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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 15:25
Bénédiction oecuménique

Voici une image qui pourrait illustrer la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens (du 18 au 25 janvier).


La scène se passe dimanche 12 janvier dans une église aux États-Unis. Une femme fait un geste de bénédiction sur le front d'un homme. Cela ne devrait guère choquer. Elle, Anne Robertson est pasteur d'une Église méthodiste, et lui Sean O'Malley, est cardinal de l’Église catholique.


Nous sommes à la fin d'une cérémonie commémorant un office de historique réunissant méthodistes et catholiques, il y 50 ans. La Révérende était au coté d'un ami qui a demandé au cardinal archevêque de Boston de lui faire un signe de croix avec de l'eau bénite. Un geste plein de sens, en ce jour de la Fête du baptême de Jésus.


Après s’être exécuté, le cardinal a demandé à la révérence de le bénir à son tour. « Je l'ai fait, raconte-t-elle dans son blog. Et la femme pasteur divorcée méthodiste a oint un cardinal catholique ».


Après les échos dans la presse, les réactions ont été diverses. Certains criant à la farce, d'autre, plus nombreux, ont félicité le cardinal. Anne Robertson, qui raconte avoir souvent souffert en tant de femme pasteur dans son Église, dit avoir été soutenue par de nombreux collègues.


Interrogée par le Huffington Post, elle a dit avoir pensé à la Lettre de Paul aux Galates : « il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Ga, 3, 28).


Au lieu de se battre éternellement autour de l'accès à la table eucharistique, ne peut-on pas dans nos églises et nos temples, trouver des gestes forts qui montrent la proximité ? La bénédiction mutuelle peut être une voie. Il n'est pas nécessaire pour cela d’avoir une femme et un cardinal.

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 23:08

Voici une question étonnante qui dit beaucoup sur ce que deviennent certains cultes catholiques. « Faut-il tolérer les pleurs des enfants à la messe ? ». De tous temps, certaines familles à poussette ont assisté aux offices. Et la plus grande foi familiale n'a que rarement pu empêcher les cris impromptus et les pleurs imprévus.


La Croix de lundi 6 janvier s'est saisie de cette interrogation. Les journalistes du quotidien catholique racontent qu'on peut lire dans certaines églises des Yvelines une « charte », laquelle « recommande aux parents de 'réagir dès le premier cri' » et de ' favoriser les garderies'. À mots couverts, le texte déconseille aussi d’emmener les petits à la messe des jeunes du dimanche soir ». On a beau apprendre que la célébration en question étant destinée aux jeunes – ceux qui n'ont pas (encore) d'enfants braillards sur les bras – elle mérite un silence particulier, le coup est rude.


Ce que l'article reconnaît en citant des parents décontenancés par l'interdit. Comme cette mère de trois enfants de 2, 3 et 5 ans qui répond : « Tous ont leur place dans l’assemblée, au même titre que celui qui chante à tue-tête sans s’apercevoir qu’il chante faux. » On lit aussi les propos de curés qui ne partagent pas cette ambition d'aseptiser les messes au niveau sonore.


Quand il traverse la cour intérieur du presbytère en évitant le ballon des scouts footballeurs, le curé de chez moi conserve un visage radieux. Il préfère clairement réparer un carreau cassé ou panser un nez qui saigne à risquer la disparition de la troupe de louveteaux. Et le ballet de poussettes plus ou moins bruyantes dans le transept de son église le dimanche matin l'émeut plus qu'il ne l'indispose.

Des solutions existent, comme les garderies pour les messes les plus fréquentées. La Croix nous apprend que d'autres pistes existent. Une paroisse de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) « propose une salle sonorisée permettant de suivre la messe sans déranger l’assemblée ». Histoire de ne pas culpabiliser les parents en cas de pleurs ou quand le sein maternel devient l'unique solution.


Il n'empêche que vouloir isoler la messe du bruit et de l'aléa le plus naturel du monde interroge. Veut-on transformer les églises paroissiales en monastère ? Ou considère-t-on que la célébration de l'eucharistie doit être vécue « hors sol », barricadée du monde ?


Il n'y a en revanche aucun risque qu'un jour on interdise aux fidèles de s'endormir- au risque de ronfler – pendant les homélies insipides données sur un ton monocorde. Cette mesure radicale ferait trop de dégât dans l'assistance.

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:09

Christine Pedotti figure dans la promotion du 1er janvier de la Légion d'honneur. On aurait pu s'attendre à voir l'éditrice, auteure à succès et rédactrice en chef de Témoignage chrétien figurer dans la liste du ministère de la Culture et de la Communication. Or, elle doit son grade de chevalier au ministère du Droit des femmes.


C'est bien en raison de ses engagements auprès de ses sœurs dans l'Eglise catholique que Christine Pedotti reçoit les honneurs de la République. Sans doute, Mme Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle eu vent de l'aventure du Comité de la Jupe , en lutte depuis fin 2008 contre le machisme traditionnel des mâles qui dirigent l'Eglise catholique. L'honneur en revient également à la cofondatrice du Comité Anne Soupa, et à celles – et ceux – qui l'animent aujourd'hui.


La ministre sait que le droit des femmes a encore bien des progrès à faire dans cette vielle institution, insensible aux évolutions des sociétés. Faute de pouvoir féliciter celui qui, de Rome, semble vouloir faire bouger les choses, elle envoie un signal aux hiérarques catholiques de France, peu enthousiastes devant les revendications féministes.


On espère quand même que l'épiscopat français, beau joueur et galant, félicitera Mme Pedotti.

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 11:06

Habituellement pour Noël, les évêques célèbrent la messe de Minuit dans leur cathédrale. Le 24 ou les jours précédents, ils vont fêter la joie de Noël dans des lieux de souffrances : prisons, hôpitaux... Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême, habitué à faire entendre sa différence, a fait une autre choix. « Cette année, j’irai célébrer la messe de Noël, le soir du mardi 24 décembre, à 21 heures, dans un secteur rural de notre département de la Charente, à Montbron ».


Dans un message intitulé «L'événement de Noël dans des situations de détresse », l'évêque-académicien explique son idée en deux points. « J’ai reçu, depuis plusieurs semaines, des appels de détresse provenant de producteurs laitiers, d’éleveurs et d’autres exploitants agricoles qui sont de plus en plus inquiets pour leur avenir, parfois tentés de se taire ou parfois aussi de se suicider ».


Le prélat quitte aussitôt le ton dramatique pour mettre en avant des gestes d'espérance. « Je sais que cette situation de crise suscite aussi des actes de solidarité, encouragés et pratiqués par les responsables de la Chambre d’agriculture, du Conseil général et par les autorités de l’État, et spécialement du préfet de la Charente. Je n’ignore pas que la foi en Dieu inspire souvent plusieurs de ces responsables ».


La seconde raison, l'évêque d'Angoulême, la trouve dans les mots du Pape François dans son exhortation apostolique « La joie de l'Evangile ». « Ce n’est pas de la place des catholiques dans notre société qu’il s’agit. Nous partageons les inquiétudes de tous, et surtout, nous comprenons davantage que les questions vives posées par le monde rural sont celles de toute notre société ».


Pour Mgr Dagens, il ne s'agit pas d'un coup médiatique. « Je souhaite que ma venue et ma prière à Montbron ne soient pas sans lendemain. Elles sont sous le signe de l’engagement de Dieu avec nous, à travers son Fils, Jésus, né de notre chair pour tout prendre sur lui de notre humanité. Dans notre société inquiète, nous avons besoin les uns des autres ».


Pour les paroissiens de Montbron, voir leur évêque le soir de Noël sera une joie. Sa présence est un signe que le mouvement de décentrement vanté par le pape devient réalité. Noël doit être annoncé partout.

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:51

Au printemps 2013, lorsque la Loi Taubira mobilisait des centaines de milliers d'opposants, que n'a-t-on entendu dans la bouche de prélats sur ces élus qui osaient légiférer sur un domaine dont on les taxait d'incompétence. « L’État est postérieur au mariage et à la famille, comme il est postérieur à la personne humaine. Voilà pourquoi il n'appartient pas à l’État, me semble-t-il, de définir ce que doivent être le mariage et la famille », écrivait ainsi en octobre 2012 Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes.

Pensez-donc : un évêque est mieux placé qu'un député pour savoir ce qu'est ou n'est pas un mariage. Et la fameuse anthropologie chrétienne – qu'il aurait été plus honnête de qualifier de catholique -, est à ses yeux, supérieure au choix des représentants du peuple, ces usurpateurs.

Denier toute légitimité au législateurs de traiter du mariage. comme arguer que les foules défilantes, ou les pétitions géantes, doivent s'imposer au vote des parlementaires. Cela s'appelle du populisme, le pouvoir de celui qui crie le plus fort, le pouvoir de la rue et de l'émotion.

« Nous condamnons les discours populistes répandant la suspicion contre toute représentation politique. », peut-on lire dans le communiqué du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, publié le 11 décembre, à l'approche des élections municipales des 23 et 30 mars 2014.

Bien sûr, la pique contre le Front national en plein essor et évidente. Mais la clique des Le Pen n'est pas la seule à se complaire dans le refrain du « tous pourris ». On peut y reconnaître tous les mauvais perdant, qui n'acceptent pas que leurs idées, minoritaires au sein de la représentation nationale, ne soient pas retenues.

Interrogé sur le site d'extrême-droite « Boulevard Voltaire », Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, qui n'a cessé de crier contre le gouvernement l'an passé, fait remarquer que le texte de l'épiscopat « est une simple déclaration du conseil permanent. Il n’a, bien entendu, rien d’un acte infaillible du magistère ».

Et histoire de bien montrer sa défiance, il affirme : « il n’est pas interdit de regretter, par exemple, que cette déclaration n’accorde pas une place plus importante à certains enjeux tels que la défense des valeurs familiales ou la nécessité de soutenir les familles, alors que les municipalités disposent, pour cela, de certains moyens d’action ».

Autre regard avec son confrère Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry. Lors de sa lettre pastorale « Voici Noël », donnée le 13 décembre, il rend un bel hommage aux responsables politiques. « En ce début d’année, mon regard va vers les hommes et les femmes qui exercent des mandats politiques ou qui se présentent comme candidats. J’aimerais les remercier ! Il est facile de se moquer d’eux ou de les dénigrer : aucun d’entre nous n’est parfait (…)



Le pouvoir peut enivrer. Mais l’immense majorité des conseillers municipaux, des maires et des députés européens font un travail gigantesque (…) , alors qu’ils sont particulièrement objet de sollicitations ou de plaintes de personnes incompétentes ou de personnes défendant leurs intérêts propres contre le bien commun. Oui, il faut savoir le positif de leur action et leur dire merci. »

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 15:29

Je n'ai pas l'habitude ici de parler chansons. Un spectacle superbe, vu en 2011 et chroniqué pour Témoignage chrétien (lire ici), est redonné ces jours-ci à Paris. Il s'intitule "Bêtes à bon Dieu" et met en scène trois chanteurs dans un florilège de textes autour de la religion, principalement catholique.

Deux vieux routeurs de la scène, Serge Hureau et Anne Syvestre, partagent la plateau avec Olivier Hussenet, jeune comédien-chanteur. A travers une trentaine de chants de tout style, on passe allègrement du XIVe siècle aux années twist, en passant par Hugo ou Corneille (Mon Dieu, quelle guerre cruelle). Le tout saupoudré de quelques tubes d’Anne Sylvestre, tour à tour caustique (Les regrets d'une punaise), admirative (Les cathédrales) ou féministe (Une sorcière comme les autres).


Ce tour de chant joliment mis en scène montre que le christianisme a toujours inspiré les musiciens et qu'un patrimoine magistral est toujours à visiter. Évitant le double écueil du récital pieusard et du pamphlet bouffe-curés, l'entreprise est une réussite et l'on souhaite que ces "Bêtes à Bon Dieu" puissent être données plus souvent.


Il faut donc profiter des trois prochaines représentations parisiennes au Hall de la chanson, 211 avenue Jean-Jaurés (La Villette), 75019 Paris, les dimanches 8 et 15 décembre (16h) ou le samedi 14 (20h30).

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 15:50

Depuis qu'un diocèse anglais a eu l'idée - ou la maladresse - de mettre en ligne la consultation proposée par le Saint-Siège pour préparer le synode extraordinaire sur la famille d'octobre 2014, il souffle un vent de démocratie participative sur l’Église catholique.


Pourtant le questionnaire en question est un mode ordinaire de consultation pour préparer les synodes d'évêques. Mais d'habitude, il reste sur le bureau des évêques, lesquels consultent qui ils veulent, discrètement, avoir de rendre leur copie à Rome.


Il se trouve que celui-ci est entre toutes les mains, et que, ce n'être peut-être pas un hasard, il concerne un sujet sur lequel les catholiques de base ont leur mot à dire. Sur la question des familles et de leur diversité, sur la sexualité.... et sa diversité, certains prétendent même que les laïcs sont plus savants que leurs pasteurs et prélats. Il s'agit sans doute de mauvaises langues.


Les fidèles en manque de démocratie se sont jetés sur l'occasion. La Conférence catholique des baptisé(é)s francophones (CCBF), faisant référence à son slogan « Ni partir, ni se taire », y voit « une chance de le mettre en acte ensemble ». « Il s’agit, de manière constructive, d’aider nos évêques à avoir la vision la plus réaliste possible sur toutes les questions qui touchent à la famille


La CCBF invite ses membres à travailler particulièrement les parties du questionnaire « concernant les unions libres ou les divorcés‐remariés (point 4), sur les unions entre personnes de même sexe (point 5), sur les méthodes naturelles de procréation (point 7). Exprimez‐vous, faites savoir ce que vous constatez, ce qui vous semble le plus urgent, qu’est‐ce qui fait obstacle à l’annonce de l’Évangile, qu’est‐ce qui est compris, qu’est‐ce qui ne l’est pas ».


Demandant à ses affidés d'adresser leur travail à leurs évêques et à elle-même, la CCBF promet de réaliser une synthèse. Celle-ci sera adressée à la Conférence des évêques de France et à Rome. Ce rapport risque fort de diverger de celui que l'épiscopat transmettra au secrétariat du synode.


Les délais de remise des textes étaient très serrés – avant janvier 2014 – les diocèses tentent de s'organiser au mieux. Le blogueur Marc Favreau a eu l'excellente idée de proposer un recensement de leurs initiatives et propositions, à l'aide d'une carte. 20 diocèses étaient cités le 25 novembre au soir.


Parmi les plus motivés et réactifs, on trouve le diocèse de Créteil. Le service de pastorale familiale organise trois soirées : lundi 25 novembre, sur les situations matrimoniales particulières (unions libres, divorces, remariages), jeudi 28 novembre, sur la préparation au mariage, les couples et les familles aujourd’hui, et enfin jeudi 5 décembre, sur les familles et l’éducation des enfants.


À Rennes, on perçoit un réel enthousiasme. « Les paroisses, services et mouvements doivent nous renvoyer un texte rédigé d’une page maximum pour chaque question », explique la déléguée à la pastorale familiale, qui attend « avec impatience » de lire ces synthèses qui permettront de « voir ce que vivent les personnes à la lumière de leur foi ». L'archevêque Mgr Pierre d’Ornellas, souhaite que « le texte circule ». « Je l’ai envoyé à tous mes curés et responsables de services diocésains en leur demandant de trouver des chrétiens pour travailler l’une ou l’autre question ».


L'archevêque de Poitiers Mgr Pascal Wintzer « encourage vivement » ses diocésains à « apporter (leur) contribution à la réflexion des évêques »


Plus circonspect, Mgr François Jacolin, évêque de Mende, tente de tempérer les ardeurs potentiellement réformatrices de ses ouailles. « Certaines paroles du Pape ont pu être interprétées de façon erronée. La pratique de l’Église reste pour l’instant inchangée et, s’il y a une évolution dans l’avenir, elle sera d’une portée limitée. Le préfet pour la doctrine de la foi, Mgr Müller, vient de le rappeler clairement ».


Enfin, la palme de la démocratie ecclésiale et l'oscar de la diplomatie reviennent haut la crosse à l'évêque de Bayonne.« J’ai demandé, explique Mgr Marc Aillet, au responsable de la pastorale familiale du diocèse d’élaborer un document de synthèse à l’intention des laïcs qui n’ont pas forcément la formation nécessaire pour se saisir de ce texte ».


Les intéressés apprécieront : ils ne sont pas compétents pour témoigner sur les réalités de la vie de famille aujourd'hui. Ils pourraient faire de la peine à leur pasteur, très actif l'an passé pour défendre un modèle unique de famille.


Si il ne faut pas attendre de révolutions de cette consultation, car les évêques et le Saint-Siège en feront ce que bon leur, elle demeure une bonne chose. Le pape François donne la parole aux catholiques. Espérons qu'il saura les écouter.

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 12:31

Au Vatican, certains regrettent le bon temps des papes muets. Quand les pontifes ne s'exprimaient que par textes écrits, de leur plume ou non. Ces documents pas ne sortaient sans avoir été visés par les gardiens de la Vérité.


On le sait, François aime improviser. Chaque matin, lors de sa messe à la Maison Sainte-Marthe, ce n'est pas le souverain pontife qui s'exprime mais un pasteur jésuite venu d'Argentine. Ce que lui inspire la liturgie du jour n'est pas nécessairement parole officielle de l’Église et n'a pas vocation à l'être.


Présenté comme un homme fuyant les médias, il a accordé plusieurs interview dont une, fameuse, avec un « étranger » à la famille, Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien de gauche La Reppublica. Le fruit de leurs échanges, largement diffusé, a été retiré dernièrement du site internet officiel du Saint-Siège, par décision de la Secrétairerie d’État (1)


« Cet entretien est fiable dans son sens général, mais pas dans ses formulations concrètes », a indiqué le P. Federico Lombardi, le porte-parole du Saint-Siège, décidément bien bousculé par son confrère jésuite.


Le pape sait qu'un responsable aujourd'hui s'exprime par deux canaux, le on et off. En France, la page 2 du Canard enchaîné est plus instructive sur ce que nos dirigeants ont en tête que leurs discours publiques ou leurs interviews maîtrisées.


Le Saint-Siège a raison en rappelant qu'on ne ne saurait mélanger le statut des interventions papales. Il fait peut-être fausse route en marquant une hiérarchie trop forte qui tendrait à discréditer toute parole non marquée du sceau officiel. La langue du pape est parfois incontrôlable parce que spontanée et il faudra, pour ses collaborateurs, s'en faire une raison.


Cette histoire pose aussi une question grave : un pape peut-il parler autrement que comme pape ? Le matin, il veut être un simple prêtre qui donne une prédication. Parfois, il aspire à être un catholique en dialogue et en recherche avec la société. Face à Eugenio Scalfari, c’était Jorge Mario Bergoglio qui cherchait à évoquer un chemin et des convictions.


Le pape n'a pas l'intention de s'empêcher ces incursions hors-piste. Avec les risques de dérapages. « Le pape n'a pas peur de se tromper » écrivait avant cet été le jésuite français François Euvé, directeur des Études. François, celui de Rome, est humain, ce qui ne devrait pas être incompatible avec sa fonction.


Dans une communication jadis trop bien huilée (Jean-Paul II coaché par Joachim Navarro-Valls) ou au contraire très brouillonne (Benoît XVI et déjà le P. Lombardi qui apprenait les événements deux minutes avant la presse mondiale..), ce vent de fraîcheur est appréciable. Jean XXII reste aussi dans le cœur des catholiques pour ses fioretti, ses petites phrases. Un genre qui renaît aujourd'hui à Rome.


Cette spontanéité papale n'est pas seulement utile aux journalistes en quête de scoops. Elle met son auteur, parfois, sur le même plan que celles et ceux qui tâtonne sur le chemin de la foi en Dieu.


(1) Très en retrait, notamment dans le processus de réforme du Saint-Siège, celle-ci tente de montrer qu'elle garde un peu de pouvoir. Celui de faire le tri dans la parole papale. A défaut de pouvoir l’influencer.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 11:19

Nos évêques ont terminé ce dimanche leur semaine d'assemblée plénière à Lourdes. Nombres d'observateurs ont perçu une inflexion de style et, souvent, de contenu dans le discours d'ouverture, prononcé mardi 5 novembre. Il s'agissait du premier texte majeur donné par le nouveau président Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, élu en avril.


Sur le site de Témoignage chrétien, j'ai pu noter comment le nouveau patron de l'épiscopat reprenait les mots et les accents du nouveau pape et comment il avait calmé le jeu dans le débat sur le mariage homosexuel, thème dominant de l'assemblée de novembre dernier.


Il restait à avoir confirmation de cette impression, à travers le discours de clôture, lu ce dimanche 10 novembre. Mgr Pontier y a passé en revue les thèmes majeurs de la semaine lourdaise : sacrement du mariage (hétérosexuel), avortement et éducation affective des jeunes, Europe, et enfin formation des prêtres.


Le portrait robot tracé de ces derniers est très bergoglien. « Ils devront être attentifs à ceux qui souffrent et se trouvent aux marges. Ils seront des hommes de communion, capables de coopérer avec les diacres, les religieuses et les laïcs. C'est en aimant leur peuple, nous le savons bien, qu'ils trouveront leur bonheur profond ». Ce rappel n'est pas innocent quand nombre de séminaristes actuels ou jeunes prêtres affichent l'assurance d'être seuls capables d'apporter la vraie foi dans une société qui ne cesse de s'éloigner de Dieu et dont ils se méfient.


Une des dernières phrases du discours apparaît comme un slogan du mandat de l'archevêque de Marseille. « Nous allons rejoindre nos diocèses, convaincus que le service de l'homme aujourd'hui est toujours au cœur de notre ministère et de la vocation de l’Église ».


Dans l'éternel duo méditation-action, ou contemplation-apostolat, Mgr Pontier a établi sa priorité. Laquelle n'est pas une évidence pour tous. La prière, pour le prélat, doit demeurer un moyen majeur, un appui indispensable pour être tourner vers le prochain.


L'homme, à bien lire Mgr Pontier, comme le Pape François, n'est pas uniquement le fidèle catholique, celui qui va de lui-même vers l’Église et dans les églises. Le chantier proposé aux évêques déborde largement ce monde paroissial, dont le quadrillage, impossible à tenir, demeure pourtant la priorité des aménagements diocésains. Combien de domaines de présence diffuse, gratuite, à la société – on pense ici aux aumôneries de jeunes -, ont été sinistré depuis 20 ans pour assurer la desserte des paroissiens ?


Ce « service de l'homme », que Mgr Pontier veut trouver « au cœur du ministère » de nos évêques français, doit l'être également de celui « de la vocation de l’Église ». Une Église qui doit parler à tous, y compris à la « périphérie » chère au Pape François.


Enfin le terme « homme aujourd'hui » peut révéler une conviction forte d'un pasteur de terrain. L'humanité occidentale actuelle a ses défauts : individualisme, court-termisme, volonté de contrôle absolue... Si l’Église ne cesse de dire ce qu'elle croit juste face à ces postures, elle doit s'adresser aux individus tels qu'ils sont et non tels qu'elle le rêve, à l'image de celui d'hier. Au temps béni où notre monde était, croyait-on, chrétien, car le peuple remplissait les églises. Au temps d'avant la concurrence des autres croyances et, surtout, de l'incroyance.


C'est bien aux habitants de la France de 2013 que Mgr Pontier envoie ses frères évêques. Au travail !

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 09:11

Une petite ligne a attiré mon attention dans une récente lettre d'information du diocèse de Lyon.


Au milieu des annonces ordinaires de l'agenda, une petit note intitulée Nullité de mariage y vante les permanences hebdomadaires de l'Officialité inter-diocésaine de Lyon. Ce Tribunal ecclésiastique, dans lequel exercent spécialistes du droit canonique mais aussi avocats « ordinaires », est en charge « de l’administration de la justice dans les diocèses ». La note de présentation liste les cas d' « inévitables conflits dans l’Église » : « contentieux, échecs matrimoniaux, actes scandaleux, abus de pouvoir ».


On se demande bien en quoi un échec matrimonial peut relever du « conflit dans l’Église ». Si celle-ci, lors du mariage catholique, a été témoin du sacrement de mariage que les époux se donnent devant Dieu, le désaccord au sein du couple regarde avant tout la famille et, le cas échéant, la justice civile.


La mise en exergue de l'Officialité n'est pas anodine a l'heure où l'on envisage enfin de se pencher sur l'interdiction de sacrement pour les catholiques remariés. Actuellement, la seule solution proposée est la procédure de nullité de sacrement, laquelle offre une improbable virginité matrimoniale. Utilisée jadis dans la cas d'immaturité d'un des époux ou d'unions forcées, elle est parfois empruntée par les Princes de royaumes catholiques, comme sésame indispensable pour refaire sa vie... dans les règles.


Certains dans l’Église mettent en avant cette solution et la jugent pertinente pour la masse de catholique, qui ont vécu, voulu ou subi, un divorce et qui, remariés, veulent redevenir des pratiquants à part entière. Ce solution éviterait la remise en cause d'une norme, coup de canif dans le principe très catholique – et difficilement tenable aujourd'hui – qu'un engagement pris devant Dieu (mariage, ordination) ne se conçoive que jusqu'au dernier souffle. Et que tout manquement entraîne une situation de péché de catégorie supérieure.


Pour ces puristes du sacrement, pour qui la loi s'impose de toute façon à la réalité de la vie, la nullité de sacrement est « la » solution pour les victimes d'accidents matrimoniaux. Comme jadis avec les unions non-consommées, il est demandé à des personnes de prétendre que leur engagement est, religieusement, « annulé ». L'amour vécu avant et pendant le mariage compte-t-il pour de beurre ? Quid des relations tissées autour du couple ? Quid des enfants nés de cette union ?


« Tout ce qui a été vécu en famille demeure bien réel, et ne doit pas être considéré comme n’ayant eu aucune consistance en raison de la déclaration de nullité du mariage des parents », dit la note diocésaine. Il n'empêche. Il faut avoir une drôle d'idée du couple pour penser qu'un coup de gomme administratif sur le passé puisse être une solution satisfaisante et respectueuse pour pouvoir refaire sa vie dans la plénitude de la vie de foi.


Le pape François a placé la résolution de cette impasse pastorale, qui a éloigné tant de chrétiens fervents des églises catholiques depuis des décennies, en liste de liste des réformes à mener. Cet été, il a évoqué son intérêt pour le mode de gestion de certaines Églises orthodoxes. Après un chemin pénitentielle, les remariés peuvent y retrouver l'accès plein aux sacrements. Et cela, sans renier leur précédente union, laquelle pour avoir échoué, ne fut pas « nulle » pour autant.


Un Synode extraordinaire des évêques va se tenir en automne 2014 sur "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation". Vont s'y affronter des défenseurs du statu quo, des partisans de l'annulation et des militants du rituel permettant un nouveau départ. Il conviendra de soutenir fermement cette troisième voix, la seule qui respecte la réalité de la vie d'aujourd'hui.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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