28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 22:57

Luc Le Vaillant est une des plumes de Libération. Prix Albert Londres en 1998, il coordonne les portraits de dernière page et tient également une chronique hebdomadaire. Sa dernière livraison (le 27 août) s'intitule « Islamophobie voltairienne ».


« Je suis islamophobe, mais aussi cathophobe, judéophobe, et si les Pentecôtistes continuent à prêcher l'obscurantisme, je vais m'occuper de leur cas », écrit Le Vaillant, qui conclut son catalogue « en un mot, je suis religiophobe ». Rien ne surprenant dans les colonnes d'un journal qui n'a jamais donné dans la finesse face aux croyants et aux religions.


« L'islam comme le catholicisme veulent contrôler l'intégralité de la vie humaine (éducation, nourriture, sexualité, procréation). Ils refusent le libre-arbitre des individus et ne se sentent pas engagé par le pacte social ».


Les déclinaisons de l'islam politique dans le Proche et Moyen-Orient donnent malheureusement raison à Luc Le Vaillant. Même si la généralisation n'est jamais très bonne.


Hier, j'aurai hurlé devant le même procès fait au catholicisme. Après les mois que l'on vient de vivre en France et le procès en démocratie intenté par certains opposants au mariage homosexuel, ces derniers ont donné l'impression de volonté de contrôle. Par la-même, ils ont renforcé les fantasmes de pouvoir clérical qui traînent encore dans une gauche inculte.


En affirmant que « Mahomet et Jésus sont prosélytes », le journaliste montre qu'il n'a rien compris, ou rien voulu comprendre au message du Christ.


Histoire de ne rater aucune bourde sur la question, Luc le Vaillant a ressorti le sempiternel argument qui ne figure pas dans la Loi de 1905 : « il faut réaffirmer que la croyance relève du domaine privé et ne peut au grand jamais se mêler des affaires publiques ».


Je vais quand même finir par un bon point au chroniqueur quand il invite à « batailler pour la liberté de penser et le droit au blasphème ». Ce dernier demeure un bon indicateur de démocratie qui permet, chez nous, aux journalistes de proférer des bêtises. Ce qui est toujours moins grave que d'embastiller ou de supprimer ceux qui ne croient pas comme il faut.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:19

Un prêtre, dans mon diocèse de naissance en plus (Bordeaux), a réussi à m'énerver pendant mes vacances en famille. Le quotidien Sud Ouest du 9 août (ici) nous apprend qu'un concert en hommage à Georges Brassens n'a pu se tenir le lendemain 10 comme prévu dans l'Abbatiale de Vertheuil, dans le Médoc. Le P. Bruno Delmas, curé du secteur de Pauillac, en charge du lieu de culte et à ce titre seul à pouvoir autoriser son utilisation à des fins culturelles, a refusé que retentissent dans l'église les paroles de, selon ses mots, « l'homme qui a milité toute sa vie contre la religion » (1)


Ce n'est pas la première fois qu'une histoire pareille survient. Les choristes savent que leurs programmes doivent être adoubés par le curé du lieu du concert sous peine de déconvenue. Mais il serait temps que cela change.


Si la confession catholique est la principale utilisatrice des églises construites avant 1905, celles-ci ont été bâties hier par et pour toute la communauté. Ceux qui ont sué à les édifier comme ceux qui les ont financé n'étaient pas nécessairement de pieux fidèles.


Aujourd'hui, les édifices sont entretenus par les communes, quelles que soient les convictions religieuses des élus et des contribuables. Et les catholiques médocains sont bien contents que, depuis 1974, existe, pour le bien de l'édifice, l’association des Amis de l’abbaye de Vertheuil. Celle-là même qui organisait la soirée Brassens.


On ne peut pas tout faire dans une église... durant un culte. Entonner un succès du chanteur sétois durant un mariage religieux peut effectivement relever du mauvais goût. Mais dès que l'église redevient lieu de rassemblement de toute la communauté, elle doit pouvoir accueillir largement la culture de notre temps.


Par ce moyen, les catholiques peuvent montrer une ouverture d'esprit, qui n'a pas fait merveille chez certains dernièrement.


Finalement, l'hommage au créateur de « La mauvaise réputation » a pu se tenir le bon soir, non loin de l'église, grâce à une aide expresse du Conseil général. Ses dirigeants, socialistes, ont du se réjouir de contourner ainsi un obscurantisme idiot.


(1) Il faudra apprendre à ce prêtre la nuance majeure entre l'anticléricalisme proféré par Brassens, défiance envers les Églises (et spécifiquement la dominante), et la lutte contre la religion. "Je ne suis pas du tout l'antéchrist de service", peut-on entendre dans une chanson (texte ici), présente dans l'album posthume des textes de Brassens, interprétée par Maxime Le Forestier.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:58

Pauvre Benoît XVI. Le pape émérite était déjà passablement ringardisé par le charisme détonnant de son successeur venu d'Argentine. Mas jusqu'alors, le jésuite n'avait pas bougé d'un iota sur les acquis de son pontificat.


Pour cela, tout le monde attend les fameuses réformes du système central du Vatican, concoctées par l'octuor de cardinal qui doit tenir une première réunion avec le pape début octobre.


Or, selon le vaticaniste italien Sandro Magister, dont le blog est traduit en français, cela bouge sur un autre front très cher au pontife allemand : les rites de la messe. Certains pensaient que la possibilité de célébrer l'eucharistie de deux manières – ordinaire et extraordinaire – étaient désormais assurée, grâce à la sympathie de Benoît XVI pour l'ancien rite et ses militants. Apparemment, rien n'est moins sûr.


L'histoire concerne la congrégation des Frères Franciscains de l'Immaculée (leur site en anglais). Fondée en 1970 par deux prêtres italiens et reconnue en 1990, cette communauté missionnaire, franciscaine et mariale connaît un grand succès mondial, avec près de 300 frères (dont un centaine de prêtres) et 400 religieuses. Elle n'est peu connue en France, excepté dans le « très accueillant » diocèse de Toulon.



« Ils se veulent fidèles à la tradition, dans le plein respect du magistère de l’Église, écrit le journaliste de l'Espresso. C’est si vrai que, dans leurs communautés, ils célèbrent la messe aussi bien selon le rite ancien que selon le rite moderne, comme le font d’ailleurs, partout dans le monde, des centaines d’autres communautés religieuses (…) appliquant ainsi l’esprit et la lettre du motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI.


Chez les Frères, tout le monde n'apprécie pas cette diversité de pratique. Certains souffrent de « la propension excessive de leur congrégation à célébrer la messe selon le rite ancien, ce qui aurait pour effet de créer des exclusions et des oppositions au sein des communautés, de miner l'unité interne et, pire encore, d’affaiblir le "sentire cum Ecclesia" [NDLR : le lien avec l'Église] le plus général. » Alertée, la Congrégation pour les religieux a enquêté et un décret daté du 11 juillet 2013 va changer bien des choses chez les Frères Franciscains de l'Immaculée.


Alors que Benoît XVI avait établi que l'on pouvait utiliser le rite ancien sans autorisation préalable, ce texte dit à peu près le contraire. Signé par les deux chefs de la congrégation vaticane, dont le secrétaire (numéro deux) a été nommé par le nouveau pape, le décret précise : « le Saint Père François a décidé que tous les religieux de la congrégation des Frères Franciscains de l'Immaculée sont tenus de célébrer la liturgie selon le rite ordinaire et que, éventuellement, l'usage de la forme extraordinaire devra être explicitement autorisée par les autorités compétentes, pour tous les religieux et/ou communautés qui en feront la demande ».


Si un tel principe devait faire jurisprudence, cela signifierait un retour en arrière très clair et un désaveu pour ceux qui estimaient que l'on pouvait « oublier » le rite moderne tout en restant pleinement en communion avec Rome.


Nulle doute que l'aile traditionnelle de l'Église catholique, laquelle a très peu apprécié l'arrivée du jésuite argentin aux affaires, ne restera pas sans réaction. L'automne va être chaud au Vatican.

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 23:03

En fin d'année, nous pourrions voir deux pontifes à l'honneur. Jean XXIII et Jean Paul II ont franchi vendredi 5 juillet l'ultime étape officielle avant la sainteté et on parle d'une cérémonie de canonisation en décembre prochain, à Rome.


Je devrais me réjouir que l’Église exprime de façon définitive sa reconnaissance envers Jean XXIII, décédé il y a 50 ans. Et pourtant la méthode m'énerve.


Car ce jour de fête apparaîtra, au yeux du monde, comme la fête de la star planétaire Jean Paul II. Au vu de l'hystérie collective qui a marqué la béatification du pape polonais en mai 2011, ceux qui crient depuis 2005 « santo subito » n'auront d'yeux que pour leur héros. Hormis les plus âgés et les nostalgiques de l'époque où l’Église essayait de parler au monde, qui va évoquer la figure d'Angelo Roncalli ?


En 2000 déjà, le père visionnaire du Concile Vatican II avait du partager les honneurs de la béatification avec son exact opposé Pie IX. Pontife de 1846 à 1878, ce dernier fut l'homme de toutes les résistances aux évolutions des sociétés occidentales du XIXe. On lui doit le sinistre Syllabus catalogue des idées à proscrire, parmi lesquelles la séparation de l’Église et de l’État, les liberté de presse, d'opinion et de religion, le rationalisme, le progrès, la culture moderne... Il fut aussi le père de l’infaillibilité pontificale.


Treize ans plus tard, l'ancien nonce à Paris doit encore partager la vedette. Et pas avec n'importe qui. Sans représenter le grand écart surréaliste du duo de 2000, honorer Jean XXIII et Jean Paul II dans une même cérémonie pose question.


Si les deux pontifes furent sans contexte les plus populaires du siècle dernier, leur rôles resteront assez différents dans l'histoire du catholicisme. L'italien fut l'homme d'une grande ouverture ecclésiale (aux autres religions, aux laïcs, aux non-croyants). Tandis que le Polonais, en héritier de Paul VI, s'est appliqué à faire régresser certaines intuitions pastorales de son prédécesseur (on pense ici aux théologies de la libération, ruinées par la nomination d'évêques conservateurs) ou ecclésiales (comme l'abandon de la collégialité épiscopale).


On pourra aussi opposer le premier pape à s'adresser aux « hommes de bonne volonté » à celui qui à fermé les yeux sur les crimes pédophile révélés sous son pontificat, histoire de protéger l'institution. Ou bien mettre sur la balance l'invitation faite aux autres Églises chrétiennes durant le Concile et le peu de considération pour les Églises protestantes, à l'image d'un maigre bilan œcuménique du pontificat wojtylien.


Un point commun réunit les deux hommes : leur rôle dans la politique internationale. L’Italien a contribué a évité que la crise de Cuba (1962) ne dégénère en troisième conflit mondial, alors que le Polonais a participé fortement à l'effondrement des régimes communistes de l'Europe de l'est. On ajoutera aussi à la colonne des rapprochements un goût prononcé pour le dialogue inter-religieux.


Il n'empêche que certains esprits grognons penseront que le Vatican a encore fait de la diplomatie interne, en évitant que Jean XXIII et son Concile, officiellement défendu mais détesté en privé par beaucoup, soient mis sur un piédestal. On peut voir ici une concession du nouveau pontife, conciliaire affirmé, à certains membres de la Curie chez qui on imagine davantage de photos de Pie IX le rigoriste ou de Pie XII le sévère, que du « bon pape » Jean XXIII.


A l'heure ou l'on reparle d'un future béatification de Mgr Oscar Romero, tombé en 1980 sous les balles de l'extrême-droite salvadorienne qu'il dérangeait, on est en droit de craindre le personnage que le Vatican va lui trouver comme camarade de laurier. Si ces messieurs de la Congrégation pour la cause des saints veulent une idée, je leur conseille Dom Helder Camara ! Un binôme cohérent pour honorer le christianisme latino.

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 10:03

Publiée par les jésuites des États-Unis, la revue America est connue pour sa grande qualité et pour ses positions souvent avant-gardiste et libérales. La Matinale chrétienne de La Vie nous apprend, dans sa livraison du 2 juillet, que le nouveau rédacteur en chef de la revue, Matt Malone renonçait désormais à utiliser les termes « catholiques progressistes » et « conservateurs ».


« Quand nous envisageons l’Église en fonction de catégories politiques essentiellement laïques, alors ce n'est plus vraiment l’Église, ce n'est plus une communion mais un regroupement de factions. Et la conséquence de cela, c'est que les termes et la teneur des conversations ecclésiales deviennent de plus en plus difficiles à distinguer de celles du monde qui nous entoure. »


Ces catégories sont-elles si laïques que cela ? Dans l’Église, de tout temps se sont pourtant affrontés, à fleuret moucheté certes, des partisans de l'évolution et des tenants de statu quo. C'est après de tels débats que les dogmes, les professions de foi, les règles disciplinaires ont vu le jour... ou ont été abandonnés. Peut-être, le jésuite américain souhaite-t-il que la médiocrité et les errances du débat politique partisan étatsunien, guère plus brillant que chez nous, ne vienne polluer le monde catholique ? Car dans celui-ci, c'est bien connu, tout le monde est frère, et ambitions et guerres d'influences n'ont pas lieu d'être.


Aux États-Unis, la récente polémique opposant Rome à la principale fédération de religieuses apostoliques montre bien, pourtant, que des visions d’Églises différentes existent. Comme rendre compte de cette diversité si on s'interdit le vocabulaire compris par tous pour en rendre compte ?


Matt Malone s'appuie sur un texte célèbre de la lettre de saint Paul aux Galates (3, 28) : « Il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus », justifiant, selon le journaliste de La Vie, « que la revue bannira désormais de ses pages tous les qualificatifs dont on affuble souvent les croyants, selon leur sensibilité ».


Les propos de Paul décrivent un monde idéal, celui du jour de la réalisation de la promesse chrétienne. Quand toutes et touts auront trouvé leur bonheur sur cette terre. Ce qui est loin d'être le cas dans l’Église. Notamment à cause de la ségrégation persistante dont souffrent les femmes. On pourra reprendre la question quand le tableau paulinien peindra la réalité.


Le troisième argument développé par le rédacteur en chef est très recevable. « Pas de partie de l’Église où America ne soit pas chez lui. » On comprend ce souci. Si l’Église catholique acceptait en son sein une opinion publique, la revue pourrait sans peine faire débattre des courants divers, nommés par leurs appellations traditionnelles. À condition de ne montrer aucun ostracisme a priori, et d’accepter que des bonnes idées puissent éclore dans les différents groupes, pour l'intérêt général. Une exigence qui doit être partagée par tous les médias catholiques, quelles que soient leurs origines.


En s’interdisant de qualifier les traditions ecclésiales, on court le risque, sous prétexte d'unité, de présenter une vision unanimiste. Ce qui aura pour conséquence l'oubli des plus faibles aujourd'hui, en l’occurrence les courants progressistes, invisibles au sommet de l’Église et en perte de vitesse numérique dans les communautés.


« La doctrine sociale de l’Église, explique le jésuite américain, est bien plus radicale que nos politiques laïques, précisément parce qu'elle s'inspire de l’Évangile, qui est lui-même un appel radical à devenir des disciples, c'est à dire des révolutionnaires opposés à toute notion humaine de pouvoir. » Cette Doctrine, si exigeante pour l'humanité, est une référence partagée par toutes les familles de catholiques. Si l'on pense que le respect de l'individu que prône l’Église peut concerner son propre fonctionnement, il faudra entendre des voix différentes du courant dominant, peu soucieux de changement.


Quand au discrédit de la « notion humaine de pouvoir » dans les propos du P. Malone, il étonne chez un jésuite, congrégation qui a toujours su former les élites et qui n'est pas naïve au point de croire que ce mal « humain » épargne les hommes de foi, lesquels demeurent toutefois « humains ».


En France, les citoyens qui prétendent ne pas « faire de politique » et récusent les étiquettes sont le plus souvent conservateurs. Dans le monde catholique, un refus de la pluralité de convictions, confinant au déni de réalité, ne rendra pas service à l’Église.

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 21:55

Cela devait arriver. Voici, peut-être, le premier scandale sexuel de l'ère François. Encore que l'article publié le 26 juin par le Corriere della Serra, et repris en français par le quotidien suisse Le Matin, évoque un fait du 8 mars dernier, durant la vacance pontificale.

Un prêtre du diocèse de Rome, Patrizio Poggi, lui même condamné pour violence sexuelle sur mineur et suspendu de ses fonctions, a témoigné auprès de la police. Il a parlé de neufs prélats du Vatican qui se paieraient régulièrement les faveurs d'hommes mineurs, recrutés dans le quartier populaire de la gare Termini de la capitale italienne. La presse évoque un ex-policier grand organisateur et donne une idée du tarif des prestations : entre 150 et 500 euros (1). Ce qui n'est pas mince eu égard aux salaires pratiqués au Saint-Siège.

Que cette affaire soit réelle au pas, elle permet d'affirmer quelques certitudes et de voir plus loin.

Il n'est plus question de douter de pratiques homosexuelles au Vatican. Crier à la diffamation anticléricale devant cette révélation est aussi pertinent que d'affirmer qu'on ne prendra plus de cyclistes en flagrant délit de prise d''EPO ou d'hommes politiques qui fraudent le fisc.

L'ambiance pourrie de la fin du pontificat du pape allemand est due, notamment, aux propos de personnes lassées par l'ambiance « particulière » régnant au Saint-Siège. Attention aux amalgames. L'existence du fameux « lobby gay » évoque principalement des activités se déroulant entre majeurs consentants (2), et donc ne relevant pas de la justice des hommes.

Benoît XVI a institué – et on l'on félicite encore - la « tolérance zéro » en interne pour les atteintes sexuelles, majoritairement de nature homosexuelles, du fait de religieux sur des personnes non consentantes. Et dans cette nouvelle affaire, il est bien question d'actes délictueux, impliquant des mineurs dans un système de prostitution organisée.

L'avenir nous dira si les révélations du P. Poggi se transforment en vrai scandale. Si c'est le cas, on peut être sûr que le pape François ne fera rien pour l'étouffer ou secourir les protagonistes. D'autant que les palais pontificaux comptent plus de détracteurs que de fans de son style novateur. Si des mitres doivent tomber, elles tomberont.


Même si l'affaire Poggi fait un flop, une autre surviendra. Et ce jusqu'au jour où les choses changeront réellement, quand l'Eglise catholique reverra son discours hyper normatif sur la sexualité. Ces règles que certains prélats serinent aux catholiques, mais qui disparaissent de leurs préoccupations, la soutane tombée.

On me permettra ici de rappeler que le sinistre P. Marcel Maciel, fondateur des très vertueux Légionnaires du Christ, demandaient des fellations à ses jeunes séminaristes et prêtres en prétendant que les médecins avaient prescrit ce curieux traitement et que Jean Paul II lui avait accordé une dispense, médicale, de chasteté.


Il faudra, un jour, le plus tôt sera le mieux, être cohérent. Soit l'Eglise admet que chacun fait comme il peut avec sa sexualité, mettant en avant des principes, simples et évangéliques, de respect de soi et de l'autre dans la relation. Soit elle garde sa ligne et s'assure que ses agents sont irréprochables, capables de tenir les règles impitoyables qu'elle édicte.


La deuxième option est évidemment pure théorie. La première tient pour l'heure de la science fiction. Mais si au moins ce pontificat, annoncé comme détonnant, pouvait étudier la question, le pape François entrerait définitivement dans la famille des papes qui ont compris quelque chose à leur époque.


(1). Ce qui n'est pas mince, connaissant les faibles salaires pratiqués au Saint-Siège.

(2) On peut toutefois douter qu'un jeune abbé, même ambitieux, soit nécessairement ravi d'accepter les avances d'un prélat plus âgé et haut placé, susceptible d'aider à son avancement. Une sorte de promotion canapé, en velours pontifical.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 09:28

Chère Frigide Barjot,


je m'étais promis de ne (presque) pas parler de mariage dans ce blog, histoire de ne pas en rajouter, d'éviter de dire des bêtises en laissant parler ma colère. Mais tant pis.


En t'observant, j'ai longtemps apprécié ton souci de proposer des alternatives aux revendications homosexuelles, ton refus des propos homophobes pari tes troupes et ton humilité à reconnaître tes dérapages (quand tu avais dis :« Hollande veux du sang, il en aura »).


Mais maintenant, il faut te rendre à la réalité :
- le combat politique sur le mariage et l'adoption est clos et ton camp a perdu
- au sein de celui-ci, ta ligne d'opposition modérée a également été mise en minorité, dépassée par la vraie droite, réellement homophobe (qui a peur des homos, plus qu'elle ne les combat)
- il ne sert à rien de maintenir des slogans comme : « On ne lâche rien », sauf à dénier la démocratie, laquelle en France est avant tout élective et parlementaire.


Et voici que tu essayes de reprendre la main, comme un chanteur de rock sans public qui part pour un dernier tour de piste, avant d'inaugurer les supermarchés ou de se faire embaucher pour une croisière du troisième âge.


La politique, c'est sérieux.


Tu lances « l'avenir pour tous », ce qui ne veut strictement rien dire, a fortiori quand le projet est excluant. Et tu organises, ce mercredi 26 juin à Paris, une soirée de lancement à l'intitulé belliqueux - « 9 mois, ça suffit pas, la loi, on la lâchera pas ! »- et au programme mêlant politique... et danses.


« Fin des manifs, snif » écris-tu dans le carton d'invitation. Seuls la SNCF et les autocaristes peuvent vraiment éprouver cette nostalgique. Tu promets une after : « Réconciliations sur danses modernes, electroswing, slows amoureux, et plus si entente ! »


Mais la politique, c'est sérieux !


Es-tu en est courant, Frigide que, « grâce » ou à cause de ton mouvement :
- des famille se sont déchirés et des homosexuels cachés ont été obligés de défiler contre eux-mêmes

- des « amis de trente ans » se sont fâchés
- des communautés chrétiennes ont été coupées en deux
- les actes et les gestes homophobes ont connu un regain important partout en France
- des ministres et des députés ont été scandaleusement dérangés dans leur vie personnelle et dans leur mission


Beaucoup n'ont pas le cœur à valser. Ce n'est pas avec un DJ, dans une soirée entre soi, entre « anti », que vont se panser les plaies.


Tu veux vraiment la « réconciliation » ? Alors laisse tomber, Frigide. Attends sereinement un autre combat, la prochaine fois que le gouvernement heurtera tes convictions. Cela ne tardera pas.


On savait que tu aimais la fête, Frigide. Tout le monde connaît désormais ton goût pour la politique. Les deux ont leurs charmes, mais le mélange est très indigeste.

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 14:35

Observateurs et journalistes se sont excités autour de la réception par le pape François d'une délégation de parlementaires français au Vatican, samedi 15 juin.


Pourtant, le très court discours papal ne s'éloigne pas grandement des convenances et de la diplomatie de rigueur devant des élus.


A celles et ceux qui dénient aux catholiques le droit de s'exprimer sur la scène des affaires publiques, le pape a été très clair. « L’Église désire apporter sa contribution spécifique sur des questions profondes qui engagent une vision plus complète de la personne et de son destin, de la société et de son destin ».

Finement, il rajoute aussitôt : « Cette contribution ne se situe pas uniquement dans le domaine anthropologique ou sociétal, mais aussi dans les domaines politique, économique et culturel ». Traduction, vous n'avez pas fini d'entendre les cathos, et pas seulement sur des histoires de fesses ou d'embryons.

Mais ceci n'était qu'une mise en bouche avant ce que tous et toutes attendaient. Las, le pape n'a jamais évoqué explicitement la récente loi française sur le mariage. Et nombre de commentateurs se sont repliés sur une phrase pourtant anodine : « Votre tâche est certes technique et juridique, consistant à proposer des lois, à les amender ou même à les abroger. » Oui, et alors ? Un lycéen ayant reçu deux heures de cours sur la constitution de la Ve République aurait pu le dire. Faire, améliorer ou défaire les loi est le sort des parlementaires.

Comment faire un titre avec cela ? Comment en conclure que le pape appelle ses visiteurs, très majoritairement de droite, à revenir sur la Loi Taubira demain ou après-demain ?


Du coup, nos brillants observateurs sont passés à coté des deux mots plus gênants du pontife. Celui-ci a demandé à ses hôtes d'insuffler aux lois « un esprit, une âme, qui ne reflète pas uniquement les modes et les idées du moment, mais qui leur apporte l’indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine ».


Le désir de reconnaissance de l'amour homosexuel – si toutefois on peut penser qu'il s'agissait bien de cela – ne serait donc à ses yeux qu'une « mode ». Cela confirme que Bergoglio est peu informé de ce peut se passer au Vatican et dans ses arrières salles pour ainsi méconnaître tant la réalité homosexuelle.


La nouveauté n'est pas l'existence de celle-ci, mais sa visibilité. Et les acquis de droit ne relèvent pas du champ de la « mode » ou des « idées du moment ».


A moins que cette terminologie ne soit l'occasion de disqualifier toute idée d'évolution sur la question au sein même de l'Eglise catholique, laquelle n'a jamais était l'otage des « modes ».


Sinon, elle saurait que la robe longue chez les hommes ne se porte plus guère dans les sociétés occidentales.

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 09:06

Connaissez vous William Peter Blatty ? Si comme moi vous ignoriez le nom de ce personnage, sachez qu'on lui doit le roman l'exorciste, dont l'adaptation cinématographique a fait frissonner plusieurs générations. La Matinale chrétienne de la Vie du 11 juin nous apprend que ce monsieur est aussi un chevalier blanc du catholicisme américain.


Dans un article publié par le Huffington Post, notre homme fustige la prestigieuse université jésuite de Georgetown, dont il fut l'élève. L'établissement situé à Washington est le plus ancien des centres de formation de la Compagnie de Jésus et demeure un des plus réputés.


Blatty a évoqué quelques activités « non-catholique »s tolérées sur ce campus dépravé : on a joué la pièce de théâtre Les Monologues du vagin, des cours d'éducation sexuelle ont été dispensés, et des hommes politiques favorables à l'avortement ou ouvertement homosexuels ont été reçus.


Commentaire de notre puritain : « Les scandales auxquels Georgetown a exposé les fidèles sont trop innombrables, et trop nombreux pour qu'on puisse encore les ignorer ». Pétition à l'appui, il demande à l'archidiocèse de la capitale fédérale de reprendre en main l'université hérétique ou de lui faire retirer son label jésuite


Les exemples cités relèvent tous du domaine de la sexualité, comme si M. Blatty avait un léger problème avec cette question. Il n'est malheureusement pas le seul dans la galaxie catho en ce moment, et pas seulement de l'autre côté de l'Atlantique.


Plus sérieusement, Georgetown est une université jésuite. Elle bénéficie de la traditionnelle ouverture au monde des disciples d'Ignace, lesquels s'appliquent d'abord à former des hommes et des femmes armés intellectuellement et spirituellement pour trouver leur route dans les vicissitudes du temps. Non pour réciter par cœur un quelconque Catéchisme. Non pour distinguer au premier coup d’œil ce qui est dans le bien et ce qui relève du mal. Les jeunes qui recherchent ce dernier type d'éducation trouveront bien des lieux estampillés « pur catholiques » pour renforcer leurs certitudes.


Le terme même d'université catholique implique doublement un devoir d'ouverture au monde. Ignorer les réalités et les débats qui agitent la société confine au contresens.


J'ai cru entendre et lire qu'un jésuite sud-américain dont on parle beaucoup En ce moment, un certain Bergoglio, ne cessait d'inviter les catholiques à se rendre aux frontières ou à prendre des risques dans l'annonce de l’Évangile. Notre romancier doit avoir d'autres lectures.

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 12:39

Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio n'a eu de cesse que de chercher à rester celui qu'il fut en Argentine. Mais peut-il résister longtemps à l'appétit du monde pour le « papa ».


Élu en partie par rejet des princes romains, il a fait le choix de demeurer dans la Maison Sainte-Marthe, se rendant dans le Palais apostolique comme d'autres vont au bureau. Il n'ira pas cet été prendre le frais à Castel Gandolfo. Sa messe matinale, devant des employés du Saint-Siège est devenue un lieu très couru, d'autant qu'il y prononce des homélies très personnelles et dans un style peu papal.


François vient de gagner un point en refusant que ces rendez-vous matinaux soient filmés par la télévision du Vatican. Comme si l'eucharistie de début de journée était présidée par le P. Bergoglio et non par le chef de plus d'un milliard de catholiques.


En Argentine, la Franciscomania bat son plein et le pape ne peut rien y faire. Depuis le 4 juin et jusqu'au 28 juin, au monastère Sainte-Catherine de la capitale, on peut admirer l'exposition photographique consacrée au Pape François, « serviteur à Buenos Aires, serviteur pour le monde ».

Comme la racontait France Inter le 7 juin, la mairie de Buenos-Aires organise des circuits touristiques (gratuits) sur les traces de la nouvelle star locale. Les touristes-pèlerins peuvent découvrir les lieux qui ont marqué le futur pape et rencontrer des personnes ayant côtoyé l'archevêque de la capitale : son coiffeur, son marchant de journaux auquel il aurait téléphoné pour dire de ne plus le livrer chaque matin...


Certes, le Bergoglio Tour se termine à la Cathédrale, laquelle ne manque pas d'intérêt spirituel. Mais il s'agit alors de s’émerveiller devant le confessionnal dans lequel le jeune Jorge Mario aurait décidé de sa vocation religieuse.


On devine que le pontife n'a pas sollicité un tel projet. Son image lui échappe. Pire, son désir, plus que louable, de parler aux gens avec simplicité, laquelle n'était pas la marque de fabrique de Benoît XVI, le rend encore davantage sujet au vedettariat.


Il est à craindre que le culte de la personnalité soit désormais consubstantiel de cette fonction. On imagine déjà l’hystérie autour de sa venue le mois prochain à Rio pour les JMJ.


Que peut faire François contre ce qui est, de toute évidence, une réalité du temps, fruit de la médiatisation et d'un besoin populaire de héros fédérateurs que la classe politique ne peut guère fournir. On aimerait que l'octuor de prélats en mission d'études actuellement se penche sur la question.


Une solution nous semble être, outre la désacralisation bien entamée, une véritable remise en cause du fonctionnement pyramidal monarchique. En diluant le pouvoir réel et symbolique concentré aujourd'hui en une seul homme, on pourrait permettre à ce dernier d'être perçu uniquement comme une personne normale, non une icône.


Il faudra pour cela bousculer bien des habitudes. Et dans ce chantier immense de déstarisation, les marchands d'assiettes de la place Saint-Pierre ne seront pas les plus difficiles à convaincre.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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