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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 16:23

D'après une étude de l'Ifop publiée par La Croix le 26 mai, 21% des catholiques pratiquants ont glissé un bulletin aux couleurs du Front national lors des récentes élections européennes. En 2009%, ils n'étaient que 4%. La fameuse barrière morale qui protégeait les catholiques intégrés de l'extrême-droite n'existe donc plus.


Il semble qu'elle ait sauté aussi chez une responsable de paroisse. C'est du moins ce qui apparaît en lisant le programme des Lundis du Prieuré (voir ici), soirées publiques organisées par la paroisse Notre-Dame du Cher, en Indre-et-Loire. Toute l'année ont été proposées des rencontres assez classiques - « Le Nouveau Testament est-il 'anti-juif' ? », « Le handicap est-il un obstacle à la foi ? », des rencontres autour des grands textes de Vatican II ou sur le ministère pastoral féminin dans l’Église réformée de France.


La dernière soirée interpelle : « Un engagement politique au Front National est-il compatible avec le message évangélique ? » L'invitée, Véronique Péan, est présentée comme chargée de Mission pour le Front national en Indre-et-Loire. Elue en mars conseillère municipale FN de Joué-les-Tours (avec 18% des voix au 1er tour et 11% au second), elle est secrétaire départementale du parti de la famille Le Pen.


Quelle idée ont eu les responsables de la paroisse en donnant un telle tribune à cette militante ? Fréquemment, les paroisses organisent des rencontres, souvent thématiques, donnant la parole à divers sensibilités partisane. Le mouvement Chrétiens en Forum s'en est fait une spécialité.


Lundi 16 juin, dans la salle paroissiale de Ballan-Miré, Véronique Péan aura tout loisir de parler de la compatibilité FN-Evangile. Depuis fort longtemps, les évêques de France ont répondu par la négative. Notamment à cause du discours de ce parti sur l'accueil (ou plutôt le rejet) des étrangers.


« C'est une paroissienne et elle pourra exprimer ses convictions. Nous ne sommes pas obligé de penser pareil » explique le curé du secteur le P. Hervé Loubriat, qui s'étonne de l'émoi suscité par la soirée prochaine. Il sait déjà que des « chrétiens de gauche ont annoncé qu'ils viendraient répondre à Mme Péan ». C'est heureux.


Quand une paroisse, ou une association quelconque, invite une personne seule à la tribune, et non sous forme de débat contradictoire, on peut penser qu'elle est au minimum en empathie. Il y a suffisamment d'orateurs intéressants dont le travail ou les convictions méritent d'être valorisés pour solliciter une personne dont on ne partage pas les thèses.


On ajoutera que le caractère légitimiste des catholiques amène souvent – peut-être pas à Ballan-Miré – à considérer que la paroisse ne peut inviter que quelqu'un de bien. Même si le curé s'en défend, assurant de pas partager les options politiques frontistes. « Tout le monde pourra s'exprimer, les gens intelligents comme les modestes ».


La proposition a été lancée il y a une an. Personne ne s'y est opposé dans l'équipe d'animation qui travaille avec le P. Loubriat. « J'ai soumis le projet au vicaire général. Il m' a invité à être prudent ». D'autres personnes s’inquiètent pour cette drôle de soirée. « Si cela se passe mal, on appellera les gendarmes », répond flegmatique le curé, qui signale que ces soirées attirent habituellement de 15 à 30 personnes.


Faut-il souhaiter qu'ils soient plus nombreux le 16 juin ?

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 22:07

On connaît l'histoire du Concordat, qui permet aux deux diocèses de Metz et de Strasbourg de faire rémunérer leurs prêtres par l’État. Ces régions, allemandes en 1905, tiennent mordicus au statut antérieur, assez favorable pour les catholiques, comme pour les Églises protestantes et le Consistoire israélite.

Le département de Guyane lui aussi paye les prêtres catholiques, et uniquement eux, depuis une ordonnance de 1828 sous Charles X. Du moins jusqu'au 1er mai dernier, à en croire un courrier reçu par Mgr Emmanuel Lafont, évêque du lieu. 26 prêtres ont été « rayés d'office » de la liste des fonctionnaires pris en charge. Le diocèse de Cayenne en rémunère 6.


Après avoir pris conseil auprès du Nonce apostolique, l'évêque a décidé de contesté cette décision unilatérale et brutale. Et devrait en toute logique obtenir gain de cause, le droit étant de son côté.


Les temps sont durs pour les collectivités locales, on le sait. Mais de la à s'attaquer à 26 postes, quand on connaît le rôle social que joue l’Église catholique dans ce département pauvre, on est en droit de parler de mesquinerie administrative. D'autant que les salaires versés, 1500 euros par mois, ne sont pas mirifiques (voir ici ).


Certains y voient un nouveau bras de fer entre l’Église et la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Élue de ce territoire français au nord de continent latino-américain, elle est amie du président de l’exécutif départemental, Tien Long. Ce dernier prétend que la décision effective aujourd'hui a été prise en décembre 2011 et dit corriger une anomalie de l'histoire (voir ici).


Il faut espérer que le Conseil général de la Guyane revienne sur cette décision. Si possible, en évitant d'en passer par la justice administrative, souvent longue et parfois incertaine.


Cette histoire peut être aussi l'occasion de de penser la solidarité des diocèses de métropole avec une territoire très modeste. Il revient aux fidèles, d'avantage qu'aux contribuables guyanais, d'assurer les conditions matérielles de la présence catholique.

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 23:00

Même sous la houlette d'un pape apparemment plus ouvert à la diversité, le Vatican ne rigole pas avec la rigueur doctrinale. On aurait pu penser que la nouvelle administration mettrait de l'eau dans son vin dans le différent qui oppose depuis 2009 la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) et la Leadership Conference of Women Religious (LCWR), puissante fédération qui regroupe 80% des religieuses apostoliques catholiques des États-Unis.


Connue pour ses positions ouvertes, en matière sociale et dans son rapport à l’évolution des mœurs, la LCWR n'hésite pas à laisser la parole lors de ses rassemblements annuels à des intervenants exprimant des idées en désaccord avec la doctrine catholique, en particulier sur les questions de morale sexuelle (contraception, homosexualité). Elle a exprimé son soutien à la réforme du système de santé voulue par Barak Obama et que l'épiscopat états-uniens a combattue.


En 2012, le Saint-Siège a demandé une réforme de la LCWR, plaçant l'organisme sous la responsabilité d'un évêque américain, chargé de contrôler ses faits et gestes. Et le nouveau pape a confirmé qu'il les gardait sous surveillance.


Le nouveau patron de la CDF, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, a rencontré le 30 avril les responsables de la Conférence et pas pour les féliciter. Le cardinal allemand a jugé comme un provocation la remise d'un prix de la LCWR à Sœur Elizabeth Johnson, théologienne féministe. L'épiscopat américain avait fustigé les travaux, autour de Jésus et des Évangiles, y trouvant des « erreurs doctrinales »


La LCWR s'est défendue dans un communiqué : « Nous ne pouvons appeler à la paix en Syrie, au Moyen-Orient ou au Sud-Soudan sans s'asseoir à la table avec des personnes aux vues différentes et travailler avec patience et conscience pour une véritable rencontre des esprits et des cœurs ».


Cette histoire fait écho à la mésaventure de la philosophe bordelaise Fabienne Brugère. Sollicitée pour une intervention devant les responsables diocésains de la pastorale de la famille, sa prestation a été annulée suite à une campagne orchestrée par des sites catholiques d'extrême-droite. Ceux-ci reprochaient les engagements de la philosophe sur un sujet autre que celui-ci de sa causerie : le droit à l'avortement et le mariage homosexuel. Voir l'article de Témoignage chrétien ici et la réaction de Mgr Dagens ici.


Les religieuses américaines veulent poursuivre « le difficile travail d'exploration du sens et de l'application des principaux concepts théologique, spirituels, sociaux, moraux et éthique, ensemble, en dialogue avec les responsables du Vatican ». Évoquant les tensions et incompréhensions entre leur engagement et le jugement qu'a pu s'en faire la CDF, elles précisent qu'il s'agit là du « travail de responsables dans leurs chemins de vie, en des temps de changements mondiaux massifs ».


On ose espérer que, dans l'esprit d'ouverture qui préside notamment à la préparation du synode sur la famille, le Vatican saura laisser la LCWR poursuivre son chemin difficile mais nécessaire, sur la crête entre l’Église catholique et le monde.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 21:04

Le 1er mai n'est pas seulement le jour de défilé des syndicalistes et des travailleurs. C'est aussi, pour la quatrième année, l'occasion pour Mgr Hervé Giraud, évêque de Soissons, d'envoyer un message sur le thème du travail à ses fidèles... et autres autres. Son texte s'intitule «Fête du travail...faites du travail »


Cette année, le prélat soucieux, son département affiche un triste taux de chômage à 15%, bien au dessus de la moyenne nationale, a souhaité parlé de l'entreprise. Qu'en sait-il, dira-t-on ? Sans doute plus que beaucoup, car lors de ses visites pastorales, l'évêque les « découvre », selon son mot, dans leur diversité : petites ou grandes, de plasturgie, de transport, d’informatique, de services, des sucreries, scieries, fermes, verreries…


Il y a rencontré tous les acteurs, des salariés aux chefs d'entreprise, en passant par les syndicalistes ou les responsables des ressources humaines. Il a vu « leurs activités et lieux de travail, leurs projets et inquiétudes, leurs luttes communes aussi. »


À quoi bon, peuvent penser ceux qui voient dans l'évêque un simple gestionnaire de la boutique diocésaine ? Conscient de ses limites - « ce n'est pas le rôle premier d’un évêque que de résoudre des questions sociales, économiques ou financières » -, Hervé Giraud propose à l'occasion ses services. « Je souhaite, comme cela est déjà arrivé, faciliter ou rendre possible une parole, une médiation ».


À son échelle, l'évêque est également un acteur économique local. Avec ses 35 salariés, l'association diocésaine connaît aussi « ses soucis financiers, ses tensions, ses questions de formation ou de recrutement, ses retards et ses points d’excellence, ses négociations ». On apprend que des accords collectifs ont été signés, clarifiant sans doute les statuts des salariés laïcs, souvent précaires en milieu ecclésial.


Mgr Giraud rappelle que l’Église n'est pas inactive dans le monde du travail. Depuis le pape Léon XIII (et son encyclique Rerum novarum, publiée en1891). « Les principes qu’elle a développés ont souvent été repris », note avec justesse l'évêque, qui en dresse une belle liste : le respect de la dignité et des droits de la personne humaine, le bien commun et la solidarité, la destination universelle des biens, le principe de subsidiarité qui conserve à chacun sa responsabilité.


Adoptant un ton résolument positif, malgré le marasme, il assure que « chacun doit apporter sa contribution, par des choix éthiques de consommation, de placement de son argent, pour que le nombre des chômeurs diminue. Ce n’est pas hors de notre portée ». Un brin volontariste, il voit dans « chaque entreprise qui se crée, se maintient ou se développe, chaque projet, chaque embauche, une source d’espoir pour beaucoup de familles ».


Selon le pape François, que cite Mgr Giraud, celui qui entreprend doit « servir vraiment le bien commun, par ses efforts de multiplier et rendre plus accessibles à tous les biens de ce monde ». Il n'est pas sûr que tous les investisseurs actuels aient cette horizon en tête. Le pape affirme encore que « la vocation d’entrepreneur est un noble travail ». Arnaud Montebourg ne dirait pas autrement.


Faut-il se laisser convaincre par l'enthousiasme de l'évêque et du pape ? Certains esprit ronchons vont... ronchonner. Mais avons-nous d'autre choix que d'espérer que ceux qui ont quelques sous puissent les faire fructifier au bénéfice de tous ? Non, assurément.



Alors acceptons l'idée que les lendemains seront meilleurs, puisque le gouvernement et les hiérarques catholiques, cette fois en harmonie, nous en font l'augure.

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 22:09

Quel est donc le secret de la popularité de François ? Comment donc l'argentin Bergoglio a-t-il faire sortir l'Eglise cathodique du chapitre des scandales et de la déprime pour la rendre à nouveau désirable ? Comment expliquer qu'un journal hebdomadaire entièrement à sa gloire Il mio papa (Mon pape) ait vu le jour cette année ?


Quelques jours passés à Rome, à l'occasion d'un voyage d'études de l'Association des journalistes de l'information religieuse , m'ont apporté quelques réponses. La plus évidente est apparue mercredi 2 avril au matin, lors de l'audience général de la place Saint-Pierre. Se retrouvait réunis quelques 50.000 personnes, bien plus que durant la fin du pontificat de Benoît XVI. La litanie interminable des groupes présents indique que l'événement hebdomadaire attire bien au-delà des paroisses, groupes en pèlerinages et écoles catholiques.


Durant son long tour de la Place sur sa jeep ouverte (il refuse le blindage de la papamobile), le pape François ne s'est pas départir de son sourire, s'arrêtant ça et là pour serrant des mains. L'exercice ne lui déplaît pas et paraît faire partir de son « travail » de pape, autant que ses prises de parole. Du reste, quand il aborde sa catéchèse du jour, sur le sacrement de mariage, il ne transforme pas en docteur.


Son texte, bref, tient bien plus de l'homélie de curé de paroisse moyenne que de l'enseignement. A ce titre, il est aux antipodes de son prédécesseur dont les interventions du mercredi formaient un corpus théologiques de haut vol, quasi magistériel. Et inaccessible pour 90% de son auditoire


L'intervention de François (lire ici) ne restera dans aucun manuel. Mais son grand mérite est d'avoir été comprise, même par des piètres italianisants. Les fidèles ont entendu des propos de bon sens ; «Ne pas terminer la journée où vous vous êtes disputés sans faire la paix. Toujours ! Et pour faire la paix, il n’est pas nécessaire d’appeler les Nations unies. Il suffit d’un petit geste, d’une caresse, et salut ! Et à demain ! ». On retrouve l'esprit du devoir de s'asseoir en fin de journée, prôné par le P. Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.


Le pape a donné trois mots-clés tout simple pour bien vivre ensemble, applicable bien au-delà du mariage : s'il te plaît, merci, excuse-moi. Et il a fait répéter la foule, ravie : permesso, grazie, scusa.


On dit souvent qu'en rentrant de la messe dominicale, si le fidèle a retenu une idée de l'homélie, le pari du célébrant est gagné. Le pape est donc un bon prêtre. Et c'est déjà beaucoup.

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 16:31

Le monde politique français a connu dimanche ce que les catholiques du monde entier ont vécu le 11 février 2003. Le retrait public de Jean-Louis Borloo a rappelé l'annonce surprise de la démission de Benoît XVI (on retrouvera ici mes réflexions d'alors). Comme l'an passé, les médias ont sorti leurs nécrologies, en y ajoutant une petite question : « Jean-Louis Borloo va-t-il revenir ? ». En 2013, le sujet était « que va devenir l'ex-pape ? »


Il sera difficile d'établir de véritables comparaisons. Le dirigeant de UDI a appartenu à presque toute les formations politiques de droite, sans oublier "Génération Écologie", quand le prêtre bavarois est demeuré fidèle à la même équipe. Ratzinger a vécu modestement au milieu de ses livres quand l'avocat parisien gagnait des fortunes. Et à 63 ans, Jean-Louis Borloo est bien plus jeune que le pape démissionnaire.


Ce qui est étonnant... c'est l'étonnement que ces décisions suscitent. Pourtant Jean-Louis Borloo était malade depuis plusieurs mois et Joseph Ratzinger, âgé et accablé de soucis. Les carrières ecclésiastique comme politique ont en commun, pour l'opinion, de ne devoir s'éteindre que par la mort ou la disgrâce.


Pour les élus, il est, semble-t-il, fort difficile de renoncer à la gloire et au pouvoir. Le quatrième mandat que vient d'entamer Jean-Claude Gaudin, 74 ans, à Marseille en est un bel exemple. Les choix de François Léotard et de Claude Évin sont exceptionnels.


Quand aux prêtres, ordonnés pour la vie, leur temps du service ne s'éteint que tard, à 75 ans. Un âge que certains voulaient repousser pour certains postes à Rome, exigeants moins d'efforts physiques qu'une responsabilité diocésaine. De fait, la limite est fréquemment dépassée, notamment en temps de pénurie de bras. Le retrait pour faire place aux autres générations devrait pourtant être la règle.


Au sommet de l'Église, la jurisprudence Ratzinger fera sans doute des émules et le statut de « pape émérite » ne sera plus une curiosité dans quelques décennies. A fortiori avec un successeur jésuite, qui sait que dans les ordres religieux, un responsable est élu pour une période donnée et retourne ensuite dans le rang, sans sentiment de déchéance. Pour l'heure, l'Église est tenu de confier à un évêque un poste correspondant à sa dignité jusqu'à ses 75 ans. Ce qui pose des soucis en cas d'erreur de casting ou d'incapacité pour des grandes figures de l'administration romaine à administrer un diocèse dans leur pays.


Dans ce domaine donc, l'Église catholique, souvent qualifiée à raison de gérontocratie (lire ici un billet précédent sur la question), peut donner l'exemple à un monde politique dans lequel certains s'accrochent jusqu'au dernier souffle à un hochet et à quelques indemnités. Lors des débats français sur le cumul des mandats, la limite d'âge est rarement évoquée. Dans mon département d'origine, un élu – je n'ose donner son nom – est parlementaire depuis 1968 (l'année de ma naissance), député puis sénateur !


Nous souhaitons longue vie à Jean-Louis et Joseph et présentons nos vœux de réussites à leurs successeurs.

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 22:19

La lecture du Guide de l'Eglise catholique (voir ici), qui est au journaliste en charge des religions ce qu'est le Vidal au médecin ou le Dalloz au juriste, recèle d'informations édifiantes... et d'autres plus distrayantes.

Pour commencer par le futile, on va parler pilosité épiscopale. Alors que la barbe est redevenue très tendance, et qu'elle fut jadis un signe de sagesse masculine, nos évêques sont très majoritairement glabres. Honneur donc aux rebelles (ou aux rétifs du rasoir) que sont NN. SS. (1) Blaquart (Orléans), Bouilleret (Besançon), Castet (Luçon), Centène (Vannes) et Lafont (Cayenne).


On n'oubliera par Mgr Jacolin (Mende), mais il appartient à la congrégation des Missionnaires de la Plaine, et le port de la barbe chez les missionnaires est proverbiale. Dans cette catégorie, on peut citer le mariste Mgr De Rasilly, prélat de Wallis et Futuna. Mgr Gudziak qui veille sur Ukrainiens de rite byzantin de l'hexagone également barbu.


Enfin, nous attribuons une mention spéciale à Mgr Fonlupt qui sillonne son diocèse de Rodez, avec une simple moustache.


En page 76 (numéro prédestiné), on apprend que Mgr Jean-Luc Brunin est « évêque du Havre-de-Grâce (sic) depuis 2011 ». Espérons que cela portera chance au prélat et à ses ouailles. Il s'agit sans doute d'une facétie de correcteur orthographique ayant échappé à la vigilance des correcteurs. Que celui qui n'en a jamais laissé passer leur jette la première gomme.


Plus sérieusement, j'ai jeté un œil aux statistiques de prêtres en activité dans les diocèses. Si l'on s'en tient à la métropole, 15 diocèses en comptait début 2014 moins de 50. La palme revenant à Nevers (26), devant Agen et Digne (27) puis Verdun (29). Si des services sont parfois déjà mutualisés entre voisins, il faut se poser sérieusement la question de la viabilité de certaines entités diocésaines. La politique de l'autruche, très employé dans l'Eglise de France pour les réalités qui fâchent, connaît des limites


Pour mieux se rendre compte de la difficulté, il convient de rapporter ce chiffre à la population du diocèse. La Charente (Angoulême) est deux fois plus peuplée que les Alpes de Hautes-Provence (Digne) pour le même nombre de prêtres. A ce petit jeu, le plus maigre diocèse de France en population, Mende et ses 77.000 âmes, n'est pas le plus à plaindre. Il est en effet desservi par 39 prêtres. Soit 1 pour 1.974 habitant. Ce nombre monte à 5.808 à Chalons en Champagne (47 pour 273.000), 6.750 à Angoulême (62 pour 309000), ou 11.758 à Belfort (29 pour 341.000).


La situation est plus gérable à Saint-Pierre et Miquelon, ou les 6081 habitants bénéficient des soins pastoraux de deux prêtres, dont Mgr Gaschy, spiritain, et vicaire apostolique des lieux.


En zone urbaine, ce ratio d'habitants par prêtres en activité est parfois encore plus élevé. Dans le diocèse de Saint-Denis (93), ils se sont que 91 pour 1 million et demi d'habitants, soit 1 pour16.485. Résultat que l'on peut comparer à Versailles, qui peut compter sur 205 ministres pour une population légèrement inférieure (1,4 millions), donnant un rapport de 6.868.


Bien sûr, on ne saurait s'arrêter aux chiffres bruts. La géographie fait que les conditions de travail ne sont pas les mêmes en région parisienne que dans les Alpes. On pourra aussi objecter que la population totale ne dit rien du nombre de catholiques, en proportion plus nombreux dans les Yvelines qu'en Seine-Saint-Denis. Ce n'est pas autant que dans ce dernier département les prêtres seraient moins occupés. Leur action missionnaire est d'une autre nature et la rencontre interculturelle occupe à Saint-Denis une place plus importante qu'à Versailles, oû la demande de sacrements est sans doute plus importante.


Déjà effective, avec des diocèses « exportateurs » et d'autres « importateurs » au sein du pays, la solidarité en matière de prêtres gagnerait à se développer.


On retiendra de tout cela qu'il n'y guère d'endroit où les prêtres se tournent les pouces dans les diocèses de France. Et que la survenue de la retraite réglementaire, pourtant fort tardive (75 ans) risque d'être davantage encore dépassée pour les ministres encore alertes. A la demande de nombres d'évêques... et de communautés.


(1) Mgr au plluriel

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 13:22

Cette année, comme en 2007 et en 2010, la date de Pâques est commune à toutes les Églises d’Orient et d’Occident. L'occasion de multiplier les rassemblements œcuméniques le dimanche à l'aube. Le Conseil d’Églises chrétiennes en France recommande aux chrétiens de « célébrer tous ensemble – le 20 avril – le Christ ressuscité, notre paix, en qui sont détruits les murs de séparation (Ép 2,14-18) ».


En Île-de-France, c'est sur le Parvis de la Défense a Nanterre que les chrétiens ont pris l’habitude de se retrouver pour fêter la Résurrection du Christ et la juxtaposition des calendrier (voir le tract). De nombreux diocèses profitent également de cette Pâque coordonnée pour en faire un temps forts de leurs relations œcuméniques.


Ainsi, à Bordeaux, les chrétiens sont invités à se retrouver dans un site original. Il s'agit du miroir d'eau des quais de la Garonne, face à la superbe place de la Bourse (à 7h 08, voir le tract ici), cadre plus habitué aux cris des enfants les jours de canicule qu'aux cantiques. Dans cette ville, ce rassemblement est désormais annuel (catholiques et protestants partageant chaque année le même calendrier) et attire toujours la foule.


Le site de la revue Unité des chrétiens recense les propositions au niveau national (voir ici). Hors la Défense et Bordeaux, des rencontres sont prévues à Celles (79), Monastère de Pié-Foulard; Chalon-sur-Saône (71), 8h, square Chabas; Chartres (28), 8h15, parvis de la cathédrale; Dijon (21), 8h, place Wilson; Lille (59), 8h, Accueil Marthe et Marie ( place Érasme de Rotterdam, Lomme) (tract); Orléans (45), 6h54, Campo Santo (rue Fernand Rabier), (tract); Royan (17), 8h, plage de Pontaillac (tract); et Saint-Étienne (42), 7h, le Guizay (tract).


A Lyon, trois propositions : 6h30, devant le Foyer protestant de la Duchère (309 avenue A. Sakharov, 9e) ou 7h, Parc de Gerland, entrée allée Pierre de Coubertin (7e) ou à 7h à l’église Saint-Thomas (16 avenue Pablo Picasso, Vaulx-en-Velin). Voir le tract.


Les rendez-vous sont fixés à l'aube. Pour la symbolique bien sûr mais aussi pour permettre aux fidèles de rejoindre éventuellement des célébrations organisées dans leurs églises à des horaires dominicaux plus habituels. On peut regretter cette limite au geste oecuménique. Pourtant ne pas profiter de l'événement pour célébrer ensemble le geste de la fraction du pain ?


Bien sur, les théologies divergent, entre catholiques et orthodoxes d'un côté, et Eglises de la Réforme de l'autre. Toutefois, en rappelant clairement les différentes lectures de la Cène, pourquoi ne pas proposer, à titre exceptionnel, de communier ensemble au Corps du Christ, chacun y donnant la signification de son appartenance.


Dans un article publié par Témoignage chrétien en 2010 (voir ici l'article complet), Bernard Rivière se rappelle des premières années de l’aventure de Taizé. « Après la liturgie commune de la Parole, cha­que fidèle se rendait dans un secteur différent de l’église de la Réconciliation pour célébrer « son » Eucharistie, avec ceux de « sa » confession. Quelle souffrance alors, et pourtant nous restions dans un même lieu ! Aujourd’hui, la célébration dominicale, présidée par un prêtre catholique, rassemble catholiques et protestants, chacun communiant s’il le désire ».


C'est par des gestes prophétiques que viendra dans les esprits l'idée que le scandale de la division des chrétiens n'est pas éternel.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 11:49

Pour la première fois depuis 140 ans, l’Église catholique d'Angleterre compte dans ses rangs un évêque oratorien. Le P. Robert Byrne, 57 ans, qui a notamment travaillé au service œcuménique de la conférence des évêques locale, a été nommé le 15 mars évêque auxiliaire de Birmingham.


Longtemps connus pour leurs collèges (voir ici), au même titre que les Jésuites, les Oratoriens ont toujours porté des choix pédagogiques originaux. Au XVIIe siècle, leurs établissements enseignaient le français et non le latin et abordaient la littérature contemporaine, l’histoire et la géographie, disciplines hautement suspectes alors. La liberté de pensée et l’intelligence y étaient des maîtres mots.


Dans son dictionnaire de pédagogie de 1911, le très laïque Ferdinand Buisson écrivait : « Parmi les corporations enseignantes, l’Oratoire occupe une place à part, grâce à son esprit libéral, à sa tolérance relative, à son goût très marqué pour les études historiques et pour les sciences. Un autre caractère de l’enseignement des humanités dans les établissements de l’Oratoire, c’est la part plus large accordée aux explications du texte, aux thèmes oraux. »


En France, les Oratoriens animent un lieu d'accueil dans le Jura et trois paroisses à Lyon (Sanctuaire Saint-Bonaventure), Marseille et Paris, avec Saint-Eustache , dans le quartier des Halles. Celle-ci est très ouverte aux différentes formes d'arts. Un régisseur y est appointé à temps plein tant les propositions (concerts, expositions) y sont nombreuses. Saint-Eustache attire de tout Paris des catholiques attirés par la qualité des prédications et la liberté de ton.


La solidarité est également une réalité forte. La Soupe Saint-Eustache mobilise quelques 300 bénévoles pour accueillir les nécessiteux tous les jours en d'hiver.


Fondé par Pierre de Bérulle, l'Oratoire de France a décidé en 2009 de recentrer la mission de sa quarantaine de prêtre autour de trois axes : foi, culture et société (voir ici un article publié dans Témoignage chrétien pour les 400 ans de la Société). « Notre identité est de ne pas avoir d’identité », plaisante le P. James Cunningham, supérieur général, d’origine américaine. Les Oratoriens tentent d'abord de coller aux réalités religieuses et politiques du temps, avec ses questions et ses doutes.


On peut ainsi croiser des Oratoriens aumôniers militaires, étudiants ou d’hôpital, militant à la Licra, fondateur d’association pour les réfugiés bosniaques, auteur de contes et légendes béninois, prêtre-ouvrier, enseignant de philosophie à l’Institut catholique de Paris ou encore engagé dans un foyer de jeunes travailleurs. L'exégète Michel Quesnel, ancien recteur de l’Université catholique de Lyon et Jean Dujardin, spécialiste du judaïsme, sont aussi membres de cette famille.


A travers la nomination de Mgr Byrne, on peut voir la reconnaissance, par le Pape Français, d'une belle tradition de l’Église.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 16:42

J'ai passé le week-end dernier à Bruxelles avec ma famille et des amis. En consultant un guide touristique, j'avais repéré l'église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage (voir ici), présentée comme un joyau baroque. La notice évoquait également quelques tableaux caravagesques. Bref, cela méritait le détour.


En l'entrant de l'église, des panneaux m'apprennent que des Afghans sans papiers habitent les lieux. De fait, toute une aile de l'église, comme une bonne partie du chœur sont occupés par des tentes. On croise des hommes qui ne parlent ni français, ni flamand. Et qui ne ressemblent pas à des visiteurs.


J'ai beau m'extasier devant une chaire en bois superbe, et y faire découvrir tous les animaux possibles à mes enfants, l'amateur de baroque que je suis ne goûtera que peu cette visite. Difficile de « faire le touriste » devant cette réalité humaine.


Bien sûr, en pareil cas, on culpabilise d'avoir, ne serait-ce qu'une seconde, râler de ne pouvoir vivre l'émotion artistique annoncée. En expliquant la situation à ma fille aînée, elle m'a simplement répondu avec le superbe mot « asile ». Souvenir de la comédie musicale « Notre-Dame de Paris ».


Le lendemain, j'apprends que ces déboutés de l'asile qui refusent l'expulsion vers leur pays où ils risquent leur vie ont investi l'église depuis plusieurs mois, avec le soutien du curé. Et que la paroisse a l'habitude de ce type d'engagement. Elle doit être un équivalent bruxellois de Saint-Merri de Paris.


Lors d'une marche pour expliquer leur combat, ces infortunés ont reçu en janvier la visite bienveillante de Mgr Léonard (voir ici), archevêque de Malines-Bruxelles,
prouvant le soutien des autorités catholiques à leur action, et à l’accueil offerte par la paroisse.


Ces dernières années, en France, les occupations d'églises furent de courte durée, les diocèses appelant la force publique après quelques jours. En conséquence, le quidam ne voit plus les combats menés pour le dignité et pour l'ouverture de nos sociétés, riches et calmes, à celles et ceux qui viennent de terres de misère et de guerre.


A Bruxelles, on pense d'abord à abriter ces malheureux et à informer les touristes de leur infortune. Pour cela, une tente posée sur la dalle froide d'une église et un regard croisé devant un tableau de maître est mille fois plus efficace qu'un énième article ou reportage ou qu'une manifestation de plus.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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