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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 09:12

 

Le diocèse de Bourges souhaite vendre l'église Saint-Éloi de Vierzon. Le prix est estimé à 170.000 € pour un bâtiment construit dans les années 50 et aujourd'hui sans utilité pour la communauté catholique. Cette histoire n'aurait pas connu les honneurs des gazettes sans l'évocation d'une discussion avec une association musulmane.

 

Le cas n'est pas une première. En février dernier, à Bordeaux, la possibilité de céder un local d'aumônerie scolaire non utilisé pour en faire une mosquée avait soulevé les hauts cris de certains.

 

La future ministre socialiste Michèle Delaunay, conseillère générale du quartier, ne voyait pas d'un mauvais œil que la communauté musulmane locale, importante dans ce quartier populaire et métissé, dispose d'un lieu de culte digne.

 

En face, le funeste Bloc identitaire (célèbre pour avoir envahi le chantier de la grande mosquée de Poitiers le week-end dernier) trouvait à ses côtés un très généreux « Collectif de catholiques bordelais en colère », lequel avait même lancé un blog pour fédérer les opposants. De brave chrétiens très soucieux du bien être d'autrui, dans un esprit très Vatican II !

 

Finalement, arguant que les porteurs du projet avaient rompu leurs liens avec l'Association des musulmans de Gironde, principal partenaire des autorités catholiques locales, le diocèse de Bordeaux avait renoncé à ce projet.

 

Dans l'affaire de Vierzon, alors que rien n'a encore été acté, on a beaucoup entendu les opposants à cette possibilité de transfert d'un lieu de culte. La presse locale a même raconté comment Russia Today ou le Washington Post avaient évoqué l'histoire, emboîtant le pas de nos pamphlétaires réactionnaires tricolores, comme Robert Ménard.

 

Le projet a pourtant ses défenseurs, dans le camp des chrétiens progressistes. Dans un communiqué, Annie et Philippe Grazon font remarquer que l’association des Marocains, acquéreur potentiel du bâtiment, représente « des musulmans modérés » et que ces derniers « ont besoin d’une salle correcte et suffisamment spacieuse. C’est leur droit ».

 

Au-delà, l'argument de ce couple de militants catholiques du groupe « Nous sommes aussi l’Église » du Cher (1) est clairement de type religieux. « Le bâtiment église resterait lieu de prière pour des croyants, ayant Abraham comme ancêtre commun avec les chrétiens. Si l’on se réfère à l’esprit évangélique dont les chrétiens se réclament, la tolérance n’est pas facultative, elle est indispensable, comme elle l’est chez les vrais musulmans ».

 

Conscient de la tension interreligieuse en France, ils invitent nos compatriotes à un changement de regard : « Arrivera-t-on à voir nos différentes religions comme des écoles d’humanité, qui ne doivent pas s’opposer les unes aux autres, mais qui ont tout à gagner à dialoguer entre elles ?» Et les époux Grazon d'affirmer ne pas être seuls à tenir ce discours favorable au projet de mosquée. « Parmi les chrétiens les plus concernés, parce que fréquentant régulièrement cette église, beaucoup sont dans cette optique, disant même 'A l’occasion,  j’irais bien prier avec eux' ».

 

D'autres candidats à la reprise se sont fait connaître pour Saint-Éloi. On parle notamment d'une structure intéressée par la contenance du local - plus de 200 places - pour organiser des obsèques civiles.

 

Certains préfèrent-ils qu'une ancienne église devienne un lieu pour célébrer la mort plutôt que la foi ?

 

(1) Membre du réseau des Parvis

 

 

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 13:22

 

 

Ancien président de l'ACI (Action catholique des milieux indépendants) puis du CCFD (entre 1981 et 1987), Gabriel Marc est décédé le 20 octobre, à 79 ans.

Son ami Michel Bloch-Lemoine lui rend hommage.


Marc


 

Gabriel Marc vient de nous quitter, ce 20 octobre, avant même d’avoir atteint son quatre-vingtième anniversaire, le 1er janvier prochain.

 

Le 13 mars dernier, nous étions quatre ou cinq autour de lui, dont Jean Rigal, chez Gérard Bessière, près de Cahors, pour rédiger la brochure « A l’écoute de la parole » que nous avons publié le mois suivant. Après le déjeuner, nous l’avons vu s’effondrer à terre dans le jardin et, le souffle court, ne plus pouvoir se relever. Simone, son épouse, l’a immédiatement remmené chez eux, près de Sarlat.

 

Je ne l’ai pas revu. Comme beaucoup de ses amis proches, j’ai choisi de ne pas lui rendre visite, et nous avons correspondu par téléphone et par internet. Je ne raconterai pas les multiples épreuves de Gabriel au cours des sept derniers mois, ses nombreux examens et ses multiples hospitalisations dans plusieurs établissements, ses souffrances dues à une polypathologie complexe.

 

Je ne raconterai pas non plus sa carrière d’administrateur de l’INSEE très tôt orientée vers l’Outre-Mer, son rôle dans la représentation française au Conseil économique et social des Nations Unies. D’autres reparleront de son cursus militant à la présidence de l’Action catholique des milieux indépendants (1971-1977), puis à celle du Comité Catholique contre la faim et pour le développement (1982-1988) et des Commissions Justice et Paix d’Europe.

 

C’est à travers ces expériences qu’il avait, sans rien renier de la rigueur intellectuelle de l’économiste, été convaincu que, seule, la solidarité – qu’en tant que chrétien il appelait l’Amour - pouvait humaniser une inévitable mondialisation.

 

De nombreux lecteurs de La Croix et de Témoignage chrétien gardent le souvenir des dizaines d’articles qu’il a publié au cours des dernières décennies. Il a donné jusqu’à ces derniers temps un grand nombre de conférences, dont beaucoup mériteraient d’être rassemblées dans un recueil.

 

Je voudrais seulement ici témoigner de la foi de Gabriel Marc, comme d’autres le feront sans doute aussi en d’autres temps et en d’autres lieux. Depuis 1980, nous avons été quatorze à constituer autour de lui ce que l’on peut appeler une communauté de base. Nous sommes encore huit aujourd’hui, survivants des 221 réunions d’un ou deux jours qui nous ont rassemblés depuis plus de trente ans.

 

Dans le livre qu’il a écrit en 2000 (1), mais qu’il n’aimait guère faute d’avoir pu s’y exprimer comme il l’eut désiré, Gabriel nous livrait quelques clés de son espérance. Sa formation de statisticien l’avait aidé à passer d’une représentation du monde, en segments linéaires selon la logique de la mécanique, à une nouvelle logique de la complexité selon une approche systémique.

 

Une logique qui nous montre « que le monde est déchiffrable, que l’on peut s’orienter en son sein, et participer à son devenir. Chacun de nous est une cellule indispensable à la vie du corps social (ou ecclésial) comme chaque cellule est indispensable à la vie du corps humain » (2).

 

C’est sur cette base qu’il avait pu enrichir sa compréhension et sa « contemplation du mystère de Dieu, dont Jésus nous a permis l’approche. Le Dieu Trinité peut être compris comme un système où « le Père se donne éternellement au fils, hormis le fait d’être Père, le Fils se donne éternellement au Père, hormis de fait d’être Fils, et ce don mutuel inépuisable, c’est l’Esprit ».

 

La foi de Gabriel Marc a été avant tout une foi trinitaire, œuvrant à déchiffrer cette immense histoire du monde et de l’humanité qui, selon Joseph Moingt (3) « est non moins celle de Dieu, de Dieu faisant histoire avec les hommes par un lien au Christ dans l’Esprit ».

 

Comment s’étonner, dès lors, de son attente lucide, humble et paisible, de la mort. Dès 2000, il écrivait « Il me semble que ce moment de la mort, crucial pour moi seul à ce moment-là, ne surgira pas n’importe comment, mais à un point de maturité, indépassable, où je ne serai plus utile ici-bas ». Il a pleinement conservé jusqu’au bout sa lucidité et son humour.

 

Son attachement à l’Eglise et la grande connaissance qu’il en avait acquise l’ont poussé à désirer la voir renouveler un aggiornamento radical. Mais, réaliste, il avait compris qu’il n’en serait pas témoin. Il avait acquis la conviction que seule, une action des laïcs pourrait, à la base, en être l’instrument : « Il y a donc nécessité d’imaginer dès maintenant et d’expérimenter sans tarder un nouveau tissu ecclésial pour notre temps. Selon moi, il repose sur de petites unités ecclésiales à taille humaine de nature communautaire » (4).

 

N’est-ce pas, après Yves Congar il y a longtemps, et bien d’autres aujourd’hui, ce que vient de nous répéter Joseph Moingt : « Quand on aura renoncé à ces vains espoirs, il paraîtra évident que le changement ne pourra venir que d’en bas, et quand des laïcs chrétiens l’auront amorcé, poussés par le souffle de l’Esprit, l’ensemble de l’Eglise saura y reconnaître son salut » (5).

 

Une dernière et modeste consolation de Gabriel aura peut-être été d’apprendre que le Conseil permanent de l’Episcopat m’avait demandé d’envoyer notre brochure « A l’écoute de la parole » aux sept évêques français appelés à siéger à Rome au Synode sur la Nouvelle évangélisation.

 

Nunc dimittis servum tuum, Domine … Et maintenant, Seigneur, laisse reposer ton serviteur … (6).

 

Michel Bloch-Lemoine

 

(1) Il faut aimer l’Eglise, nom de Dieu, Gabriel Marc, l’Atelier, 2000.
(2) Op. cit., p. 143.
(3) Dieu qui vient à l’homme, de l’apparition à la naissance de Dieu, Joseph Moingt, Cerf, 2005.
(4) Promouvoir des communautés, Gabriel Marc, in A l’écoute de la Parole, 2000 catholiques élèvent la voix, CELEM, Avril 2012, pp. 41-42.
(5) Faire bouger l’Eglise catholique, Desclée de Brouwer, 2012, 192 pages.
(6) Luc, 2, 29-32.

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 15:37

 

Comme chaque 17 octobre, ATD Quart-Monde se mobilise toute une journée pour nous inviter à refuser le misère , à nos portes comme ailleurs. Une des convictions majeures du mouvement fondé par le P. Joseph Wresinski (1917-1988) est de donner la parole aux plus modestes, à celles et ceux que la vie a rendu invisibles et inaudibles au plus grand nombre.

 

Dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine, Le pari de la fraternité *, les présidents de deux grandes ONG catholiques, qui travaillent souvent aux côtés d'ATD, abordent cette question de l'expression directe des populations auxquelles ils viennent en aide.

 

Voici un extrait de leur dialogue :

 

Guy Aurenche (président du CCFD Terre solidaire)  : Sur l'attitude que nous devons avoir vis-à-vis des plus pauvres, j'entends souvent dire dans nos milieux : « Nous devons être la voix des sans voix ». Je ne supporte pas cette expression car elle semble vouloir dire que les pauvres n'ont pas de voix. Or ce ne sont pas les pauvres qui n'ont pas de voix. C'est nous qui n'avons d'oreille pour les entendre. Cela a des conséquences sur le fonctionnement de nos associations.

 

Si nous étions la voix des sans-voix, il faudrait par exemple que le CCFD Terre solidaire aille dire comment les femmes du Kivu se sont fait spolier. Ce n'est pas notre attitude. Nous allons aider ces femmes afin qu'elles aillent à l'Assemblée nationale du Congo à Kinshasa pour dénoncer une loi et des pratiques coutumières. Ce n'est pas pas moi qui vais le dire, mais je les aurai aider à le dire quand même.

 

François Soulage (président du Secours catholique) : Dans le passé, nos associations ont certainement dû, parfois, être la voix des sans voix. Cela se comprenait peut-être à l'époque. Mais aujourd'hui, nous ne devons pas nous substituer aux pauvres pour parler en leur nom. Il faut combattre cette tentation dans nos organismes – comme en chacun de nous – et c'est un combat permanent et difficile. (…) Sur le plan théorique, tout le monde est d'accord. La résistance est psychologique de part et d'autre.


Donner la parole aux plus pauvres dans des organismes comme les nôtres n'est pas simple. Les plus pauvres ne s'expriment pas nécessairement comme nous, comme nos militants. Ils ne font pas les mêmes analyses. Ils n'emploient pas les mêmes mots. Ils ne prennent pas les mêmes précautions oratoires. Ils expriment parfois plus de brutalité, voire d'agressivité. Mais pour être vrais, il faut prendre le risque de leur donner la parole.

 

Dans l’Église catholique également, la parole du pauvres est difficilement audible. La dynamique Diaconia 2013 Servons la fraternité en a fait un de ses objectifs.Depuis le 1er septembre 2012, les animateurs de Diaconia invitent à réfléchir la place des pauvres dans la liturgie. Dans la nef, comme dans le choeur.

 

 

* Le pari de la fraternité, Guy Aurenche et François Soulage, entretiens avec Aimé Savard, éd. de l'Atelier, 240 p., 22 €. A paraître le 25 octobre.

 

 

 

 

 

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 13:46

Dimanche 7 octobre sur un radio allemande, Mgr Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a confirmé ce que l'on pressentait : la fin des pourparlers sur le retour de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) au sein de l’Église catholique. Des signes en ce sens avait été donnés par des responsables intégristes, mais c'est la première fois qu'un haut responsable du Vatican l'exprime clairement.

 

Que cette parole soit portée à quelques jours du cinquantième anniversaire de ouverture du Concile ne relève sans doute pas du hasard. « L'Église n'a pas à négocier sur les fondements de sa foi, a dit le prélat allemand, qui a confirmé que les discussions avaient été interrompues et qu’il ne croyait pas qu’elles seraient relancées.

 

Si donc, la main tendue de Rome n'a pas trouvé pas preneur, Benoît XVI ne pourra pas venger le cardinal Ratzinger. Alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il était l'émissaire de Jean Paul II et chargé de la conciliation de la dernière chance, le matin même de la quadruple ordination épiscopale de 1988.

 

S'agit-il pour autant d'un échec, pour le pape ou pour l'ensemble de l’Église ? Je ne le pense pas. Il convient de féliciter le pape pour sa fermeté et, surtout, de le convaincre que cet apparent fiasco cache une belle réussite.

 

1. Il apparaît clairement que l'échec est dû à l'intransigeance unilatérale du camp intégriste. Rome a fait tous les efforts possibles et donné tout le temps raisonnable à ses interlocuteurs. Lesquels n'ont eu de cesse de demander des amendements au texte présenté par Rome. On ne saurait imputer ce résultat au Saint-Siège.

 

2. Le statu quo apporte une clarification sur qu'est l’Église catholique romaine. Il y a 50 ans, lors du Concile Vatican II, elle a choisi une orientation nette dans trois domaines importants et connexes – liberté religieuse, œcuménisme, dialogue avec les autres religions. Même au nom de la diplomatie ou de la charité chrétienne, il n'est pas possible de revenir sur cet ADN catholique. Ce qu'a réaffirmé justement Mgr Müller.

 

3. Certains catholiques qui veulent pousser plus loin l'aggiornamento voyaient s'effondrer cette possibilité dans un accord funeste. Ils vont retrouver confiance dans la sagesse de l’institution. La boussole conciliaire demeure 50 ans après, et peut donc, un jour, être réactivé pour une nouvelle expérience de remise à jour.

 

4. Le temps du dénigrement de tout ce qui n'est pas catholique est bien révolu. En le réaffirmant, l’Église conserve sa crédibilité dans les débats qui agitent l'agora des philosophies et des religions. Tant que l'ombre du négationniste Mgr Williamsson (ni réintégré, ni excommunié, dans un statut incompréhensible pour le communs des fidèles) planait autour du Vatican, cette position était compromise, notamment pour les relations judéo-chrétiennes.

 

5. Les équipe du Saint-Siège travaillant sur la question depuis des mois, comme les journalistes et blogueurs spécialisés dans la galaxie catholique, vont pouvoir enfin, fermer le chapitre interminable de ces négociations.

 

Pour ces cinq raisons, je veux affirmer cet oxymore  : vive l'échec.

 

Le deuil de la résolution du schisme doit être vécu dans la sérénité. Les Lefebvristes les plus conciliaro-compatibles vont s'intégrer dans le dispositif existant – les groupe de 'ralliés' mis en place par la commission ecclesia Dei – et les autres resteront dans leur galaxie.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 21:20

 

Pour une fois dans ce blog, je vais parler de moi et ne dire du mal de personne.

 

Samedi 29 septembre, j'ai participé à une réunion d'anciens amis en Gironde. Nous étions une trentaine, entre 35 et 50 ans, venu(e)s de Paris, Nantes, Barcelone et, en majorité, du Sud-Ouest. Nous avons joué, parlé, bu, mangé, dansé. Nous avons évoqué nos vies, nos familles, nos boulots, nos envies et nos soucis. Et la nuit fut courte.

 

Notre point commun : les camps sous tente organisés dans les Pyrénées par l'Aumônerie catholique de l'Enseignement public de Bordeaux entre 1982 et 1994. Durant douze ans, comme collégiens ou animateurs (étudiants ou jeunes professionnels), souvent les deux à quelques années d'intervalle, nous avons vécu des séjours estivaux inoubliables.

 

A travers les images, sont réapparus les marches en montagne, les jeux, la convivialité, bien sûr mais aussi les temps de réflexion spirituels et les célébrations. Les premières amours également : nombre de couples y sont nés ou s'y sont épanouis.

 

Un quart de siècle après, combien d'entre nous sont des piliers de paroisses ? Une poignée. Beaucoup ne fréquentent guère les églises - certains ne pratiquaient pas non plus à l'époque - ou ne définissent pas comme chrétiens.

 

La n'est pas l'essentiel. Pour la plupart d'entre nous, l'aumônerie de notre jeunesse demeure un des plus grands lieux d’Église de notre existence, quand ce ne fut pas le seul. Toutes et tous, nous savons devoir ces moments fondateurs de nos existences à quelques personnages : un prêtre au charisme flamboyant, des religieuses attentives, des aumôniers laïcs généreux.

 

Ils nous ont appris à devenir adultes en nous confiant des jeunes. Ils nous amenés à nous positionner dans notre foi, balbutiante ou assumée. Ils nous ont aidé à devenir des enseignants, des soignants, des éducateurs, une architecte, un imprimeur, un journaliste ou.... un pilote d'avion. Mais aussi des parents qui nous appliquons à transmettre à nos enfants les valeurs acquises durant ces séjours.

 

Peut-être un visiteur extérieur ce soir-là n'aurait pas perçu le lien spirituel entre nous tous. Pas de croix dans la salle, pas de temps de prière. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux » dit Matthieu (18, 20). Dieu était présent, bienveillant, tout comme comme notre aumônier, pourtant à 800 km de nous.

 

En regardant les diapositives, nous avons retrouvé des visages et des noms que l'on croyait prisonnier pour toujours dans nos mémoires. Et devant l'image, en aube de célébrant, de celui qui fut le maître spirituel - et l'ami - de beaucoup, l'émotion du groupe était évidente.

 

Sans lui, beaucoup d'entre nous auraient agi comme la majorité de nos contemporains et rejeté une Église catholique qui n'avait pas grand chose à leur dire. Sans lui, vous ne liriez pas ces lignes car ce blog n'existerait pas. Il faut aimer l’Église pour la titiller et cet attachement, je le lui dois en grande partie. Sans cet aumônier, ses collègues et successeurs, je n'aurais pas consacré 20 ans de ma vie professionnelle (octobre 1992 – octobre 2012) à la presse chrétienne.

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 06:56

 

On a beau le savoir, cela demeure toujours aussi difficile à admettre. L’Église catholique est une gérontocratie. Une petite info relevée par le Carnet de La Croix (24 septembre) montre que cette réalité demeure.

 

On y apprend que, vendredi 21 septembre, la Confédération bénédictine, qui regroupe 23000 disciples de saint Benoît, a décidé de réélire à sa tête l’Allemand Notker Wolf [http://fr.wikipedia.org/wiki/Notker_Wolf], pour quatre ans. L'homme est âgé de 72 ans et assure la fonction de primat depuis 12 ans déjà. A voir sa photo, le P. Wolf jouit d'une bonne forme physique. Guitariste et flûtiste, il a participé à un groupe de rock il y a quelques années, montant sur scène à l'occasion. Sans doute était-il plus fringuant à 60 ans, quand il a pris son poste, qu'il le sera en 2016, quand il aura 76 ans et achèvera son mandat.

 

Un tel choix est décevant de la part du monde monastique dont la tradition permet ainsi à des anciens hauts responsables de redevenir simple moine sans disgrâce aucune. Chose impossible pour un évêque. S'il ne fut que quatre ans à la tête de l'Ordre dominicain, le frère Timothy Radcliffe fait bien mieux rayonner sa vision du monde aujourd'hui que s'il était resté en responsabilité.

 

Au moment où l’Église catholique se penche sur la question de la nouvelle évangélisation, l'heure n'est toujours venu au rajeunissement des cadres. On observe même parfois le phénomène inverse. A Rome, le pape rechigne à remplacer ses principaux collaborateurs qui ont dépassé l'age légal de la retraite chez les prêtres : 75 ans. On pense ainsi au numéro deux du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, lequel devrait jouir de la retraite depuis... décembre 2009. Et la plupart des chefs de congrégations ou de conseils pontificaux ont passé les 70 ans.

 

On se souvient que durant les dernières années de son pontificat. Jean Paul II, malade, avait refusé de se séparer de sa garde rapprochée, qu'elle soit au Vatican – Joseph Ratzinger avait vu sa démission refusée – ou ailleurs, comme à Paris ou le cardial Lustiger, également souffrant, a du jouer les prolongations à contre cœur. Actuellement, les cardinaux-archevêques de Cologne, Lisbonne, Madrid, Buenos-Aires, Chicago ont La Havane ont dépassé l'âge légal.

 

Hélas, l’exception va bientôt devenir règle. Le Vatican se prépare à acter que la limite des 75 ans, sagement fixée par Paul VI en 1966, pourrait être dépassée sans souci pour certains postes jugés pas trop exigeant physiquement. À la Curie dans un premier temps, et peut-être dans les diocèses. De quoi fait penser au mandat à vie, en vigueur dans nombre d’Églises orientales.

 

Déjà en France, un prélat en bonne santé physique de 75 ans ne voit pas sa démission acceptée avant plusieurs mois. A fortiori, si le diocèse est important. Il va bientôt falloir apporter un certificat médical pour être décharger de sa mission !

 

Sans parler de l'image donnée, la prééminence des anciens est un handicap pour que l'institution jouisse d'une bonne compréhension de la situation et des évolutions d'un monde. Surtout quand celui-ci qui tourne dix fois plus vite qu'à l'époque où les vieux messieurs qui dirigent l’Église ont étudié dans des séminaires souvent peu ouverts à leur temps.

 

En Occident, les peuples se dotent de chefs politiques plus près de 60 que de 80 ans. Le suffrage universel faisant le reste pour éviter les trop longs baux. Dans les hautes sphères catholiques, il revient à la structure même de réguler l'âge de ces cadres.

 

Sauf à vouloir fournir une nouveau motif de procès en archaïsme.









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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 06:32

 

Mardi 11 septembre, le cardinal André Vingt Trois, président de la Conférence des Évêques de France, rencontrait la presse pour évoquer les visites ad limina des évêquesde France http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/espace-presse/dossiers-de-presse/visites-ad-limina-des-eveques-francais-14917.html

prévues entre septembre et novembre prochain. Il s'agit d'une voyage périodique à Rome– le dernier date d'il y a 8 ans – durant lequel les évêques rencontrent les responsables des services du Vatican et évoquent les réalités vécues et les questions pastorales.

 

« La question des négociations avec la Fraternité Saint Pie X ne sera pas absente des échanges lors de nos rencontres », a précisé le cardinal. Il s’agit la d'un bel euphémisme, tant les interminables discussions entre Rome et Mgr Fellay demeurent un sujet sensible dans bien des diocèses de France.

 

L'archevêque de Paris, comme son mentor Jean-Marie Lustiger n'a jamais porté les courants intégristes dans son cœur. « La copie de la Fraternité est renvoyée à chaque fois », fait-il remarquer pour rappeler que Rome n'a, pour l'heure pas cédé à l'intransigeance de ses interlocuteurs qui veulent réintégrer le giron romain sans rien renier de leurs convictions et de leur vision divergente de l’Église.

 

On a fait remarquer que l'Institut du Bon Pasteur, installé à Bordeaux depuis plus de cinq ans, ne s'était jamais intégré au travail du diocèse. « L'expérience du Bon Pasteur n'est pas l'unique tout modèle de réconciliation, donc n'est pas significative, a répondu Mgr André Vingt-Trois, bien conscient de la difficultés de ce genre de greffe. Le cardinal Ricard [archevêque de Bordeaux] a fait une évaluation. On attend ce que va dire Rome. Mais la négociation avec la Fraternité Saint-Pie X est d'un autre ampleur » De toute façon, la décision sera prise entre Rome et Ecône et la France n'aura pas grand chose à dire.

 

Le cardinal a laissé entrevoir sa position et son exigence dans le dossier en évoquant un « point sensible ». Le nature posé et diplomatique du prélat fait merveille pour dire ce qu'il a sur le cœur, sans agressivité aucune et tout en ménageant l'avenir. « On ne peut se réconcilier sans accepter de reconnaître ce que vit l'autre. Quand un prêtre ou un organisme me dit que la messe que je célèbre est hérétique, nous ne sommes pas dans une dynamique de réconciliation ».

 

« Les intégristes pratiquent différemment. Je le conçois. Je demande le respect en retour ». Une exigence qui paraît minimale, mais qui, à en croire le prélat, n'existe pas chez les partenaires du dialogue..

 

Ces quelques phrases laissent entrevoir un sentiment double chez le prélat. Une espère de schizophrénie que les politiques connaissent. Si le cardinal de l’Église catholique, soucieux de l'unité de celle-ci, souhaite la réconciliation avec les disciple de Mgr Lefebvre, on se demande si l'archevêque de Paris, à la tête des évêques de France, désire réellement que cet accord.

 

Car il en connaît parfaitement les conséquences pastorales.

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 13:03

Créée à l'initiative du cardinal Lustiger en 1999, la chaîne catholique KTO n'a pas précisément la réputation d'être rigolote ou ludique. La colonne vertébrale de sa grille – laudes, chapelet et Vêpres depuis Paris ou Lourdes -, tout comme la forte présence papale en font un produit peu propice à la détente.

 

Il va falloir désormais penser autrement. Déjà l'an passé, le Cathologue est venu perturber les habitués des contenus idéologiques très sûrs. La mini-série de quatre minutes met en scène un duo d'étudiants cathos. Le premier, bon croyant mais bredouillant, tente d'expliquer sa foi sans succès pendant que son acolyte, moins au point au niveau religieux mais plus direct et meilleur communicant, transforme la séquence en un échange loufoque et théologiquement iconoclaste.

 

Si le caractère comique est inégal – et différemment apprécié par les fidèles de KTO - l'originalité du style est louable. Et surtout, il montre la possibilité de parler de foi de façon totalement décomplexée. Quitte à aboutir à « du grand n'importe quoi », selon les mots de la directrice des programmes, Philippine de Saint-Pierre. Plébiscité sur les réseaux sociaux et sur le site internet de la chaîne, le Cathologue poursuit donc sa route baroque cette année.

 

La grande innovation de la rentrée de la chaîne catholique est un jeu. Oui, un jeu télé classique avec un animateur, des candidats, des questions, trois réponses possibles, des buzzers, une finale et des cadeaux. A la baguette de QCM « Quiz du chrétien en marche », on trouve une espèce de gendre idéal avec sourire incorporé, inconnu du PAF, répondant au nom de Charlie Clark.

 

Quand il ne sévit pas sur KTO, l'homme est magicien. Pour parler de culture religieuse, il fallait bien ça. Car les questions, tout de même, répondent au cahier des charges de la chaîne. Il s'agit de tester sa culture chrétienne et biblique. Dans l'extrait présenté à la presse, les trois candidats devaient donner le nombre exact de pains et de poissons obtenu lors d'un fameux miracle.

 

Et comme sur le plateau de Julien Lepers, le candidat en tête peut choisir son thème : Bible, saints et saintes, liturgie... Le tout est vécu dans la bonne humeur. Bientôt, un espace sur le site internet permettra de se tester sur des questions et de faire acte de candidature.

 

Personne ne deviendra millionnaire, le budget de KTO n'égalant pas celui de TF1 même en crise. Les perdants rentreront chez eux avec des livres et des jeux. Quand au grand vainqueur du mois, il gagnera un voyage au soleil, comme avec Nagui. Mais il s'agira pas d'un séjour en Hôtel club all inclusive (1), mais d'une semaine en Terre sainte.

 

Il reste à savoir si, à l'instar des enseignants à la retraite de Questions pour un champion ou du Jeu des mille euros, le QCM sera l'apanage des diplômés en théologie.

 

Rendez-vous samedi 8 septembre à 21h45 (ou dimanche à 19h40), ou sur internet.

 

(1) Formule tout compris : logement, restauration, animation...

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 12:38

 

L'assemblée du Forum international d’Action catholique (FIAC), organisé du 22 au 24 août à Iaşi (Roumanie) avait pour thème « Corresponsabilité ecclésiale et sociale ». En cette année de commémoration conciliaire, Benoît XVI a rédigé un texte très encourageant sur le rôle des laïcs. Conscient que certaines intuitions de Vatican II avaient du plomb dans l'aile, il a appelé à un « changement de mentalité », sur le rôle des laïcs dans l’Église, qui doivent être « considérés non pas comme des 'collaborateurs' du clergé, mais comme des personnes réellement 'coresponsables' de l’être et de l’agir de l’Église ». Voici qui devrait combler tout ceux (et celles) qui pensent que les clercs ne doivent pas décidés seul de l'avenir de l’Église.

 

Benoît XVI demande aux laïcs de « s’approprier l’engagement à œuvrer pour la mission de l’Église (prière, l’étude, la participation active à la vie ecclésiale) », ceci avec « un regard attentif et positif envers le monde, dans la recherche continuelle des signes des temps ». Encore un clin d’œil à Vatican II bienvenu chez un homme souvent fâché avec son époque. On apprend également que le « charisme » des laïcs « assume la fin apostolique de l’Église dans sa globalité, en équilibre fécond entre Église universelle et Église locale ». Parfait, les simples baptisés sont donc en phase avec « l'élite » des ordonnés (en deux mots...).

 

C'est alors que le vent de liberté est quelque peu douché. Le pape appelle les laïcs à « assumer et partager les choix pastoraux des diocèses et des paroisses ». Lesquels sont sont la prérogative de l'évêque. Il n'est là plus question de corresponsabilité dans la prise de décisions. L'égalité entre clercs et laïcs en reste donc au niveau de l'exécution – ce qui n'est pas si mal – mais pas de l'orientation générale qu'il est parfois difficile de « partager » et donc d' « assumer ». Je demeure un grand naïf.

 

Ne boudons pas notre plaisir, car le reste du texte est positif. Les laïcs sont appelés à « offrir leur disponibilité pour participer, à tous les niveaux de la vie sociale, culturelle et politique » ayant toujours pour fin « le bien commun ». Pour mener une vie « transparente», « guidée par l’Évangile » et « éclairée par la rencontre avec le Christ, aimé et suivi sans crainte », Benoît XVI les encourage à « être des témoins courageux et crédibles dans tous les milieux de la société ». Si j'étais mauvaise langue, je noterais que l'on demande aux laïcs d'être crédibles dans leur témoignage, comme si d'autres témoins l’étaient moins. Mais, c'est mesquin. D'ailleurs je ne l'ai pas dit.

 

Alors concluons joliment avec les propos papaux. Par les laïcs, l'Évangile est « lumière qui porte espérance dans les situations problématiques, de difficultés, d’obscurité » du monde actuel. Et de les exhorter à devenir, au cœur du monde, « un laboratoire de mondialisation de la solidarité et de la charité», dotés du « courage de formuler des propositions exigeantes », afin de « grandir, avec toute l’Église, dans la coresponsabilité d’offrir un futur d’espérance à l’humanité ».

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 10:24

 

La désormais fameuse  Prière pour la France du 15 août, proposée par le cardinal André Vingt-Trois aux curés de France, a fait couler beaucoup d'encre.

 

La quatrième intention : « Pour les enfants et les jeunes ; que tous nous aidions chacun à découvrir son propre chemin pour progresser vers le bonheur ; qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère » a été vue,à raison, comme une opposition au projet gouvernemental de mariage homosexuel. On trouvera ici un florilège de réactions sur le blog des paroissiens progressistes  ou dans La Croix. 

 

Un sondage, effectué ce mois -ci par l'ifop pour La lettre de l'opinion indique que 45% des catholiques pratiquants sont favorables aux mariages homosexuels et 36% favorables à l'adoption par des couples de même sexe. On peut parler d'une opinion catholique divisée.

 

Le Figaro a demandé son avis à l'autre tête de l'épiscopat français, le cardinal Philippe Barbarin,

Comme toujours, la prose de l'archevêque de Lyon est riche et m'inspire quelques remarques.

 

Tout à fait d'accord avec Philippe Barbarin qui redit en quoi la prière, même pour la chose publique, n'est en rien contrainte par la laïcité, ce que semble refuser certains. C'est devenu récurrent dans les propos d'évêques aujourd'hui : expliquer sans cesse ce qu'est et n'est pas cette foutue laïcité que les gens (et les politiques les premiers) ne comprennent (et ne travaillent) pas.

 

Par contre, je ne suis pas (du verbe suivre) le cardinal dans son couplet « l'heure est grave. C'est une rupture de civilisation ». Pas seulement parce qu'à titre personnel, je n'ai rien contre le mariage gay. Mais cette dramatisation est en contradiction même avec le début de l'interview et son évocation d'une famille rom qui a obtenu un visa de séjour. La civilisation est un danger par endroit, mais non pas là. La mémoire de l'Abbé Pierre, star de l'été, serait-elle déjà oubliée ?

 

Enfin, je m'interroge sur cette phrase lancée par le prélat à nos législateurs : «  Je ne voudrais pas qu'ils se croient la mission de changer le monde ». Comment peut-on croire et encourager le politique comme le font nos épiscopes depuis quelques décennies et tenir un tel propos ! Le cardinal pense-t-il que changer le monde signifie tout mettre par terre dans un fantasme néo-soixante-huitard de type ratzingérien ? Ou que le monde ne peut vivre que selon les règles familiales étroites que défend – un peu seule aujourd'hui – l’Église catholique.

 

Je ferai grâce au cardinal, capable de citer la Bible en donnant le numéro de verset - de quelques passages évangéliques appelant à séparer affaires civiles et religieuses.

 

Pour conclure, et pour nous réconcilier avec les prélats qui tentent de diriger nos âmes, n'oublions pas la première des intentions de prière proposées par l'archevêque de Paris, que je signe avec enthousiasme : « En ces temps de crise économique, beaucoup de nos concitoyens sont victimes de restrictions diverses et voient l’avenir avec inquiétude ; prions pour celles et ceux qui ont des pouvoirs de décision dans ce domaine et demandons à Dieu qu’il nous rende plus généreux encore dans la solidarité avec nos semblables ».

 

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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