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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 22:09

Quel est donc le secret de la popularité de François ? Comment donc l'argentin Bergoglio a-t-il faire sortir l'Eglise cathodique du chapitre des scandales et de la déprime pour la rendre à nouveau désirable ? Comment expliquer qu'un journal hebdomadaire entièrement à sa gloire Il mio papa (Mon pape) ait vu le jour cette année ?


Quelques jours passés à Rome, à l'occasion d'un voyage d'études de l'Association des journalistes de l'information religieuse , m'ont apporté quelques réponses. La plus évidente est apparue mercredi 2 avril au matin, lors de l'audience général de la place Saint-Pierre. Se retrouvait réunis quelques 50.000 personnes, bien plus que durant la fin du pontificat de Benoît XVI. La litanie interminable des groupes présents indique que l'événement hebdomadaire attire bien au-delà des paroisses, groupes en pèlerinages et écoles catholiques.


Durant son long tour de la Place sur sa jeep ouverte (il refuse le blindage de la papamobile), le pape François ne s'est pas départir de son sourire, s'arrêtant ça et là pour serrant des mains. L'exercice ne lui déplaît pas et paraît faire partir de son « travail » de pape, autant que ses prises de parole. Du reste, quand il aborde sa catéchèse du jour, sur le sacrement de mariage, il ne transforme pas en docteur.


Son texte, bref, tient bien plus de l'homélie de curé de paroisse moyenne que de l'enseignement. A ce titre, il est aux antipodes de son prédécesseur dont les interventions du mercredi formaient un corpus théologiques de haut vol, quasi magistériel. Et inaccessible pour 90% de son auditoire


L'intervention de François (lire ici) ne restera dans aucun manuel. Mais son grand mérite est d'avoir été comprise, même par des piètres italianisants. Les fidèles ont entendu des propos de bon sens ; «Ne pas terminer la journée où vous vous êtes disputés sans faire la paix. Toujours ! Et pour faire la paix, il n’est pas nécessaire d’appeler les Nations unies. Il suffit d’un petit geste, d’une caresse, et salut ! Et à demain ! ». On retrouve l'esprit du devoir de s'asseoir en fin de journée, prôné par le P. Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.


Le pape a donné trois mots-clés tout simple pour bien vivre ensemble, applicable bien au-delà du mariage : s'il te plaît, merci, excuse-moi. Et il a fait répéter la foule, ravie : permesso, grazie, scusa.


On dit souvent qu'en rentrant de la messe dominicale, si le fidèle a retenu une idée de l'homélie, le pari du célébrant est gagné. Le pape est donc un bon prêtre. Et c'est déjà beaucoup.

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 16:31

Le monde politique français a connu dimanche ce que les catholiques du monde entier ont vécu le 11 février 2003. Le retrait public de Jean-Louis Borloo a rappelé l'annonce surprise de la démission de Benoît XVI (on retrouvera ici mes réflexions d'alors). Comme l'an passé, les médias ont sorti leurs nécrologies, en y ajoutant une petite question : « Jean-Louis Borloo va-t-il revenir ? ». En 2013, le sujet était « que va devenir l'ex-pape ? »


Il sera difficile d'établir de véritables comparaisons. Le dirigeant de UDI a appartenu à presque toute les formations politiques de droite, sans oublier "Génération Écologie", quand le prêtre bavarois est demeuré fidèle à la même équipe. Ratzinger a vécu modestement au milieu de ses livres quand l'avocat parisien gagnait des fortunes. Et à 63 ans, Jean-Louis Borloo est bien plus jeune que le pape démissionnaire.


Ce qui est étonnant... c'est l'étonnement que ces décisions suscitent. Pourtant Jean-Louis Borloo était malade depuis plusieurs mois et Joseph Ratzinger, âgé et accablé de soucis. Les carrières ecclésiastique comme politique ont en commun, pour l'opinion, de ne devoir s'éteindre que par la mort ou la disgrâce.


Pour les élus, il est, semble-t-il, fort difficile de renoncer à la gloire et au pouvoir. Le quatrième mandat que vient d'entamer Jean-Claude Gaudin, 74 ans, à Marseille en est un bel exemple. Les choix de François Léotard et de Claude Évin sont exceptionnels.


Quand aux prêtres, ordonnés pour la vie, leur temps du service ne s'éteint que tard, à 75 ans. Un âge que certains voulaient repousser pour certains postes à Rome, exigeants moins d'efforts physiques qu'une responsabilité diocésaine. De fait, la limite est fréquemment dépassée, notamment en temps de pénurie de bras. Le retrait pour faire place aux autres générations devrait pourtant être la règle.


Au sommet de l'Église, la jurisprudence Ratzinger fera sans doute des émules et le statut de « pape émérite » ne sera plus une curiosité dans quelques décennies. A fortiori avec un successeur jésuite, qui sait que dans les ordres religieux, un responsable est élu pour une période donnée et retourne ensuite dans le rang, sans sentiment de déchéance. Pour l'heure, l'Église est tenu de confier à un évêque un poste correspondant à sa dignité jusqu'à ses 75 ans. Ce qui pose des soucis en cas d'erreur de casting ou d'incapacité pour des grandes figures de l'administration romaine à administrer un diocèse dans leur pays.


Dans ce domaine donc, l'Église catholique, souvent qualifiée à raison de gérontocratie (lire ici un billet précédent sur la question), peut donner l'exemple à un monde politique dans lequel certains s'accrochent jusqu'au dernier souffle à un hochet et à quelques indemnités. Lors des débats français sur le cumul des mandats, la limite d'âge est rarement évoquée. Dans mon département d'origine, un élu – je n'ose donner son nom – est parlementaire depuis 1968 (l'année de ma naissance), député puis sénateur !


Nous souhaitons longue vie à Jean-Louis et Joseph et présentons nos vœux de réussites à leurs successeurs.

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 22:19

La lecture du Guide de l'Eglise catholique (voir ici), qui est au journaliste en charge des religions ce qu'est le Vidal au médecin ou le Dalloz au juriste, recèle d'informations édifiantes... et d'autres plus distrayantes.

Pour commencer par le futile, on va parler pilosité épiscopale. Alors que la barbe est redevenue très tendance, et qu'elle fut jadis un signe de sagesse masculine, nos évêques sont très majoritairement glabres. Honneur donc aux rebelles (ou aux rétifs du rasoir) que sont NN. SS. (1) Blaquart (Orléans), Bouilleret (Besançon), Castet (Luçon), Centène (Vannes) et Lafont (Cayenne).


On n'oubliera par Mgr Jacolin (Mende), mais il appartient à la congrégation des Missionnaires de la Plaine, et le port de la barbe chez les missionnaires est proverbiale. Dans cette catégorie, on peut citer le mariste Mgr De Rasilly, prélat de Wallis et Futuna. Mgr Gudziak qui veille sur Ukrainiens de rite byzantin de l'hexagone également barbu.


Enfin, nous attribuons une mention spéciale à Mgr Fonlupt qui sillonne son diocèse de Rodez, avec une simple moustache.


En page 76 (numéro prédestiné), on apprend que Mgr Jean-Luc Brunin est « évêque du Havre-de-Grâce (sic) depuis 2011 ». Espérons que cela portera chance au prélat et à ses ouailles. Il s'agit sans doute d'une facétie de correcteur orthographique ayant échappé à la vigilance des correcteurs. Que celui qui n'en a jamais laissé passer leur jette la première gomme.


Plus sérieusement, j'ai jeté un œil aux statistiques de prêtres en activité dans les diocèses. Si l'on s'en tient à la métropole, 15 diocèses en comptait début 2014 moins de 50. La palme revenant à Nevers (26), devant Agen et Digne (27) puis Verdun (29). Si des services sont parfois déjà mutualisés entre voisins, il faut se poser sérieusement la question de la viabilité de certaines entités diocésaines. La politique de l'autruche, très employé dans l'Eglise de France pour les réalités qui fâchent, connaît des limites


Pour mieux se rendre compte de la difficulté, il convient de rapporter ce chiffre à la population du diocèse. La Charente (Angoulême) est deux fois plus peuplée que les Alpes de Hautes-Provence (Digne) pour le même nombre de prêtres. A ce petit jeu, le plus maigre diocèse de France en population, Mende et ses 77.000 âmes, n'est pas le plus à plaindre. Il est en effet desservi par 39 prêtres. Soit 1 pour 1.974 habitant. Ce nombre monte à 5.808 à Chalons en Champagne (47 pour 273.000), 6.750 à Angoulême (62 pour 309000), ou 11.758 à Belfort (29 pour 341.000).


La situation est plus gérable à Saint-Pierre et Miquelon, ou les 6081 habitants bénéficient des soins pastoraux de deux prêtres, dont Mgr Gaschy, spiritain, et vicaire apostolique des lieux.


En zone urbaine, ce ratio d'habitants par prêtres en activité est parfois encore plus élevé. Dans le diocèse de Saint-Denis (93), ils se sont que 91 pour 1 million et demi d'habitants, soit 1 pour16.485. Résultat que l'on peut comparer à Versailles, qui peut compter sur 205 ministres pour une population légèrement inférieure (1,4 millions), donnant un rapport de 6.868.


Bien sûr, on ne saurait s'arrêter aux chiffres bruts. La géographie fait que les conditions de travail ne sont pas les mêmes en région parisienne que dans les Alpes. On pourra aussi objecter que la population totale ne dit rien du nombre de catholiques, en proportion plus nombreux dans les Yvelines qu'en Seine-Saint-Denis. Ce n'est pas autant que dans ce dernier département les prêtres seraient moins occupés. Leur action missionnaire est d'une autre nature et la rencontre interculturelle occupe à Saint-Denis une place plus importante qu'à Versailles, oû la demande de sacrements est sans doute plus importante.


Déjà effective, avec des diocèses « exportateurs » et d'autres « importateurs » au sein du pays, la solidarité en matière de prêtres gagnerait à se développer.


On retiendra de tout cela qu'il n'y guère d'endroit où les prêtres se tournent les pouces dans les diocèses de France. Et que la survenue de la retraite réglementaire, pourtant fort tardive (75 ans) risque d'être davantage encore dépassée pour les ministres encore alertes. A la demande de nombres d'évêques... et de communautés.


(1) Mgr au plluriel

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 13:22

Cette année, comme en 2007 et en 2010, la date de Pâques est commune à toutes les Églises d’Orient et d’Occident. L'occasion de multiplier les rassemblements œcuméniques le dimanche à l'aube. Le Conseil d’Églises chrétiennes en France recommande aux chrétiens de « célébrer tous ensemble – le 20 avril – le Christ ressuscité, notre paix, en qui sont détruits les murs de séparation (Ép 2,14-18) ».


En Île-de-France, c'est sur le Parvis de la Défense a Nanterre que les chrétiens ont pris l’habitude de se retrouver pour fêter la Résurrection du Christ et la juxtaposition des calendrier (voir le tract). De nombreux diocèses profitent également de cette Pâque coordonnée pour en faire un temps forts de leurs relations œcuméniques.


Ainsi, à Bordeaux, les chrétiens sont invités à se retrouver dans un site original. Il s'agit du miroir d'eau des quais de la Garonne, face à la superbe place de la Bourse (à 7h 08, voir le tract ici), cadre plus habitué aux cris des enfants les jours de canicule qu'aux cantiques. Dans cette ville, ce rassemblement est désormais annuel (catholiques et protestants partageant chaque année le même calendrier) et attire toujours la foule.


Le site de la revue Unité des chrétiens recense les propositions au niveau national (voir ici). Hors la Défense et Bordeaux, des rencontres sont prévues à Celles (79), Monastère de Pié-Foulard; Chalon-sur-Saône (71), 8h, square Chabas; Chartres (28), 8h15, parvis de la cathédrale; Dijon (21), 8h, place Wilson; Lille (59), 8h, Accueil Marthe et Marie ( place Érasme de Rotterdam, Lomme) (tract); Orléans (45), 6h54, Campo Santo (rue Fernand Rabier), (tract); Royan (17), 8h, plage de Pontaillac (tract); et Saint-Étienne (42), 7h, le Guizay (tract).


A Lyon, trois propositions : 6h30, devant le Foyer protestant de la Duchère (309 avenue A. Sakharov, 9e) ou 7h, Parc de Gerland, entrée allée Pierre de Coubertin (7e) ou à 7h à l’église Saint-Thomas (16 avenue Pablo Picasso, Vaulx-en-Velin). Voir le tract.


Les rendez-vous sont fixés à l'aube. Pour la symbolique bien sûr mais aussi pour permettre aux fidèles de rejoindre éventuellement des célébrations organisées dans leurs églises à des horaires dominicaux plus habituels. On peut regretter cette limite au geste oecuménique. Pourtant ne pas profiter de l'événement pour célébrer ensemble le geste de la fraction du pain ?


Bien sur, les théologies divergent, entre catholiques et orthodoxes d'un côté, et Eglises de la Réforme de l'autre. Toutefois, en rappelant clairement les différentes lectures de la Cène, pourquoi ne pas proposer, à titre exceptionnel, de communier ensemble au Corps du Christ, chacun y donnant la signification de son appartenance.


Dans un article publié par Témoignage chrétien en 2010 (voir ici l'article complet), Bernard Rivière se rappelle des premières années de l’aventure de Taizé. « Après la liturgie commune de la Parole, cha­que fidèle se rendait dans un secteur différent de l’église de la Réconciliation pour célébrer « son » Eucharistie, avec ceux de « sa » confession. Quelle souffrance alors, et pourtant nous restions dans un même lieu ! Aujourd’hui, la célébration dominicale, présidée par un prêtre catholique, rassemble catholiques et protestants, chacun communiant s’il le désire ».


C'est par des gestes prophétiques que viendra dans les esprits l'idée que le scandale de la division des chrétiens n'est pas éternel.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 11:49

Pour la première fois depuis 140 ans, l’Église catholique d'Angleterre compte dans ses rangs un évêque oratorien. Le P. Robert Byrne, 57 ans, qui a notamment travaillé au service œcuménique de la conférence des évêques locale, a été nommé le 15 mars évêque auxiliaire de Birmingham.


Longtemps connus pour leurs collèges (voir ici), au même titre que les Jésuites, les Oratoriens ont toujours porté des choix pédagogiques originaux. Au XVIIe siècle, leurs établissements enseignaient le français et non le latin et abordaient la littérature contemporaine, l’histoire et la géographie, disciplines hautement suspectes alors. La liberté de pensée et l’intelligence y étaient des maîtres mots.


Dans son dictionnaire de pédagogie de 1911, le très laïque Ferdinand Buisson écrivait : « Parmi les corporations enseignantes, l’Oratoire occupe une place à part, grâce à son esprit libéral, à sa tolérance relative, à son goût très marqué pour les études historiques et pour les sciences. Un autre caractère de l’enseignement des humanités dans les établissements de l’Oratoire, c’est la part plus large accordée aux explications du texte, aux thèmes oraux. »


En France, les Oratoriens animent un lieu d'accueil dans le Jura et trois paroisses à Lyon (Sanctuaire Saint-Bonaventure), Marseille et Paris, avec Saint-Eustache , dans le quartier des Halles. Celle-ci est très ouverte aux différentes formes d'arts. Un régisseur y est appointé à temps plein tant les propositions (concerts, expositions) y sont nombreuses. Saint-Eustache attire de tout Paris des catholiques attirés par la qualité des prédications et la liberté de ton.


La solidarité est également une réalité forte. La Soupe Saint-Eustache mobilise quelques 300 bénévoles pour accueillir les nécessiteux tous les jours en d'hiver.


Fondé par Pierre de Bérulle, l'Oratoire de France a décidé en 2009 de recentrer la mission de sa quarantaine de prêtre autour de trois axes : foi, culture et société (voir ici un article publié dans Témoignage chrétien pour les 400 ans de la Société). « Notre identité est de ne pas avoir d’identité », plaisante le P. James Cunningham, supérieur général, d’origine américaine. Les Oratoriens tentent d'abord de coller aux réalités religieuses et politiques du temps, avec ses questions et ses doutes.


On peut ainsi croiser des Oratoriens aumôniers militaires, étudiants ou d’hôpital, militant à la Licra, fondateur d’association pour les réfugiés bosniaques, auteur de contes et légendes béninois, prêtre-ouvrier, enseignant de philosophie à l’Institut catholique de Paris ou encore engagé dans un foyer de jeunes travailleurs. L'exégète Michel Quesnel, ancien recteur de l’Université catholique de Lyon et Jean Dujardin, spécialiste du judaïsme, sont aussi membres de cette famille.


A travers la nomination de Mgr Byrne, on peut voir la reconnaissance, par le Pape Français, d'une belle tradition de l’Église.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 16:42

J'ai passé le week-end dernier à Bruxelles avec ma famille et des amis. En consultant un guide touristique, j'avais repéré l'église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage (voir ici), présentée comme un joyau baroque. La notice évoquait également quelques tableaux caravagesques. Bref, cela méritait le détour.


En l'entrant de l'église, des panneaux m'apprennent que des Afghans sans papiers habitent les lieux. De fait, toute une aile de l'église, comme une bonne partie du chœur sont occupés par des tentes. On croise des hommes qui ne parlent ni français, ni flamand. Et qui ne ressemblent pas à des visiteurs.


J'ai beau m'extasier devant une chaire en bois superbe, et y faire découvrir tous les animaux possibles à mes enfants, l'amateur de baroque que je suis ne goûtera que peu cette visite. Difficile de « faire le touriste » devant cette réalité humaine.


Bien sûr, en pareil cas, on culpabilise d'avoir, ne serait-ce qu'une seconde, râler de ne pouvoir vivre l'émotion artistique annoncée. En expliquant la situation à ma fille aînée, elle m'a simplement répondu avec le superbe mot « asile ». Souvenir de la comédie musicale « Notre-Dame de Paris ».


Le lendemain, j'apprends que ces déboutés de l'asile qui refusent l'expulsion vers leur pays où ils risquent leur vie ont investi l'église depuis plusieurs mois, avec le soutien du curé. Et que la paroisse a l'habitude de ce type d'engagement. Elle doit être un équivalent bruxellois de Saint-Merri de Paris.


Lors d'une marche pour expliquer leur combat, ces infortunés ont reçu en janvier la visite bienveillante de Mgr Léonard (voir ici), archevêque de Malines-Bruxelles,
prouvant le soutien des autorités catholiques à leur action, et à l’accueil offerte par la paroisse.


Ces dernières années, en France, les occupations d'églises furent de courte durée, les diocèses appelant la force publique après quelques jours. En conséquence, le quidam ne voit plus les combats menés pour le dignité et pour l'ouverture de nos sociétés, riches et calmes, à celles et ceux qui viennent de terres de misère et de guerre.


A Bruxelles, on pense d'abord à abriter ces malheureux et à informer les touristes de leur infortune. Pour cela, une tente posée sur la dalle froide d'une église et un regard croisé devant un tableau de maître est mille fois plus efficace qu'un énième article ou reportage ou qu'une manifestation de plus.

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 17:24

Bien plus que d'une Rome parfois lointaine, la vie du peuple catholique là ou il se trouve dépend est en grand partie de l'évêque du diocèse. Pour avoir été l'un d'eux le pape François s'est déjà montré fort exigeant envers ses frères pasteurs. On se souvient notamment de sa charge en septembre contre les « évêques d'aéroport », enclins à quitter souvent leurs ouailles.


Le 27 février, devant la Congrégation pour les évêques, organisme romain qui gère la nomination et le suivi des prélats du monde (exceptés ceux des pays « de mission »), le pontife argentin en a remis une couche. « Le peuple de Dieu a besoin et attend un pasteur, quelqu'un au grand cœur. Il veut un homme de Dieu, pas un gestionnaire ni un administrateur de société ». En France, bien des évêques consacrent une bonne partie de leur longues journées à boucher les trous causés par le manque de ministres ordonnés ou à arbitrer des conflits de personnes. Bref à être des DRH fort occupés, moins disponibles pour leurs missions d'enseignant et de rassembleur.


« Nous ne devons jamais perdre de vue les besoins des Églises locales, auxquelles nous devons répondre, a dit François devant les « faiseurs d'évêques ». Ces dernières années, on a pu voir des évêques utiliser des territoires comme des laboratoires de leur projet, lequel ne correspondait pas toujours aux aspirations des prêtres et des fidèles. C'est bien le sens opposé qui est prôné désormais. En poussant l'idée, la feuille de route diocésaine, par exemple fruit d'un synode, devrait être remise dans les mains du nouvel évêque le jour de son ordination ou de son installation. Et s'imposer à lui.


Un autre aspect soulevé par le pape résonne en France après un épisode d'engagement massif d'une partie des catholiques et de leurs pasteurs dans un combat qui n'a pas fait l'unanimité. « L’Église n'a pas besoin de défenseurs de ses propres causes ou de croisés pour ses propres batailles, mais de semeurs humbles et confiants de la vérité » Un appel à la modestie bienvenue. Même si, on peut le rappeler sans être inconvenant, ce ne fut pas toujours la posture de Mgr Bergoglio en Argentine jadis...


Le pape, qui comme jésuite n'aurait logiquement pas du revêtir la mitre, est également revenu sur la question des carrières épiscopales. S'adressant directement aux évêques, il a redit : « Ne vous comportez pas en princes ambitieux.N'ayez pas d'ambitions dans l'épiscopat ». Cette idée, conforme à la vision bergoglienne de l'Eglise, va se heurter au principe de réalité. Un jeune prêtre brillant, ordonné évêque à 45 ans, devra-t-il rester 30 années sur le même siège, comme ce fut le cas jadis ? Peut-on nommer un novice à un poste majeur - Paris, Lyon ou Marseille chez nous - ?


Les membres de la Congrégation pour les évêques ont de quoi ruminer quelque temps après l'intervention du pape François.

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 09:22

Les religieux et les religieuses qui œuvrent dans notre pays font preuve d'une générosité sans limite. Parfois pourtant la bonté du cœur gagnerait à se doubler d'une meilleure intelligence des situations. Un exemple de cette difficulté apparaît à lecture de la livraison de février d’Église à Lyon, revue du diocèse de la Capitale des Gaules.


Dans un panorama illustré de communautés religieuses nouvellement implantées, on trouve quelques lignes consacrées aux Servantes des pauvres, congrégation d'oblates bénédictines. Trois représentantes sont arrivées en décembre 2013 à Meyzieu, pour agir auprès des malades comme infirmières.


Voici ce qu'écrit la rédactrice Nennecy du Chaffaut : « Bien que diplômées d’État, elles travaillent de façon complètement bénévole, ce qui, curieusement, n'est pas simple pour se faire accepter ».


Quelle naïveté dans ces lignes, de la part de la rédactrice comme des sœurs ! Qui peut ignorer les difficultés sociales des personnels soignants, à l'hôpital comme dans le secteur libéral ? Comment accepter de voir débarquer des personnes compétentes et formées effectuant le travail sans salaire? On peut être sûr que l'Assurance maladie se frotte les mains d'accueillir ces supplétives. Davantage que les syndicats de salariés.


Si les religieuses ont inventé le métier de soignantes il y a plusieurs siècles, elles l'exercent depuis fort longtemps à titre professionnel. Et si leur salaire leur apparaît trop élevé, leur congrégation saura faire bon usage du superflu.


Être présent et manifester l'amour inconditionnel du Christ auprès des plus pauvres n'obligent pas à cette singularité d'action. Les collègues de ces religieuses ont également le soucis des souffrants, mais doivent aussi faire bouillir la marmite familiale et ne peuvent tout attendre « de la Providence », comme les Servantes des pauvres de Meyzieu.



C'est bien en étant « normal » que ces religieuses infirmières montreront leur générosité infinie pour l'humanité. C'est en se présentant comme travailleuses avec d'autres, aux mêmes conditions, qu'elles seront signes du Christ pour les malades comme pour leurs collègues.

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 14:29

En titrant dans son édition dominical du 23 février : « Alors les cathos, tous des réacs ? », le Parisien-Aujourd'hui en France n'a pas seulement proposé un titre choc et outrancier dans le but de faire vendre. Il a remis à leur juste place les participants à deux récents défilés : Marche pour la vie (19 janvier) et Manif pour tous (2 février).


Car le sondage du quotidien indique que 90% des catholiques (chiffre équivalant à celui de la population totale) approuvent le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Chez les pratiquants réguliers, ils sont encore 63%. Dans cette dernière cohorte donc, les manifestants évoqués plus haut sont donc minoritaires.


Faut-il voir ici l'échec de la pédagogie de Rome et des évêques français ? Pas seulement.


Les catholiques sondés ici ont répondu à une question précise : celle du « droit à » Quand il prend une posture de citoyen, le catholique réfléchit non uniquement en fonction de sa conviction personnelle mais en regardant l'intérêt de tous. Et donc de son voisin qui ne partage pas sa foi et dont il respecte le point de vue. Le catholique sondé pense en minoritaire qui ne saurait imposer sa propose philosophie.


Sans doute, le résultat eut été fort différent devant une question comme « Etes-vous favorable personnellement à l'IVG ? ». Parce qu'aucune personne sensée ne peut considérer l'arrêt d'une grossesse comme une option satisfaisante. Ensuite, car pour un chrétien, le refus d'une vie est théologiquement indéfendable.


Une autre question validerait la position double de beaucoup : « Êtes-vous d'accord avec la phrase ? : Je suis favorable au droit à l'avortement tout en refusant d'en user pour moi-même. » Beaucoup de catholiques s'y retrouveraient. Avis aux sondeurs.


La chance de notre démocratie est de proposer à chacun un droit de demander certains gestes médicaux. Et donc le droit – sacré et à défendre - de ne pas en user.


Il revient aux pasteurs de l’Église catholique de convaincre les fidèles, lorsqu'ils se trouvent dans des circonstances précises, de faire une choix personnel éclairé. Dans notre République, via les médias, ils ont toute latitude pour faire connaître leur position, même minoritaire.


Devenue un lobby parmi d'autres, l’Église tente d'influer sur la loi commune. C'est légitime. Mais à condition de reconnaître qu'elle peut être entendue et suivie (la Loi Leonetti sur la fin de vie en est le bon exemple), comme ne pas l'être (avec le mariage homosexuel). Et dans ce cas, nos évêques devraient faire taire celles et deux qui, se réclamant catholiques, réfutent les décisions démocratiques.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 15:51

Le Saint-Siège a mené une grande consultation des fidèles en préparation du synode sur la famille prévu en octobre 2014. Je m'en suis déjà réjouis dans ce blog (lire ici).

Les premiers résultats ont été rendus publics en Suisse et en Allemagne. Ils consonent avec les éléments qui remontent de la base en France, telles les études réalisées par la Conférence des baptisés ou la Mission de France). Ces enquêtes montrent que certains règles ecclésiales- au premier chef le non accès au sacrement pour les divorcés-remariés – sont vilipendées par une grande majorité des catholiques des pays concernés.


Décidément secoués par le vent qui souffle du Vatican (ou du moins de la Maison Sainte-Marthe), les épiscopats communiquent des chiffres plus que dérangeants. Ainsi, on apprend que 90% des fidèles suisses veulent que les divorcés-remariés pratiquent sans entraves, et 60% approuverait des bénédictions de couples homosexuels. Dans leur rapport, les évêques allemands notent que la cohabitation pré-nuptiale est « quasi universelle ». Leurs voisins français pourraient en dire autant.


Le constat peut amener plusieurs réflexions. Et des lectures divergentes.


Un béotien des affaires vaticanes pourrait facilement pointer l'autisme des autorités catholiques quand aux mœurs familiales d'une bonne partie de l'Europe. Que l'Eglise qui s'estime, depuis Paul VI, experte en humanité, s'interroge encore en 2014 sur ce que vivent ses ouailles en dit long sur sa connaissance du terrain. La vraiment question n'est plus ce qui se passe mais ce qu'il convient d'en penser.


On rétorquera à cette pique sur deux points. Tout d'abord,le questionnaire était proposé aux Églises du monde entier. Les comportements différent largement selon cultures et continents et une cartographies des pratiques familiales sera fort utile.



Ensuite, plutôt que des déplorer l'apparente naïveté d'une question, il paraît plus judicieux d'observer la dynamique.


Hier, les catholiques étaient censés être dans les clous et la politique de l'autruche était de mise. En octobre, les évêques réunis pour le synode disposeront d'éléments objectifs, non de fantasmes, pour réfléchir et proposer d'éventuelles évolutions réglementaires.


Pour cela, oui, l'ouverture du questionnaire aux laïcs est une bonne chose et il faut féliciter ses promoteurs. La fin du secret dans la circulation des textes entre les épiscopats et le Saint-Siège participent aussi de cette bonne volonté.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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