

Telle est, à gros traits, l'image que traîne la fille aînée de l’Église dans les Palais du Vatican. Un vague tableau du début des années 70 et de quelques excès post-conciliaires.

 

On peut expliquer ainsi les circonstances catastrophiques qui ont présidé au « licenciement » en janvier 1995 de Mgr Gaillot, les évêques français apprenant la décision romaine par les journalistes venus recueillir leur réaction. L'installation imposée en 2006 au diocèse de Bordeaux des intégristes de l'Institut du Bon Pasteur tient également du peu de ménagement des autorités catholiques pour régler les questions françaises.

 

Lors de notre échange, Frédéric Mounier, peu satisfait de la situation, déplorait que des prêtres « ordinaires » ne viennent pas témoigner de la réalité plus contrastée de l’Église de France.

 

L'ambiance particulière du Vatican, dans lequel le moindre prêtre se voit donner du monsignor (au cas où il serait un jour évêque), peut effrayer. Sans parler des intrigues de bureau que l'année qui s'achève a mises au jour.

 

Bref, sans attrait pour une Église puissante et éternelle (morte depuis longtemps chez nous), ou sans ambition de carrière, Rome reste pour beaucoup un lieu de formation, de pèlerinage, mais guère de travail à long terme.

 

Il faudrait pourtant que certains fassent l'effort pour améliorer l'image française à Rome. Celle-ci est en progrès. Ces derniers mois deux figures françaises ouvertes sont venues occuper des postes importants en Italie : Bruno Cadoré, maître général des Dominicains, et le jésuite François-Xavier Dumortier, recteur de la prestigieuse Université pontificale grégorienne.

 

La non-intégration de la Fraternité Saint-Pie X enlève un gros poids sur les relations entre Rome et Paris.

 

Il reste donc à nos évêques à encourager des prêtres « ordinaires » à montrer au Saint-Siège que la remuante Église de France n'est pas irrécupérable.

 

(1) Je suivais une intéressante session de formation pour journalistes français organisée par l'Opus dei.

 

(2) Il signalait aussi la tendance française à oublier que l’Église catholique était universelle et ne devait pas prendre toutes ses décisions selon le (bon) goût tricolore.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 16:42

 

Le 10 novembre dernier, Benoît XVI a publié un Motu proprio intitulé Latina lingua (1). Le texte institue une Académie pontificale de latinité, qui poursuit un double objectif : « Favoriser la connaissance et l’étude de la langue et de la littérature latines qu’elles soient classique, patristique, médiévale ou humaniste en particulier auprès des institutions de formation catholiques dans lesquelles sont formés et instruits les séminaristes et les prêtres »  ; et « promouvoir dans divers milieux l’usage du Latin que ce soit comme langue écrite ou parlée ».  

 

A première vue, rien d'étonnant que la seule institution mondiale à rédiger ses documents dans la langue de Cicéron se préoccupe de sa survie. Avec la mondialisation, la langue de la culture et des humanités, autrefois ciment du monde intellectuel et scientifique, attire moins que l'anglais, idiome des affaires, compris à peu près partout sur la planète.

 

Chez nous, les enseignants en lettres déplorent le recul de l'apprentissage des langues anciennes, bien utile pour bien maîtriser le français.

 

Alors vive la latin ? Ce n'est pas si évident.

 

Historiquement, l'usage de cette langue est lié au pouvoir. Celui de l'Empire romain, persécuteur devenus protecteur, puis celui de la chrétienté triomphante. Durant des siècles, la carrière ecclésiastique était un des seuls moyens de faire des études et la maîtrise du latin donnait le pouvoir sur tout.

 

Aujourd'hui, si « depuis la Pentecôte, l’Église a parlé et prié dans toutes les langues » (dixit la pape),cette langue est le refuge de tous les catholiques qui refuse que l'Église évolue et qui déplore que le monde change.

 

Le site de défense du rite tridentin sanctamissa.org affirme : « Du fait que les langues modernes continuent à se développer, le sens des mots évolue. (…) Étant une langue morte, le Latin au contraire est immuable, et c’est la référence à laquelle se réfèrent toutes les traductions. Il aide donc fortement à garder l’unité de culte et de prière. Le Latin est un rempart contre le danger de ré-interprétation de la signification authentique et immuable de la Messe ».

 

Si les plus importants textes du magistère sont rédigés en latin, c'est« précisément pour mettre en évidence le caractère universel de l’Église »,a dit Benoît XVI est présentant son volontarisme latiniste. Cette unité que prônent les militants du latin confine plutôt à l'unicité par la langue. Est-il vraiment pertinent que les élites ecclésiastiques africaines ou asiatiques viennent se perfectionner à Rome dans une langue qui ne dit rien à leurs ouailles ?

 

Prêtres et évêques occidentaux pourraient, avec plus de profit, se former aux sciences humaines afin de comprendre les communautés qui leur sont confiées. Car ce n'est plus en latin que l'on présente à nos contemporains l'amour de Dieu et la sollicitude de son Église.

 

Le problème n'est pas neuf. Au Concile Vatican II, tenu bien entendu en latin, la mauvaise compréhension, notamment à l'oral, n'avait pas aidé le travail des évêques. Le P. Congar le raconte dans ses mémoires. En 2005, lors du dernier conclave, un des derniers enseignants actifs dans une université romaine déplorait que seuls deux cardinaux le comprenaient encore pleinement lorsqu'il s'adressait à eux en latin. L'un d'entre eux était Joseph Ratzinger.

 

Si l'on veut honorer correctement les débuts de l'histoire de l'Église, il faudrait, comme certaines Églises orientales, se tourner vers l'araméen parlé du temps de Jésus ou le grec utilisé par les premiers disciples.

 

Et si l'Église cherche une langue de culture, parlée et connue dans une partie non négligeable de la planète en raison du passé colonial, présente dans l'histoire de l'Église (elle est toujours enseigné aux futurs diplomates qui peupleront les nonciatures), elle pourrait choisir... le français.

 

PS : J'aime le latin, langue que j'ai étudiée au collège et au lycée.

 

(1) A ce jour, la traduction française du texte n'est pas disponible sur le site du Saint-Siège.





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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 14:08

 

Dans sa livraison de mercredi 14 novembre, le Canard enchaîné s'en prend au patrimoine immobilier religieux parisien. Son utilisation, ou plutôt sa sous-utilisation, serait choquante eu égard au problème de logement dans la capitale, notamment des plus démunis.

 

On connaît la tradition anti-cléricale de l'hebdomadaire, qui n'est pas synonyme d'irrespect des religieux. Plusieurs catholiques font partie de la rédaction sans états d'âme.

 

Nonobstant les jeux de mots inévitables et les simplifications d'usage, l'enquête d'Hervé Liffran « L'Eglise prie les sans-abri de rester à la porte » met en évidence une situation qui n'est pas nouvelle. Les congrégations religieuses en perte de vitesse ne peuvent se résoudre à quitter des bâtiments et des parcs très bien situés, totalement sur-dimensionnés pour les effectifs restants. Dans le même temps, des milliers de personnes vivent à la rue ou mal logés.

 

On pourra rétorquer à l'hebdomadaire que la même interrogation est valable pour des immeubles, eux totalement vides, appartenant à des banques, assurances ou grandes sociétés. Mais ces dernières ne prônent pas les valeurs de l’Évangile et ne sont pas tenues à l'option préférentielle pour les pauvres.

 

Bien sûr, nombre de chrétiens et d'associations d'inspiration chrétienne sont en première ligne pour améliorer le sort des mal-logés et des sans-abris.

 

Mais en attendant, il est choquant de lire que, dans le IVe arrondissement, quatre sœurs de l'Adoration occupent une « vaste bâtisse ». Ou que les congrégations qui ouvrent leurs portes à l'extérieur n'acceptent d'héberger que des prêtres et des religieuses de passages, des services d’Église, voire des étudiant(e)s .

 

Si on assiste à un regroupement des congrégations religieuses en voie d'extinction, ou à des mutualisation de service, se séparer des lieux historiques, souvent maisons-mères nationales, est un déchirement pour nombre de familles religieuses. Mais celui-ci doit-il être supérieur au cri du monde ? Est-il honteux de vendre un vaste domaine pour acheter des locaux adaptés.

 

Les membres du conseil international des Fils de la Charité, comme ceux de la Province de France, vivent dans deux étages d'une résidence ordinaire du Xe arrondissement. Au milieu des gens.

 

On saluera également le choix, ancien maintenant, des Pères maristes de la rue de Vaugirard. Leur vaste domaine abrite désormais le Forum 104, espace dédié à l'expression et à la rencontre de toutes les spiritualités. Sans faire dans le social, les maristes ont su transformer leur bien en lieu ouvert à la réalité d'aujourd'hui.

 

Il est vrai que les contemplatifs apprécient peu la proximité et ont besoin d'espace de promenade. Mais ils peuvent trouver des sites plus modestes qu'un parc de 2 hectares dans le VIe arrondissement.

 

Pour éviter de donner du grain à moudre à la presse qui se délecte des errances des institutions religieuses, quelques gestes symboliques de ventes d'ensembles immobiliers seraient bienvenus.

A condition bien sûr d'y mener un projet social et non de céder au plus offrant des promoteurs en quête de programmes lucratifs.

 

Le P. Bernard Devert, fondateur de Habitat et Humanisme , est souvent sollicité par des congrégations qui portent ce souci à l'heure de penser leur avenir. Sa merveilleuse utopie de loger les familles modestes au cœur des villes et non dans des zones de relégations de périphérie fait honneur au christianisme.

 

Avec nous « jusqu'à la fin des temps », le Christ attend les chrétiens au côté de leurs frères qui souffrent.

 

PS : Avec rédaction de ce billet, je découvre la réaction de la CORREF (Conférences des religieux et religieuse de France à l'article du Canard enchainé.

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 11:42

 

L'assemblée générale de l'épiscopat à Lourdes s'est terminée jeudi dernier comme elle avait débuté le samedi précédent : par un discours du cardinal André Vingt-Trois qui préside la conférence.

 

Si son intervention initiale avait été dominée par les fameux sujets de société, la conclusive a repris l'ensemble des dossiers marquants de la semaine : le diaconat permanent, internet, la présence des catholiques dans la société, la Nouvelle évangélisation...

 

Sur ce dernier point, le discours de l'archevêque de Paris pose question. « La problématique de la Nouvelle Évangélisation, récemment travaillée à l’occasion de la session du synode des évêques, nous a paru éclairer particulièrement l’épreuve à laquelle sont appelés les catholiques : épreuve de la confrontation, épreuve du dialogue, épreuve de la spécificité de l’annonce de Jésus-Christ ressuscité, finalement, épreuve qui nous incite à la conversion spirituelle, et d’abord nous évêques ».

 

Pourquoi choisit-il et martèle-t-il , ce terme, d'épreuve ? N'y a -t-il pas d'autre mot pour évoquer ces obstacles auxquels est confronté le catholicisme en France ?

 

Si le sens de l'examenparaît à exclure, épreuveexprime tout à la fois une souffrance et une adversité. Dans la confrontation et le dialogue, les deux premiers domaines qu'indique le prélat, la difficulté existe, mais doit-on la dramatiser à ce point ? Être catholique en France ne constitue plus se compter dans le groupe très dominant de naguère. Mais cela ne signifie pas pour autant connaître des affres de la minorité.

 

La terminologie renvoie à un discours fréquent chez les responsables catholiques, lesquels se sentent mal aimés. Par les autorités publiques, par les médias, par l'opinion, par le peuple. Or cette posture victimaire, associée à l'exigence du discours ecclésial, ne fait qu'élargir le fossé. Loin d'attirer la sympathie de la société, cette attitude fait penser que l’Église catholique ne supporte pas la perte de sa position dominante et refuse le jeu de la confrontation, cette prétendue épreuve.

 

Au contraire, on peut voir une chance dans cette époque de modernité qui met les vieilles assurances catholiques face à des croyants différents et des non-croyants. Cet échange-là est exigeant, mais riche. Il fait s'interroger, mais aussi progresser.

 

Plus que de se morfondre en vaine nostalgie, l’Église catholique doit saisir la chance d'un christianisme fragile, comme écrivait Mgr Albert Rouet, alors archevêque de Poitiers.

 

Et « la conversion spirituelle » que le cardinal aperçoit au bout de ces épreuves pourrait avec profit faire advenir un regard bienveillant et optimiste sur la façon de dire l’Évangile à nos concitoyens.

 

Voilà une jolie thématique pour le discours d'ouverture de la prochaine assemblée plénière des évêques, en mars prochain. Il s'agira du dernier pour le président Vingt-Trois (élu en 2007 et réélu en 2010) avant de passer la main.

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 14:02

 

Lors du synode des évêques sur la nouvelle évangélisation qui s'est achevé le 28 octobre à Rome, Mgr Claudio Maria Celli, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, a logiquement axé son intervention sur son domaine de prédilection.

 

Le prélat italien a évoqué deux éléments de nouveauté à prendre en compte : « le contexte culturel dans lequel nous sommes appelés à annoncer la Bonne Nouvelle » et les « méthodes à utiliser ». Deux évidences qui ne le sont pas pour tous nos prélats.

 

Mgr Celli a exprimé un conviction pleine de lucidité et d'humilité. « Nous sommes habitués à utiliser des textes écrits comme moyen normal de communication. Je ne sais pas si cette forme peut parler aux plus jeunes, habitués à un langage ancré dans la convergence de mots, sons et images ». On ajoutera que les jeunes ne sont pas les seuls à trouver quelque peu indigestes les textes du Saint-Siège, bien souvent longs et d'une richesse difficile à assimiler sans peine.

 

La communication est basée sur un triptyque : message – mode d'émission – réception. Pour l'Église catholique, le message est clairement identifié, et ce depuis deux millénaires. L'intervention de Mgr Celli montre que l'Église réfléchit sur les modes de communication à utiliser, sur leurs formes à privilégier, sur les outils idoines. Et ceci n'a rien de simple dans le tourbillon de l'évolution des moyens techniques..

 

Mais l'Église pense-t-elle suffisamment aux auditeurs, à leurs disponibilité d'esprit et à leurs désirs ? Notre société est en attente de paroles spirituelles. Mais il convient de savoir lesquelles sont réellement audibles. Pour réussir, l'Église doit quitter le vieux réflexe – partagé par bien des institutions - qui consiste à imputer le dysfonctionnement de communication uniquement au récepteur.

 

Guy Aurenche, président du CCFD Terre solidaire, explique sa conception de la communication dans un ouvrage qui vient de paraître, écrit avec son homologue du Secours catholique François Soulage (1). « Vieux réflexe d'avocat : si mon interlocuteur, qu'il s'agisse d'une personne ou d'une assemblée, n'a pas compris mon discours : c'est de ma faute (…) Si mon discours ne passe pas, c'est que je n'ai pas su le faire passer ou que je n'ai pas eu le souci de chercher comment est faite l'oreille de mon interlocuteur ».

 

Et de son propre le cas le militant catholique chevronné glisse à celui de l’Église. « Celle-ci répond trop souvent à des questions qu'on ne lui pose plus. Efforçons nous de chercher de quoi est faite l'oreille, le cœur, les appétits, les attentes des hommes, et des femmes d'aujourd'hui parce que ceux-ci ne sont pas plus mauvais ni moins disponibles, que ceux d'hier, mais leurs oreilles sont 'paramétrées' autrement. »

 

Une posture à méditer pour toux ceux – clercs et laïcs – engagés dans la tache délicate de la communication de la Bonne nouvelle aujourd'hui.

 

  1. Le pari de la fraternité, Guy Aurenche et François Soulage, entretiens avec Aimé Savard, éd. de l'Atelier, 240 p., 22 €.

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 09:41

 

Encore un. Depuis plusieurs mois, les textes de catholiques et/ou de prêtres qui demandent des réformes pour sauver leur Église s'accumulent.

 

Cette fois, il s'agit d'un court manifeste de deux pages, paraphé par quatre prêtres du diocèse belge de Liège, dont le doyen du chapitre cathédral et un vicaire général émérite. Par vraiment des francs-tireurs, donc. Dans « l’Église est dans l'impasse : comment en sortir  », les rebelles pointent la cause de tous les maux : le « système de chrétienté ».Les auteurs rappellent qu'il date « de l’ère constantinienne, du baptême des rois et de tout leur peuple, de l’alliance du trône et de l’autel » et que ce système « n’était pas la situation des origines de la foi chrétienne ni même de la prédication évangélique par Jésus et les premiers disciples ».

 

Puisque le « refus de voir et prendre les mesures du changement (…) renforce le déclin » et décourage chrétiens et pasteurs, le quatuor de frondeurs propose de renoncer à trois principes majeurs du fonctionnement ecclésial actuel :

- la civilisation paroissiale, laquelle ne serait que la marque d'une « coïncidenceentre société civile et communauté chrétienne », d'où son obsolescence.

- la pastorale d'encadrement « celle qui "tient" l'homme de la naissance à la mort en passant par l'adolescence et la mariage »

- la séparation des fidèles et des ministres de l’Église, « comme entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas »

 

Pour ces auteurs ambitieux, ce « vaste programme » est accessible si l'on se rappelle « combien nos institutions sont marquées par une histoire de chrétienté, toute contingente ». Après tout, dans son herméneutique du Concile Vatican II, Benoît XVI explique que l'on peut envisager une rupture sur les éléments contingents en restant dans la continuité du sujet-Eglise. Je doute fort que le Vatican place dans les contingences historiques la distinction clerc-laïcs.

 

Après avoir lister quelques « impulsions fortes » assez convenues, les quatre séditieux affirment ; « Il ne faudrait que peu de choses pour que l’Évangile se fasse à nouveau entendre comme la Parole qui donne Vie, rien qu’un changement de paradigme, le renoncement à une figure sociale contingente pour laisser place à une autre figure contingente. Une histoire est ouverte devant nous. »

 

Avant cela, ces rêveurs révolutionnaires risquent de vivre un autre histoire : celle des foudres diocésaines et/ou romaines.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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