1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 09:25

Après l'année agitée vécue par les catholiques de France, il est utile d'écouter les sages. Mgr Claude Dagens est de ceux là. De son diocèse d'Angoulême où il finira sans doute une carrière épiscopale que beaucoup imaginaient plus flamboyante, et depuis l'Académie français où il est le prélat de service, il fait entendre sa petite voix sans se soucier des vents dominants. Le normalien de l'épiscopat est toujours très écouté, comme l'a montré l'écho de sa tribune dans La Croix du 21 avril 2013, Il y pointait la tentation du retour du catholicisme intransigeant, au plus fort des affrontements verbaux entre la Manif pour tous et le gouvernement.


Mgr Dagens a publié le 14 septembre une lettre pastorale au titre interpellant : « Catholiques en Charente, réveillez-vous d'une façon chrétienne ! ». Dans cet appel, qui vaut largement hors des frontières de diocèse d'Angoulême, on comprend vite que le réveil auquel il exhorte les fidèles ne correspond pas tout à fait à la mobilisation du printemps dernier.


«Si l'on me demande aujourd'hui : « À quoi devons-nous résister pour être chrétiens dans une société qui n'est plus chrétienne ? » , je répondrai sans hésiter : à cette logique faite à la fois de résignation et d'agressivité, qui n'évalue la présence catholique dans notre société qu'en termes de résultats chiffrés ou de manifestations publiques. »


Et l'évêque de préciser: « Car ces deux attitudes vont ensemble : d'un côté, on se lamente en disant que les églises sont vides, que les pratiquants sont de moins en moins nombreux, que les prêtres disparaissent et que la foi se perd, mais, d'un autre côté, on rêve de reconquêtes politiques et l'on identifie le catholicisme français à sa capacité de résistance aux lois de la République ».


Histoire de désamorcer tout procès en trahison de la solidarité épiscopale, Mgr Dagens explique pourquoi il s'est opposé à la loi Taubira. Après quoi, il déplore le discours tenu par certains au sein de son Église.


«Je suis préoccupé quand je vois des jeunes et des adultes qui se disent catholiques s'imaginer que leur identité catholique se réduirait à leur opposition à l'État laïque. J'ai appris de René Rémond et d'Émile Poulat, ces grands historiens du catholicisme en France, qu'il faut accepter des relations à trois termes : l'Église, l'État laïque et la société. Et qu'il nous faut apprendre non seulement à nous situer par rapport à l'État laïque, mais surtout à être présents à l'intérieur de notre société qui n'est plus chrétienne, et qui est devenue à la fois fragile et dure. En raison de cette exigence primordiale de présence à l'intérieur de notre société (et non pas à l'extérieur), je dis non aux stratégies défensives ou offensives, à ces appels à la résistance qui ne peuvent que créer des illusions, même s'ils sont enrobés d'appels à la prière ! ».


Nombre de prélats sont sans doute aujourd'hui sur cette ligne, mais sans oser l'exprimer. Leur confrère d'Angoulême, détesté par l'aile identitaire et par les défenseurs de la tradition, ne s'émeut plus à chaque lettre de dénonciation envoyée à Rome par des « vrais catholiques ».


Mgr Dagens ne fait ici que redire à quelle condition une parole catholique peut être recevable et audible partout. Parler avec les autorités nationales est une nécessité et les canaux de dialogue se sont multipliés ces dernières années entre l'épiscopat, le Ministère de l'intérieur et l'Élysée. Même si dans le dossier présent, chacun est resté sur sa position initiale.


Mais pour l'évêque d'Angoulême, qui lance en slogan «Non aux clubs catholiques ! Oui à l'initiation chrétienne !», l'essentiel est d'être présent avec pertinence au cœur de la société. Il organise cette «pastorale ordinaire » en trois chapitres: «la pastorale de la vie, avec le sacrement de la vie nouvelle, le baptême ; la pastorale de l'amour humain, avec la préparation au mariage, et aussi l'accompagnement des personnes divorcées ou des personnes homosexuelles ; la pastorale de la mort, avec l'accompagnement du deuil.»


Pour lui , c'est bien ici que se joue la transmission du message évangélique. C'est là qu'il ne faut pas se rater. « Nous sommes tous appelés, évêques, prêtres, diacres, laïcs, peuple de baptisés, à être, dans notre société incertaine, non pas des gens qui imposeraient leurs croyances, mais des hommes et des femmes qui se tiennent sur ce terrain de notre humanité commune pour y témoigner de la Vérité et de la bonté de Dieu !»


Un appel qui consonne davantage avec la petite musique du Pape qu'avec certains propos de catholiques français, confondant leurs convictions avec le projet commun.

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 16:46

Portée par Manuel Valls et validée par François Hollande, la politique de notre gouvernement envers les roms est désormais claire. Les roms, dans leur majorité, n'auraient pas envie de s'intégrer et donc pas vocation à rester en France.


Aucun lecteur sérieux des Évangiles ne peut admettre ce qui se passe : ni les pratiques, ni les discours.


Les ONG de soutien aux étrangers, notamment celles d'inspiration chrétienne (Secours catholique, Acat, CCFD Terre solidaire, Cimade...) ont déjà tiré la sonnette d'alarme sur la poursuite par l'équipe socialiste de l'esprit qui avait prévalu sous l'ère Sarkozy, avec MM. Hortefeux et Guéant.


A l'époque, les chrétiens de base et leurs dirigeants, l'épiscopat catholique comme la Fédération protestante de France, avaient haussé le ton. On se souvient que les Franciscains de Toulouse avaient initié en 2007 des cercles de silence pour dénoncer les conditions réservées aux étrangers dans les Centres de rétention. Ce mouvement perdure, ouvert à tous les citoyens mais largement animé par des chrétiens.


Aujourd'hui, que font donc ces mêmes chrétiens engagés, nombreux et admirables, aux côtés des étrangers ? Leurs protestations sont-elles entendues ? Culturellement de gauche, ces militants se sentaient plus à l'aise quand les « méchants » étaient aux affaires.


Peut-être aussi veulent-ils, consciemment ou pas, ménager un gouvernement, certes décevant, mais dont la disgrâce ne pourrait que faire advenir un pouvoir encore pire. En tout état de cause, leurs voix ne pèsent pas dans l'enjeu politique majeur.


Quant aux catholiques qui ont défilé ces derniers mois contre un autre projet gouvernemental (au caractère anti-évangélique peu évident), ils n'ont semble-t-il pas l'intention de changer de combat. Et les hypothétiques évolutions législatives sur la fin de vie ou la PMA pour les couples de lesbiennes les mobilisent plus qu'un drame réel, qui se déroule à nos portes.


Puisque ces catholiques-là n'ont pas peur de taper sur le gouvernement de gauche, puisqu'ils sont nombreux et bien organisés, puisqu'ils ont pris goût à battre le pavé, qu'ils se mobilisent pour l'accueil de l'étranger.


Ils auront à leurs côtés les chrétiens sociaux (quel que soit leur avis sur le mariage) et bien des militants de gauche. On pourrait assister à une belle réconciliation du peuple catholique après les débats de l'hiver dernier. Non contre un gouvernement guidé par la démagogie et l'électoralisme, mais pour les plus faibles.


Si cela n'advient pas pas, cela pourra signifier que le monde catholique, ou du moins sa majorité, bascule vers le côté obscur de l'échiquier politique.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 22:11

Dans ma boite mail de journaliste religieux, j'ai reçu ce lundi la lettre d'information du diocèse d'Évry. J'ai jeté un œil aux nominations de septembre et fais les comptes: quatre laïcs (3 femmes et 1 homme), 5 prêtres religieux et un prêtre d'un diocèse de République démocrate du Congo. Sur les dix personnes missionnées, on ne trouve... aucun prêtre du diocèse d'Évry.


Du coup, je suis allé voir la liste principale de nominations présentée en juin par Mgr Michel Dubost. Sur 74 prêtres nommés dans le diocèse, seuls un tiers sont incardinés à Évry. Le diocèse compte également sur 22 religieux, ce qui n'est pas nouveau, sur 19 étrangers, africains en l'occurrence, ainsi que 9 prêtres venus d'autres diocèses français. Heureusement que l'Institut catholique et le Centre Sèvres attirent encore des prêtres étudiants du monde entier.


Que dire de cette situation, qui touche plusieurs diocèses de banlieue parisienne?


- Un nombre non négligeable de pasteurs nommés, quelles que soient leurs qualités, n'étaient pas destinés à travailler au service des paroisses et des communautés catholiques de l'Essonne.


- de nombreux prêtres sont de passage pour des missions temporaires, souvent de 3 ans pour les étrangers «fidei donum». Le diocèse est à la merci d'un redéploiement d'activité des congrégations religieuses, lesquelles ne croulent pas sous les candidats.


- avec les laïcs et les diacres permanents, la diversité des parcours, des charismes et des formations, il n'est pas toujours évidents de créer un dynamisme unitaire diocésain.


À toutes ces remarques grinçantes et scrogneugneues, on rétorquera, avec justesse, que le caractère bigarré des hommes et des femmes missionnés par l'évêque pour le diocèse est une richesse. Que la diversité et le mouvement renouvellent sans cesse les actions pastorales. Que tous les ouvriers travaillent à la même vigne.


Si l'Église de France n'avait pas de ressources humaines presbytérale (oh la vilaine expression !), on se contenterait de cette situation, bénissant celles et ceux qui bouchent les trous.


Mais certaines paroisses parisiennes disposent aujourd'hui de moyens humains, intellectuels et matériel du niveau de certains diocèses. Il y a plus de messes en semaine dans un arrondissement de la capitale que de célébrations dominicales dans bien des régions. La solidarité interdiocésaine devra un jour être questionnée, et pas uniquement au niveau financier.


Il est sans doute plus rassurant d'appartenir à une équipe de cinq prêtres dans un hôtel particulier, siège d'une PME (1) que d'habiter seul un presbytère froid, avec le premier confrère à 25 km.


À l'instar des médecins, il est difficile aujourd'hui de convaincre un prêtre d'aller rejoindre une zone de «désert». Quand bien même, ses racines se trouvent loin de la capitale. L'Église de France souffre du même jacobinisme que la société.


À quand un grand plan banlieue et un ministère de l'aménagement du territoire pour le catholicisme français?

(1) Certaines paroisses peuvent salarier organistes, agents d'accueil, sacristains, secrétaire, personnels d'entretien, maitre(sse) de maison...

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 14:28

Encore une histoire de mariage pour le monde catholique. Le serpent de mer du statut matrimonial des prêtres a été relancé par le futur numéro 2 du Vatican, Mgr Pietro Parolin, qui prendra ses fonctions de Secrétaire d’État mi-octobre. Mais ce fin diplomate, qui indique que le célibat des prêtres « peut être discuté », n'a pas lâché sa petite phrase son l'aval de son nouveau patron, lequel fait feu de tout bois en moment.


Quelques mises au point tout d'abord :

- Mgr Parolin n'apporte rien de neuf en plaçant la question dans le domaine de la discipline de l’Église catholique romaine (les Églises orientales n'y sont pas tenues) et non du dogme. La chose est donc officiellement négociable, bien que mise sous le tapis lors des précédents pontificats.

- Il ne s'agirait pas, comme tout le monde le répète, de marier des prêtres mais d'ordonner à la prêtrise des hommes mariés, comme en Orient. Ce qui obligerait les candidats à faire un choix matrimonial assez jeune ou à repousser l'âge de l'ordination

- Une éventuelle réforme ne concernerait pas les ministres actuels

- Le célibat resterait de toute façon possible et certains candidats demain le préféreront


Voici quelques conséquences de l'ouverture du dossier :


- Obligation de repenser l'image du prêtre. Une sérieuse réflexion sur son statut s'impose avant d'envisager d'en accueillir des pères de famille. Aujourd'hui, le prêtre accepte de se mettre à part, de sacrifier sa personne pour l'institution qui devient son unique famille. Il est différent pour être disponible à tous et à Dieu. Quel sera la place respective des deux sacrements, mariage et ordination, dans la mission future ? Le discours officiel sur la sexualité et la famille va également être touché.


- Nécessité de revoir les aspects pratiques de la vie du prêtre : son rythme de vie, sa carrière, son traitement. On ne loge pas, on ne rémunère pas, on ne déplace pas de villes en villes pareillement un célibataire sans attache et un père de famille. La question salariale s'envisage différemment selon les pays. Ainsi l’Église de France, pauvre, ne peut l'aborder de la même manière que ses sœurs riches, notamment quand les prêtres, quasi-fonctionnaires, y sont rémunérés correctement.


- Nouvelles tensions entre les conservateurs et le nouveau pape, pour qui rien n'est intouchable. Ceux qui sont scandalisés par la vie « normale » du pape vont pester contre le projet de rendre « normale » la vie des prêtres.


- Renfort de l'image « moderniste » de ce pontificat débutant qui laisse penser que l’Église catholique est capable d'évoluer. Nombre de catholiques vont reprendre espoir et se dire que d'autres dossiers en sommeil – accès des divorcés-remariés au sacrement, diaconat féminin – pourront avancer sous François.


Si l'annonce du Secrétaire d’État est suivie de faits tangibles, cela nous promet de beaux débats dans les années qui viennent.

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 22:50

En cette période de rentrée scolaire et de diminution de ce que l'on appelle la « culture générale », on peut se demander si l'éducation peut encore sauver la culture religieuse.


On se souvient du rapport demandé à Régis Debray en 2002, « L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque », qui avait lancé l'alerte sur la rupture grave de transmission. Depuis, les enseignants, eux-mêmes issus d'une génération largement ignorante des choses religieuses, ont le plus grand mal à donner les bases nécessaires à leurs élèves.


Pourtant, quand on enseigne les lettres, l'histoire, la musique ou l'art plastique, il est évident que les bases de christianisme, notamment les références évangéliques, sont souvent sollicitées. Que dire lorsque un lycéen, à qui l'on a demandé de citer les éléments fantastiques dans le poème de Guillaume Apollinaire La Loreley peut citer... « les évêques » !


Il n'est pas que les cours d'histoire contemporaine -on pense ici notamment à la question israélo-palestinienne, qui soient sujet à des tensions politico-religieuses que les professeurs ont parfois bien du mal à gérer, faute de connaissances.


L’Enseignement catholique, comme l'école publique, connaît la difficulté – ses enseignants n'étant pas si différents. « Si nous sommes si attentifs à cette question, ce n’est pas par prosélytisme, mais pour deux raisons essentielles, expliquait en janvier dernier Éric de Labarre, son secrétaire national d'alors (lire son intervention ici). La prise en compte du fait religieux est un élément essentiel de la culture contemporaine, sans lequel il est impossible de comprendre le monde dans lequel nous vivons.


De surcroît, dans une société où beaucoup de nos concitoyens disent être à la recherche de sens, l’ouverture sur le fait religieux est aussi une porte entr’ouverte sur l’importance des représentations et du symbolique pour la vie de chacun d’entre nous. L’Enseignement catholique, par son histoire et ses fondements, a sans doute une responsabilité particulière, notamment pour la formation des enseignants. »


Il s'est doté d'un très bel outil numérique : le site « Enseignement et religions ». Fruit d'une mission confiée à une équipe de spécialistes par l'organisme de formation des enseignants de l'Enseignement catholique, cette mine remarquable propose, en libre accès, des séquences pédagogiques pour toutes les matières et une base documentaire pour les grandes traditions (christianisme, judaïsme, islam, religions orientales, religions premières) ainsi que sur la spiritualité.


Les enseignants pourront également trouver des dossiers transversaux (anthropologie, art sacré, fêtes religieuses, laïcité, symbolisme) et un Observatoire des programmes et des manuels scolaires. Tous gagneraient à le visiter régulièrement.


De même qu'ils devraient vérifier si le CDI de leur établissement a acquis les dix titres de la collection « Récits primordiaux », publiée par La Documentation française. On y trouve notamment des volumes consacrés à Abraham, Muhammad (Mahomet), Jésus, mais aussi Ulysse et Héraclès ou encore « Les récits de la création ». Mêlant textes de références et iconographie de qualité, ces ouvrages réalisés pour les enseignants sont des supports remarquables pour les aider à transmettre ces fondements de notre culture commune.


En espérant que cette année scolaire fasse retisser es liens entre un aujourd'hui un séculier et un passé qui savait ce qu'il devait au sacré.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 22:57

Luc Le Vaillant est une des plumes de Libération. Prix Albert Londres en 1998, il coordonne les portraits de dernière page et tient également une chronique hebdomadaire. Sa dernière livraison (le 27 août) s'intitule « Islamophobie voltairienne ».


« Je suis islamophobe, mais aussi cathophobe, judéophobe, et si les Pentecôtistes continuent à prêcher l'obscurantisme, je vais m'occuper de leur cas », écrit Le Vaillant, qui conclut son catalogue « en un mot, je suis religiophobe ». Rien ne surprenant dans les colonnes d'un journal qui n'a jamais donné dans la finesse face aux croyants et aux religions.


« L'islam comme le catholicisme veulent contrôler l'intégralité de la vie humaine (éducation, nourriture, sexualité, procréation). Ils refusent le libre-arbitre des individus et ne se sentent pas engagé par le pacte social ».


Les déclinaisons de l'islam politique dans le Proche et Moyen-Orient donnent malheureusement raison à Luc Le Vaillant. Même si la généralisation n'est jamais très bonne.


Hier, j'aurai hurlé devant le même procès fait au catholicisme. Après les mois que l'on vient de vivre en France et le procès en démocratie intenté par certains opposants au mariage homosexuel, ces derniers ont donné l'impression de volonté de contrôle. Par la-même, ils ont renforcé les fantasmes de pouvoir clérical qui traînent encore dans une gauche inculte.


En affirmant que « Mahomet et Jésus sont prosélytes », le journaliste montre qu'il n'a rien compris, ou rien voulu comprendre au message du Christ.


Histoire de ne rater aucune bourde sur la question, Luc le Vaillant a ressorti le sempiternel argument qui ne figure pas dans la Loi de 1905 : « il faut réaffirmer que la croyance relève du domaine privé et ne peut au grand jamais se mêler des affaires publiques ».


Je vais quand même finir par un bon point au chroniqueur quand il invite à « batailler pour la liberté de penser et le droit au blasphème ». Ce dernier demeure un bon indicateur de démocratie qui permet, chez nous, aux journalistes de proférer des bêtises. Ce qui est toujours moins grave que d'embastiller ou de supprimer ceux qui ne croient pas comme il faut.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:19

Un prêtre, dans mon diocèse de naissance en plus (Bordeaux), a réussi à m'énerver pendant mes vacances en famille. Le quotidien Sud Ouest du 9 août (ici) nous apprend qu'un concert en hommage à Georges Brassens n'a pu se tenir le lendemain 10 comme prévu dans l'Abbatiale de Vertheuil, dans le Médoc. Le P. Bruno Delmas, curé du secteur de Pauillac, en charge du lieu de culte et à ce titre seul à pouvoir autoriser son utilisation à des fins culturelles, a refusé que retentissent dans l'église les paroles de, selon ses mots, « l'homme qui a milité toute sa vie contre la religion » (1)


Ce n'est pas la première fois qu'une histoire pareille survient. Les choristes savent que leurs programmes doivent être adoubés par le curé du lieu du concert sous peine de déconvenue. Mais il serait temps que cela change.


Si la confession catholique est la principale utilisatrice des églises construites avant 1905, celles-ci ont été bâties hier par et pour toute la communauté. Ceux qui ont sué à les édifier comme ceux qui les ont financé n'étaient pas nécessairement de pieux fidèles.


Aujourd'hui, les édifices sont entretenus par les communes, quelles que soient les convictions religieuses des élus et des contribuables. Et les catholiques médocains sont bien contents que, depuis 1974, existe, pour le bien de l'édifice, l’association des Amis de l’abbaye de Vertheuil. Celle-là même qui organisait la soirée Brassens.


On ne peut pas tout faire dans une église... durant un culte. Entonner un succès du chanteur sétois durant un mariage religieux peut effectivement relever du mauvais goût. Mais dès que l'église redevient lieu de rassemblement de toute la communauté, elle doit pouvoir accueillir largement la culture de notre temps.


Par ce moyen, les catholiques peuvent montrer une ouverture d'esprit, qui n'a pas fait merveille chez certains dernièrement.


Finalement, l'hommage au créateur de « La mauvaise réputation » a pu se tenir le bon soir, non loin de l'église, grâce à une aide expresse du Conseil général. Ses dirigeants, socialistes, ont du se réjouir de contourner ainsi un obscurantisme idiot.


(1) Il faudra apprendre à ce prêtre la nuance majeure entre l'anticléricalisme proféré par Brassens, défiance envers les Églises (et spécifiquement la dominante), et la lutte contre la religion. "Je ne suis pas du tout l'antéchrist de service", peut-on entendre dans une chanson (texte ici), présente dans l'album posthume des textes de Brassens, interprétée par Maxime Le Forestier.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:58

Pauvre Benoît XVI. Le pape émérite était déjà passablement ringardisé par le charisme détonnant de son successeur venu d'Argentine. Mas jusqu'alors, le jésuite n'avait pas bougé d'un iota sur les acquis de son pontificat.


Pour cela, tout le monde attend les fameuses réformes du système central du Vatican, concoctées par l'octuor de cardinal qui doit tenir une première réunion avec le pape début octobre.


Or, selon le vaticaniste italien Sandro Magister, dont le blog est traduit en français, cela bouge sur un autre front très cher au pontife allemand : les rites de la messe. Certains pensaient que la possibilité de célébrer l'eucharistie de deux manières – ordinaire et extraordinaire – étaient désormais assurée, grâce à la sympathie de Benoît XVI pour l'ancien rite et ses militants. Apparemment, rien n'est moins sûr.


L'histoire concerne la congrégation des Frères Franciscains de l'Immaculée (leur site en anglais). Fondée en 1970 par deux prêtres italiens et reconnue en 1990, cette communauté missionnaire, franciscaine et mariale connaît un grand succès mondial, avec près de 300 frères (dont un centaine de prêtres) et 400 religieuses. Elle n'est peu connue en France, excepté dans le « très accueillant » diocèse de Toulon.



« Ils se veulent fidèles à la tradition, dans le plein respect du magistère de l’Église, écrit le journaliste de l'Espresso. C’est si vrai que, dans leurs communautés, ils célèbrent la messe aussi bien selon le rite ancien que selon le rite moderne, comme le font d’ailleurs, partout dans le monde, des centaines d’autres communautés religieuses (…) appliquant ainsi l’esprit et la lettre du motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI.


Chez les Frères, tout le monde n'apprécie pas cette diversité de pratique. Certains souffrent de « la propension excessive de leur congrégation à célébrer la messe selon le rite ancien, ce qui aurait pour effet de créer des exclusions et des oppositions au sein des communautés, de miner l'unité interne et, pire encore, d’affaiblir le "sentire cum Ecclesia" [NDLR : le lien avec l'Église] le plus général. » Alertée, la Congrégation pour les religieux a enquêté et un décret daté du 11 juillet 2013 va changer bien des choses chez les Frères Franciscains de l'Immaculée.


Alors que Benoît XVI avait établi que l'on pouvait utiliser le rite ancien sans autorisation préalable, ce texte dit à peu près le contraire. Signé par les deux chefs de la congrégation vaticane, dont le secrétaire (numéro deux) a été nommé par le nouveau pape, le décret précise : « le Saint Père François a décidé que tous les religieux de la congrégation des Frères Franciscains de l'Immaculée sont tenus de célébrer la liturgie selon le rite ordinaire et que, éventuellement, l'usage de la forme extraordinaire devra être explicitement autorisée par les autorités compétentes, pour tous les religieux et/ou communautés qui en feront la demande ».


Si un tel principe devait faire jurisprudence, cela signifierait un retour en arrière très clair et un désaveu pour ceux qui estimaient que l'on pouvait « oublier » le rite moderne tout en restant pleinement en communion avec Rome.


Nulle doute que l'aile traditionnelle de l'Église catholique, laquelle a très peu apprécié l'arrivée du jésuite argentin aux affaires, ne restera pas sans réaction. L'automne va être chaud au Vatican.

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 23:03

En fin d'année, nous pourrions voir deux pontifes à l'honneur. Jean XXIII et Jean Paul II ont franchi vendredi 5 juillet l'ultime étape officielle avant la sainteté et on parle d'une cérémonie de canonisation en décembre prochain, à Rome.


Je devrais me réjouir que l’Église exprime de façon définitive sa reconnaissance envers Jean XXIII, décédé il y a 50 ans. Et pourtant la méthode m'énerve.


Car ce jour de fête apparaîtra, au yeux du monde, comme la fête de la star planétaire Jean Paul II. Au vu de l'hystérie collective qui a marqué la béatification du pape polonais en mai 2011, ceux qui crient depuis 2005 « santo subito » n'auront d'yeux que pour leur héros. Hormis les plus âgés et les nostalgiques de l'époque où l’Église essayait de parler au monde, qui va évoquer la figure d'Angelo Roncalli ?


En 2000 déjà, le père visionnaire du Concile Vatican II avait du partager les honneurs de la béatification avec son exact opposé Pie IX. Pontife de 1846 à 1878, ce dernier fut l'homme de toutes les résistances aux évolutions des sociétés occidentales du XIXe. On lui doit le sinistre Syllabus catalogue des idées à proscrire, parmi lesquelles la séparation de l’Église et de l’État, les liberté de presse, d'opinion et de religion, le rationalisme, le progrès, la culture moderne... Il fut aussi le père de l’infaillibilité pontificale.


Treize ans plus tard, l'ancien nonce à Paris doit encore partager la vedette. Et pas avec n'importe qui. Sans représenter le grand écart surréaliste du duo de 2000, honorer Jean XXIII et Jean Paul II dans une même cérémonie pose question.


Si les deux pontifes furent sans contexte les plus populaires du siècle dernier, leur rôles resteront assez différents dans l'histoire du catholicisme. L'italien fut l'homme d'une grande ouverture ecclésiale (aux autres religions, aux laïcs, aux non-croyants). Tandis que le Polonais, en héritier de Paul VI, s'est appliqué à faire régresser certaines intuitions pastorales de son prédécesseur (on pense ici aux théologies de la libération, ruinées par la nomination d'évêques conservateurs) ou ecclésiales (comme l'abandon de la collégialité épiscopale).


On pourra aussi opposer le premier pape à s'adresser aux « hommes de bonne volonté » à celui qui à fermé les yeux sur les crimes pédophile révélés sous son pontificat, histoire de protéger l'institution. Ou bien mettre sur la balance l'invitation faite aux autres Églises chrétiennes durant le Concile et le peu de considération pour les Églises protestantes, à l'image d'un maigre bilan œcuménique du pontificat wojtylien.


Un point commun réunit les deux hommes : leur rôle dans la politique internationale. L’Italien a contribué a évité que la crise de Cuba (1962) ne dégénère en troisième conflit mondial, alors que le Polonais a participé fortement à l'effondrement des régimes communistes de l'Europe de l'est. On ajoutera aussi à la colonne des rapprochements un goût prononcé pour le dialogue inter-religieux.


Il n'empêche que certains esprits grognons penseront que le Vatican a encore fait de la diplomatie interne, en évitant que Jean XXIII et son Concile, officiellement défendu mais détesté en privé par beaucoup, soient mis sur un piédestal. On peut voir ici une concession du nouveau pontife, conciliaire affirmé, à certains membres de la Curie chez qui on imagine davantage de photos de Pie IX le rigoriste ou de Pie XII le sévère, que du « bon pape » Jean XXIII.


A l'heure ou l'on reparle d'un future béatification de Mgr Oscar Romero, tombé en 1980 sous les balles de l'extrême-droite salvadorienne qu'il dérangeait, on est en droit de craindre le personnage que le Vatican va lui trouver comme camarade de laurier. Si ces messieurs de la Congrégation pour la cause des saints veulent une idée, je leur conseille Dom Helder Camara ! Un binôme cohérent pour honorer le christianisme latino.

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 10:03

Publiée par les jésuites des États-Unis, la revue America est connue pour sa grande qualité et pour ses positions souvent avant-gardiste et libérales. La Matinale chrétienne de La Vie nous apprend, dans sa livraison du 2 juillet, que le nouveau rédacteur en chef de la revue, Matt Malone renonçait désormais à utiliser les termes « catholiques progressistes » et « conservateurs ».


« Quand nous envisageons l’Église en fonction de catégories politiques essentiellement laïques, alors ce n'est plus vraiment l’Église, ce n'est plus une communion mais un regroupement de factions. Et la conséquence de cela, c'est que les termes et la teneur des conversations ecclésiales deviennent de plus en plus difficiles à distinguer de celles du monde qui nous entoure. »


Ces catégories sont-elles si laïques que cela ? Dans l’Église, de tout temps se sont pourtant affrontés, à fleuret moucheté certes, des partisans de l'évolution et des tenants de statu quo. C'est après de tels débats que les dogmes, les professions de foi, les règles disciplinaires ont vu le jour... ou ont été abandonnés. Peut-être, le jésuite américain souhaite-t-il que la médiocrité et les errances du débat politique partisan étatsunien, guère plus brillant que chez nous, ne vienne polluer le monde catholique ? Car dans celui-ci, c'est bien connu, tout le monde est frère, et ambitions et guerres d'influences n'ont pas lieu d'être.


Aux États-Unis, la récente polémique opposant Rome à la principale fédération de religieuses apostoliques montre bien, pourtant, que des visions d’Églises différentes existent. Comme rendre compte de cette diversité si on s'interdit le vocabulaire compris par tous pour en rendre compte ?


Matt Malone s'appuie sur un texte célèbre de la lettre de saint Paul aux Galates (3, 28) : « Il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus », justifiant, selon le journaliste de La Vie, « que la revue bannira désormais de ses pages tous les qualificatifs dont on affuble souvent les croyants, selon leur sensibilité ».


Les propos de Paul décrivent un monde idéal, celui du jour de la réalisation de la promesse chrétienne. Quand toutes et touts auront trouvé leur bonheur sur cette terre. Ce qui est loin d'être le cas dans l’Église. Notamment à cause de la ségrégation persistante dont souffrent les femmes. On pourra reprendre la question quand le tableau paulinien peindra la réalité.


Le troisième argument développé par le rédacteur en chef est très recevable. « Pas de partie de l’Église où America ne soit pas chez lui. » On comprend ce souci. Si l’Église catholique acceptait en son sein une opinion publique, la revue pourrait sans peine faire débattre des courants divers, nommés par leurs appellations traditionnelles. À condition de ne montrer aucun ostracisme a priori, et d’accepter que des bonnes idées puissent éclore dans les différents groupes, pour l'intérêt général. Une exigence qui doit être partagée par tous les médias catholiques, quelles que soient leurs origines.


En s’interdisant de qualifier les traditions ecclésiales, on court le risque, sous prétexte d'unité, de présenter une vision unanimiste. Ce qui aura pour conséquence l'oubli des plus faibles aujourd'hui, en l’occurrence les courants progressistes, invisibles au sommet de l’Église et en perte de vitesse numérique dans les communautés.


« La doctrine sociale de l’Église, explique le jésuite américain, est bien plus radicale que nos politiques laïques, précisément parce qu'elle s'inspire de l’Évangile, qui est lui-même un appel radical à devenir des disciples, c'est à dire des révolutionnaires opposés à toute notion humaine de pouvoir. » Cette Doctrine, si exigeante pour l'humanité, est une référence partagée par toutes les familles de catholiques. Si l'on pense que le respect de l'individu que prône l’Église peut concerner son propre fonctionnement, il faudra entendre des voix différentes du courant dominant, peu soucieux de changement.


Quand au discrédit de la « notion humaine de pouvoir » dans les propos du P. Malone, il étonne chez un jésuite, congrégation qui a toujours su former les élites et qui n'est pas naïve au point de croire que ce mal « humain » épargne les hommes de foi, lesquels demeurent toutefois « humains ».


En France, les citoyens qui prétendent ne pas « faire de politique » et récusent les étiquettes sont le plus souvent conservateurs. Dans le monde catholique, un refus de la pluralité de convictions, confinant au déni de réalité, ne rendra pas service à l’Église.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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