29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 09:11

Une petite ligne a attiré mon attention dans une récente lettre d'information du diocèse de Lyon.


Au milieu des annonces ordinaires de l'agenda, une petit note intitulée Nullité de mariage y vante les permanences hebdomadaires de l'Officialité inter-diocésaine de Lyon. Ce Tribunal ecclésiastique, dans lequel exercent spécialistes du droit canonique mais aussi avocats « ordinaires », est en charge « de l’administration de la justice dans les diocèses ». La note de présentation liste les cas d' « inévitables conflits dans l’Église » : « contentieux, échecs matrimoniaux, actes scandaleux, abus de pouvoir ».


On se demande bien en quoi un échec matrimonial peut relever du « conflit dans l’Église ». Si celle-ci, lors du mariage catholique, a été témoin du sacrement de mariage que les époux se donnent devant Dieu, le désaccord au sein du couple regarde avant tout la famille et, le cas échéant, la justice civile.


La mise en exergue de l'Officialité n'est pas anodine a l'heure où l'on envisage enfin de se pencher sur l'interdiction de sacrement pour les catholiques remariés. Actuellement, la seule solution proposée est la procédure de nullité de sacrement, laquelle offre une improbable virginité matrimoniale. Utilisée jadis dans la cas d'immaturité d'un des époux ou d'unions forcées, elle est parfois empruntée par les Princes de royaumes catholiques, comme sésame indispensable pour refaire sa vie... dans les règles.


Certains dans l’Église mettent en avant cette solution et la jugent pertinente pour la masse de catholique, qui ont vécu, voulu ou subi, un divorce et qui, remariés, veulent redevenir des pratiquants à part entière. Ce solution éviterait la remise en cause d'une norme, coup de canif dans le principe très catholique – et difficilement tenable aujourd'hui – qu'un engagement pris devant Dieu (mariage, ordination) ne se conçoive que jusqu'au dernier souffle. Et que tout manquement entraîne une situation de péché de catégorie supérieure.


Pour ces puristes du sacrement, pour qui la loi s'impose de toute façon à la réalité de la vie, la nullité de sacrement est « la » solution pour les victimes d'accidents matrimoniaux. Comme jadis avec les unions non-consommées, il est demandé à des personnes de prétendre que leur engagement est, religieusement, « annulé ». L'amour vécu avant et pendant le mariage compte-t-il pour de beurre ? Quid des relations tissées autour du couple ? Quid des enfants nés de cette union ?


« Tout ce qui a été vécu en famille demeure bien réel, et ne doit pas être considéré comme n’ayant eu aucune consistance en raison de la déclaration de nullité du mariage des parents », dit la note diocésaine. Il n'empêche. Il faut avoir une drôle d'idée du couple pour penser qu'un coup de gomme administratif sur le passé puisse être une solution satisfaisante et respectueuse pour pouvoir refaire sa vie dans la plénitude de la vie de foi.


Le pape François a placé la résolution de cette impasse pastorale, qui a éloigné tant de chrétiens fervents des églises catholiques depuis des décennies, en liste de liste des réformes à mener. Cet été, il a évoqué son intérêt pour le mode de gestion de certaines Églises orthodoxes. Après un chemin pénitentielle, les remariés peuvent y retrouver l'accès plein aux sacrements. Et cela, sans renier leur précédente union, laquelle pour avoir échoué, ne fut pas « nulle » pour autant.


Un Synode extraordinaire des évêques va se tenir en automne 2014 sur "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation". Vont s'y affronter des défenseurs du statu quo, des partisans de l'annulation et des militants du rituel permettant un nouveau départ. Il conviendra de soutenir fermement cette troisième voix, la seule qui respecte la réalité de la vie d'aujourd'hui.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 11:36

Mgr Jean-Christophe Lagleize a été nommé le 27 septembre évêque de Metz. Mgr Pierre Raffin, qui était à la tête diocèse de Moselle depuis 1987, a adressé le 11 octobre une lettre assez émouvante aux « diocésains », aux fidèles.


On retiendra d'abord les dernières lignes de son texte, pleines d’humilité : « En vingt-six ans d’épiscopat, je n’ai pas toujours su être le guide dont notre Église diocésaine avait besoin, j’ai conscience de mes limites et de mes erreurs et je vous prie de les pardonner dans la mesure où elles vous ont blessé ou découragé ».


On a connu des pasteurs plus controversés que Mgr Raffin moins modestes à l’heure du bilan. Ces mots d'une grande humanité disent aussi combien la charge épiscopale est lourde aujourd'hui et combien le ministère d'unité est difficile à tenir.


Un autre passage de la missive de l'évêque émérite de Metz mérité réflexion. « À travers vous, je voudrais rejoindre les catholiques que l’on ne voit que de loin en loin, soit parce qu’ils n’ont pas le loisir de s’engager dans la marche habituelle de l’Église, soit parce qu’ils ont pris leurs distances ». On voit ici un écho assez clair à l'exhortation du Pape François pour que les pasteurs s'intéressent à la périphérie de l'Église. D'autant que celle-ci gagne du terrain en Occident. Même dans les terres concordataires de Moselle, qui connaissent un peu moins qu'ailleurs la crise des vocation.


Juste après, Mgr Raffin écrit : « À travers vous également, je voudrais rejoindre tous ceux que les formes variées de la Diaconia diocésaine m’ont permis de rencontrer : les gens de la rue, les accueillis du Secours Catholique et de l’Association Zaï, les détenus de nos prisons. ».


L'évêque, comme d'autres, a été touché par le parcours vécu avec Diaconia, au niveau local comme à Lourdes. Quand il écrit « ceux que la Diaconia m'ont permis de rencontrer », une lecture littérale, mais fort simpliste, pourrait faire penser que le pasteur messin a découvert alors, après un quart de siècle à la tête du diocèse, la réalité des personnes accueillies par les groupes et structures catholiques. Or, il est évident que cette prise de conscience ne date pas de 2012.

La phrase suivante de son texte le confirme : « Puisse l’élan impulsé par le rassemblement de Lourdes lors de la dernière fête de l’Ascension associer bientôt toutes ces personnes à la vie ordinaire de notre Église ».


Avec Diaconia, il a compris comment et pourquoi cette dimension était centrale. Que l'Église ne peut vivre dans un entre-soi de personnes bien intégrées, en réservant de temps en temps quelques regards sur les marges de la société. Que les pauvres ne soient plus seulement à l'honneur une fois l'an, un dimanche de novembre pour la quête du Secours catholique.


Souhaitons que cet appel soit bien entendu par les « diocésains » et les prêtres du diocèse. Et que, à l'heure de quitter à son tour le diocèse de Metz, Mgr Lagleize n'aura pas besoin de tenir ce discours.


Sinon, on pourra penser que Diaconia n'a été qu'un (joli) coup d'épée dans l'eau.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 09:14

Ce n'est pas parce que les règles n'ont pas (encore) changé, qu'ils faut attendre sans bouger. Dans l'effervescence des dernières prises de parole du pape François, apparaissent ça et la des gestes significatifs d'une Église qui met tout sur la table.


Dans La Croix du 9 octobre, on pouvait lire deux informations en ce sens. Le diocèse allemand de Fribourg a publié un document pastoral concernant les divorcés-remariés. Il est question de « processus de discussion pastoral et théologique approfondi », au terme duquel un couple peut, selon La Croix, « prendre 'la décision en conscience' de recevoir tous les sacrements ».


Le même jour, le Saint-Siège annonçait pour octobre 2014 un Synode extraordinaire des évêques sur la famille. Cette structure, rarement convoquée (deux fois depuis Vatican II) et réservée aux sujets graves et pouvant amener à des décisions rapides, est la première décision issue du G8, institué par le pape. Le P. Lombardi, porte-parole du Vatican, a tenté de déminer l'affaire allemande en évoquant « le risque de générer de la confusion » et en rappelant « l'importance ce de faire chemin en pleine communion avec la communauté ecclésiale ».


Mal le coup venu d'Allemagne a fait mouche. On imagine mal finir l'année prochaine sans un avancée sur la question douloureuse de l'accès des divorcés-remariés au sacrement.


En bas de cette double-page du quotidien catholique, une brève indiquait que Mgr Bernard Longley, archevêque catholique de Birmingham, envisageait l'intercommunion entre ses fidèles et les anglicans. Sous Benoît XVI, seul un prélat suicidaire aurait avancer tel projet. Mgr Longley n'est pas un franc-tireur, mais le coprésident de la Commission internationale anglicane-catholique. Aujourd'hui, tout peut se dire et se plaider, surtout sous un pape qui a récemment rendu hommage au souci œcuménique du Concile Vatican II


Toujours le 9 octobre, le pape François consacrait la causerie de l'audience générale place Saint-Pierre à la catholicité. « L’Église est catholique parce qu'elle est une demeure d'harmonie, où unité et diversité se conjuguent pour être richesse. » Filant la métaphorique musicale, le pape explique que « Pour exécuter une symphonie, les instruments doivent jouer à l'unisson, chacun dans son registre, mais sous la direction d'un chef d'orchestre qui créé l'unité harmonique de toutes ces diversités. L'harmonie ne détruit pas le timbre particulier des divers instruments ».

Au maestro, qui pour François n'est autre que l'Esprit, « il nous fait demander de vivre en harmonie, dans l'acceptation de l'autre et de la diversité afin de ne pas tomber dans l'uniformité. Prions donc l'Esprit pour qu'il nous rende toujours plus catholiques! ».


Avec une telle ouverture, aucun dossier hier verrouillé ne peut le demeurer. Et les langues se délient. Enfin

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 14:45

Quand ils vont sur les pas de Jésus, les pèlerins catholiques évoquent la Terre sainte. Ainsi, ils ne sont pas tenus de se positionner dans la guère des appellations de cette région déchirée, le terme utilisé englobant des villes israéliennes (Nazareth, Cana), palestinienne (Bethléem) et... mixte (Jérusalem). Sans compter la Jordanie.


Pourtant, il faut bien, même quand on vient chercher les traces d'une histoire bimillénaire, faire avec le présent. Ainsi la délégation des directeurs de pèlerinages français qui se rend du 13 a 20 octobre sur place, indique dans son communiqué, qu'elle va « conforter les liens avec les divers partenaires locaux », et qu'elle « visitera divers Lieux saints en Israël et dans les territoires palestiniens ».


La ville natale du Christ est en Territoire palestinien... selon les autorités israéliennes. Au yeux de l'histoire, comme il y a deux mille ans, Bethléem se trouve en Palestine. Le terme est encore plus assuré depuis que l'Unesco a accepté le pays en tant que tel en son sein.


Lorsque j'ai eu le bonheur d'animer avec Témoignage chrétien des voyages politico-religieux dans la région, nous parlions toujours de séjours en « Israël-Palestine ». Deux peuples, deux nations d'égale dignité abritent aujourd'hui les lieux majeurs pour les chrétiens (comme pour les juifs et les musulmans).


En parlant des « territoires », les directeurs de pèlerinage cèdent à la pression du Ministère du tourisme israélien qui voudrait n'accueillir que des pèlerins pas trop regardants sur la situation d'injustice politique faite au peuple palestinien.


Dans l'espoir qu'une solution de paix permette la coexistence pacifique dans la région, les catholiques, comme les autres, doivent garder l'idée que la Palestine est bien un pays qui à vocation à être, au plus vite, pleinement souverain.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 09:25

Après l'année agitée vécue par les catholiques de France, il est utile d'écouter les sages. Mgr Claude Dagens est de ceux là. De son diocèse d'Angoulême où il finira sans doute une carrière épiscopale que beaucoup imaginaient plus flamboyante, et depuis l'Académie français où il est le prélat de service, il fait entendre sa petite voix sans se soucier des vents dominants. Le normalien de l'épiscopat est toujours très écouté, comme l'a montré l'écho de sa tribune dans La Croix du 21 avril 2013, Il y pointait la tentation du retour du catholicisme intransigeant, au plus fort des affrontements verbaux entre la Manif pour tous et le gouvernement.


Mgr Dagens a publié le 14 septembre une lettre pastorale au titre interpellant : « Catholiques en Charente, réveillez-vous d'une façon chrétienne ! ». Dans cet appel, qui vaut largement hors des frontières de diocèse d'Angoulême, on comprend vite que le réveil auquel il exhorte les fidèles ne correspond pas tout à fait à la mobilisation du printemps dernier.


«Si l'on me demande aujourd'hui : « À quoi devons-nous résister pour être chrétiens dans une société qui n'est plus chrétienne ? » , je répondrai sans hésiter : à cette logique faite à la fois de résignation et d'agressivité, qui n'évalue la présence catholique dans notre société qu'en termes de résultats chiffrés ou de manifestations publiques. »


Et l'évêque de préciser: « Car ces deux attitudes vont ensemble : d'un côté, on se lamente en disant que les églises sont vides, que les pratiquants sont de moins en moins nombreux, que les prêtres disparaissent et que la foi se perd, mais, d'un autre côté, on rêve de reconquêtes politiques et l'on identifie le catholicisme français à sa capacité de résistance aux lois de la République ».


Histoire de désamorcer tout procès en trahison de la solidarité épiscopale, Mgr Dagens explique pourquoi il s'est opposé à la loi Taubira. Après quoi, il déplore le discours tenu par certains au sein de son Église.


«Je suis préoccupé quand je vois des jeunes et des adultes qui se disent catholiques s'imaginer que leur identité catholique se réduirait à leur opposition à l'État laïque. J'ai appris de René Rémond et d'Émile Poulat, ces grands historiens du catholicisme en France, qu'il faut accepter des relations à trois termes : l'Église, l'État laïque et la société. Et qu'il nous faut apprendre non seulement à nous situer par rapport à l'État laïque, mais surtout à être présents à l'intérieur de notre société qui n'est plus chrétienne, et qui est devenue à la fois fragile et dure. En raison de cette exigence primordiale de présence à l'intérieur de notre société (et non pas à l'extérieur), je dis non aux stratégies défensives ou offensives, à ces appels à la résistance qui ne peuvent que créer des illusions, même s'ils sont enrobés d'appels à la prière ! ».


Nombre de prélats sont sans doute aujourd'hui sur cette ligne, mais sans oser l'exprimer. Leur confrère d'Angoulême, détesté par l'aile identitaire et par les défenseurs de la tradition, ne s'émeut plus à chaque lettre de dénonciation envoyée à Rome par des « vrais catholiques ».


Mgr Dagens ne fait ici que redire à quelle condition une parole catholique peut être recevable et audible partout. Parler avec les autorités nationales est une nécessité et les canaux de dialogue se sont multipliés ces dernières années entre l'épiscopat, le Ministère de l'intérieur et l'Élysée. Même si dans le dossier présent, chacun est resté sur sa position initiale.


Mais pour l'évêque d'Angoulême, qui lance en slogan «Non aux clubs catholiques ! Oui à l'initiation chrétienne !», l'essentiel est d'être présent avec pertinence au cœur de la société. Il organise cette «pastorale ordinaire » en trois chapitres: «la pastorale de la vie, avec le sacrement de la vie nouvelle, le baptême ; la pastorale de l'amour humain, avec la préparation au mariage, et aussi l'accompagnement des personnes divorcées ou des personnes homosexuelles ; la pastorale de la mort, avec l'accompagnement du deuil.»


Pour lui , c'est bien ici que se joue la transmission du message évangélique. C'est là qu'il ne faut pas se rater. « Nous sommes tous appelés, évêques, prêtres, diacres, laïcs, peuple de baptisés, à être, dans notre société incertaine, non pas des gens qui imposeraient leurs croyances, mais des hommes et des femmes qui se tiennent sur ce terrain de notre humanité commune pour y témoigner de la Vérité et de la bonté de Dieu !»


Un appel qui consonne davantage avec la petite musique du Pape qu'avec certains propos de catholiques français, confondant leurs convictions avec le projet commun.

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 16:46

Portée par Manuel Valls et validée par François Hollande, la politique de notre gouvernement envers les roms est désormais claire. Les roms, dans leur majorité, n'auraient pas envie de s'intégrer et donc pas vocation à rester en France.


Aucun lecteur sérieux des Évangiles ne peut admettre ce qui se passe : ni les pratiques, ni les discours.


Les ONG de soutien aux étrangers, notamment celles d'inspiration chrétienne (Secours catholique, Acat, CCFD Terre solidaire, Cimade...) ont déjà tiré la sonnette d'alarme sur la poursuite par l'équipe socialiste de l'esprit qui avait prévalu sous l'ère Sarkozy, avec MM. Hortefeux et Guéant.


A l'époque, les chrétiens de base et leurs dirigeants, l'épiscopat catholique comme la Fédération protestante de France, avaient haussé le ton. On se souvient que les Franciscains de Toulouse avaient initié en 2007 des cercles de silence pour dénoncer les conditions réservées aux étrangers dans les Centres de rétention. Ce mouvement perdure, ouvert à tous les citoyens mais largement animé par des chrétiens.


Aujourd'hui, que font donc ces mêmes chrétiens engagés, nombreux et admirables, aux côtés des étrangers ? Leurs protestations sont-elles entendues ? Culturellement de gauche, ces militants se sentaient plus à l'aise quand les « méchants » étaient aux affaires.


Peut-être aussi veulent-ils, consciemment ou pas, ménager un gouvernement, certes décevant, mais dont la disgrâce ne pourrait que faire advenir un pouvoir encore pire. En tout état de cause, leurs voix ne pèsent pas dans l'enjeu politique majeur.


Quant aux catholiques qui ont défilé ces derniers mois contre un autre projet gouvernemental (au caractère anti-évangélique peu évident), ils n'ont semble-t-il pas l'intention de changer de combat. Et les hypothétiques évolutions législatives sur la fin de vie ou la PMA pour les couples de lesbiennes les mobilisent plus qu'un drame réel, qui se déroule à nos portes.


Puisque ces catholiques-là n'ont pas peur de taper sur le gouvernement de gauche, puisqu'ils sont nombreux et bien organisés, puisqu'ils ont pris goût à battre le pavé, qu'ils se mobilisent pour l'accueil de l'étranger.


Ils auront à leurs côtés les chrétiens sociaux (quel que soit leur avis sur le mariage) et bien des militants de gauche. On pourrait assister à une belle réconciliation du peuple catholique après les débats de l'hiver dernier. Non contre un gouvernement guidé par la démagogie et l'électoralisme, mais pour les plus faibles.


Si cela n'advient pas pas, cela pourra signifier que le monde catholique, ou du moins sa majorité, bascule vers le côté obscur de l'échiquier politique.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 22:11

Dans ma boite mail de journaliste religieux, j'ai reçu ce lundi la lettre d'information du diocèse d'Évry. J'ai jeté un œil aux nominations de septembre et fais les comptes: quatre laïcs (3 femmes et 1 homme), 5 prêtres religieux et un prêtre d'un diocèse de République démocrate du Congo. Sur les dix personnes missionnées, on ne trouve... aucun prêtre du diocèse d'Évry.


Du coup, je suis allé voir la liste principale de nominations présentée en juin par Mgr Michel Dubost. Sur 74 prêtres nommés dans le diocèse, seuls un tiers sont incardinés à Évry. Le diocèse compte également sur 22 religieux, ce qui n'est pas nouveau, sur 19 étrangers, africains en l'occurrence, ainsi que 9 prêtres venus d'autres diocèses français. Heureusement que l'Institut catholique et le Centre Sèvres attirent encore des prêtres étudiants du monde entier.


Que dire de cette situation, qui touche plusieurs diocèses de banlieue parisienne?


- Un nombre non négligeable de pasteurs nommés, quelles que soient leurs qualités, n'étaient pas destinés à travailler au service des paroisses et des communautés catholiques de l'Essonne.


- de nombreux prêtres sont de passage pour des missions temporaires, souvent de 3 ans pour les étrangers «fidei donum». Le diocèse est à la merci d'un redéploiement d'activité des congrégations religieuses, lesquelles ne croulent pas sous les candidats.


- avec les laïcs et les diacres permanents, la diversité des parcours, des charismes et des formations, il n'est pas toujours évidents de créer un dynamisme unitaire diocésain.


À toutes ces remarques grinçantes et scrogneugneues, on rétorquera, avec justesse, que le caractère bigarré des hommes et des femmes missionnés par l'évêque pour le diocèse est une richesse. Que la diversité et le mouvement renouvellent sans cesse les actions pastorales. Que tous les ouvriers travaillent à la même vigne.


Si l'Église de France n'avait pas de ressources humaines presbytérale (oh la vilaine expression !), on se contenterait de cette situation, bénissant celles et ceux qui bouchent les trous.


Mais certaines paroisses parisiennes disposent aujourd'hui de moyens humains, intellectuels et matériel du niveau de certains diocèses. Il y a plus de messes en semaine dans un arrondissement de la capitale que de célébrations dominicales dans bien des régions. La solidarité interdiocésaine devra un jour être questionnée, et pas uniquement au niveau financier.


Il est sans doute plus rassurant d'appartenir à une équipe de cinq prêtres dans un hôtel particulier, siège d'une PME (1) que d'habiter seul un presbytère froid, avec le premier confrère à 25 km.


À l'instar des médecins, il est difficile aujourd'hui de convaincre un prêtre d'aller rejoindre une zone de «désert». Quand bien même, ses racines se trouvent loin de la capitale. L'Église de France souffre du même jacobinisme que la société.


À quand un grand plan banlieue et un ministère de l'aménagement du territoire pour le catholicisme français?

(1) Certaines paroisses peuvent salarier organistes, agents d'accueil, sacristains, secrétaire, personnels d'entretien, maitre(sse) de maison...

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 14:28

Encore une histoire de mariage pour le monde catholique. Le serpent de mer du statut matrimonial des prêtres a été relancé par le futur numéro 2 du Vatican, Mgr Pietro Parolin, qui prendra ses fonctions de Secrétaire d’État mi-octobre. Mais ce fin diplomate, qui indique que le célibat des prêtres « peut être discuté », n'a pas lâché sa petite phrase son l'aval de son nouveau patron, lequel fait feu de tout bois en moment.


Quelques mises au point tout d'abord :

- Mgr Parolin n'apporte rien de neuf en plaçant la question dans le domaine de la discipline de l’Église catholique romaine (les Églises orientales n'y sont pas tenues) et non du dogme. La chose est donc officiellement négociable, bien que mise sous le tapis lors des précédents pontificats.

- Il ne s'agirait pas, comme tout le monde le répète, de marier des prêtres mais d'ordonner à la prêtrise des hommes mariés, comme en Orient. Ce qui obligerait les candidats à faire un choix matrimonial assez jeune ou à repousser l'âge de l'ordination

- Une éventuelle réforme ne concernerait pas les ministres actuels

- Le célibat resterait de toute façon possible et certains candidats demain le préféreront


Voici quelques conséquences de l'ouverture du dossier :


- Obligation de repenser l'image du prêtre. Une sérieuse réflexion sur son statut s'impose avant d'envisager d'en accueillir des pères de famille. Aujourd'hui, le prêtre accepte de se mettre à part, de sacrifier sa personne pour l'institution qui devient son unique famille. Il est différent pour être disponible à tous et à Dieu. Quel sera la place respective des deux sacrements, mariage et ordination, dans la mission future ? Le discours officiel sur la sexualité et la famille va également être touché.


- Nécessité de revoir les aspects pratiques de la vie du prêtre : son rythme de vie, sa carrière, son traitement. On ne loge pas, on ne rémunère pas, on ne déplace pas de villes en villes pareillement un célibataire sans attache et un père de famille. La question salariale s'envisage différemment selon les pays. Ainsi l’Église de France, pauvre, ne peut l'aborder de la même manière que ses sœurs riches, notamment quand les prêtres, quasi-fonctionnaires, y sont rémunérés correctement.


- Nouvelles tensions entre les conservateurs et le nouveau pape, pour qui rien n'est intouchable. Ceux qui sont scandalisés par la vie « normale » du pape vont pester contre le projet de rendre « normale » la vie des prêtres.


- Renfort de l'image « moderniste » de ce pontificat débutant qui laisse penser que l’Église catholique est capable d'évoluer. Nombre de catholiques vont reprendre espoir et se dire que d'autres dossiers en sommeil – accès des divorcés-remariés au sacrement, diaconat féminin – pourront avancer sous François.


Si l'annonce du Secrétaire d’État est suivie de faits tangibles, cela nous promet de beaux débats dans les années qui viennent.

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 22:50

En cette période de rentrée scolaire et de diminution de ce que l'on appelle la « culture générale », on peut se demander si l'éducation peut encore sauver la culture religieuse.


On se souvient du rapport demandé à Régis Debray en 2002, « L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque », qui avait lancé l'alerte sur la rupture grave de transmission. Depuis, les enseignants, eux-mêmes issus d'une génération largement ignorante des choses religieuses, ont le plus grand mal à donner les bases nécessaires à leurs élèves.


Pourtant, quand on enseigne les lettres, l'histoire, la musique ou l'art plastique, il est évident que les bases de christianisme, notamment les références évangéliques, sont souvent sollicitées. Que dire lorsque un lycéen, à qui l'on a demandé de citer les éléments fantastiques dans le poème de Guillaume Apollinaire La Loreley peut citer... « les évêques » !


Il n'est pas que les cours d'histoire contemporaine -on pense ici notamment à la question israélo-palestinienne, qui soient sujet à des tensions politico-religieuses que les professeurs ont parfois bien du mal à gérer, faute de connaissances.


L’Enseignement catholique, comme l'école publique, connaît la difficulté – ses enseignants n'étant pas si différents. « Si nous sommes si attentifs à cette question, ce n’est pas par prosélytisme, mais pour deux raisons essentielles, expliquait en janvier dernier Éric de Labarre, son secrétaire national d'alors (lire son intervention ici). La prise en compte du fait religieux est un élément essentiel de la culture contemporaine, sans lequel il est impossible de comprendre le monde dans lequel nous vivons.


De surcroît, dans une société où beaucoup de nos concitoyens disent être à la recherche de sens, l’ouverture sur le fait religieux est aussi une porte entr’ouverte sur l’importance des représentations et du symbolique pour la vie de chacun d’entre nous. L’Enseignement catholique, par son histoire et ses fondements, a sans doute une responsabilité particulière, notamment pour la formation des enseignants. »


Il s'est doté d'un très bel outil numérique : le site « Enseignement et religions ». Fruit d'une mission confiée à une équipe de spécialistes par l'organisme de formation des enseignants de l'Enseignement catholique, cette mine remarquable propose, en libre accès, des séquences pédagogiques pour toutes les matières et une base documentaire pour les grandes traditions (christianisme, judaïsme, islam, religions orientales, religions premières) ainsi que sur la spiritualité.


Les enseignants pourront également trouver des dossiers transversaux (anthropologie, art sacré, fêtes religieuses, laïcité, symbolisme) et un Observatoire des programmes et des manuels scolaires. Tous gagneraient à le visiter régulièrement.


De même qu'ils devraient vérifier si le CDI de leur établissement a acquis les dix titres de la collection « Récits primordiaux », publiée par La Documentation française. On y trouve notamment des volumes consacrés à Abraham, Muhammad (Mahomet), Jésus, mais aussi Ulysse et Héraclès ou encore « Les récits de la création ». Mêlant textes de références et iconographie de qualité, ces ouvrages réalisés pour les enseignants sont des supports remarquables pour les aider à transmettre ces fondements de notre culture commune.


En espérant que cette année scolaire fasse retisser es liens entre un aujourd'hui un séculier et un passé qui savait ce qu'il devait au sacré.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 22:57

Luc Le Vaillant est une des plumes de Libération. Prix Albert Londres en 1998, il coordonne les portraits de dernière page et tient également une chronique hebdomadaire. Sa dernière livraison (le 27 août) s'intitule « Islamophobie voltairienne ».


« Je suis islamophobe, mais aussi cathophobe, judéophobe, et si les Pentecôtistes continuent à prêcher l'obscurantisme, je vais m'occuper de leur cas », écrit Le Vaillant, qui conclut son catalogue « en un mot, je suis religiophobe ». Rien ne surprenant dans les colonnes d'un journal qui n'a jamais donné dans la finesse face aux croyants et aux religions.


« L'islam comme le catholicisme veulent contrôler l'intégralité de la vie humaine (éducation, nourriture, sexualité, procréation). Ils refusent le libre-arbitre des individus et ne se sentent pas engagé par le pacte social ».


Les déclinaisons de l'islam politique dans le Proche et Moyen-Orient donnent malheureusement raison à Luc Le Vaillant. Même si la généralisation n'est jamais très bonne.


Hier, j'aurai hurlé devant le même procès fait au catholicisme. Après les mois que l'on vient de vivre en France et le procès en démocratie intenté par certains opposants au mariage homosexuel, ces derniers ont donné l'impression de volonté de contrôle. Par la-même, ils ont renforcé les fantasmes de pouvoir clérical qui traînent encore dans une gauche inculte.


En affirmant que « Mahomet et Jésus sont prosélytes », le journaliste montre qu'il n'a rien compris, ou rien voulu comprendre au message du Christ.


Histoire de ne rater aucune bourde sur la question, Luc le Vaillant a ressorti le sempiternel argument qui ne figure pas dans la Loi de 1905 : « il faut réaffirmer que la croyance relève du domaine privé et ne peut au grand jamais se mêler des affaires publiques ».


Je vais quand même finir par un bon point au chroniqueur quand il invite à « batailler pour la liberté de penser et le droit au blasphème ». Ce dernier demeure un bon indicateur de démocratie qui permet, chez nous, aux journalistes de proférer des bêtises. Ce qui est toujours moins grave que d'embastiller ou de supprimer ceux qui ne croient pas comme il faut.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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