20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:51

Au printemps 2013, lorsque la Loi Taubira mobilisait des centaines de milliers d'opposants, que n'a-t-on entendu dans la bouche de prélats sur ces élus qui osaient légiférer sur un domaine dont on les taxait d'incompétence. « L’État est postérieur au mariage et à la famille, comme il est postérieur à la personne humaine. Voilà pourquoi il n'appartient pas à l’État, me semble-t-il, de définir ce que doivent être le mariage et la famille », écrivait ainsi en octobre 2012 Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes.

Pensez-donc : un évêque est mieux placé qu'un député pour savoir ce qu'est ou n'est pas un mariage. Et la fameuse anthropologie chrétienne – qu'il aurait été plus honnête de qualifier de catholique -, est à ses yeux, supérieure au choix des représentants du peuple, ces usurpateurs.

Denier toute légitimité au législateurs de traiter du mariage. comme arguer que les foules défilantes, ou les pétitions géantes, doivent s'imposer au vote des parlementaires. Cela s'appelle du populisme, le pouvoir de celui qui crie le plus fort, le pouvoir de la rue et de l'émotion.

« Nous condamnons les discours populistes répandant la suspicion contre toute représentation politique. », peut-on lire dans le communiqué du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, publié le 11 décembre, à l'approche des élections municipales des 23 et 30 mars 2014.

Bien sûr, la pique contre le Front national en plein essor et évidente. Mais la clique des Le Pen n'est pas la seule à se complaire dans le refrain du « tous pourris ». On peut y reconnaître tous les mauvais perdant, qui n'acceptent pas que leurs idées, minoritaires au sein de la représentation nationale, ne soient pas retenues.

Interrogé sur le site d'extrême-droite « Boulevard Voltaire », Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, qui n'a cessé de crier contre le gouvernement l'an passé, fait remarquer que le texte de l'épiscopat « est une simple déclaration du conseil permanent. Il n’a, bien entendu, rien d’un acte infaillible du magistère ».

Et histoire de bien montrer sa défiance, il affirme : « il n’est pas interdit de regretter, par exemple, que cette déclaration n’accorde pas une place plus importante à certains enjeux tels que la défense des valeurs familiales ou la nécessité de soutenir les familles, alors que les municipalités disposent, pour cela, de certains moyens d’action ».

Autre regard avec son confrère Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry. Lors de sa lettre pastorale « Voici Noël », donnée le 13 décembre, il rend un bel hommage aux responsables politiques. « En ce début d’année, mon regard va vers les hommes et les femmes qui exercent des mandats politiques ou qui se présentent comme candidats. J’aimerais les remercier ! Il est facile de se moquer d’eux ou de les dénigrer : aucun d’entre nous n’est parfait (…)



Le pouvoir peut enivrer. Mais l’immense majorité des conseillers municipaux, des maires et des députés européens font un travail gigantesque (…) , alors qu’ils sont particulièrement objet de sollicitations ou de plaintes de personnes incompétentes ou de personnes défendant leurs intérêts propres contre le bien commun. Oui, il faut savoir le positif de leur action et leur dire merci. »

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 15:29

Je n'ai pas l'habitude ici de parler chansons. Un spectacle superbe, vu en 2011 et chroniqué pour Témoignage chrétien (lire ici), est redonné ces jours-ci à Paris. Il s'intitule "Bêtes à bon Dieu" et met en scène trois chanteurs dans un florilège de textes autour de la religion, principalement catholique.

Deux vieux routeurs de la scène, Serge Hureau et Anne Syvestre, partagent la plateau avec Olivier Hussenet, jeune comédien-chanteur. A travers une trentaine de chants de tout style, on passe allègrement du XIVe siècle aux années twist, en passant par Hugo ou Corneille (Mon Dieu, quelle guerre cruelle). Le tout saupoudré de quelques tubes d’Anne Sylvestre, tour à tour caustique (Les regrets d'une punaise), admirative (Les cathédrales) ou féministe (Une sorcière comme les autres).


Ce tour de chant joliment mis en scène montre que le christianisme a toujours inspiré les musiciens et qu'un patrimoine magistral est toujours à visiter. Évitant le double écueil du récital pieusard et du pamphlet bouffe-curés, l'entreprise est une réussite et l'on souhaite que ces "Bêtes à Bon Dieu" puissent être données plus souvent.


Il faut donc profiter des trois prochaines représentations parisiennes au Hall de la chanson, 211 avenue Jean-Jaurés (La Villette), 75019 Paris, les dimanches 8 et 15 décembre (16h) ou le samedi 14 (20h30).

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 15:50

Depuis qu'un diocèse anglais a eu l'idée - ou la maladresse - de mettre en ligne la consultation proposée par le Saint-Siège pour préparer le synode extraordinaire sur la famille d'octobre 2014, il souffle un vent de démocratie participative sur l’Église catholique.


Pourtant le questionnaire en question est un mode ordinaire de consultation pour préparer les synodes d'évêques. Mais d'habitude, il reste sur le bureau des évêques, lesquels consultent qui ils veulent, discrètement, avoir de rendre leur copie à Rome.


Il se trouve que celui-ci est entre toutes les mains, et que, ce n'être peut-être pas un hasard, il concerne un sujet sur lequel les catholiques de base ont leur mot à dire. Sur la question des familles et de leur diversité, sur la sexualité.... et sa diversité, certains prétendent même que les laïcs sont plus savants que leurs pasteurs et prélats. Il s'agit sans doute de mauvaises langues.


Les fidèles en manque de démocratie se sont jetés sur l'occasion. La Conférence catholique des baptisé(é)s francophones (CCBF), faisant référence à son slogan « Ni partir, ni se taire », y voit « une chance de le mettre en acte ensemble ». « Il s’agit, de manière constructive, d’aider nos évêques à avoir la vision la plus réaliste possible sur toutes les questions qui touchent à la famille


La CCBF invite ses membres à travailler particulièrement les parties du questionnaire « concernant les unions libres ou les divorcés‐remariés (point 4), sur les unions entre personnes de même sexe (point 5), sur les méthodes naturelles de procréation (point 7). Exprimez‐vous, faites savoir ce que vous constatez, ce qui vous semble le plus urgent, qu’est‐ce qui fait obstacle à l’annonce de l’Évangile, qu’est‐ce qui est compris, qu’est‐ce qui ne l’est pas ».


Demandant à ses affidés d'adresser leur travail à leurs évêques et à elle-même, la CCBF promet de réaliser une synthèse. Celle-ci sera adressée à la Conférence des évêques de France et à Rome. Ce rapport risque fort de diverger de celui que l'épiscopat transmettra au secrétariat du synode.


Les délais de remise des textes étaient très serrés – avant janvier 2014 – les diocèses tentent de s'organiser au mieux. Le blogueur Marc Favreau a eu l'excellente idée de proposer un recensement de leurs initiatives et propositions, à l'aide d'une carte. 20 diocèses étaient cités le 25 novembre au soir.


Parmi les plus motivés et réactifs, on trouve le diocèse de Créteil. Le service de pastorale familiale organise trois soirées : lundi 25 novembre, sur les situations matrimoniales particulières (unions libres, divorces, remariages), jeudi 28 novembre, sur la préparation au mariage, les couples et les familles aujourd’hui, et enfin jeudi 5 décembre, sur les familles et l’éducation des enfants.


À Rennes, on perçoit un réel enthousiasme. « Les paroisses, services et mouvements doivent nous renvoyer un texte rédigé d’une page maximum pour chaque question », explique la déléguée à la pastorale familiale, qui attend « avec impatience » de lire ces synthèses qui permettront de « voir ce que vivent les personnes à la lumière de leur foi ». L'archevêque Mgr Pierre d’Ornellas, souhaite que « le texte circule ». « Je l’ai envoyé à tous mes curés et responsables de services diocésains en leur demandant de trouver des chrétiens pour travailler l’une ou l’autre question ».


L'archevêque de Poitiers Mgr Pascal Wintzer « encourage vivement » ses diocésains à « apporter (leur) contribution à la réflexion des évêques »


Plus circonspect, Mgr François Jacolin, évêque de Mende, tente de tempérer les ardeurs potentiellement réformatrices de ses ouailles. « Certaines paroles du Pape ont pu être interprétées de façon erronée. La pratique de l’Église reste pour l’instant inchangée et, s’il y a une évolution dans l’avenir, elle sera d’une portée limitée. Le préfet pour la doctrine de la foi, Mgr Müller, vient de le rappeler clairement ».


Enfin, la palme de la démocratie ecclésiale et l'oscar de la diplomatie reviennent haut la crosse à l'évêque de Bayonne.« J’ai demandé, explique Mgr Marc Aillet, au responsable de la pastorale familiale du diocèse d’élaborer un document de synthèse à l’intention des laïcs qui n’ont pas forcément la formation nécessaire pour se saisir de ce texte ».


Les intéressés apprécieront : ils ne sont pas compétents pour témoigner sur les réalités de la vie de famille aujourd'hui. Ils pourraient faire de la peine à leur pasteur, très actif l'an passé pour défendre un modèle unique de famille.


Si il ne faut pas attendre de révolutions de cette consultation, car les évêques et le Saint-Siège en feront ce que bon leur, elle demeure une bonne chose. Le pape François donne la parole aux catholiques. Espérons qu'il saura les écouter.

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 12:31

Au Vatican, certains regrettent le bon temps des papes muets. Quand les pontifes ne s'exprimaient que par textes écrits, de leur plume ou non. Ces documents pas ne sortaient sans avoir été visés par les gardiens de la Vérité.


On le sait, François aime improviser. Chaque matin, lors de sa messe à la Maison Sainte-Marthe, ce n'est pas le souverain pontife qui s'exprime mais un pasteur jésuite venu d'Argentine. Ce que lui inspire la liturgie du jour n'est pas nécessairement parole officielle de l’Église et n'a pas vocation à l'être.


Présenté comme un homme fuyant les médias, il a accordé plusieurs interview dont une, fameuse, avec un « étranger » à la famille, Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien de gauche La Reppublica. Le fruit de leurs échanges, largement diffusé, a été retiré dernièrement du site internet officiel du Saint-Siège, par décision de la Secrétairerie d’État (1)


« Cet entretien est fiable dans son sens général, mais pas dans ses formulations concrètes », a indiqué le P. Federico Lombardi, le porte-parole du Saint-Siège, décidément bien bousculé par son confrère jésuite.


Le pape sait qu'un responsable aujourd'hui s'exprime par deux canaux, le on et off. En France, la page 2 du Canard enchaîné est plus instructive sur ce que nos dirigeants ont en tête que leurs discours publiques ou leurs interviews maîtrisées.


Le Saint-Siège a raison en rappelant qu'on ne ne saurait mélanger le statut des interventions papales. Il fait peut-être fausse route en marquant une hiérarchie trop forte qui tendrait à discréditer toute parole non marquée du sceau officiel. La langue du pape est parfois incontrôlable parce que spontanée et il faudra, pour ses collaborateurs, s'en faire une raison.


Cette histoire pose aussi une question grave : un pape peut-il parler autrement que comme pape ? Le matin, il veut être un simple prêtre qui donne une prédication. Parfois, il aspire à être un catholique en dialogue et en recherche avec la société. Face à Eugenio Scalfari, c’était Jorge Mario Bergoglio qui cherchait à évoquer un chemin et des convictions.


Le pape n'a pas l'intention de s'empêcher ces incursions hors-piste. Avec les risques de dérapages. « Le pape n'a pas peur de se tromper » écrivait avant cet été le jésuite français François Euvé, directeur des Études. François, celui de Rome, est humain, ce qui ne devrait pas être incompatible avec sa fonction.


Dans une communication jadis trop bien huilée (Jean-Paul II coaché par Joachim Navarro-Valls) ou au contraire très brouillonne (Benoît XVI et déjà le P. Lombardi qui apprenait les événements deux minutes avant la presse mondiale..), ce vent de fraîcheur est appréciable. Jean XXII reste aussi dans le cœur des catholiques pour ses fioretti, ses petites phrases. Un genre qui renaît aujourd'hui à Rome.


Cette spontanéité papale n'est pas seulement utile aux journalistes en quête de scoops. Elle met son auteur, parfois, sur le même plan que celles et ceux qui tâtonne sur le chemin de la foi en Dieu.


(1) Très en retrait, notamment dans le processus de réforme du Saint-Siège, celle-ci tente de montrer qu'elle garde un peu de pouvoir. Celui de faire le tri dans la parole papale. A défaut de pouvoir l’influencer.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 11:19

Nos évêques ont terminé ce dimanche leur semaine d'assemblée plénière à Lourdes. Nombres d'observateurs ont perçu une inflexion de style et, souvent, de contenu dans le discours d'ouverture, prononcé mardi 5 novembre. Il s'agissait du premier texte majeur donné par le nouveau président Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, élu en avril.


Sur le site de Témoignage chrétien, j'ai pu noter comment le nouveau patron de l'épiscopat reprenait les mots et les accents du nouveau pape et comment il avait calmé le jeu dans le débat sur le mariage homosexuel, thème dominant de l'assemblée de novembre dernier.


Il restait à avoir confirmation de cette impression, à travers le discours de clôture, lu ce dimanche 10 novembre. Mgr Pontier y a passé en revue les thèmes majeurs de la semaine lourdaise : sacrement du mariage (hétérosexuel), avortement et éducation affective des jeunes, Europe, et enfin formation des prêtres.


Le portrait robot tracé de ces derniers est très bergoglien. « Ils devront être attentifs à ceux qui souffrent et se trouvent aux marges. Ils seront des hommes de communion, capables de coopérer avec les diacres, les religieuses et les laïcs. C'est en aimant leur peuple, nous le savons bien, qu'ils trouveront leur bonheur profond ». Ce rappel n'est pas innocent quand nombre de séminaristes actuels ou jeunes prêtres affichent l'assurance d'être seuls capables d'apporter la vraie foi dans une société qui ne cesse de s'éloigner de Dieu et dont ils se méfient.


Une des dernières phrases du discours apparaît comme un slogan du mandat de l'archevêque de Marseille. « Nous allons rejoindre nos diocèses, convaincus que le service de l'homme aujourd'hui est toujours au cœur de notre ministère et de la vocation de l’Église ».


Dans l'éternel duo méditation-action, ou contemplation-apostolat, Mgr Pontier a établi sa priorité. Laquelle n'est pas une évidence pour tous. La prière, pour le prélat, doit demeurer un moyen majeur, un appui indispensable pour être tourner vers le prochain.


L'homme, à bien lire Mgr Pontier, comme le Pape François, n'est pas uniquement le fidèle catholique, celui qui va de lui-même vers l’Église et dans les églises. Le chantier proposé aux évêques déborde largement ce monde paroissial, dont le quadrillage, impossible à tenir, demeure pourtant la priorité des aménagements diocésains. Combien de domaines de présence diffuse, gratuite, à la société – on pense ici aux aumôneries de jeunes -, ont été sinistré depuis 20 ans pour assurer la desserte des paroissiens ?


Ce « service de l'homme », que Mgr Pontier veut trouver « au cœur du ministère » de nos évêques français, doit l'être également de celui « de la vocation de l’Église ». Une Église qui doit parler à tous, y compris à la « périphérie » chère au Pape François.


Enfin le terme « homme aujourd'hui » peut révéler une conviction forte d'un pasteur de terrain. L'humanité occidentale actuelle a ses défauts : individualisme, court-termisme, volonté de contrôle absolue... Si l’Église ne cesse de dire ce qu'elle croit juste face à ces postures, elle doit s'adresser aux individus tels qu'ils sont et non tels qu'elle le rêve, à l'image de celui d'hier. Au temps béni où notre monde était, croyait-on, chrétien, car le peuple remplissait les églises. Au temps d'avant la concurrence des autres croyances et, surtout, de l'incroyance.


C'est bien aux habitants de la France de 2013 que Mgr Pontier envoie ses frères évêques. Au travail !

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 09:11

Une petite ligne a attiré mon attention dans une récente lettre d'information du diocèse de Lyon.


Au milieu des annonces ordinaires de l'agenda, une petit note intitulée Nullité de mariage y vante les permanences hebdomadaires de l'Officialité inter-diocésaine de Lyon. Ce Tribunal ecclésiastique, dans lequel exercent spécialistes du droit canonique mais aussi avocats « ordinaires », est en charge « de l’administration de la justice dans les diocèses ». La note de présentation liste les cas d' « inévitables conflits dans l’Église » : « contentieux, échecs matrimoniaux, actes scandaleux, abus de pouvoir ».


On se demande bien en quoi un échec matrimonial peut relever du « conflit dans l’Église ». Si celle-ci, lors du mariage catholique, a été témoin du sacrement de mariage que les époux se donnent devant Dieu, le désaccord au sein du couple regarde avant tout la famille et, le cas échéant, la justice civile.


La mise en exergue de l'Officialité n'est pas anodine a l'heure où l'on envisage enfin de se pencher sur l'interdiction de sacrement pour les catholiques remariés. Actuellement, la seule solution proposée est la procédure de nullité de sacrement, laquelle offre une improbable virginité matrimoniale. Utilisée jadis dans la cas d'immaturité d'un des époux ou d'unions forcées, elle est parfois empruntée par les Princes de royaumes catholiques, comme sésame indispensable pour refaire sa vie... dans les règles.


Certains dans l’Église mettent en avant cette solution et la jugent pertinente pour la masse de catholique, qui ont vécu, voulu ou subi, un divorce et qui, remariés, veulent redevenir des pratiquants à part entière. Ce solution éviterait la remise en cause d'une norme, coup de canif dans le principe très catholique – et difficilement tenable aujourd'hui – qu'un engagement pris devant Dieu (mariage, ordination) ne se conçoive que jusqu'au dernier souffle. Et que tout manquement entraîne une situation de péché de catégorie supérieure.


Pour ces puristes du sacrement, pour qui la loi s'impose de toute façon à la réalité de la vie, la nullité de sacrement est « la » solution pour les victimes d'accidents matrimoniaux. Comme jadis avec les unions non-consommées, il est demandé à des personnes de prétendre que leur engagement est, religieusement, « annulé ». L'amour vécu avant et pendant le mariage compte-t-il pour de beurre ? Quid des relations tissées autour du couple ? Quid des enfants nés de cette union ?


« Tout ce qui a été vécu en famille demeure bien réel, et ne doit pas être considéré comme n’ayant eu aucune consistance en raison de la déclaration de nullité du mariage des parents », dit la note diocésaine. Il n'empêche. Il faut avoir une drôle d'idée du couple pour penser qu'un coup de gomme administratif sur le passé puisse être une solution satisfaisante et respectueuse pour pouvoir refaire sa vie dans la plénitude de la vie de foi.


Le pape François a placé la résolution de cette impasse pastorale, qui a éloigné tant de chrétiens fervents des églises catholiques depuis des décennies, en liste de liste des réformes à mener. Cet été, il a évoqué son intérêt pour le mode de gestion de certaines Églises orthodoxes. Après un chemin pénitentielle, les remariés peuvent y retrouver l'accès plein aux sacrements. Et cela, sans renier leur précédente union, laquelle pour avoir échoué, ne fut pas « nulle » pour autant.


Un Synode extraordinaire des évêques va se tenir en automne 2014 sur "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation". Vont s'y affronter des défenseurs du statu quo, des partisans de l'annulation et des militants du rituel permettant un nouveau départ. Il conviendra de soutenir fermement cette troisième voix, la seule qui respecte la réalité de la vie d'aujourd'hui.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 11:36

Mgr Jean-Christophe Lagleize a été nommé le 27 septembre évêque de Metz. Mgr Pierre Raffin, qui était à la tête diocèse de Moselle depuis 1987, a adressé le 11 octobre une lettre assez émouvante aux « diocésains », aux fidèles.


On retiendra d'abord les dernières lignes de son texte, pleines d’humilité : « En vingt-six ans d’épiscopat, je n’ai pas toujours su être le guide dont notre Église diocésaine avait besoin, j’ai conscience de mes limites et de mes erreurs et je vous prie de les pardonner dans la mesure où elles vous ont blessé ou découragé ».


On a connu des pasteurs plus controversés que Mgr Raffin moins modestes à l’heure du bilan. Ces mots d'une grande humanité disent aussi combien la charge épiscopale est lourde aujourd'hui et combien le ministère d'unité est difficile à tenir.


Un autre passage de la missive de l'évêque émérite de Metz mérité réflexion. « À travers vous, je voudrais rejoindre les catholiques que l’on ne voit que de loin en loin, soit parce qu’ils n’ont pas le loisir de s’engager dans la marche habituelle de l’Église, soit parce qu’ils ont pris leurs distances ». On voit ici un écho assez clair à l'exhortation du Pape François pour que les pasteurs s'intéressent à la périphérie de l'Église. D'autant que celle-ci gagne du terrain en Occident. Même dans les terres concordataires de Moselle, qui connaissent un peu moins qu'ailleurs la crise des vocation.


Juste après, Mgr Raffin écrit : « À travers vous également, je voudrais rejoindre tous ceux que les formes variées de la Diaconia diocésaine m’ont permis de rencontrer : les gens de la rue, les accueillis du Secours Catholique et de l’Association Zaï, les détenus de nos prisons. ».


L'évêque, comme d'autres, a été touché par le parcours vécu avec Diaconia, au niveau local comme à Lourdes. Quand il écrit « ceux que la Diaconia m'ont permis de rencontrer », une lecture littérale, mais fort simpliste, pourrait faire penser que le pasteur messin a découvert alors, après un quart de siècle à la tête du diocèse, la réalité des personnes accueillies par les groupes et structures catholiques. Or, il est évident que cette prise de conscience ne date pas de 2012.

La phrase suivante de son texte le confirme : « Puisse l’élan impulsé par le rassemblement de Lourdes lors de la dernière fête de l’Ascension associer bientôt toutes ces personnes à la vie ordinaire de notre Église ».


Avec Diaconia, il a compris comment et pourquoi cette dimension était centrale. Que l'Église ne peut vivre dans un entre-soi de personnes bien intégrées, en réservant de temps en temps quelques regards sur les marges de la société. Que les pauvres ne soient plus seulement à l'honneur une fois l'an, un dimanche de novembre pour la quête du Secours catholique.


Souhaitons que cet appel soit bien entendu par les « diocésains » et les prêtres du diocèse. Et que, à l'heure de quitter à son tour le diocèse de Metz, Mgr Lagleize n'aura pas besoin de tenir ce discours.


Sinon, on pourra penser que Diaconia n'a été qu'un (joli) coup d'épée dans l'eau.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 09:14

Ce n'est pas parce que les règles n'ont pas (encore) changé, qu'ils faut attendre sans bouger. Dans l'effervescence des dernières prises de parole du pape François, apparaissent ça et la des gestes significatifs d'une Église qui met tout sur la table.


Dans La Croix du 9 octobre, on pouvait lire deux informations en ce sens. Le diocèse allemand de Fribourg a publié un document pastoral concernant les divorcés-remariés. Il est question de « processus de discussion pastoral et théologique approfondi », au terme duquel un couple peut, selon La Croix, « prendre 'la décision en conscience' de recevoir tous les sacrements ».


Le même jour, le Saint-Siège annonçait pour octobre 2014 un Synode extraordinaire des évêques sur la famille. Cette structure, rarement convoquée (deux fois depuis Vatican II) et réservée aux sujets graves et pouvant amener à des décisions rapides, est la première décision issue du G8, institué par le pape. Le P. Lombardi, porte-parole du Vatican, a tenté de déminer l'affaire allemande en évoquant « le risque de générer de la confusion » et en rappelant « l'importance ce de faire chemin en pleine communion avec la communauté ecclésiale ».


Mal le coup venu d'Allemagne a fait mouche. On imagine mal finir l'année prochaine sans un avancée sur la question douloureuse de l'accès des divorcés-remariés au sacrement.


En bas de cette double-page du quotidien catholique, une brève indiquait que Mgr Bernard Longley, archevêque catholique de Birmingham, envisageait l'intercommunion entre ses fidèles et les anglicans. Sous Benoît XVI, seul un prélat suicidaire aurait avancer tel projet. Mgr Longley n'est pas un franc-tireur, mais le coprésident de la Commission internationale anglicane-catholique. Aujourd'hui, tout peut se dire et se plaider, surtout sous un pape qui a récemment rendu hommage au souci œcuménique du Concile Vatican II


Toujours le 9 octobre, le pape François consacrait la causerie de l'audience générale place Saint-Pierre à la catholicité. « L’Église est catholique parce qu'elle est une demeure d'harmonie, où unité et diversité se conjuguent pour être richesse. » Filant la métaphorique musicale, le pape explique que « Pour exécuter une symphonie, les instruments doivent jouer à l'unisson, chacun dans son registre, mais sous la direction d'un chef d'orchestre qui créé l'unité harmonique de toutes ces diversités. L'harmonie ne détruit pas le timbre particulier des divers instruments ».

Au maestro, qui pour François n'est autre que l'Esprit, « il nous fait demander de vivre en harmonie, dans l'acceptation de l'autre et de la diversité afin de ne pas tomber dans l'uniformité. Prions donc l'Esprit pour qu'il nous rende toujours plus catholiques! ».


Avec une telle ouverture, aucun dossier hier verrouillé ne peut le demeurer. Et les langues se délient. Enfin

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 14:45

Quand ils vont sur les pas de Jésus, les pèlerins catholiques évoquent la Terre sainte. Ainsi, ils ne sont pas tenus de se positionner dans la guère des appellations de cette région déchirée, le terme utilisé englobant des villes israéliennes (Nazareth, Cana), palestinienne (Bethléem) et... mixte (Jérusalem). Sans compter la Jordanie.


Pourtant, il faut bien, même quand on vient chercher les traces d'une histoire bimillénaire, faire avec le présent. Ainsi la délégation des directeurs de pèlerinages français qui se rend du 13 a 20 octobre sur place, indique dans son communiqué, qu'elle va « conforter les liens avec les divers partenaires locaux », et qu'elle « visitera divers Lieux saints en Israël et dans les territoires palestiniens ».


La ville natale du Christ est en Territoire palestinien... selon les autorités israéliennes. Au yeux de l'histoire, comme il y a deux mille ans, Bethléem se trouve en Palestine. Le terme est encore plus assuré depuis que l'Unesco a accepté le pays en tant que tel en son sein.


Lorsque j'ai eu le bonheur d'animer avec Témoignage chrétien des voyages politico-religieux dans la région, nous parlions toujours de séjours en « Israël-Palestine ». Deux peuples, deux nations d'égale dignité abritent aujourd'hui les lieux majeurs pour les chrétiens (comme pour les juifs et les musulmans).


En parlant des « territoires », les directeurs de pèlerinage cèdent à la pression du Ministère du tourisme israélien qui voudrait n'accueillir que des pèlerins pas trop regardants sur la situation d'injustice politique faite au peuple palestinien.


Dans l'espoir qu'une solution de paix permette la coexistence pacifique dans la région, les catholiques, comme les autres, doivent garder l'idée que la Palestine est bien un pays qui à vocation à être, au plus vite, pleinement souverain.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 09:25

Après l'année agitée vécue par les catholiques de France, il est utile d'écouter les sages. Mgr Claude Dagens est de ceux là. De son diocèse d'Angoulême où il finira sans doute une carrière épiscopale que beaucoup imaginaient plus flamboyante, et depuis l'Académie français où il est le prélat de service, il fait entendre sa petite voix sans se soucier des vents dominants. Le normalien de l'épiscopat est toujours très écouté, comme l'a montré l'écho de sa tribune dans La Croix du 21 avril 2013, Il y pointait la tentation du retour du catholicisme intransigeant, au plus fort des affrontements verbaux entre la Manif pour tous et le gouvernement.


Mgr Dagens a publié le 14 septembre une lettre pastorale au titre interpellant : « Catholiques en Charente, réveillez-vous d'une façon chrétienne ! ». Dans cet appel, qui vaut largement hors des frontières de diocèse d'Angoulême, on comprend vite que le réveil auquel il exhorte les fidèles ne correspond pas tout à fait à la mobilisation du printemps dernier.


«Si l'on me demande aujourd'hui : « À quoi devons-nous résister pour être chrétiens dans une société qui n'est plus chrétienne ? » , je répondrai sans hésiter : à cette logique faite à la fois de résignation et d'agressivité, qui n'évalue la présence catholique dans notre société qu'en termes de résultats chiffrés ou de manifestations publiques. »


Et l'évêque de préciser: « Car ces deux attitudes vont ensemble : d'un côté, on se lamente en disant que les églises sont vides, que les pratiquants sont de moins en moins nombreux, que les prêtres disparaissent et que la foi se perd, mais, d'un autre côté, on rêve de reconquêtes politiques et l'on identifie le catholicisme français à sa capacité de résistance aux lois de la République ».


Histoire de désamorcer tout procès en trahison de la solidarité épiscopale, Mgr Dagens explique pourquoi il s'est opposé à la loi Taubira. Après quoi, il déplore le discours tenu par certains au sein de son Église.


«Je suis préoccupé quand je vois des jeunes et des adultes qui se disent catholiques s'imaginer que leur identité catholique se réduirait à leur opposition à l'État laïque. J'ai appris de René Rémond et d'Émile Poulat, ces grands historiens du catholicisme en France, qu'il faut accepter des relations à trois termes : l'Église, l'État laïque et la société. Et qu'il nous faut apprendre non seulement à nous situer par rapport à l'État laïque, mais surtout à être présents à l'intérieur de notre société qui n'est plus chrétienne, et qui est devenue à la fois fragile et dure. En raison de cette exigence primordiale de présence à l'intérieur de notre société (et non pas à l'extérieur), je dis non aux stratégies défensives ou offensives, à ces appels à la résistance qui ne peuvent que créer des illusions, même s'ils sont enrobés d'appels à la prière ! ».


Nombre de prélats sont sans doute aujourd'hui sur cette ligne, mais sans oser l'exprimer. Leur confrère d'Angoulême, détesté par l'aile identitaire et par les défenseurs de la tradition, ne s'émeut plus à chaque lettre de dénonciation envoyée à Rome par des « vrais catholiques ».


Mgr Dagens ne fait ici que redire à quelle condition une parole catholique peut être recevable et audible partout. Parler avec les autorités nationales est une nécessité et les canaux de dialogue se sont multipliés ces dernières années entre l'épiscopat, le Ministère de l'intérieur et l'Élysée. Même si dans le dossier présent, chacun est resté sur sa position initiale.


Mais pour l'évêque d'Angoulême, qui lance en slogan «Non aux clubs catholiques ! Oui à l'initiation chrétienne !», l'essentiel est d'être présent avec pertinence au cœur de la société. Il organise cette «pastorale ordinaire » en trois chapitres: «la pastorale de la vie, avec le sacrement de la vie nouvelle, le baptême ; la pastorale de l'amour humain, avec la préparation au mariage, et aussi l'accompagnement des personnes divorcées ou des personnes homosexuelles ; la pastorale de la mort, avec l'accompagnement du deuil.»


Pour lui , c'est bien ici que se joue la transmission du message évangélique. C'est là qu'il ne faut pas se rater. « Nous sommes tous appelés, évêques, prêtres, diacres, laïcs, peuple de baptisés, à être, dans notre société incertaine, non pas des gens qui imposeraient leurs croyances, mais des hommes et des femmes qui se tiennent sur ce terrain de notre humanité commune pour y témoigner de la Vérité et de la bonté de Dieu !»


Un appel qui consonne davantage avec la petite musique du Pape qu'avec certains propos de catholiques français, confondant leurs convictions avec le projet commun.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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