Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 10:23

 

Pendant que les intégristes étudient la proposition de Rome, les évêques français ne paraissent pas mobilisés face à la crise que provoquerait la signature de la Fraternité Saint-Pie X.

 

Les 7 et 8 novembre, les grands chefs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X se retrouvent pour étudier la proposition du Vatican. En Italie, les chefs lefebvristes vont décortiquer le mystérieux protocole doctrinal censé exprimer les conditions à accepter pour un retour en pleine communion avec Rome.


D'ici là, à Rome il ne se passera rien. Le Vatican a dit son dernier mot. Soit. Mais l’Église ne peut se restreindre aux bureaux de la Curie.

 

Que se passe-t-il en France, pays d'origine de la fronde intégriste et très concerné encore aujourd'hui ? On tremble ou on espère, selon son camp. La Conférence des évêques fait l'autruche, n'osant aucun commentaire lors du pénultième acte du feuilleton (la rencontre du 14 septembre entre Mgr Fellay et le cardinal Levada à Rome) se contentant de reprendre le communiqué officiel du Vatican.

 

Mais qu'attendent nos prélats pour se bouger ? Ils savent bien, du moins les plus anciens, comment fonctionne le Vatican en pareil cas. Même si on peut espérer des progrès sur la forme et la communication, il n'est pas inutile de rappeler quelques précédents.

 

En 1995, lors de la révocation de Mgr Jacques Gaillot, les évêques ont appris la nouvelle par les journalistes venant tendre micros et carnets de notes.

En 2006, Jean-Pierre Ricard, cardinal archevêque de Bordeaux, directement concerné et pourtant formellement membre de la commission Eccclesia Dei en charge du dossier, reconnaît s'être vu imposée la naissance de l'Institut du Bon Pasteur,

En 2009, la levée de l'excommunication des quatre évêques a été décidée sans aucune consultation des cardinaux français de Rome.

 

Alors quoi, messieurs les évêques, on attend que la tuile tombe pour se plaindre qu'elle fait mal ? On prépare un petit discours sur l'unité devant les micros, et on s'apprête à pester en off contre Rome qui ne comprend rien à la France ? « Ce qu'a fait le cardinal Castrillon Hoyos est dégueulasse » me disait un évêque français, peu après l'imposition du Bon Pasteur au diocèse de Bordeaux. Et lorsque je lui proposais une tribune sur la question, il m'a souhaité bonne journée avec un petit sourire entendu...

 

M. le cardinal André Vingt-Trois, on assure que vous détestez les intégristes comme votre mentor Jean-Marie Lustiger. Le dites vous à qui de droit ? Expliquez-vous aux hiérarques romains qu'au nom de l'unité, on va mettre en péril une Église déjà mal en point ? Que les départs de fidèles de vos diocèses seront plus nombreux que l'arrivée de troupes qui continueront à faire Église à part ? Que la morgue des exclus de la communion romaine va perdurer mais à l'intérieur ? Que les prêtres de Bordeaux hier et de tous les diocèses demain se sentiraient trahis par un retour en grâce de ceux qui les insultent ?

 

Il semble loin le temps où le cardinal Pierre Eyt, archevêque de Bordeaux décédé en 2001, allait protester à Rome contre un document mettant en cause les pratiques pastorales françaises. Et pourtant, cet enseignant proche du cardinal Ratzinger, ne figurait pas parmi les plus progressistes ou les va-t-en guerre. Simplement, il avait à cœur de défendre le travail de ses ouailles. Et de le dire à Rome.


Je souhaite me tromper. Je serais ravi que l'on me donne des preuves du lobbying intense de l’Église catholique attaché au Concile à Rome. J'exprimerai mon soulagement et avouerai mes torts si la Fraternité Saint-Pie X renonce à parapher le texte. Car cela signifierait que celle-ci était trop fidèle, pour les intégristes, à ce que fait et dit l’Église catholique depuis 50 ans et dans lequel je me reconnais.

 

Hélas, les désillusions des années précédentes, l'attirance croissante du Vatican pour une Église d'hier et l'acharnement du pape à obtenir cette signature ne poussent pas à l'optimisme.

 

Au moins, nos évêques, après l'échec patent de la greffe de l'Institut du Bon Pasteur à Bordeaux, ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas ce qui les attend demain. Ce qui attend les catholiques de France.



 





Repost 0
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 06:35

 

Après deux ans d'existence, la Conférence catholique des Baptisé(e)s de France va élire un Conseil d'administration, histoire d'être en ordre pour les batailles qui s'annoncent.

 

 

Tandis que les catholiques ordinaires se demandent comment vont tourner les négociations périlleuses avec les intégristes de la Fraternité St-Pie X (j'attends de me calmer l'esprit avant de donner ici mon point de vue sur cette affaire), observons un pôle de résistance de l’Église conciliaire : la Conférence catholique des Baptisé(e)s de France (CCBF).

 

Depuis la marche fondatrice d'octobre 2009, des groupes locaux ont vu le jour. Le succès du livre des deux fondatrices Anne Soupa et Christine Pedotti « Les pieds dans le bénitier » (Presses de la Renaissance) - tournée nationale en cours - a prouvé que le projet n'était pas que la lubie d'une poignée de cathos en colère.

 

La CCBF a essuyé de nombreux reproches. Ses détracteurs font remarquer, avec raison, qu'elle demeure groupusculaire et que, dans un rapport de force face aux catholiques à l'aise dans l'institution aujourd'hui et qui font confiance aux autorités, elle ne pèse pas lourd.

 

En interne, le soupçon de népotisme s'est répandu, arguant que le duo Soupa-Pedotti avait la fâcheuse tendance à tout contrôler et tout verrouiller. L'accusation est gênante pour un mouvement qui pointe le manque de démocratie dans l’Église catholique et la confiscation du pouvoir par la caste cléricale. Cette pratique peut pourtant se comprendre. Dans un petit monde plein d'aigreur et de digestion difficile de couleuvres, les fondatrices ont souhaité éviter les dérapages afin de garder toujours le contact avec les rares évêques qui ne leur réservent pas dédain ou désintérêt. Le principe « Ni partir, ni se taire », énoncé dans la charte du mouvement, nécessite une finesse, une diplomatie et une connaissance du monde catholique qui rend les deux dames - connues et influentes dans l'édition et la presse - incontournables pour l'heure.

 

De plus, pour s'imposer médiatiquement et dans l'opinion, la cohérence de propos et l'incarnation (osons le mot) sont nécessaires. Donnons donc quitus au centralisme soupopedottien uniquement pour protéger les débuts de la CCBF et à condition de ne pas s'y complaire.

 

Justement, la phase de lancement achevée, un processus électoral est en court. Samedi 22 septembre à Paris, il sera question lors d'une assemblée générale  d'élire les membres du Conseil d'administration de la Diaconie catholique des baptisés francophones (1), présentée comme « association de soutien et de services » à la CCBF. Adhérents et sympathisants ont reçu un document dans lequel on peut apprécier le pedigree, les intentions et (souvent) la photos des 43 candidats qui se disputeront 24 sièges. On y trouve plus de femmes que d'hommes (sans surprise), un peu plus de retraités que d'actifs (sans commentaire), des femmes au foyer et des médecins, des laïcs ayant des responsabilités pastorales, des « tombés dedans étant petits » et quelques recommençants, des élus locaux, des anciens amis de Jacques Gaillot et un membre de communautés nouvelles...

 

ON peu ttrouver sur le site de la CCBF les résultats du vote et un texte d'Anne Soupa.

 

Il reste donc à espérer que cette instance démocratiquement élue saura gérer les tensions entre ceux qui veulent ferrailler avec nos évêques et ceux qui veulent faire avancer leur cause en douceur et par petites touches.

 

L'immense promesse de la CCBF – cette réforme de l'intérieur, ce ras-le-bol feutré, ce mouvement des « indignés » ferme et serein – sera jugé à sa capacité de grandir et de devenir un jour l’équivalent des structures dont disposent nos voisins wallons (Conseil inter-diocésain des laïcs) ou allemands (Comité central des catholiques allemands). Les dirigeants de ce dernier, qui travaillent en lien avec l'épiscopat national, seront reçus cette semaine par Benoît XVI durant sa visite pastorale. Peut-on rêver demain pareille reconnaissance pour la CCBF ?

 

(1) Était-il nécessaire de reprendre à ce point le jargon institutionnel ? Excepté les protestantes et les exégètes, qui comprend et apprécie la valeur du terme de diaconie ? N'est-ce pas le meilleur (pire) moyen de garder le mouvement dans un élitisme bon teint ? J'arrête...

 

 

 

Repost 0
10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 20:04
En prévoyant de boycotter le discours papal au Bundestag, des élus d'extrême-gauche jouent contre leur camp.
 
Le premier temps fort de la visite papale en Allemagne (22 au 25 septembre) sera sans doute son discours devant le Bundestag, le parlement allemand, à Berlin, le premier jour.
Les élus du parti Die Linke (la gauche), à la gauche du Parti social-démocrate, ont décidé de manifester leur opposition à cette visite. D'après un article publié le 2 septembre par le quotidien Suddeutschen Zeitung, et relayépar l'agence de presse de le l'épiscopat belge, plus de la moitié des 76 élus du groupe comptent tout simplement boycotter le discours du pape. Nombre de leurs camarades ont choisi eux d'être bien présents et de distribuer des préservatifs, pour protester comme les positions catholiques sur la morale sexuelle.
Pratiquer la chaise vide ou la provocation dans l'enceinte d'un Parlement sont des postures indignes en démocratie. Rien ne dit que Benoît XVI va parler de sexualité aux parlementaires allemands. Il devrait davantage être question d'économie, domaine dans lequel le pape est plutôt anti-libéral. Et quand bien même, assister à un discours n'a jamais signifié adhérer aux thèses de l'orateur.
Une telle attitude est à la fois impolie, idiote et contre-productive. Elle témoigne d'un sens de la démocratie plus que limité. Elle signifie un manque de respect pour les 24 millions de compatriotes qui appartiennent à l'Église catholique, sans compter ceux qui accordent quelque prix au discours de Benoît XVI.
D'un point de vue stratégique, l'action des élus de Die Linke donne du grain à moudre à la tendance paranoiaque catholique en vogue en Europe. Le nouvel archevêque de Berlin Rainer Maria Woelki  ne s'est pas privé de réagir : « Depuis ma nomination, j'entends partout combien Berlin est ouverte, libérale et tolérante. Le pape aussi mérite respect et tolérance ».
Discuter et débattre des idées du pape et de l'Église catholique est salutaire. A condition de le faire avec intelligence.
Repost 0
7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 11:00

 

Quand le lobby international des législateurs cathos passe à côté de la marche du monde

 

 

christine-boutin.jpg

 

Du 25 au 28 août s'est tenue à Castel Gandolfo - lieu de villégiature estivale du pape - la rencontre d'une coterie qui fait rarement parler d'elle, le Réseau international des législateurs catholiques. 80 parlementaires ou ministres, venus d'Europe, d'Amérique latine, mais aussi de Corée ou d'Australie, avaient répondu présents. La France, cela ne surprendra personne, était représentée par Christine Boutin, en piste pour une seconde candidature à la présidentielle de 2012.

 

On a noté également la participation du P. Franck Pavone, leader du mouvement américain « pro life », et pour quelques séances, de Christoph Schönborn, le cardinal-archevêque de Vienne (1). Le tout sous le regard bienveillant de la Secrétairerie d’État du Vatican.

 

On pouvait s'attendre à ce que nos pieux élus s'emparent des sujets d'actualité : crise économique, Printemps arabe, mouvements migratoires... D'après les échos rapportés par le vaticaniste Andrea Tornielli (la Stampa), les soubresauts du monde n'étaient pas à l'ordre du jour du Réseau.

 

Son vrai sujet de préoccupation est constitué des « points non négociables » pour tous responsables politiques catholiques : lutte contre l'avortement, l'euthanasie et le mariage homosexuel, et défense de la liberté d'éducation. Les ennemis de ce programme ont été identifiés. Il s'agit des mouvements gays, féministes et anticléricaux. Les congressistes ont également évoqué deux préoccupations d'inégale valeur. Le souci des chrétiens victimes de persécutions de part le monde est un vrai sujet de mobilisation. On n'en dira pas autant de la seconde : les attaques médiatiques dont souffre l'Église catholique. Il n'est pas sûr que les échos de cette rencontre améliore l'image du catholicisme...

 

Ainsi donc, les soucis des parlementaires catholiques ressemblent à un décalque de ceux de l' Église catholique. Comme si l'intérêt de l'institution dont se réclament chacune et chacun à titre individuel occupait tout l'espace de leur engagement au service de toute la population. Comme si leurs électeurs les avaient mandatés uniquement pour défendre les préoccupations du Vatican. Si les élus cathos ne sont bons qu'à parler de leurs soucis de cathos, comment peuvent-ils ensuite se plaindre d'être incompris et moqués par les sociétés dont ils sont les représentants ?

 

Nous continuons de croire fermement que la contribution spécifique des catholiques dans le monde va bien au-delà. Sa conception de l'homme ne se résume pas à interdire, à exclure et à condamner. En se rappelant tout ce que les chrétiens ont apporté à notre civilisation (école pour tous, hôpital, mutualisme, centres de loisirs périscolaires...), nous rêvons d'un autre ordre du jour pour la session 2012 de nos législateurs : accueil de l'étranger et lutte contre la pauvreté. Sur ces sujets, ils sont attendus. Et personne ne se moquera d'eux.

 

  1. On lira ses malheurs domestiques sur le site de Témoignage chrétien.

 

Repost 0
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 15:02

 

 

Le règlement de la succession de Mgr Albert Rouet à Poitiers se fait attendre. L'enjeu dépasse la simple situation du diocèse.

 

Depuis samedi 27 août, le diocèse de Nevers connaît son nouvel évêque. Thierry Brac de la Perrière, un des auxiliaires du cardinal Barbarin à Lyon, va succéder à Francis Deniau, atteint en octobre par la limite d'âge (75 ans).

 

On attendait, on attend toujours une autre nomination dans l'épiscopat national. Depuis février 2011, le diocèse de Poitiers (qui couvre les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres) attend le successeur d'Albert Rouet

(dont la fiche sur le site internet diocésain fait croire qu'il est toujours en place).

 

Certes, un prélat circule bien à l'évêché en la personne de Mgr Pascal Wintzer. Mais cet évêque ouvert (1), auxiliaire du diocèse depuis 2007, n'est qu'administrateur apostolique, en charge des affaires courantes. Il ne peut décider d'aucune orientation majeure et sera nommé ailleurs dès l'arrivée d'un impétrant.

 

Cette situation est fréquente en cas de décès ou de déplacement d'un évêque diocésain. Une telle décision ne saurait être prise en quelques jours. L'attente est ordinairement vécue dans le calme et l'espérance en la sagesse de l'institution.

 

A Poitiers toutefois, on s'étonne que la situation s'éternise. Car le départ de Mgr Albert Rouet,  à l'heure de la retraite, été prévu de longue date. Depuis presque un an, le nonce apostolique à Paris et les bureaux du Vatican savent qu'il faudra trouver un remplaçant. Mais le poste est sensible. Certes la capitale du Poitou n'est ni Paris, ni Lyon, et ne présente pas de caractéristiques sociologiques particulières.

 

Sauf à oublier que le diocèse fut, durant le mandat d'Albert Rouet, préparé par son prédécesseur Joseph Rozier, un laboratoire de recherche d'une organisation pastorale novatrice autour de communautés locales. Durant des années, s'est bâti un système dans lequel laïcs et prêtres gèrent ensemble, chacun dans son rôle, la présence catholique. Des dizaines de laïcs sont en mission dans ce cadre unique. Le dispositif est appuyé sur une politique de formation ambitieuse et un outil de réflexion théologique pointu.

 

Le nouveau venu devra assumer cette histoire particulière. Les disciples de Mgr Rouet redoutent qu'il ne balaye le travail effectué. Il en aura tous les droits. Certains salariés du diocèse, venus pour travailler avec Albert Rouet et parfois même à sa demande, s'interrogent sur leur avenir, dans un contexte financier tendu (2). Dans le même temps, une poignée de prêtres et de fidèles, opposés à la politique menée depuis des années, espèrent prendre leur revanche et revenir à un système plus classique centré autour du prêtre.

 

Des rumeurs printanières laissaient entendre qu'un évêque dans le même esprit était promis pour le siège de Poitiers. Étant déjà en poste, ce dernier attendait l'été pour préparer son départ. Septembre se profile et rien ne se passe. A Rome comme à Paris, certains verraient d'un bon œil la remise au pas d'un diocèse frondeur. Il est possible également que des candidats potentiels hésitent devant la difficulté de succéder à un homme au charisme et à la stature intellectuelle nettement supérieurs à bien des évêques du pays. Bref, ça cafouille  et ça traine.

 

On se souvient qu'en 1995 à Évreux, après le limogeage peu glorieux de Mgr Jacques Gaillot, Rome avait eu la sagesse d'envoyer aux fidèles de l'Eure sous le choc un homme ouvert, Jacques David, histoire d'apaiser les tensions.

 

Mais on sait aussi que le Vatican a étouffé toutes les velléités pastorales orientées vers les plus pauvres en Amérique latine simplement en nommant des évêques classiques à la suite de prélats progressistes et inventifs. A défaut de changer les ouailles et leurs désirs, le Vatican garde le pouvoir, immense, de nommer les bergers.

 

Il reste à espérer que ce diocèse pilote puisse poursuivre une aventure prophétique dont l'ensemble de l'Eglise de France pourrait profiter.

 

  1. Il prédise au niveau national l'observatoire « Foi et culture »

  2. Comme un entraîneur de football avec son adjoint et son préparateur physique, certains évêques aujourd'hui arrivent dans un diocèse avec leur staff. Et la fragilité des statuts d'employés dans le diocèse permet de mettre fin à un contrat très facilement si le « patron » le décide.

Repost 0
24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 10:50

 


En préférant les protestataires aux jeunes, une certaine presse est passé à côté du rassemblement madrilène.

 

Dans le bilan des JMJ de Madrid, se dégagent plusieurs vainqueurs. Les organisateurs ont réuni la foule attendue et tout le monde reconnaît la bonne tenue de la rencontre et la satisfaction des jeunes. Le pape maîtrise de mieux en mieux ces bains de foules estivaux et a esquivé avec finesse les dossiers qui fâchent entre le gouvernement espagnol et l’Église nationale. Quant aux « méchants » laïcs, ils ont réussi à faire entendre leur petite voix et ont profité de la caisse de résonance de l'événement au-delà de leurs espérances. Il sera temps demain de voir si l'édition 2011 des JMJ profite à l’Église catholique et pour quel projet.

 

Du côté des perdants, un groupe apparaît, et ce n'est pas une première en pareil cas : la caste des journalistes. On ne parlera pas ici de la presse catholique très mobilisée - 6 reporters pour La Croix  - et qui a fait son travail. Leurs collègues de la presse non-religieuse ont globalement failli. Journaux, radios, télés et agences (exemple avec l'AFP) ont relayé de manière surréaliste les manifestations d'opposants à la venue du pape. Comment peut-on braquer ses caméras sur une souris lorsqu'on fait face à une horde d'éléphants ? Les raisons sont plurielles.

 

1-L'incompétence

Dans nombre de rédactions, aucun journaliste n'est spécialisé dans le fait religieux (1). Personne ne prépare, personne ne se forme et, à l'arrivée, personne ne comprend le phénomène social, complexe certes, mais majeur du religieux. On sait expliquer en long et en large la crise financière ou les subtilités du système judiciaire américain jugeant DSK. On a droit à des duos de sommités à chaque match de foot. Mais un journaliste capable d'expliquer ce qui pousse un jeune de 22 ans à partir 15 jours en Espagne pour prier et affermir sa foi avec des collègues du monde entier, point. A fortiori en août.

 

Du coup, les rédactions se sont contentées des dépêches de l'AFP, écrites par le journaliste de service, qui ne fait pas toujours la différence entre une mitre et un képi. Du coup, ressortent les bons vieux poncifs : les JMJ coûtent de l'argent public (à un pays ruiné) et blesse la laïcité (sujet que 2 % des journalistes comprennent dans le contexte français, alors en Espagne)... Et quand un grain de sable fait grincer l'organisation, les rédacteurs en chef flairent l'aubaine. Voici comment la manif de laïcs, apparemment facile à comprendre, passe de l'encadré de bas de page au titre principal. Et dans les flash radios, il n'est plus question que des slogans antipapes. Au final, le lecteur-auditeur n'est pas plus avancé sur les motivations spirituelles des JMJistes.

 

2-L'attrait du neuf

Les JMJ sont devenues dans le jargon professionnel un « marronnier ». Organisé tous les deux ans, ce genre d’événement tant à devenir routinier. Comme la production de muguet le 1er mai ou les embouteillages le 13 juillet au soir, il faut en parler mais le sujet n'excite guère l'appétit de nouveauté de la presse. Aussi, l'idée de voir des foules (pourtant considérables) autour du pape a pu paraître à certains comme un non-événement, du déjà-vu. A condition de ne pas se poser trop de questions sur un phénomène pourtant singulier à l'heure de la fin des appartenances et de la désertion des lieux de cultes par les jeunes générations...

 

Des pancartes « Non au pape » ont réveillé l'attrait du scandale et permis de « traiter le sujet »... en passant à côté. Et l'on retrouve un grand principe de la presse : un train qui déraille sera toujours plus attirant que si il était arrivé à l'heure ou les efforts de la SNCF pour la ponctualité.

 

3-La mauvaise foi

Brocarder le pape est un sport très pratiqué dans les rédactions. Quoi qu'il dise ou fasse - et Dieu sait qu'il a souvent dit ou fait des bêtises -, il est de bon ton de critiquer Benoît XVI, chef d'une tribu hautement ringarde. On peut comprendre que l’exégèse des encycliques soit un genre un peu ardu à l'heure du roi twitter. Mais sur la question du financement de la fête madrilène, il y avait mieux à faire que de relayer – sans enquêter – les propos des opposants. Quoi que les organisateurs aient pu dire et répéter sur le financement de la rencontre, assuré par la participation des jeunes et le mécénat. Est-il vraiment scandaleux que les jeunes catholiques aient occupé durant une semaine l'espace public de la capitale espagnole, bénéficiant réductions sur les tickets de métros ?

 

Jamais la presse ne fera le même reproche aux communes de notre hexagone qui se saignent pour accueillir l'arrivée ou le départ d'une étape de Tour de France, en bloquant toute la ville. Le passage de 200 coureurs et des milliers de suiveurs ne fait pourtant pas plus l'unanimité qu'un rassemblement religieux.

 

Quant aux indignados, leur ennemi n'a jamais été le pape ou les JMJ mais les choix budgétaires d'un gouvernement. Le désarroi de la jeunesse espagnole mérite le respect et le pape a évoqué la question dans l'avion vers Madrid.

Ne pas faire le distinguo entre leur combat et celui des militants d'une laïcité (conflictuelle en Espagne) relève de la faute professionnelle. Mais quand on peut « taper » sur le pape, on ne s'arrête pas à ces subtilités.

 

En d'autres temps, nous aurions développé dans un tel exposé un joli chapitre sur l'incompétence légendaire de l’Église catholique à communiquer auprès des médias. On ne fournira pas ici cette excuse à l'indigence journalistique. Car le bureau de presse mis en place par l’Église de France était bien en place, avant et pendant les JMJ, sur internet comme à Madrid, pour aider les reporters à raconter ce qui se passait et non les à-côtés. Des efforts mal récompensés.

 

Bien sûr, les médias ici en cause ont peu apprécié ces critiques. Invité par Europe 1 lundi 22 août  (2) pour évoquer la « paranoïa des cathos », le blogueur Koz a pu apprécier, à ses dépens, l'agressivité d'interlocuteurs dont la bêtise n'avait d'égal que l'incompétence. Ne pas laisser parler plus de deux phrases le dépositaire d'une idée n'est, hélas, plus l'apanage des talk-show télévisés de Ruquier et compagnie...

 

 

  1. Notamment pour les radios et les télés. La presse écrite parisienne – Le Figaro, Le Monde, Le Parisien – conserve dans ses rangs un(e) spécialiste (par toujours à temps plein) capable d'éviter de telle dérive.

  2. Le sujet occupe le dernier quart d'heure de l'émission.

 

 

Repost 0
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 14:12

 

Tout à l'euphorie des JMJ, le journaliste Jean-Marie Guénois nous convie à l'enterrement d'un courant d'Église absent du rendez-vous madrilène. Avec quelques raccourcis...

 

Rendons grâce à La Vie. Grâce à l'étude publiée dans son édition du 4 août, on connaît le profil des dizaines de milliers de jeunes Français participants aux JMJ de Madrid. Et surtout, on peut affirmer ce que tous les observateurs disaient sous cape de cette génération. Ils sont issus des classes supérieures et engagés dans des études longues, s'affirment bien plus catholiques que chrétiens, sont très pieux (88% participent à la messe au moins une fois par mois) et n'ont pas d'état d'âme avec les positions catholiques en matière de sexualité.

 

Et surtout, tenez-vous bien, ils sont de droite !  41% se disent proche de la « droite » (sans plus de précisions, on citera l'UMP et ses satellites crypto-centristes et boutinistes), 6 % de l'extrême droite, 10 % du centre. Restent des miettes pour l'autre bord : 7% pour la « gauche » (qui doit correspondre au PS), 6% pour les écologistes et 1% pour l'extrême-gauche. Un échantillon dont Sarkozy n'oserait pas rêver.

 

Dans le même temps, ils sont 74% à apprécier les positions sociales de l'Église (immigration, pauvreté...), ce qui paraît incompatible avec leurs préférences politiques... « Quand j'aide les pauvres, on m'appelle un saint.Quand je demande pourquoi ils sont pauvres,on me traite de communiste! », disait Dom Helder Camara, dont beaucoup de nos JMJistes ignorent sans doute l'existence.


De cette enquête, le journaliste Jean-Marie Guénois tire sur son blog publié par le site du Figaro son employeur, une conclusion originale : « La fin annoncée des cathos de gauche » . Belle performance que d'extrapoler sur l'ensemble des catholiques d'un pays à parti d'un échantillon, certes d'élite, de 18-30 ans, cohorte rarement majoritaire dans les églises.

 

« Certains vont crier au retour de l'identitaire, au conservatisme », feint de s'inquiéter le blogueur. Pour qu'il y ait retour, il eût fallu que le phénomène ait disparu. Or il y a bien longtemps que cette posture « identitaire » est présente et qu'elle est majoritaire, principalement chez les jeunes prêtres et les jeunes fidèles. Et les « certains » vont exprimer des interrogations sûrement, de l'inquiétude sans doute, mais pas de surprise.

 

Comme, semble-t-il, il n'existe rien en dehors des JMJ, cette enquête « indique les contours du catholicisme de demain en France ». Les cathos de gauche, que Jean-Marie Guénois ne porte pas dans son cœur, ont droit à un portrait peu ragoutant. « Le catholicisme de gauche et progressiste a des cheveux blancs. Il est plutôt concentré aujourd'hui chez les aînés de l'Église de France quand il n'a pas quitté les rangs pour s'engager franchement en politique ou dans le syndicalisme. Surtout, il n'a que peu d'hérédité. Ces JMJ permettent d'en entrevoir non pas sa fin, mais la fin de son influence décisive. Elle fut dominante dans l'intelligentsia de l'Église de notre pays depuis les années 70. » « 

 

On partage le constat global sur les chiffres et le poids du catholicisme progressiste français. Toutefois, on s'étonne de l'opposition entre appartenance ecclésiale et engagement militant, acte que recommande le magistère romain. Ce n'est pas l'entrée en politique qui a incité une génération à déserter les églises.

 

Après quoi, le journaliste nous sert le couplet, entendu, de la grande famille Église qui ne peut souffrir les divergences. « L'Église catholique ne se réduit pas à ce genre de division droite/ gauche mais il faut reconnaître que cette fracture a été comme dans aucun pays, un facteur de division et d'exclusion en particulier pour ceux qui ne pensaient pas comme il fallait. Il était en effet de bon ton d'être progressiste et très mal vu d'être un catholique de droite. »

 

Ce temps de la gauche triomphante dans les presbytères, qui semble avoir marqué le blogueur, commence à dater. Et le pontificat de Jean Paul II, à travers des promotions épiscopales choisies parmi les prêtres les plus conservateurs, a fait le nécessaire pour que le spectre d'une Église de France à la solde de Jacques Gaillot et ses sbires reste de l'ordre du fantasme.

 

Jean-Marie Guénois se réjouit donc d'apercevoir, enfin, la disparition du catholicisme de gauche, « cette idéologie » qui« a miné la pastorale de l'Église pendant des décennies ». C'est bien connu, le catholicisme de droite qui triomphe à Madrid ne relève pas du vilain vocable d'« idéologie ». Notre Église a donc survécu aux prêtres à col roulé qu'on appelait par leur prénom et qui – c'est vrai - étaient davantage enclins à la convivialité qu'à la catéchèse.

 

Il nous le précise, notre journaliste a envoyé son texte « dans l'avion de Benoît XVI qui nous conduit à Madrid. ». A 10.000 mètres d'altitude entre Rome et Madrid, inspiré par la présence à quelques mètres du Saint-Père, telle est donc la meilleure place pour rayer en quelques lignes un pan majeur de l'histoire religieuse française.

Repost 0
8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 10:03

 

Et si le mode de vie des monastères permettait de résoudre quelques soucis de gestion des ressources humaines de la hiérarchie catholique ?

Il est un domaine dans lequel l’Église catholique romaine est mal placée pour donner des leçons : la démocratie interne. Nous ne reviendrons pas ici sur l'essence divine de l’Église qui place toutes les décisions de choix de personnes sous la responsabilité de l'Esprit, lequel ne saurait se tromper. Le jésuite Paul Valadier a autrefois très bien abordé la question dans un article d’Études en février 1998 . Seuls les évêques (pour les conciles) et les cardinaux (à l'occasion des conclaves) peuvent exprimer un choix majoritaire. Ordinairement le pape, les évêques et les curés sont maîtres chez eux, ne rendant des comptes qu'au dessus d'eux, jamais en dessous

Et pourtant. Tous les historiens sérieux affirment que l'élection au suffrage universel a été instituée par les moines. Souvent citée comme pionnière, la démocratie grecque excluait les femmes, les esclaves et les étrangers. Depuis plus d'un millénaire, dans les couvents et monastères, à l'heure d'élire l'abbé ou le prieur, chaque voix compte. Et la sagesse du groupe ne met apparemment pas en cause la bienveillance de l'Esprit qui guide chacun dans la prière.

Dans le cadre de sa série estivale « Dans le silence des abbayes », Pèlerin magazine du 7 juillet fait découvrir à ses lecteurs l'abbaye cistercienne d'Aiguebelle. Dans les portraits des figures majeures du lieu, une réalité étonne : le Père abbé et le prieur, les deux chefs, affichent respectivement 47 et 42 ans. Contrairement à la hiérarchie ecclésiale, et à nombre de structures profanes (1), l'ancienneté n'est pas pas privilégiée pour assumer un poste important. Faut-il s'en étonner, les moines ont choisi des responsables dans la force de l'âge, ni usés, ni aigris, pleinement en phase avec leur époque.

Il faut dire, autre spécificité monastique, que les mandats sont temporaires, et que dans la vie religieuse, une fonction n'engage pas dans une carrière laquelle ne saurait qu'être ascendante. Il est tout à fait normal de redevenir un moine lambdaaprès avoir été le berger du groupe, et un ancien abbé s'accommode fort bien de retourner en cuisine, une fois sa tâche achevée.

Fort de la grâce de l'ordination, un évêque au contraire ne se verra jamais plus confié un rôle de simple prêtre. S'il reçoit la mitre à 45 ans, il ne pourra durant les 30 ans de sa vie active que stagner ou grimper dans la hiérarchie, quelles que soient ses capacités ou ses envies. Aussi les erreurs de casting du Saint-Siège - la Congrégation pour les évêques - sont redoutables, car sans issue satisfaisante. Ainsi, en France, un évêque, jeune encore, occupe actuellement des fonctions de curé, tout en gardant son rang épiscopal. Une situation qui ne doit être agréable ni pour lui, ni pour ses collaborateurs. La sagesse monastique aurait dû nous prémunir de ces soucis.

Longtemps jalouse du prestige des moines - au point que les prêtres ont souhaité se faire appeler « Abbé » - , la hiérarchie « ordinaire » de l’Église n'a jamais cru bon d'en adopter les coutumes démocratiques. On peut le regretter. Cela aurait rendu l'institution catholique plus humaine, plus en phase avec la réalité d'aujourd'hui, et, sans doute, plus efficace. Sauf à défendre que ce dernier caractère relève à 100 % du Très-Haut et que le travail des créatures que nous sommes ne compte pour rien.

(1) On pense bien sûr en premier lieu au monde politique.


 

Repost 0
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 19:01

PieXII

 

Un miracle s'annonce et la cause de béatification du pape de la Seconde guerre renaît. Et si on parlait de l'autre Pie XII et de sa vision de l’Église ?


 

Pie XII est de retour. Eugenio Pacelli, pontife de 1939 à 1958, n'a jamais cessé d'occuper le devant de la scène. Dans la tendance actuelle à canoniser tous les papes - remise au goût du jour cette année -, sa cause redémarre. Depuis décembre 2009, il est en effet « vénérable » et Benoît XVI ne serait pas contre en faire un bienheureux. Coup de chance, on vient de lui trouver un miracle, condition sine qua nonpour toute béatification.

 

Rien n'est encore officiel, mais Maria Esposito, institutrice du sud de l'Italie, affirme devoir la rémission inexpliquée de son cancer à Pie XII. Celui-ci serait apparu en rêve à son mari et la patiente l'avait imploré. Les deux médecins mandatés par l'évêque local ont évoqué l'hypothèse - plus prosaïque - que la chimiothérapie fut au moins aussi décisive dans l'amélioration de l'état de la malade que l'intervention céleste d'Eugenio Pacelli. Le dossier de miracle a été ajouté au dossier, dont le postulateur, le jésuite Peter Gumpel, reste prudent,

 

La décision de béatifier Pie XII sera bien moins liée à ses interventions de l'au-delà qu'à des considérations politiques. Le rôle qu'aurait joué Pie XII face à la Shoah demeure le nœud du dossier. Pour ses détracteurs, il n'aurait rien fait ou dit pour empêcher l'élimination massive des juifs d'Europe. Pour ses défenseurs, on lui doit de nombreux vies sauvées en Italie et une prise de parole plus forte aurait provoqué plus de dégâts que de gains. Le débat demeure, compliqué par les difficultés diplomatiques entre le Saint-Siège et l’État d'Israël. Le vent est plutôt favorable aux défenseurs du pontife.

 

Dans le processus de reconnaissance de Pie XII, tout le monde oublie que le pape ne fut pas à la tête de l’Église seulement durant ses années sombres. Il fut aussi le pape de l'après-guerre. Et son bilan laisse peut être plus à désirer que son comportement face à la Shoah. Il s'efforça de renforcer le pouvoir pontifical, écrivant « la volonté des souverains pontifes n'est plus à considérer comme question libre entre les théologiens » (1).

 

Il revint en arrière sur la reconnaissance des vertus des méthodes historiques d'exégèse « beaucoup trop libres pour interpréter les Livres historiques de l'Ancien Testament ». Ce pape fondamentaliste ne supportait pas les remises en cause de l'historicité biblique. Pensez donc, toucher à l'existence d'Adam mettait en péril le péché originel. Teilhard de Chardin et toute l'école des jésuites de Lyon-Fourvière, dont le futur cardinal de Lubac, ont subi les foudres du Vatican d'alors.


En 1954, Pie XII signa l'arrêt de mort de l'expérience, aventureuse mais originale et prometteuse, des prêtres-ouvriers avec un raisonnement étonnant : « S'il faut choisir entre l'efficacité apostolique et l'intégrité sacerdotale, je choisis l'intégrité sacerdotale » (2). Mieux vaut des prêtres ensoutanés dans leur sacristie qu'auprès des hommes, afin de défendre « le sacerdoce tel que le Christ l'a établi ». Car Jésus, c'est notoire, a interdit à ces apôtres de vivre avec le peuple.

 

En ces temps de guerre froide, la peur du communisme primait sur toute considération pastorale. Cette funeste année 1954 fut également celle de la béatification de Pie X (pape de 1903 à 1914), le pourfendeur des idées modernistes.


Soyons honnête, le pape Pacelli eut quelques bonnes intuitions comme l'ouverture aux peuples colonisés, dont il a ordonné les premiers évêques indigènes. Pour lui, l’évangélisation ne signifiait pas la transplantation des formes de culture des peuples d’Europe dans les nations nouvelles. Sans aller jusqu'à l'idée d'une « Église, peuple de Dieu », avancée par Vatican II, il encouragea la participation active des fidèles à la messe.


Bref, il est grand temps que le bilan critique de son pontificat long et difficile dépasse la question, légitimement obsédante, du génocide juif. Et que l'on se demande si ce pape, qui ne fut ni le salaud indifférent que prétendent certains, ni le gardien du temple irréprochable qu'invoque d'autres, mais un homme d’Église de son temps, avec ses ombres et ses lumières.

 

  1. Encyclique Humani generis, août 1950

  2. Lettre aux cardinaux français, 4 novembre 1953

Pour les faits et méfaits du pontificat de Pie XII, je me suis appuyé sur l'excellente étude de l'historienne Martine Sèvegrand, parue dans « Témoignage chrétien » en novembre 2010.

Repost 0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 06:41

 

Le fameux tweet de Benoît XVI est un coup de communication à l'image de la maîtrise approximative des réseaux sociaux par le Saint-Siège.

 

pope-ipad-first-tweet.jpg 

 

Le 28 juin, Benoît XVI a tweeté ! La belle affaire ! En fait, l'homme que l'on sait peu versé dans la high tech s'est laissé convaincre par ses conseillers qu'il fallait une image forte pour assurer la promotion de l'ouverture du nouveau portail d'information du Vatican news.va

 

On lui a dit : « Votre sainteté, appuyez là, et souriez devant les photographes ». Depuis, le petit monde des communicants catho s'extasie, imaginant le début de la conversion numérique du pontife. Les médias non-confessionnels ont relayé l'image cocasse. Il convient pourtant de ce méfier d'un tel effet. Quand vous jouez, il faut apprendre et accepter les règles.

 

Il y a plusieurs années, les trompettes vaticanes avaient clamé que le Saint-Siège était à la page en créant une chaîne sur youtube, le must de la communication auprès des jeunes. Ces infos, le flux des sorties publiques du pape, n'avaient pas de quoi exciter la toile, par nature méfiante vis-à-vis des messages institutionnels. Surtout, par peur du débat, les concepteurs du projet avaient empêché les commentaires des internautes. La bonne idée de départ était condamnée au flop.

 

Celles et ceux qui se contentent de la communication descendante du Vatican savaient trouver les images proposées sur les sites officiels déjà existant. Les autres, le public visé, se sont vite détournés de ce contre-sens.

 

Avec Tweeter, Benoît XVI va au devant d'un autre raté. Le principe du site de micro-blogging est de faire circuler l'information, d'en produire, de choisir qui on lit, d'avoir accès aux adresses suivies par chacun, de réagir... Or il est évident que le pontife lui-même n'a pas et n'aura jamais de compte tweeter. Comme nombre d'institutions, le Vatican se contentera d'utiliser ce canal pour faire passer ses informations, guettant le nombre de ses abonnés.

 

La force de tweeter tient dans deux mots : concision et réactivité. La règle des 140 signes et l'immédiateté, avec leur perversité évidente, sont en contradiction flagrante avec la culture du St-Siège et le temps de l'Eglise. Quand ils ont dans les mains un texte de 4 pages après 6 mois de travail, les vaticanistes s'émerveillent que le pape ait été bref et rapide...

 

Alors à quoi bon, pour Rome, faire croire qu'on utilise un tel outil ? Vouloir faire branché à tout prix ? Le pape veut montrer sa proximité avec la modernité en tentant d'évoluer sur la forme de sa communication. Pour vraiment entrer en lien avec notre époque, il devra progresser encore.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens