10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 12:39

Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio n'a eu de cesse que de chercher à rester celui qu'il fut en Argentine. Mais peut-il résister longtemps à l'appétit du monde pour le « papa ».


Élu en partie par rejet des princes romains, il a fait le choix de demeurer dans la Maison Sainte-Marthe, se rendant dans le Palais apostolique comme d'autres vont au bureau. Il n'ira pas cet été prendre le frais à Castel Gandolfo. Sa messe matinale, devant des employés du Saint-Siège est devenue un lieu très couru, d'autant qu'il y prononce des homélies très personnelles et dans un style peu papal.


François vient de gagner un point en refusant que ces rendez-vous matinaux soient filmés par la télévision du Vatican. Comme si l'eucharistie de début de journée était présidée par le P. Bergoglio et non par le chef de plus d'un milliard de catholiques.


En Argentine, la Franciscomania bat son plein et le pape ne peut rien y faire. Depuis le 4 juin et jusqu'au 28 juin, au monastère Sainte-Catherine de la capitale, on peut admirer l'exposition photographique consacrée au Pape François, « serviteur à Buenos Aires, serviteur pour le monde ».

Comme la racontait France Inter le 7 juin, la mairie de Buenos-Aires organise des circuits touristiques (gratuits) sur les traces de la nouvelle star locale. Les touristes-pèlerins peuvent découvrir les lieux qui ont marqué le futur pape et rencontrer des personnes ayant côtoyé l'archevêque de la capitale : son coiffeur, son marchant de journaux auquel il aurait téléphoné pour dire de ne plus le livrer chaque matin...


Certes, le Bergoglio Tour se termine à la Cathédrale, laquelle ne manque pas d'intérêt spirituel. Mais il s'agit alors de s’émerveiller devant le confessionnal dans lequel le jeune Jorge Mario aurait décidé de sa vocation religieuse.


On devine que le pontife n'a pas sollicité un tel projet. Son image lui échappe. Pire, son désir, plus que louable, de parler aux gens avec simplicité, laquelle n'était pas la marque de fabrique de Benoît XVI, le rend encore davantage sujet au vedettariat.


Il est à craindre que le culte de la personnalité soit désormais consubstantiel de cette fonction. On imagine déjà l’hystérie autour de sa venue le mois prochain à Rio pour les JMJ.


Que peut faire François contre ce qui est, de toute évidence, une réalité du temps, fruit de la médiatisation et d'un besoin populaire de héros fédérateurs que la classe politique ne peut guère fournir. On aimerait que l'octuor de prélats en mission d'études actuellement se penche sur la question.


Une solution nous semble être, outre la désacralisation bien entamée, une véritable remise en cause du fonctionnement pyramidal monarchique. En diluant le pouvoir réel et symbolique concentré aujourd'hui en une seul homme, on pourrait permettre à ce dernier d'être perçu uniquement comme une personne normale, non une icône.


Il faudra pour cela bousculer bien des habitudes. Et dans ce chantier immense de déstarisation, les marchands d'assiettes de la place Saint-Pierre ne seront pas les plus difficiles à convaincre.

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 21:37

Vous pensiez, comme moi, que le journaliste a pour mission de raconter le monde et d'aider tout un chacun à mieux comprendre ce qui se passe. Et vous considériez que le journaliste chrétien devait faire le travail aussi bien que ces confrères, avec un regard un peu plus bienveillant sur les hommes et les femmes, enfants de Dieu.


Et bien, non. Du moins si l'on suit les convictions d'Aymeric Pourbaix, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et organisateur du Pèlerinage du monde des médias. La sixième édition de ce rendez-vous se tient ce samedi 1er juin à Paris.


Il s'en était expliqué auparavant sur le site de son journal et avait expliqué sa définition du métier. « On peut être le meilleur journaliste, on peut même être très bien formé à la doctrine sociale de l'Église, mais on se rend compte que tout cela ne suffit pas ». Ah bon, être le meilleur professionnel ne suffit pas à bien faire son métier?


« Le journaliste, explique Aymeric Pourbaix, doit aussi transmettre une Parole, un témoignage de vérité, qui ne lui appartient pas et qui est celui du Christ ». L'affirmation est d'autant plus surréaliste qu'elle s'adresse, entre autres, à des salariés d'entreprises non confessionnelles, au projet rédactionnel pas nécessairement calqué sur les Évangiles.


Argument irrecevable selon le prophète des médias. « À un moment donné, il faut accepter un certain inconfort, voire une marginalisation dans certaines rédactions, car le fait de confesser clairement sa foi a une valeur en soi: le témoignage peut aller jusque-là. » Amis cathos de la presse profane, votre confrère vous invite à vous préparer à souffrir pour la foi, tels des martyrs («témoins») modernes: la mise à mort étant remplacée par l'ostracisation à la machine à café.


Pour Aymeric Pourbaix, un «bon» journaliste catholique ne doit pas raconter la vérité de ce qui voit ou sait, mais la Parole du Christ. En somme, se transformer en catéchète, comme le directeur de la rédaction de Famille chrétienne et ses troupes chaque semaine.


Grâce à Dieu, je doute qu'on trouve dans les médias de notre pays, des professionnels, mêmes très pieux, acceptant de témoigner avant tout de quelque chose «qui ne leur appartient pas ». Ou alors, je n'ai rien compris au métier que je pratique depuis plus de 20 ans. Dans ce cas, par pitié, ne dites rien à mes employeurs.


PS. L'organisateur de pèlerinage - journaliste Aymeric Pourbaix vient d'envoyer le tweet suivant: « PRIMAIRES UMP : a voté! Et vous? C'est très facile : 5mn chrono. Et hop, on s'exprime!». Et dire que des mauvaises langues prétendent qu'il ne s'intéresse qu'à la Vérité du Christ...

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 15:28

Dans la catégorie des cathos qui prennent la plume, on connaît deux familles.

Celles et ceux qui sont sont heureux, pour qui l’Église demeure merveilleuse, leur jeune curé épatant, les papes extraordinaires de Pie XII à François. Leurs enfants sont sages à la messe, durant laquelle tout le monde priera bien fort pour que tombent d'on ne sait où les prêtres qui vont permettre de repeupler l'espèce. Pour que tout continue.


Celles et ceux qui ronchonnent, qui ne comprennent pas pourquoi l’Église ne comprend pas ce qui se passe, qui veulent voir les femmes devant et pas seulement le balai ou le vase de fleurs à la main, qui trouvent leur évêque mou et comprennent que leurs copains aient fuit le navire depuis longtemps. Ils espèrent ou n'espèrent plus des lendemains meilleurs, faute de quoi, il n'y aura plus de lendemain.


Et puis eureka, j'ai trouvé une personne qui écrit – très bien -, se raconte et qui n'émarge dans aucun de ces clans imperméables. Elle s'appelle Sophie Divry, elle a la trentaine et vit à Lyon. Les lecteurs de Témoignage chrétien 'a connaissent pour ses chroniques féministes : le coin de la cantinière


Elle vient de publier Journal d'un recommencement, un joyau. Largement autobiographique, ce texte raconte un retour à la pratique religieuse sous forme de journal de bord, au plutôt de journal de messe. Gageons qu'ici la distance auteur – narrateur tient du millimètre.


Le lecteur vit avec elle l'ordinaire d'une paroisse lyonnaise pauvre – de 10 à 20 personnes aux offices – animé par un prêtre courageux et dans laquelle elle vit son rendez-vous indispensable. Avec qui ? Dieu sans doute, elle-même, la communauté sûrement, même quand celle-ci est famélique.


Pourtant cette intellectuelle, qui se définit simplement comme écrivain, militante de gauche et féministe, aurait tout pour vivre loin de la foi chrétienne et, à fortiori, de la pratique dominicale.


L'auteur voyage. Au grè de ses vacances (elle ment pour ne pas avouer à ses amis qu'elle fait des kilomètres pour trouver un office) et de ses visites familiales, partout elle ne raconte que les eucharisties, réussies ou ratées, qui scandent son emploi du temps. « Ce désir d'être dans une église s'apparente presque à une nécessité physique ».


Sophie Divry n'est pas, loin de là, une convertie exaltée plus papiste que le pape. Elle n'a pas de mots assez durs devant le faste de la messe à la cathédrale de Lyon : « sermon inepte, quantité et quantité d'encens pour remplir de fumée le vide laissé dans les têtes. Le comble du ridicule est atteint avec l'aspersion d'eau bénite sur l'icône de sainte Faustine ».


Dans le même esprit de l'incompréhension de l'air catholique du temps, elle narre avec humour la présence d'un séminariste ensoutané, en vacances, égaré dans « son » église à elle. « Il ne reviendra pas ; dans cette chapelle tout le monde le sait ; les vieilles, Pascal (NDLR : le curé), les paroissiens ; lui il est si jeune ; il brille ; nous sommes tous cassés ; nous sommes des douteux ; des derniers chrétiens car il n'y a plus d’Église ; il n'y a plus que nos corps serrés dans cette chapelle humide » (p. 56).


Pour autant, Sophie Divry n'est pas une activiste dans l’Église. « Jamais je ne pense aux dernières vaticaneries en rentrant dans une église », écrit-elle en acceptant le pape comme « un mal nécessaire ». . Elle vient pour autre chose. « Il y a dans le déroulement inchangé de chaque célébration un repos de l'esprit et du corps ; savoir que tout va se passer comme prévu ; pas d'accident possible : cette certitude du rite, je l'ai découverte après ; cette tranquillité ; cette répétition. C'est elle qui rassure ces vieilles femmes. Moi jeune, agitée, dispersée, j'ai dû d'abord apprendre la patience, me calmer ; et une image de moi a disparue ici » (p. 54).


En fin de récit, dans une bouleversante litanie, une mise à nu à la troisième personne, on peut lire : « Elle est pour l'ordination des hommes mariés et droit à l'avortement. Elle ne croit pas à l'Immaculée Conception. Elle ne prie pas le matin. Elle ne prie pas le soir ».


Dans la même page de confessions, on trouve aussi : « Aller à la messe a accru en elle le sentiment de compassion. Elle a besoin d'aller à l'église tous les dimanches. Certains jours, elle se dit qu'être chrétienne l'aide à supporter la vie, d'autres jours, elle se dit qu'être chrétienne ne dissipera jamais le sentiment d'absurdité de l'existence ».


Avec Sophie Divry, la foi chrétienne, expérience individuelle vécue aux côtés d'autres, n'a rien d'évidente. La pratique semble parfois lui être supérieure.


Les phrases sont courtes, le style haché un peu déconcertant. Au milieu du récit, en italique apparaissent des phrases de la liturgie, comme une virgule dans un flot de pensées. Lucide sur l’Église et sur elle-même, elle est prise par ce rendez-vous, par ce rituel indispensable du dimanche. Un témoignage étonnant.


Journal d'un recommencement, Sophie Divry, éd. Noir sur blanc, 88 p., 10 €

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 17:50

Les gens ordinaires apprécient la raison. Habilement, Benoît XVI a passé l'essentiel de son pontificat a expliqué que la foi chrétienne était parfaitement compatible avec la raison, et donc avec la modernité, parce qu'elle était elle-même de l'ordre de la raison. Je n'ai jamais été bien convaincu par l'argument, résumé ici très grossièrement, et je me disais qu'après la retraite du pape allemand, ces circonvolutions allaient cesser.


Quel grand naïf ! Des philosophes catholiques poursuivent le sillon ratzingérien. Sont-ils pour autant convaincants ?


Dans La Croix du 21 mai, Claire Lesegretain raconte la grande fête de Pentecôte organisée à Lille, pour le centenaire du diocèse. Le temps fort intellectuel lundi 20 était un échange entre Laurent Ulrich, archevêque des lieux, et Fabrice Hadjadj, le penseur star de la cathosphère, autour des « défis pour l’Église d'aujourd'hui ».


La journaliste annonce y avoir entendu des « perspectives réconfortantes pour l'avenir de l’Église ». Selon le philosophe, l’Église aurait une « place de défenseure de la raison, face à des revendications émotionnelles et irrationnelles, et du corps, face à des idéologies désincarnées ».


On peut donc croire à un homme, né d'une vierge, connu pour ses miracles, mort et ressuscité parce que fils de Dieu, et se définir, aujourd'hui, champion de la raison. A quoi pense donc Fabrice Hadjadj en parlant de « revendications émotionnelles et irrationnelles » ? Quelles croyances et philosophie délirantes peut-il nous présenter pour montrer en quoi les disciples de Jésus sont gens de raison ?


Quand j'étais jeune, à la fin des années 70, on chantait dans les églises : « Ils sont partis sur un regard. Ils ont suivi un inconnu. Il fallait bien être un peu fou ». Ce chant est-il aujourd'hui à l'index ?


Quant au statut de promoteur du corps de l’Église catholique, cela ne m'a jamais paru évident. Que pourrait penser un béotien qui assisterait à une liturgie dans nos églises – quand le geste le plus sportif consiste à traquer une pièce dans son porte-monnaie -, et qui lirait la littérature romaine sur le rapport au corps, à la sexualité ? Il n'en arriverait pas nécessairement à la conclusion que chez les cathos, on est fort en corps. A moins que le génie de l'incarnation du Christ, la véritable révolution chrétienne, dédouane l'institution de siècles de pudibonderie, de répression sexuelle, et de méfiance envers celle par qui le scandale arrive depuis toujours : la femme !


Si l’Église catholique récolte de si bonnes notes dans les matières évoquées plus haut, que dire de ses performances auprès des pauvres. L’Église est, pour Claire Lesegretain, « également bien placée du fait de sa doctrine sociale » pour, dixit notre philosophe, « défendre la dignité individuelle et collective de l'humanité ». Je suis bien d'accord. Hors de nos chapelles, j'ai idée que c'est par ce biais là que les catholiques ont toujours été appréciés et qu'ils sont, aujourd'hui, attendus par leur contemporains.


Le défi pour l’Église d'aujourd'hui est bien d'aller encore plus avec les hommes que de mettre en avant sa « raison ». L'un ne va pas sans l'autre, objectera-t-on. Certes, mais l'amour du prochain doit être visible d'abord, la foi « raisonnable » transparaîtra ensuite, sans être brandie.

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 16:20

D'ordinaire, l'engagement à la virginité m'angoisse plutôt. Pourtant, il est une vocation religieuse que je trouve assez sympa, même si la dénomination n'est pas engageante : les vierges consacrées


Elles sont 400 en France. Vous en avez peut-être croisées sans le savoir, étant donné qu'elle ne portent pas d'uniforme et ne crient pas sur les toits leur engagement. Leur définition officielle : « femme consacrée à Dieu, comme épouse du Christ, au service de l’Église. C'est l’évêque qui la consacre par un rite liturgique public et solennel dans un état de vie définitif. » (1)

Contrairement à la religieuse apostolique, la vierge consacrée n'est pas tenue à vivre en communauté et mène sa vie professionnelle à sa guise, en fonction de ses goûts, de ses études et ses compétences. Elle peut êtres journaliste (celles que je connais ne sont pas rédactrices dans la presse people, n'exagérons pas), universitaire ou cadre d'entreprises.

Les vierges consacrés appartiennent à des Instituts séculiers. Ancienne responsable nationale des ces derniers, Nadège Védié, par ailleurs responsable générale de l'Institut Notre-Dame du Travail, a été élue l'an passé à la tête de la Conférence mondiale des instituts séculiers.

Une vie tournée vers le Christ sans pour autant s'affranchir pas des vicissitudes ordinaires des réalités du travail apporte un vrai plus. Je ne veux pas pour autant dévaluer de milliers de sœurs apostoliques qui travaillent dans la vraie vie. D'autant que, le plus souvent, celles-ci mènent leur projet professionnel en bonne intelligence avec leur congrégation.

Mais les vierges consacrées sont libres d'aller où le vent du travail les portent, en toute discrétion. On retrouve dans cette vocation originale, la belle idée des prêtres au travail et des prêtres ouvriers que Rome a tant de mal à accepter. Hier, parce que la fréquentation des milieux marqués par le marxisme était trop dangereuse. Aujourd'hui, parce on manque trop de personnel célébrant pour laisser partir un candidat loin des sacristies.

J'aime bien également le principe de la présence cachée ou du moins discrète. Alors que certains catholiques prônent la visibilité ostentatoire, les vierges consacrées savent dans leur cœur qu'elles sont là pour servir leur frères en chrétiennes, et cela suffit à leur apostolat.

Et quand le « secret » de ces célibataires particulières est éventé, alors l'échange peut naître librement. Comme hier, les ouvriers découvraient stupéfaits que leur copains de chaînes étaient, aussi, « curés ». Mais d'abord des collègues et des amis.

(1) Je ne reviens pas ici sur l'expression gênante d'épouse du Christ, qui peut faire penser, entre autres, qu'une femme doit être, même symboliquement l'épouse d'un homme.

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 10:05

Depuis des décennies, La Croix parvient à tenir une délicate ligne entre les différents courants qui traversent l’Église de France. Et ce en se conformant du mieux possible des Vaticaneries (1).


Or, plus les années passent, plus le fossé se creuse entre, d'une part, les cathos identitaires qui pensent que la société (les médias, les socialistes....) veut leur peau, et, d'autre part, les cathos qui se fondent dans la société et qui pensent que les identitaires veulent les achever.


Le quotidien catholique s'obstine, avec raison, à donner la parole à tous. Son édition du samedi 3 mai réussit le tour de force de publier deux articles d'orientation radicalement opposée à deux pages d'intervalle.


L'assomptionniste Sylvain Gasser, qui tient la rubrique « Une question à la foi », propose un texte que ne renierait par une militante du Comité de la Jupe. Le titre L’Église fera-t-elle place aux femmes ? donne le ton du propos. Lequel est sans équivoque. « Pourquoi la femme est-elle toujours déterminée à partir de son identité sexuelle alors que cet aspect n'intervient jamais dans le discours de l'homme ? »


On lit plus loin : « Les femmes refusent à bon droit d'entrer dans le corset d'une tradition sexiste qui inscrit dans la nature ce qui n'est inscrit que dans la culture. Elles seraient donc aptes au service personnalisé mais pas au ministère global. Elles pourraient donc transmettre mais pas avoir l'initiative ».


Les habitués de ce blog retrouveront des refrains qui me sont chers.


Deux pages plus loin du même journal, la pleine page Forum est offerte au Frère François-Marie Humman, religieux prémontré de l'abbaye Saint-Martin de Mondaye (2), dans le Calvados. Ce long texte, titré Notre corps et notre sexualité, un lien d'espérance !, se veut une défense de la position de nos évêques en défaveur du mariage des personnes de même sexe.


L'utilisation du terme « notre sexualité » venant d'un religieux ayant fait vœux de célibat et de chasteté – les deux ne sont plus superposables de nos jours – disqualifie déjà son auteur auprès de beaucoup. Il est déjà si périlleux ou prétentieux de discourir de sexualité quand on essaye d'en vivre une.


Avant d'aborder les arguments habituels, le prémontré demande d'accueillir dans la foi un acte du Magistère. Quand une position est discutable, rien de tel que la carte de l'autorité, face à des catholiques habitués à être des moutons dociles. « Il s'agit donc, exhorte le Fr François-Marie, de chercher à comprendre avec sa raison et son cœur, dans l'obéissance de la foi et de la bienveillance, l'enseignement exprimé ».


Le deuxième couplet offre une ode au mariage chrétien classique. Le troisième enfin révèle une posture plus belliqueuse. « Le monde moderne, en particulier chez certaines élites hostiles, est marqué par un refus du créateur et du salut du Christ. Toute différence entre les êtres humains est alors considérée comme une inégalité et un déterminisme. Après avoir nourri en son temps l'idéologie marxiste de la lutte des classes, cette pensée alimente une autre idéologie, la théorie du genre. La différence entre l'homme et la femme serait la cause d'une inégalité à combattre ».


Cette obstination à ne pas comprendre – ou plus sûrement à travestir – la réflexion de ces théories par certains catholiques est affligeante. Elle reflète cruellement le refus de toute approche des sciences sociales par les autorités romaines depuis plus d'un siècle et un repli dramatique dans sa vision du monde.


La Croix s'honore à faire cohabiter dans ses pages des contributions reflétant deux options opposées d'un catholicisme possible en France. Comme un bel exercice de communion. A l'image de celui que vivent les tenants de ces regards qui cohabitent sur les bancs des mêmes églises le dimanche.

(1) Je reprends le terme utilisé par la romancière Sophie Divry, dans Journal d'un recommencement, qu'elle vient de faire paraître aux éd. Notablia. Je vous en reparle bientôt

(2) Il vient de publier Aimer comme Dieu nous aime. Essai de théologie spirituelle, Seuil, 22 €.

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 11:54

Dans un texte intitulé Génération catholique spontanée, la journaliste de La Croix  Isabelle de Gaulmyn présente sur son blog les jeunes manifestants anti-mariage homosexuel sous un jour flatteur.

Selon elle, «  l’émergence, d’une jeune génération de catholiques, prête à aller dans la rue pour défendre ses convictions » relève d'une « bonne nouvelle ». La journaliste en profite pour lancer une pique à « ceux-là même qui ne cessent, depuis dix ans, de reprocher aux plus jeunes leur manque d’engagement dans la société, en les accusant de ne se passionner que pour les affaires liturgiques ou spirituelles », et qui sont « les premiers à crier au loup lorsque ces mêmes jeunes manifestent sur des enjeux de société… »
 

Me sentant un peu visé, je reconnais que le coup fait mouche.
 

La suite du raisonnement me convainc moins. « Cette génération a brutalement pris conscience qu’elle vivait dans une société 'païenne'», où les valeurs chrétiennes ont du mal à s’exprimer. » Je ne me ferais jamais à ce vieux refrain paranoïaquo-ratzingérien des cathos incompris dans un monde plein de méchants. Il est des identités bien plus rudes à porter aujourd'hui que celle de catholique.
 

La cohorte de ces jeunes hérauts des rues « s’est sentie humiliée et non écoutée : le peu d’attention accordé par les pouvoirs publics à des manifestations de cette importante- tout comme le rejet sans autre forme de procès d’une pétition signée par plus de 700.000 personnes, constitue tout de même un rude apprentissage pour des moins de 25 ans ».
 

L'observatrice décrit ici tout simplement l'apprentissage de la démocratie, laquelle se joue moins dans la rue que dans les urnes et au Parlement. Faut-il répéter que l'Assemblée nationale a siégé sans s'arrêter durant plusieurs jours pour permettre aux députés hostiles de s'exprimer. Le procès en escamotage de débat, très souvent invoqué, ne tient pas.
 

Ces jeunes ne sont pas que pieux et certains d'entre eux mènent de concert vie spirituelle, engagement social et conviction politique. «  Ils sont souvent investis dans des actions très concrètes de charité, maraudes, colocations avec des exclus, ou autre 'épicerie sociale'. Il serait stupide de les accuser de manquer de fibre sociale, car ils en ont », affirme Isabelle de Gaulmyn. On ne peut que s'en réjouir.
 

« Le maître mot qui pourrait les caractériser est plutôt celui de cohérence ». Le terme est pour le moins discutable si le résultat de cette « cohérence » entre convictions spirituelles et engagement politique ne se traduit qu'en un unique combat. A fortiori, quand il consiste à dénier des droits à une partie de leurs concitoyens.
 

À côté des « veilleurs » qui s'organisent pour poursuivre la mobilisation après la « défaite » parlementaire, on signalera à ces jeunes filles et garçons pleins de bonne volonté que, depuis cinq ans, des chrétiens, avec d'autres, tiennent des « cercles de silence ».
 

Ils protestent contre le sort réservé aux étrangers sans-papiers dans les Centres de rétention. Pas de risque de récupération politique dans ces assemblées : le mouvement est né sous Sarkozy et se poursuit sous Hollande, tant on a du mal à sentir un quelconque changement depuis un an. Ces manifestants aussi – moins nombreux mais tenaces sur la durée - ont l'impression de ne pas être entendus par les pouvoirs publics.
 

Dans ces cercles, des militants exercent également leur « cohérence » de chrétiens. La défense de l'étranger ne cesse d'être rappelée par papes et évêques. Elle est au cœur de l'idéal évangélique que nous offre le récit des Béatitudes.
 

Il ne me semble pas y avoir lu  : « J'étais homosexuel et tu as manifesté quand on a voulu me donner le même droit que les hétérosexuels ».

 

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 15:32

A l'arrivée d'un nouveau pontife, on guette les signes d'évolution ou d’inflexion dans tous les domaines sensibles du catholicisme. Celui de la place de la femme dans l'Eglise en est un majeur.

Ayant moins vécu dans des séminaires et des bureaux romains que son prédécesseur, le pape François fait naître certains espoirs à celles et ceux qui attendent enfin des signes.

Dès la Semaine sainte, ils ne furent pas déçus en voyant que, comme lorsqu'il était archevêque de Buenos-Aires, François a lavé les pieds de deux femmes durant la messe du Jeudi saint. Et ce malgré certaines pressions (voir un précédent post).

Voici que le coordinateur de son octuor de cardinaux conseillers es réforme de la Curie , Oscar Rodriguez Maradiaga, vient d'ouvrir une porte dans un entretien au Sunday Times, publié le 21 avril.

Le cardinal hondurien approuve « l'idée de nommer des femmes à des postes clés du Saint-Siège ». Bigre. On raconte que Jean XXIII, avec sa fausse naïveté, avait dit un jour au Vatican « Cela manque un peu de femmes ». Serait-il entendu ?

On attendait donc une réaction officielle du Saint-Siège à ce ballon d'essai. Elle est venue, très vite, du P. Lombardi, patron de la salle de presse. « C'est une étape naturelle. On s'oriente vers davantage de femmes nommées à des rôles clés pour lesquels elles sont qualifiées. »

Deux petites phrases qui méritent exégèse. Parler d'une « étape » peut laisser supposer que l'idée s'inscrit dans un programme plus long de promotion de la femme au sommet de la hiérarchie.

Y adjoindre l'adjectif « naturel » est plus intriguant. Pourquoi a-t-il fallu attendre aujourd'hui pour envisager une évolution « naturelle ». Rappelons que, de manière « naturelle », les femmes représentent autour de la moitié de l'humanité. Et que, en Occident, au moins, elles sont nettement majoritaire dans les églises.

Quand au mot « davantage », il tendrait à laisser entendre qu'on croise parfois des jupes au milieu des soutanes dans les bureaux du Saint-Siège. Il reste à prouver qu'elle n'appartiennent pas uniquement aux personnes en charge de l'entretien, de la restauration, ou des traductions, emplois forts nobles mais pas franchement décisionnels.

Évidemment, le P. Lombardi étant formé à la prudence, apparaît un gros bémol dans son propos. Les femmes pourraient se voir confiées des postes « pour lesquels elles sont qualifiées ». Il nous tarde donc de voir apparaître les fiches de postes émis par la DRH du Vatican!

S'il est question de diplômes de théologie, on trouvera des femmes – quelles soient religieuses, célibataires ou mères de familles. Par contre, si des emplois de chefs de service demeurent réservés à des évêques ordonnés ou pouvant l'être pour l'occasion, cela va coincer.

Les présidents de congrégation sont aujourd'hui systématiquement cardinaux. Pour répondre au désir de nos éminents militants de la promotion féminine, il suffirait de revenir sur le Code de Droit canonique de 1983, qui avait retiré la possibilité ancienne de nommer un laïc parmi les sages du Sacré-Collège, et d'en ouvrir l'accès aux femmes (1).

Une idée que défend notamment la théologienne Anne Soupa, co-fondatrice du Comité de la Jupe et auteur de Dieu aime-t-il les femmes ? (Tallandier). Elle l'a rappelé mardi 23 avril lors d'un débat à Paris avec Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président du Conseil Famille et société de l'épiscopat.

Placer des femmes à des postes importants du Saint-Siège, les autorités ecclésiales voudraient bien, mais ne peuvent pas vraiment pour l'heure. Il est donc temps de passer des déclarations d'intention – encourageantes – aux réformes structurelles qui en permettront la réalité.

Dans son roman d'anticipation Vatican 2035 publié en 2005 aux éditions Plon, Pietro de Paoli, alias Christine Pedotti, envisageait celles-ci. On y lisait les aventures d'une laïque célibataire occupant le poste prestigieux de théologienne de la Maison pontificale. Elle devait devenir, avec deux autres, cardinales de la Sainte-Église.

Puisque c'est écrit...


(1) « Pour la promotion au Cardinalat, le Pontife Romain choisit librement des hommes qui sont constitués au moins dans l'ordre du presbytérat, remarquables par leur doctrine, leurs mœurs, leur piété et leur prudence dans la conduite des affaires; ceux qui ne sont pas encore Évêques doivent recevoir la consécration épiscopale » (C 351).

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 12:27

 

Le pape François a mis sur les rails la possibilité de réformer la Curie. Priorité absolue de la feuille de route reçue de ses électeurs la semaine précédent son élection, la remise à plat du gouvernement central – et centralisé – de l’Église a connu son baptême samedi.

Un groupe de huit cardinaux a été nommé pour «le seconder dans le gouvernement de l'Eglise universelle et de  », dixit le communiqué, et « travailler à un projet de révision de la constitution apostolique Pastor Bonus, relative à l'architecture et au fonctionnement de la Curie Romaine ».


Une nouvelle fois le pape surprend sur la forme et le calendrier. On pouvait s'attendre à ce qu'il confie les clés du chantier à son futur secrétaire d’État. Au contraire, il créé une instance externe à la Curie pour cela.

Parmi les huit prélats choisi, issus des 5 continents, on ne trouve qu'un seul membre actuel du gouvernement central. Et encore, Giuseppe Bertello, Président du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, est loin d'être un poids lourd. Par contre, le groupe qui doit se retrouver début octobre pour une première réunion, compte quelques archevêques influents.

On pense à l'Hondurien Oscar Rodríguez Maradiaga (Tegucigalpa), président de Caritas Internationalis, qui sera la coordinateur ; à l’Allemand Reinhard Marx (Munich), qui préside la Comece (1), ou encore au capucin américain Sean O’Malley (Boston). Le courant conservateur sera présent à travers l’Australien George Pell (Sydney). Les autres membres de l'octuor sont le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa (émérite de Santiago), l’Indien Oswald Gracias (Bombay) et le Congolais (RDC) Laurent Monsengwo Pasinya (Kinshasa).

Pour François, les nouvelles règles de la Curie doivent être mises au point loin d'elle. Après tout, le conclave a fait le choix de porter à la tête de l’Église un homme qui a grandi et faire carrière loin de Rome.

Ce « conseil privé » du pape, selon le vaticaniste italien Andrea Tornielli, n'aura de compte à rendre qu'à lui et sera consultable à tout moment par François. Le groupe, plus structure informelle que commission officielle inscrite dans l'organigramme, contourne le passage obligé qu'est – jusqu'alors – la Secrétairerie d’État.

« Il est apparu clairement depuis des années que le consistoire, le rassemblement des cardinaux, n'est pas très actifs à cause du nombre des membres », note Andrea Tornielli, pour qui le nouveau groupe préfigure peut-être un fonctionnement plus efficace des cardinaux, au service du pape. Lequel, qui, selon le vaticaniste, « semble vouloir développer une relation directe plus intense avec les chefs des dicastères de la Curie ».

Pour autant, il n'y a pas lieu de craindre une gouvernance autocratique comme celle de Pie XII, qui n'avait pas jugé bon de nommer de Secrétaire d’État. A son âge, le pape n'a pas les moyens, ni l'envie de tout gérer. Mais François veut entendre directement les échos de l’Église universelle, sans le filtre habituelle de son administration.

Il reste à souhaiter que ce désir de décentralisation – fruit de Vatican II oublié depuis – dépassera, à terme, la seule question de la structure gouvernementale de l’Église Si l'archevêque de Munich et celui de Kinshasa envisagent le catholicisme différemment, de part les peuples dont ils sont les pasteurs, un gouvernement central international sera plus enclin à ouvrir des portes à des pratiques différenciées.

Courage François. Comme aurait pu dire en son temps le cardinal Raffarin., il y a encore du chemin, mais la direction est bonne.

(1) Commission des Episcopats de la Communauté Européenne.



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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 08:55

 

En présentant jeudi 4 avril dans La Croix, le monumental Dictionnaire encyclopédique d'éthique chrétienne qu'il vient de co-diriger aux éditions du Cerf, le dominicain Laurent Lemoine a posé une des difficultés de l’Église catholique actuelle.

 

Interrogé sur l'état de santé du champ de l'éthique chrétienne, il en précise nettement un « point faible » : « le problème persistant d'une morale catholique à deux vitesses que le jésuite Jean-Yves Calvez avait bien diagnostiqué : un discours social et économique plutôt innovant où les catholiques sont en dialogue de pointe avec leur temps, et un discours sur l'éthique sexuelle et familiale qui est en souffrance. » Et le théologien de conclure : « Nous ne pouvons nous satisfaire de ce décalage ».

 

Les habitués de ce blog trouveront ici un refrain connu. C'est pourquoi, j'apprécie quand il est repris par une personne plus habilitée que moi à l'entonner.

 

Comme une illustration de ce « décalage », ce même jeudi, les catholiques se distinguaient sur les deux fronts définit plus haut.

 

Les militants du mouvement « Manif pour tous » (1), poursuivaient leur mobilisation devant le Sénat dans lequel débutait alors l'examen du texte tant controversé.

 

Le matin même, le P. Bruno-Marie Duffé, vicaire épiscopal « Famille et Société» du diocèse de Lyon, enjoignait les curés et les congrégations religieuses à mettre leur locaux disponibles à disposition des Roms expulsés par les forces de l'ordre.


« Dans le contexte actuel où des interventions policières déplacent, sans proposition d'hébergement, des familles de Roms (hommes, femmes et enfants) en situation d'extrême précarité, nous sommes appelés à accueillir ces frères et sœurs « qui n'ont pas où reposer la tête ». Nous vous demandons de faire tout votre possible pour ouvrir tout local paroissial ou communautaire, susceptible d'accueillir, pour un temps limité, une ou deux familles roms. La « cellule de veille d'hébergement d'urgence », constituée dans le cadre de la Mission « Famille et Société » se tient à votre disposition pour assurer un lien de fraternité et de conseil. »

 

Les deux informations mises côte à côte ont de quoi dérouter. En poussant le bouchon (lyonnais, bien sûr), on pourrait arriver à la conclusion - idiote - qu'il vaut mieux être rom qu'homosexuel si l'on souhaite voir ses revendications appuyées par les catholiques en France.

 

  1. Il faudra un jour que l'on m'explique comment un mouvement qui refuse à une catégorie de personnes un droit admis pour une autre peut s'appeler pour « tous ». Sauf à penser, que les adeptes du dit mouvement sont habilités à penser ce qui est le bien de « tous », sans consulter la minorité.

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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