Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 10:01

Le programme général 2015-2016 du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris est paru. Certains catholiques le reçoivent comme les enfants découvrant les catalogues de jouets de Noël pour les enfants. Il est consultable en ligne ici.


On ne connaît pas l'identité de celui qui chapeautera cette année nouvelle universitaire, le P. Henri Laux terminant cet été son mandat de président des lieux.


Le Centre Sèvres a pour mission première la formation en théologie et en philosophie, de jésuites, futurs jésuites et ignacien(ne)s venu(e)s du monde entier. Mais la grandes majorité des personnes assistants aux cours (2000 contre 250 étudiants) sont des auditeurs libres. Ils et elles viennent pour la qualité de l'enseignement et pour l'ouverture d'esprit, marque de fabrique des jésuites de France.


En feuilletant les pages. on découvre que le cours intitulé « L’Église, son ministère, ses ministères », sera assurée par une femme, Anne-Marie Petitjean. Cette religieuse spécialiste d'oecuménisme consacrera également un cycle à « Yves Congar et le renouveau de l’Église ». Dans la présentation, la citation du grand théologien résonne fortement : « Mon Dieu, pourquoi votre Église qui est sainte (…) a -t-elle souvent ce visage austère et décourageant ? ». Congar écrivait en 1930 et la question demeure.


Le cours « Le discours de l’Église sur la sexualité et la vie affective. Racines anthropologiques et ouvertures pastorales » a lui aussi été confié à une femme. Qui plus est laïque, et psychanalyste. Pascale Vidal, également investie dans le diocèse de Montpellier, parle de « très lourds malentendus », et annonce qu'elle va traiter « les thèmes les plus controversés ».


De fait, ils sont tous là : relations sexuelles avant le mariage, contraception, procréation médicalement assistée, avortement, divorce et homosexualité. Qu'on se dise, les sujets seront abordés « à la lumière de la psychanalyse et de l'anthropologie ». Cela risque de grincer.


Comme cela pourra être le cas dans le cours que propose Achille Mestre, bénédictin, sur « Les institutions de l’Église ». Le texte introductif parle du « large renouvellement » de Vatican II et se conclue ainsi : « bien du chemin reste à faire, à commencer par la réforme de la Curie romaine ». Les choses sont posées clairement par celui qui est également secrétaire général adjoint de la Corref (Conférence des religieux et religieuses de France, voir leur site ici).


La philosophe Cécile Renouard consacre un enseignement à un thème très en vogue cette année « Justice sociale et justice écologique ». Pour que ses étudiants sachent vite dans quel camp elle se situe, la religieuse de l'assomption signale que ce son cours étudiera « les limites de diverses sources morales de la pensée libérale (…) vis-à-vis des enjeux écologiques ».


On notera que les deux formations « introduction à l'islam » et « L'Europe et l'islam » seront dispensées par le jésuite Jean-Marc Balhan, curé de la paroisse catholique d'Ankara et président de l'Union des religieux de Turquie.


Enfin, il convient de citer le séminaire de recherche « Esthétique et théologie », programmé le dernier lundi de chaque mois. Pourquoi donc ? Parce que cette formation se tiendra alternativement au Centre Sèvres, à l'Institut catholique et au Collège des Bernardins. On parle assez de la rivalité entre les trois pôles universitaires catholiques de la capitale pour ne pas saluer ce projet commun, présenté comme une « recherche partagée ».

3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 20:27

En 2013, la Conférence des évêques de France a eu la riche idée de placer à la tête de son service dédié à la pastorale des migrants et des personnes itinérantes un homme idoine. Le P. Lorenzo Prencipe est italien, le pays d'Europe le plus directement concerné par l'arrivée sur ses côtes de malheureux fuyant l'Afrique ou le Moyen-Orient.


Ce prêtre est un religieux, membre de la congrégation des Missionnaires de Saint-Charles, plus connus sous le nom de Scalabriniens, du nom de leur fondateur. Giovanni Battista Scalabrini (1839-1905), évêque de Plaisance, voyant partir des milliers de miséreux vers des pays d'Europe plus riches ou vers les Amériques, et a voulu que des missionnaires les accompagnent dans leur périple. Celui que l’Église appelle avec respect le Père des migrants a été béatifié par Jean Paul II en 1997. Voir ici son portrait par Mgr Jean-Luc Brunin.


Créée en1877, la congrégation compte aujourd'hui 7000 membres de 27 nationalités, dont quelques uns en France. La branche laïque scalabrinienne est également présente dans l'hexagone, notamment dans le diocèse de Nancy, (voir ici), dans une région très marquée par l'immigration italienne.


Les derniers événements en France – notamment l'évacuation le 2 juin d'un campement de migrants à Paris (Porte de la Chapelle) – ne pouvaient laisser le P. Prencipe indifférent. Dans un entretien publié sur le site de la Conférence des évêques (à retrouver ici), il a fustigé le comportement des responsable politiques.


Selon lui, les pays de l'Union européenne « font semblant de répondre à des situations de précarité mais sans trouver de solutions globales, concrètes et d’une certaine manière, définitives ». Il dénonce les « réactions négatives lorsqu'il a été question de se 'répartir' les migrants venus de la Méditerranée par l'Italie et qu'il fallait 'redistribuer' dans toute l'Europe ». La France n'a pas été la plus brillante dans ce débat.


Car, rappelle le prêtre scalabrinien, les migrants qui campaient à Paris avaient entrepris la route de Lampedusa vers Calais puis l'eldorado anglais. « Fermer les yeux, ne pas vouloir trouver des solutions sur ce qui se passe en Méditerranée et dans les pays d’origine – notamment en Libye et les pays environnants – et évacuer ces personnes est de l’ordre du cache-misère. Ces fausses solutions sont une atteinte à leur dignité, à leur histoire et toute la souffrance déjà vécue pour arriver jusque-là ».


On retrouve là le discours de l’Église catholique, et des papes, depuis bien longtemps. Une conviction qui pousse nombre de fidèles à se battre au côté des étrangers.


On ne s'étonnera pas en lisant le reportage publié par Libération mercredi 3 juin sur des mésaventures de migrants à Lyon de voir en première ligne le P. Bruno-Marie Duffé. Le vicaire général « Famille et société » de la capitale des Gaules symbolise l’implication des communautés catholiques.


A Décines, à côté de Lyon, depuis le 21 avril, 164 migrants étaient accueillis dans un local loué par la Coordination Urgence migrants du Grand Lyon (voir leur site ici), animée et financée par le diocèse. Le 1er juin, tout le monde a du quitter l'usine désaffectée, seules quelques familles pouvant bénéficier d'une solution acceptable.


En Gironde, il y a quelques semaines, un couple avec enfant était accueilli dans un presbytère, avec la bénédiction informelle des services sociaux, incapables de proposer une solution meilleure


Le P. Prencipe n'a pas fini de secouer les autorités publiques. Avec les militants catholiques, le scalabrinien ne se bat jamais seul.

26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 06:55

Depuis des années, la petite commune de Saint-Eugène dans l'Aisne est en effervescence le week-end de la Pentecôte. Non qu'elle soit un lieu de pèlerinage ou le rendez d'un tournoi de sport.


Chaque année l'Association Culturelle sur le Passé de nos Vallées (voir leur site ici) organise un spectacle en plein air. Cinquante bénévoles de tous âges jouent, chantent et dansent dans une comédie de leur cru. Cette année, la création donnait à voir une histoire d'espionnage délirante, mêlant FBI, KGB et police française, avant et pendant la Second guerre mondiale.


Faute de salle communale, le show se tient dehors, sur la place du village. Les artistes se changent et installent leur micro dans le bâtiment le plus proche. Il s'agit de l'église, à quelques mètres de la scène.


Saint-Eugène, 251 habitants en 2012, est l'un des 23 clochers relevant de la paroisse Notre-Dame des Trois Vallées (voir ici). Les messes y sont épisodiques.


De toute façon, on ne peut célébrer de cultes durant ce week-end. Cela n'a pas l'air de chagriner plus que cela le curé de la paroisse. On pouvait le croiser lundi après-midi lors de la dernière représentation, appareil photo en bandoulière, tout sourire au milieu de la foule.


Sans doute, le P. Henri Glandon se réjouit-il de voir ses joyeux artistes amateurs faire de l'église du village leur base arrière. On peut dire sans se tromper que la période de l'année où l'église est la plus occupée est précisément ce week-end de Pentecôte.


Voici un belle réponse à toutes les polémiques sur l'utilisation des églises catholiques. Peut-on y organiser des concerts dans le programme n'est pas entièrement sacré ? Peut-on y faire prévoir des temps conviviaux avec nourritures et boissons ?


Durant des siècles, nos clochers ont été bâtis et financés par toute la population. Aujourd'hui, nos églises sont moins occupées par les cultes. Elles demeurent le patrimoine de tous et il y a lieu de se réjouir quand elle sont utilisées – avec respect bien sûr – pour des projets qui font vivre nos petites communes.

25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 15:37

Pour suivre ce qui se passe dans la tête des cathos les plus identitaires, une petite visite sur le site du Salon beige (à découvrir - ou pas - ici) est toujours instructive.


Le 22 mai, on y découvrait par exemple que la paranoïa anti-maçonnique était encore bien vivace. Plus d'un siècle après les bagarres homériques qui ont fait advenir notre chère laïcité, certains catholiques veulent poursuivre le combat contre la pieuvre et son légendaire entrisme au sein de l’Église.


Cette fois, les défenseur zélés du vrai catholicisme ont débusqué sur leur territoire un frère, émargeant au Grand-Orient de France. Est-ce un évêque ou un prêtre ? Non, Dieu nous en préserve. Serait-ce alors un animateur pastoral appointé par le denier de l’Église ? Pas non plus.


Le Salon Beige (voir ici) a eu vent de la présence d'un maçon parmi... les animateurs de la radio RCF Bordeaux. Horreur ! Il pourrait donc distiller son fiel dans quelques programmes d'édification religieuse !


Cet horrible personnage – dont je tairais le nom contrairement au Salon beige, qui a même publié sa photo ! - s'est vanté de son appartenance à la loge laïcarde dans le numéro de janvier 2015 de la revue impie « Franc Maçonnerie magazine ».


On sera rassuré sur sa réel capacité de nuisance en apprenant que le médecin généraliste incriminé est en charge de l'émission Regard santé. Les opportunités pour détourner ses auditeurs de la vraie foi demeurent limitées. Deo gratias !


Je n'ai pas une grande estime pour la franc-maçonnerie, sa culture du secret et ses coups de pouces entre frères. Pour autant, on peut s'interroger sur l'intérêt de publier une telle information délatrice.


Ses auteurs veulent-ils faire croire que la Franc-Maçonnerie, a fortiori avec la gauche au pouvoir, demeure aussi dangereuse qu'hier pour la « vraie » foi ? Ou déconsidérer une radio chrétienne qui se bat pour un programmation ouverte à tous et pour tous ?


Il y a sans doute bien d'autres combats à mener que traquer les francs-maçons et donner les noms de celles et ceux qui n'ont ne possède pas le pedigree impeccable des amis du Salon beige..

20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 14:00

La presse en a fait ses choix gras le week-end dernier. L’Église protestante unie de France (ÉPUF) autorise ses pasteurs à bénir les mariés de même sexe. Après un très long processus de réflexion, entamé bien avant le débat politique sur le mariage homo, le synode de cette instance qui fédère les réformés et les luthériens de la France de l'intérieur (hors Alsace-Lorraine) a voté à une très large majorité pour cette évolution.


Seule jusqu'alors au sein de la Fédération protestante, la Mission populaire évangélique de France, branche sociale et très engagée, avait franchi le pas (voir ici leur note de 2014). L'an passé, l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL) a choisi de surseoir à toute décision sur la question.


Il est intéressant de voir comment le synode de l'ÉPUF a organisé son travail. L'évolution s'inscrit dans le cadre plus général d'un travail sur la bénédiction. Dans le texte de la décision adoptée (à retrouver ici), on peut lire que l'ÉPUF « reçoit avec humilité et confiance cette mission d’être témoin de l’Évangile dans l’accompagnement des personnes et des couples. L’accueil de toutes celles et tous ceux qui s’adressent à elle et les gestes de bénédiction qu’elle peut offrir de la part de Dieu, sont autant de façons de dire la bonne nouvelle de son amour premier et de relayer son appel à vivre en relation avec lui ».


Pour les luthéros-réformés français, « bénir, c’est offrir un signe et une parole qui disent l’amour de Dieu et sa présence ; ce n’est pas faire un acte magique qui contraindrait Dieu à nous être favorable ; ce n’est pas non plus signifier qu’il approuverait nos projets ». Il s'agit de reconnaître et d'accompagner des hommes et des femmes et de signifier que Dieu les aime quel que soit leur chemin.


Ce n'est qu'après une longue étude du sens de la bénédiction que le document affirme que « le synode ouvre la possibilité, pour ceux et celles qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu. »


Il ne s'agit pas pour les luthéros-réformés de céder à l'air du temps, ni de répondre sous la pression des demandes de couples de même sexe. Les raisons premières de ce choix sont à trouver dans les premiers mots de la décision votée : « Comment accompagner nos contemporains au plus près de leurs existences, dans leurs joies et dans leurs peines, dans les chemins qu’ils choisissent et ceux qu’ils subissent, dans leurs alliances et leurs séparations, pour leur permettre d’entendre une bonne nouvelle qui donne sens et saveur à leur vie tout entière ? »


Le texte précise que la question « s’inscrit dans la volonté de l’ÉPUF d’honorer sa vocation à témoigner de l’Évangile ». On pourra trouver dans les termes choisis – les joies et les peines – un écho lointain mais savoureux, à la célèbre constitution pastorale Gaudium et spes du Concile Vatican II (1965). Un texte marqué par une volonté d’évolution de la présence aux hommes et aux femmes dans les réalités du temps.


Histoire de déminer par avance les effets diplomatico-ecclésiaux de ce choix, le texte insiste sur la nécessaire communion à maintenir en interne – il n'y a pas d'unanimité au sein de l'ÉPUF - comme « dans le dialogue avec les autres Églises, notamment au sein de la Fédération protestante de France ». Cette communion demandée se base « sur notre commun enracinement en Jésus‐Christ, notre Seigneur et Sauveur, par‐delà les pratiques différenciées dans l’accueil et l’accompagnement des personnes et des couples ».


Cet aspect a échappé aux responsables du Conseil national des Évangéliques de France (Cnef), lesquels ont jugé la décision « consternante ». Le court communiqué (à lire ici) est sans appel, dénonçant la bénédiction d'une pratique « condamnée sans équivoque par la Bible » et fustigeant la promotion d' une « grâce à bon marché bien éloignée de l’Évangile de Jésus-Christ et de ses exigences en matière d'éthique de vie ». Le CNEF accuse l'ÉPUF de « faire de la bénédiction un simple accompagnement de la volonté des personnes demandeuses au lieu d’en faire une occasion pastorale de découverte, avec elles, de la volonté de Dieu. »


Ceci sous-entendant que l'accompagnement exclue la découverte. Et, plus étonnant encore, qu'un pasteur est capable de connaître la volonté de Dieu sur le projet d'une personne. Ce qui paraît bien présomptueux.


Enfin pour le CNEF, qui rappelle que les évangéliques représentent 70% des pratiquants réguliers du protestantisme français, le vote du 17 mai « marquera de façon négative les relations qu’elle (l'ÉPUF) entretient avec les protestants évangéliques et compliquera aussi les relations avec les autres Églises ».


Pour les autorités catholiques, la question du sacrement de mariage pour les couples de même sexe relève aujourd'hui de le science fiction. Mais l'idée d'un geste ecclésial mérite d'être creusée (1). Cela éviterait les bénédictions clandestines, pratiquées ça et là en toute discrétion, Une réalité que ne connaîtront plus les luthéros-réformés de France.


(1) Il existe des rituels pour les champs, les troupeaux ou les bâtiments...

9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 22:04

Lorsque je serai maître du monde, une de mes premières mesures sera d'interdire les statistiques religieuses. Non pour déplaire à Robert Ménard, ni pour diminuer le travail de l'INSEE. Pas non plus pour nier l'importance du facteur religieux dans le comportement des populations.


Les habitués de ce blog savent déjà que je crois fermement que toute approche quantitative du sentiment religieux dans une population est vaine. Le vocabulaire utilisé pour les enquêtes ne sera jamais compris pareillement par tous. L'individualisation des croyances – que le monde catholique découvre, quelques siècles après les juifs et les protestants – rend toute quantification bien trop aléatoire. Et de telles approximations – on peut penser aux affrontements sur le nombre de musulmans en France - sont dangereuses en ces temps nauséabonds de haine de l'autre sous prétexte, entre autres, qu'il ne croit pas comme il faut. A Béziers et ailleurs.


Le quotidien Le Monde vient de montrer dans un article tout ce qu'il ne fait pas faire en la matière en donnant pour titre à un article « La moitié des Français ne se réclament d'aucune religion » (lire ici pour les abonnés). Un intitulé qui ne correspond pas du reste au contenu de son propos.


Je ne saurais trop conseiller de lire le démontage en règle (voir ici), réalisé par mon ami Eric Vinson, sociologue des religions qui a tâté du journalisme, dans l'excellent site La table des cathos de gauche (à retrouver ici).


Et je vais rajouter à son propos une conviction concernant la famille toujours la plus nombreuse chez les croyants survivants, les catholiques.


Après avoir reconnu la limite des données utilisées pour son analyse, la journaliste du Monde Leila Marchand annonce toute fière qu'elle va avancer « certains chiffres en revanche catégoriques » concernant le catholicisme. Et de tomber dans le panneau basique de croire que des les pratiques déclarés sont plus fiables, plus objectifs, que les croyances.


Se rendre le dimanche à l'église est un acte qu'on ne saurait assimiler systématiquement ni à une affirmation de foi, ni à l'acceptation d'un corpus de croyances. La pratique dominicale peut être une habitude, un rituel hebdomadaire détaché de tout rapport à Dieu et à Jésus. Parce qu'on a toujours fait ainsi et qu'on y retrouve sa famille avant de partager le rôti et les petits pois. Parce que certains s'ennuient le dimanche ou parce qu'il est de bon ton de se montrer dans les travées.


Dans le sens contraire, une personne qui ne franchit jamais la porte d'une église peut s'estimer un aussi bon catholique qu'une grenouille de bénitier. Par sa fréquentation de groupes catholiques, par la participation à des pèlerinages ou par sa relation personnelle à Dieu, Jésus ou Marie. Ou par sa conviction, au fond de son cœur, que tout ce qui dit l’Église catholique est bel et bon.


Seule une sociologie qualitative à base d'entretiens - comme « Qui sont les cathos aujourd'hui ? », enquête dirigée par Yan Raison du Cleuziou pour l'association d'intellectuels chrétiens Confrontations (DDB, 2014) - pourra saisir toutes ces nuances.


Étant, Dieu merci, dépourvu des pleins pouvoirs, je continuerai de crier en vain contre les statistiques religieuses. Et celles-ci feront toujours la une des magazines, engraissant les instituts de sondages.

6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 10:18

Mai, le mois des beaux jours revenus, des ponts et des congrès associatifs. Deux grandes familles d'apostolat catholique en profitent pour de réunir leurs troupes. Le CMR (Chrétiens dans le monde rural) tient son congrès national à Hazebrouck (Nord) du 14 au 16 mai (Ascension), devançant de quelques jours le rassemblement national de la Mission ouvrière du 23 au 25 mai (Pentecôte) à Lourdes.


Dans la présentation de ces deux rencontres, qui accueilleront chacune un millier de participants, on perçoit deux mots d'ordre - le changement et l'ouverture -, que l'on aurait tord d'assimiler légèrement aux refrains éternels des discours politique.


Pour la Mission ouvrière – qui regroupe des mouvements d'action catholique, des prêtres et de religieux-religieuses en milieux populaires – il s'agit de « se donner un nouveau cap ». Ses promoteurs souhaitent que le séjour lourdais « renouvelle sa démarche d'annonce et d'incarnation de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ dans le monde du travail et dans les quartiers populaires ».


De son côté, le CMR veut « incarner le changement qu’il promeut », selon les mots de son président Xavier Bonvoisin, qui rappelle que « L’Évangile ne parle que la langue du changement : changement de cap, changement de mentalité, changement de comportement ».


Changeons donc, pour évoluer, ou pour ne pas disparaître, diraient les mauvaises langues.


Un autre thème fort, qui dépasse la convenance, est celui de l'ouverture. La Mission ouvrière le traduit en terme biblique dans l'intitulé même de sa rencontre « Élargis l'espace de ta tente ». La citation du Prophète Isaïe (54, 2) est présentée comme une réponse à l'appel du pape François, que l'on devine assez populaire parmi les organisateurs, à « rejoindre les périphéries humaines, urbaines, sociales ». Réalité qui n'est guère révolutionnaire au sein de réseaux habitués à s'adresser bien au-delà des cercles croyants.


Cette ouverture ne saurait négligeait la portée religieuse. La Mission ouvrière se définit, entre autre, comme un « réseau d'évangélisation », par trois moyens : l'éducation populaire, le service et l'action, et l’éveil à la spiritualité ».


Même teneur au mouvement Chrétiens dans le monde rural qui affirme que son temps fort « ne sera pas le congrès de l’entre soi ». « Nous avons besoin des autres pour nous renouveler et mieux comprendre les attentes de nos contemporains, écrit Xavier Bonvoisin. Nous allons nous nourrir de l’apport des membres du CMR, mais aussi de l’expérience de vie de tous les hommes et les femmes qui nous entourent ».


Au sein des deux réalités sociales, ouvrière ou rurale, en évolution, et au cœur d'une Église en tension sur sa manière de se positionner face au monde, on est en droit d'attendre du CMR comme de la Mission ouvrière des façons d'être originales. Histoire de tordre le coup au discours décliniste concernant cet apostolat, venant de ceux qui le déplorent comme de ceux qui s'en réjouissent.

26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 17:28

La scène se passe dimanche 19 avril, gare Saint-Jean à Bordeaux. Je consulte le grand panneau d'affichage des départs et je lis sur plusieurs lignes successives : train de pèlerinage. La destination n'est pas mentionnée tellement dans le Sud-Ouest elle est évidente : Lourdes.


Au lendemain de la Semaine sainte, comme tous les ans, la saison des pèlerinages démarre à Lourdes. Les rideaux de fer des pensions de famille, fermées tous l'hiver, se lèvent pour attendre les premiers groupes. Les demandeurs d'emplois de la région vont trouver de l'embauche dans la restauration.


Venus des diocèses de France, d'Italie et d'ailleurs, des chrétiens vont vivre des journées particulières autour du Gave. Et vont retrouver courage grâce à l'histoire extraordinaire de la jeune bergère qui fait du bien, depuis un siècle et demi.


On sait que les pèlerins, quelles que soient leurs souffrances en arrivant, repartent tous de la cité mariale fortifiés, dans leur foi, leur cœur ou leur moral. On oublie souvent dans les statistiques sur la pratique religieuse cet élément non négligeable : les pèlerinages font recette. Moment souvent unique dans l'année, attendu et préparé, le séjour à Lourdes (ou à la Lisieux, Paray...) est une manière de montrer son attachement à la tradition catholique pour des personnes peu assidues à la pratique dominicale ou la prière personnelle.


Comme la pastorale des jeunes mise beaucoup depuis quelques années sur les temps forts (JMJ, rassemblement diocésains ou régionaux), la proposition du pèlerinage demeure très valable pour certains fidèles qui ont besoin d'événements fort en émotion et en expérience collective forte pour faire vivre leur foi. Les groupes emmenés par le Secours catholique à la Cité Saint-Pierre sur les hauteurs de la ville en sont la preuve.


Dernière réaction en observant cette annonce en gare : les trains de pèlerinage existent toujours. Dans sa politique de réduction des coûts, la SNCF est moins disposée à proposer des tarifs avantageux aux organisateurs de pèlerinages L’Église de France est mobilisée pour conserver de bonnes conditions de voyage. Les voitures aménagées pour les personnes alitées ou en fauteuil, si elles offrent un confort incomparable pour les malades, résistent difficilement aux froides logiques économiques (peu de personnes transportées, utilisation la moitié de l'année).


Je veux croire que la notion de service publique garde du sens chez certains dirigeants de la SNCF. Et j'espère voir encore longtemps dans les panneaux des gare l'annonce de trains de pèlerinage.

6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 10:37

Notre République laïque met en valeur ses grands grandes figures à travers la Légion d'Honneur trois fois l'an : le 1er janvier, le 14 juillet et... le dimanche de Pâques. La promotion annoncée le jour de la résurrection du Christ (voir la liste complète ici) compte deux prêtres catholiques : le dominicain Philippe Capelle, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, et le P. Guy-Joseph Criqui, aumônier militaire, ainsi que deux évêques aux profils très différents.


Le premier est une figure majeure de l’Église en France : Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des Évêques de France (1) depuis 2013. On peut même s'étonner que ce prélat discret né en 1943 n'arbore pas déjà la rosette, après une belle carrière : évêque à 45 ans, nommé à Digne (1988), La Rochelle et Saintes (1996) et enfin à Marseille (2006).


L'autre prélat honoré est inconnu de la majorité des catholiques du pays. Mgr Pierre Gaschy est évêque des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, au large des cotes canadiennes. Né en 1941, deux ans avant Georges Pontier, cet Alsaciens d'origine n'a reçu la mitre qu'à 68 ans, en 2009.


Désigné comme nouveau chevalier par le ministère de l'intérieur et des cultes, le tarnais Georges Pontier dirige un archidiocèse majeur, créé (selon la tradition) au Ier siècle de l'ère chrétienne. Le million d'habitants du diocèse de Marseille, dont 68% de catholiques, bénéficie du soutien de quelques 270 prêtres.


On découvre Mgr Gaschy sur la liste du ministère de l'Outre-Mer. Il n'est pas à la tête d'un diocèse mais d'un vicariat apostolique - juridiction mise en place pour un territoire de mission, et en principe à titre transitoire (2) - , créé en 1970 pour succéder à une préfecture apostolique érigée elle en 1763. Les 6000 habitants des deux îles, Saint-Pierre et Miquelon, sont desservis à travers deux paroisses par trois prêtres – évêque compris -, tous membres de la congrégation missionnaire des spiritains. Le site internet du vicariat s'intitule joliment les cinq clochers (voir ici).


Merci à la République de mettre en avant de concert deux évêques si différents. Une nouvelle preuve de la pluralité de l’Église de France.

2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 07:08

Et si notre laïcité tricolore pouvait constituer un rempart contre les sentiments négatifs vis-à-vis des populations de culture musulmane ? On pourrait le penser en découvrant une étude menée chez nos voisins suisses.


Chaque canton de la Confédération helvétique mène sa propre politique de liens avec les Églises. Deux chercheurs allemands, rapporte l'agence ProtestInfo (voir ici), ont observé le regard porté par la population sur les musulmans (ou perçu comme tels), dans les cantons. Ils ont mis à jour un lien entre la culture chrétienne et la méfiance envers l'islam.


« Dans les cantons où prédomine une identité culturelle traditionnellement chrétienne, prise en charge par l’état, les personnes interrogées ont tendance à estimer qu’il y a trop d’immigrants musulmans dans le pays», expliquent Marc Helbling (Centre scientifique de recherche sociale à Berlin) et Richard Traunmüller (Université Goethe de Francfort-sur-le-Main). Dans ces mêmes zones, on avait observé la plus forte opposition à la construction de minarets, lors d'une votation en 2009 (voir ici).


Que peut-on conclure pour la réalité suisse, et un peu pour notre pays ?


Le discours d'accueil de l'étranger des Églises chrétiennes, solidement appuyé sur les Écritures et défendu par le magistère catholique comme par les autorités protestantes, demeure d'une efficacité limitée. En France, le vote pour l'extrême-droite séduit désormais les fidèles chrétiens, phénomène marginal il y a quelques années.


Une trop grande proximité entre le système politique et une tradition religieuse, même lurielle (catholique et luthéro-réformée) dans le cas suisse, semble légitimer une hiérarchie entre croyances. Et tendrait donc à expliquer un mépris plus grand envers des traditions religieuses nouvelles, celles qui « ne sont pas de chez nous ».


Enfin, l'étude suisse pour donner en creux du crédit à notre bonne vielle laïcité. En plaçant de la distance entre l’État et les cultes, elle a établi un principe d'égalité entre ces derniers. Aucune Église n'est plus importante aux yeux des autorités. Et elles méritent toutes le même respect – ou le même mépris si l'on est pessimiste– de la part des citoyens.


Comme l'actualité nous le prouve tout les jours, ces propos ne signifient en rien que la France soit plus tolérante ou plus accueillante envers les musulmans, ou les personnes perçues ainsi. Avec elles et toutes les autres, nous devons réussir à vivre en bonne intelligence. Faire diminuer la méfiance et demander en retour une volonté d'intégration.

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens