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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 11:02

Les messages « Save the date » venant du service de communication de la Conférences des évêques de France ne sont pas fréquents. A fortiori avec la mystérieuse mention « plus d'information prochainement ». Quel est donc le sujet qui mérite une telle mise en scène ? Réponse : « Lundi 29 février : les évêques de France au Salon de l'agriculture ».


Ainsi donc, en plus de croiser tous les candidats au graal politique de 2017, les visiteurs de la plus grande ferme de France risquent, en ce jour quadriennal, de croiser des prélats. À la différence des politiques, les évêques ne viendront pas se montrer mais porter une parole dans la crise agricole qui perdure et face à laquelle les responsables paraissent sans solution.


Si la venue organisée des prélats sera une première, le souci du monde agricole n'est pas nouveau chez eux. Le 10 février, les évêques de la province de Rennes (qui regroupe les diocèses de Bretagne et des Pays de la Loire) ont publié un texte commun (à retrouver ici).


Cette tribune met en avant des « droits » des agriculteurs. Elle exige ainsi le « droit de vivre de leur travail ». « Travailler dans l’inquiétude en attendant l’octroi de subventions n’est pas satisfaisant », écrivent les dix évêques. L'un d'eux, Mgr Raymond Centène, de Vannes, considère le fait que les agriculteurs vivent plus d’aides publiques que de leur travail de « situation injuste et surtout indigne » (voir ici son entretien pour Famille chrétienne).


Les agriculteurs, écrivent également les évêques de l'Ouest ont « le droit de choisir le modèle d’agriculture qu’ils souhaitent, pourvu qu’elle soit respectueuse de notre planète destinée à nourrir durablement toute l’humanité ». On peut y voir une critique des choix productivistes dominant depuis plusieurs décennies, à l'instigation des pouvoirs publics (français comme européens), ou de la FNSEA. Le fait que nombres d'agriculteurs ayant fait le choix du biologique s'en sortent mieux que d'autres est parvenu aux oreilles des responsables catholiques et c'est heureux. C'est également une conséquence du vent vert soufflant de Rome depuis l'encyclique Laudato si' et l'implication des catholiques dans la COP 21.


Enfin, la tribune invite les agriculteurs à « retrouver les solidarités qui les unissent les uns aux autres pour éviter les isolements parfois dramatiques ». On pense bien sûr ici aux cas tragiques de suicides ou d'abandons d'exploitation. « C’est une question de survie ! », clament les évêques.


Les dix de l'Ouest ne seront que 4 parmi les 15 évêques de la délégation qui parcourra les stands du Salon ce 29 février, de 10h à 16h45. Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux, présidera la messe qui suivra cette journée pas banale, dans une paroisse proche de la Porte de Versailles. Le 8 février, ce fils d'agriculteur qui qui fit des études dans ce domaine avait publié un texte : « La crise agricole : nous sommes tous concernés » (à retrouver ici).


Pour Mgr Mousset, les peurs actuelles des agriculteurs sont « l’écho des inquiétudes de notre société désemparée face à la complexité des problèmes qui prennent une dimension internationale, ce qui renforce ainsi le sentiment d’impuissance ». Leurs questions « sont aussi les nôtres et nous interrogent plus profondément : quelle société voulons-nous et que voulons-nous pour notre société ? Quelles concertations nécessaires pour que les processus de l’économie de marché soient davantage maîtrisés au niveau de l’Europe et du monde, au niveau de nos régions et de nos départements ? ».


Cette réflexion, de type politique, rejoint les critiques du libéralisme portées depuis des décennies par le Vatican. Elles sont exprimées avec des termes que ne renierait pas un militant d'extrême gauche, par les évêques de l'Ouest. Ces derniers exigent le respect des agriculteurs « afin qu’aucun d’entre eux ne se sente plus jamais parmi « les esclaves des temps modernes » sacrifiés à l’idole de la productivité débridée alimentée par une concurrence internationale aveugle ».


Espérons que la parole des prélats pourra peser dans ce débat bien complexe. Pour le moins, elle montrera la présence bienveillante de l'Église envers celles et ceux qui vivent de la terre.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 08:24

Revoici donc les Poissons roses. A sa création en 2010, ce lobby catho (et ouvert à d'autres) voulait investir le PS. Las, sans succès. La culture politique française est ainsi faite qu'elle rejette les greffes religieuses (voir ici l'article que nous écrivions en 2011) et le Parti, alors dans l'opposition, a vite fait comprendre qu'il ne voulait rien entendre de ces drôles de cathos. A fortiori quand le débat autour du mariage a surgi.


Bref, on croyait le bocal vide. Et ses locataires resurgissent à travers un livre collectif, A contre-courant, publié aux éditions du Cerf (voir ici) .


Les Poisons roses sont désormais présidés par Patrice Obert, haut-fonctionnaire, lequel s'est expliqué la semaine passée dans les colonnes de La Vie (à retrouver ici).


Au regard de l'état actuel du PS, toute proposition mérite d'être entendue. Tout d'abord, en jouant sur une identité flottante très à la mode : « Nous affichons un positionnement à gauche, mais nous ne voulons pas être mis dans des cases », explique Patrice Obert en assumant que la moitié – seulement – de ses troupes se revendique du PS.


Que veulent-ils faire ? Que peuvent-ils faire avec leur petite centaine de militants, certes «insaisissables» au dire de leur chef, mais guère armés au milieu des luttes entre valsiens et frondeurs ? « Avant de parler d'organisation, de politique, il fallait essayer de réfléchir sur le fond et de construire un projet. C'est ce qui manque à l'heure actuelle », assène le poisson en chef. Il n'est pas seul à s'exprimer ainsi, mais cela ne fait pas de mal.


D'où un programme en sept points (chiffre biblique..). Certains sentent la bonne gauche : revenu de libre activité pour tous, revitalisation démocratique. D'autres sont plus marqués cathos : famille durable, communauté fédérale européenne ; goût d'entreprendre au service du bien commun et la création de valeur durable. Un vocabulaire issu de la pensée sociale de l'Église.


Est-ce à dire que ces poissons-là ne sont que doux rêveurs, fuyant les luttes d'appareils ? Pas tout à fait car ils appellent avec d'autres à une primaire à gauche. Patrice Obert et ses ouailles souhaitent « que la gauche soit en mesure de présenter un vrai programme, qu'elle soit porteuse d'une espérance. Le monde est tellement défaitiste, triste. Nous sommes convaincus qu'il y a des raisons d'espérer ». Par les temps qui courent, seule l'incorrigible espérance chrétienne peut encore rêver cela...


En cas de primaire, les Poissons roses « auront un candidat qui représentera (leur) idées, et qui apportera des réflexions nouvelles ». Le président ne dit pas si un poisson ira au combat ou un champion extérieur à ses bancs sera adoubé. « S'il n'y a pas de primaire, je suis très pessimiste sur les chances de la gauche ». Patrice Obert se fait devin : « on assistera à une recomposition politique ».


Avec ou sans poissons ? « Comme nous ne nous interdisons de parler avec personne, nous entendons participer à cette recomposition, autour de nos idées ». Ou autrement dit : la gauche « est notre famille naturelle, et nous voulons la faire évoluer. Mais si (elle) en est incapable, nous travaillerons avec ceux qui voudrons réfléchir à une recomposition ». Un changement de coloration du bocal n'est donc pas à exclure. Vers le vert, « verts et prospères » étant un de leurs thèmes forts ? Ou vers le bleu ?


Car c'est vers la droite – ou les droites (voir ici mon article de ce blog sur Marion Maréchal le Pen, ses efforts de séduction et ses succès) – que les catholiques se font le plus entendre ces derniers temps. Et la journaliste Agnès Chareton n'hésite pas à demander au président des Poissons jusqu'ici roses ce qui les distingue ou les rapproche de Sens commun, leur alter-ego assez efficace du côté des Républicains.


Avec les « amis » (sic) de Sens commun, les Poissons roses partagent « la lutte contre la GPA ou la défense de la famille durable ». Mais regrettent leur timidité sur les questions sociales. Bref, tout en étant en phase sur les questions sociétales - « un socle éthique qui nous rassemble », les cathos de gauche reprochent aux cathos de droite de... ne pas être assez de gauche. Ce qui est assez rassurant.


Patrice Obert termine par une petite pique à ses « amis » de Sens commun, leur demandant « la même cohérence que celle que nous défendons ».


Le pape François exhorte les catholiques à ne pas hésiter à se salir les mains dans le jeu politique. Honneur donc aux Poissons roses qui se lancent avec courage au combat dans une gauche en charpie. Même si leurs chances de récolter sont minces, on ne peut leur reprocher de ne pas avoir semé.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 13:08

Samedi 30 janvier, une manifestation géante a réuni à Rome les opposants au projet d'union civile ouvrant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels. Le gros des troupes, sans surprise, était issu des rangs de la droite et des catholiques.


Le parallèle, facile, avec les événements français de 2013 mérite quelques nuances. Tout d'abord, le gouvernement de centre-gauche de Matteo Renzi n'a pas utilisé le mot mariage, que certains considèrent comme une chasse gardée des couples hétéros. Ensuite, si la question de la PMA est absente du texte italien comme de la Loi Taubira, elle n'a pas joué le rôle d'épouvantail du débat français.


Enfin, le comportement de l'Eglise italienne diffère de celui de sa voisine. Les spécialistes de la Croix expliquent cela : Sébastien Maillard, de Rome, avant la manif (voir ici) et Isabelle de Gaulmyn, dans son blog (voir ici) au lendemain du défilé.


Si « les évêques italiens disent « non », en particulier à l’adoption, écrivait ainsi Sébastien Maillard le 28 janvier, ils ne sont pas pour autant convaincus de descendre dans la rue le 30 janvier à Rome. Ni de cautionner officiellement cette mobilisation ». On retrouve ici la posture initiale de l'épiscopat français à l'automne 2012, avant que nombre de prélats décident d'encourager les manifs. Voire d'y participer pour certains.


En Italie, les évêques ont refusé « de cautionner un camp politique », décrit le journaliste qui ajoute aussitôt que les prélats sont disposés « à négocier le projet de loi pour en éliminer les aspects les plus controversés (l’adoption) ».


Exit donc les points non-négociables établis par Benoît XVI, qui furent un point d'appui majeur des catholiques français opposés au projet Taubira. Son successeur ne les a pas repris à son compte. François, fort de son expérience politique argentine, ne ferme pas complètement la porte, afin de se laisser les moyens de peser dans le débat, autrement que par l'affrontement frontal.


Isabelle de Gaulmyn porte un jugement assez sévère sur la stratégie du pape émérite allemand. Pour elle, sa tactique « a montré ses limites. Elle met les évêques en première ligne, au détriment de leur mission de pasteur. Et elle repose sur une forme de contresens de l’action politique : la politique, c’est – en partie – l’art du compromis : l’éthique de conviction doit toujours être confrontée à l’éthique de responsabilité ». Et la journaliste de présenter une conséquence de cette attitude. Dans le débat autour du Dico (équivalent transalpin du Pacs) en 2007, « les évêques se sont trouvés à prendre position pour un camp contre un autre », soutenant le conservateur Berlusconi contre le dirigeant de centre-gauche Prodi.


La journaliste, qui fut correspondante permanente du quotidien catholique pendant le pontificat du pape bavarois, ne cache pas sa préférence pour la méthode Bergoglio. Avec lui, affirme-t-elle « , la politique n’est plus l’affaire des évêques, mais des catholiques laïcs, là où ils sont engagés ». Ce qui n'est pas neuf, contrairement à ce qui suit : « Ils sont invités à prendre des positions de dialogue, et à privilégier l’action positive à la condamnation morale ». Ce qui dans le cas concret se décline ainsi : « Défendre la famille sur le terrain, en l’aidant concrètement, plutôt que défiler dans la rue ».


En France, les catholiques remplissent bien cette mission. Des mouvements comme les Associations familiales catholiques ou les services diocésains de la pastorale familiale proposent activités, ateliers et formations. Leur expertise est reconnue et appréciée, au-delà des cercles cathos même.


Pour ce qui est de l'action politique, dans laquelle, rappelle la journaliste, le pape demande de prendre « le risque se salir les mains », les laïcs catholiques de France sont davantage en peine. « Dans une société comme la nôtre où (ces laïcs) sont minoritaires, voire inaudibles, il leur semble impossible de faire entendre une vision chrétienne autrement qu’en passant par l’institution, écrit Isabelle de Gaulmyn. On pourra ajouter qu'ils ne sont pas seuls responsables, étant victimes de la pression hiérarchique et cléricale. De plus, la société et les médias ont beaucoup de mal à considérer légitime une parole catholique non ecclésiastique.


La journaliste pointe une autre difficulté, très prégnante depuis 2013. Ces laïcs ont estimé « à tort ou à raison, qu’ils étaient exclus a priori du débat politique ». Revoici l'éternel débat du poids des catholiques dans un jeu politique national, vierge (en principe) de toute influence religieuse.


En conséquence de quoi, ces laïcs (la moitié des pratiquants environ, ne l'oublions pas) ont considéré « qu’ils leur restaient alors comme unique solution de descendre dans la rue, pour manifester leur point de vue ». Avec le succès numérique et médiatique que l'on sait. Et avec une efficacité politique limitée, sauf à avoir effrayé le gouvernement.


La journaliste pointe pour sa part un autre « risque » : « avoir finalement plus contribué à construire des murs dans la société que noué un dialogue constructif autour de la famille ». Cette partie de l'Eglise de France de 2013 a fonctionné selon la méthode Benoît. Sera-t-elle prête à s'engager dans un prochain combat avec un style plus « François » ?

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:52

Toute la semaine, la bataille Valls Bianco a fait rage. Le premier ministre a ouvertement attaqué le président de l'Observatoire de la laïcité, le miterrando-hollandais Jean-Louis Bianco, l'accusant de fréquentations musulmanes douteuses et d'angélisme. La Croix de vendredi 22 janvier propose un bon résumé de la polémique (voir ici). Et le quotidien catholique prend position nettement pour la laïcité large et bienveillante de Jean-Louis Bianco, face à l'intransigeance du locataire de Matignon (lire ici l'éditorial de Dominique Greiner).


Soyons clair, je suis sur cette ligne, défendant le travail de l'Observatoire. Quand Valls était ministre de l'intérieur, j'avais pointé son autoritarisme face à la communauté musulmane de France en décortiquant son discours lors de l'inauguration en 2012 de la Grande Mosquée de Strasbourg (voir ici).


Je vois dans cette passe d'arme, comme d'autres observateurs, le positionnement d'un possible candidat à une certaine élection prévue en 2017. Je vous recommande l'éclairage de mon camarade, l'historien Vincent Soulage, « Le laïcarisme, brevet de socialisme ? » (voir ici). A travers Bianco, c'est bien Hollande qui est visé. Lequel, comme souvent, ne dit rien. Avec naïveté, on pourra regretter que certains hauts dirigeants soient prêts, pour leur intérêt personnel, à souffler sur les braises d'un dossier sensible.


Pendant ce temps-là, la Fédération des médias catholiques tenait son congrès annuel, à Annecy, patrie de François de Sales, saint patron des journalistes. Et la question a été évoquée, notamment par la présidente de l'association Coexister , structure très proche de l'Observatoire de la Laïcité. Radia Bakkouch, étudiante franco-marocaine, a rappelé que la polémique reprenait, plus d'un siècle après, le débat opposant le « libéral » Aristide Briand au très intransigeant Emile Combes. On sait que le premier obtiendra gain de cause pour faire de la Loi de 1905 un cadre de liberté plus que de lutte anti-religieuse.


Mais l'intervention la plus forte pour défendre la laïcité française est venue d'un fils d'un des pays européens... les moins laïcs. Il s'appelle Alexandre Siniakov, il est russe et prêtre de l'Eglise orthodoxe russe (voir son portrait ici) . Il dirige depuis sept ans en banlieue parisienne un séminaire, au sein duquel il forme de futurs formateurs de prêtres. Il les envoie parfaire leurs humanités dans les grandes universités parisiennes... publiques.


Le P. Siniakov intervenait dans une table-ronde intitulée : « Quelle place pour toutes les religions dans la société française ? », avec Mohammed Chirani, consultant en politique publique ; Marion Muller-Collard, théologienne protestante et le journaliste juif Salomon Malka (1).


Il a commencé par se mettre l'auditoire de journalistes dans sa poche. « Quand vous parlez de collusion entre l'Église et l'État russe, vous n'avez pas tord ». Puis, le prêtre, au français impeccable après 17 de présence dans notre pays, avec une pointe d'accent, s'est lancé dans un plaidoyer enflammé pour le modèle tricolore. « La laïcité à la française a fini par me séduire. C'est la manière idéale de concevoir la religion. Votre séparation entre le temporel et le spirituel représente la seule solution, la plus évangélique. Cela sauve la religion, comme cela sauve l'Etat. »


Le P. Siniakov a raconté comment, malgré les coups de froid diplomatiques entre nos deux pays, les projets de l'Église orthodoxe russe – comme la cathédrale de Nice récemment ouverte – ont toujours été soutenus par les autorités. « Les religions ont toute la liberté de s'exprimer, d'agir, de témoigner, de construire en France », a-t-il affirmé.


On sent ce jeune russe de 35 ans plus proche de Jean-Louis Bianco que de Manuel Valls.


(1) Je recommande chaudement la lecture de l'enquête réalisée avec son frère Victor, également journaliste, et récemment publiée chez Albin Michel : « Le grand désarroi. Enquête sur les juifs de France »

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 09:31

Ce mardi est publié dans plus de 80 pays, en France par une coédition Robert Laffont – Presses de la Renaissance, un nouveau livre du Pape François. Il s'agit d'un interview que le pontife argentin a accordée au vaticaniste italien Andrea Tornielli, du quotidien La Stampa. Un journaliste qui fait autorité et que l'on peut suivre, en anglais, sur le site Vatican Insider.


Le titre de l'ouvrage n'est guère surprenant, alors que l'année jubilaire débute : «Le nom de Dieu est Miséricorde ».


Les médias français en ont donné quelques extraits : La Croix , La Vie, et le Figaro. Dans les propos retenus par le spécialiste des religions du Figaro Jean-Marie Guénois, une phrase a retenu mon attention.


«L'hôpital de campagne, l'image avec laquelle je me plais à représenter cette «Église en sortie», a pour caractéristique de naître là où l'on se bat: ce n'est pas la structure solide, pourvue de tout, où l'on va soigner les maladies bénignes ou gravissimes. C'est une structure mobile, de sauvetage, d'intervention rapide, pour éviter que les combattants ne succombent


Le Pape approfondit son image fameuse de l'hôpital de campagne. En lisant ces lignes, je pense à l'organisation de notre Eglise de France. Je vois tous ces évêques dévoués qui passent le plus clair de leur temps à... penser et faire comme hier.


La stratégie pastorale demeure immuable : quadriller le terrain et assurer, coûte que coûte, en épuisant des prêtres parfois octogénaires, une messe dominicale dans chaque nouvelle paroisse. C'est à dire, pour les diocèses riches, dans chaque canton. Tous les prêtres, diocésains ou venus d'Afrique et d'Asie (10% des actifs), sont affectés en paroisse, au service des ouailles pratiquantes.


On est loin, très loin de la « mobilité, du sauvetage, de l'intervention rapide ». Ce travail, sorte de Samu ecclésial-social, demeure marginal dans le catholicisme français. Certaines opérations d'évangélisation de rues (ou de plage l'été), avec leurs limites, peuvent apparaître de cet ordre. On citera aussi les stands que des militants catholiques tiennent, au nom de leurs paroisses ou diocèse, dans des foires commerciales.


Mais l'essentiel des forces reste déployé dans les lieux de culte, à travers un rituel eucharistique bien identifié par celles et ceux qui ont l'habitude de pousser la porte des églises. Mais qui parle de moins en moins à nos contemporains.


Dédier un prêtre ou une équipe pastorale à une activité en dehors des lieux de culte identifiés demeure un luxe que nombres de diocèses ne peuvent se permettre que rarement. Ces missions hors secteurs géographiques ne sont assurées aujourd'hui qu'en rajoutant un quatrième ou un cinquième tiers-temps sur la feuille de mission d'un curé. Les « malades » les attendent en vain, là où ils vivent.


Alors évêque de Saint-Etienne, Mgr Dominique Lebrun avait travaillé sur l'idée d'équipe pastorale itinérante. Vous trouverez ici l'entretien qu'il m'avait accordé en 2010 pour Témoignage chrétien.


Rares sont les pasteurs à avoir ainsi tenter des innovations pastorales que la démographie ecclésiale rend pourtant incontournables. Même si elles peuvent mener à des décisions suscitant le colère des habitués des sacrements, victimes potentiels d'un redéploiement. Si le pasteur (éleveur cette fois, pas évêque...) quitte ses 99 brebis pour s'occuper de la centième égarée, il prend le risque d'entendre 99 protestations.


Espérons que la piqure de rappel du rêve du pape incite nos évêques à chercher et à risquer des nouveautés pour une présence optimale des forces catholiques. Partout où vit le monde et où la Parole est attendue.

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 21:13

En 2016, les catholiques n'ont pas l'intention de se taire devant les réalités politiques et économiques. L'élan de mobilisation, partagé avec toutes les religions, à l'occasion de la COP 21 n'est pas prêt de se tarir.


A Nantes, le projet de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, longtemps bloqué par les recours juridiques et par la détermination des opposants, semble redémarrer. Le groupe diocésain « Paroles de chrétiens sur l'Ecologie » (voir ici), déjà connu pour diverses actions et publications, vient de lancer un « Appel de Chrétiens de Loire-Atlantique à réexaminer le projet de Notre-Dame-des-Landes ». La pétition est disponible ici.


Le discours est ferme : « Le projet de développement de l’aéroport nous paraît totalement en contradiction avec les objectifs de la COP 21, aussi bien sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre que sur le type d’utilisation des sols. »


A la lumière de l'encyclique Laudato si' du pape François, le groupe nantais, animé notamment par le diacre permanent Loïc Lainé, propose une grille d'analyse en quatre points. Le premier, intitulé « Le bien commun », évoque « une conception dépassée de la réalité économique et sociale ». L'alinéa suivant « Justice et solidarité » interroge : « Le projet de nouvel aéroport est-il de nature à favoriser cette exigence de justice sociale pour les générations d’aujourd’hui et de demain ? »


Dans le chapitre « Notre maison commune », les auteurs se demandent si « en transformant 600 ha de terres agricoles avec béton, goudron et pelouses, en détruisant ou déménageant des espèces protégées végétales et animales », le projet « ne contribuerait-il pas gravement » à la déprédation des ressources de la terre évoquée dans le texte du pape.


Enfin dans son dernière thème « Dialogue et transparence dans les processus de décision », l'appel se base sur le contenu de Laudato si' qui demande, en pareil cas, que soit réalisée une étude de l'impact sur l'environnement « transparente et indépendante de toute pression économique ou politique ». L'encyclique prône également « un consensus entre les différents acteurs sociaux, qui peuvent offrir des points de vue, des solutions et des alternatives différents ». Les militants nantais estiment que les promoteurs de Notre-Dame des Landes sont loin d'être irréprochables selon ses critères.


Forte de ce réquisitoire, la pétition appelle à « réexaminer l’ensemble du projet d’aéroport et ses alternatives, avec une procédure transparente et démocratique ». De plus, le texte demande de « cesser toute procédure d’expulsion des habitantes et habitants de la zone concernée ». En effet, le tribunal de Nantes doit statuer le 13 janvier sur les cas de 11 familles et 4 exploitants agricoles.


Pour le groupe « Paroles de chrétiens sur l'écologie », la conversion à laquelle invite le pape François déborde le cadre strictement écologique. Elle doit être une « conversion démocratique, prenant en compte les avis de tous, conversion du modèle de développement, conversion de notre mode de vie ».


Les habitants de Loire-Atlantique peuvent signer la pétition à l'adresse courrielle créée pour l'occasion : nddl.laudatosi@gmail.com.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 08:08

On a fêté dernièrement, sans grand bruit médiatique, les 50 ans de la constitution conciliaire Nostra ætate, sur les rapports entre l’Église catholique et les autres religions. Le paragraphe majeur du document, le numéro 4, marquait le nouveau regard sur le judaïsme. On ne dira jamais assez comment cette nouvelle posture romaine, fruit du travail d'intellectuels français comme Jules Isaac (l'historien co-auteur des fameux manuels « Malet et Isaac"), fut un des points majeurs de l'aggiornamento catholique.


La posture de Rome et des hiérarchies locales pendant le drame de la Shoah, avec son lot de héros et de médiocres, avait démontré que, globalement, le temps de la haine et de l'indifférence étaient révolus. Avec Nostra ætate, l’Église catholique est entrée dans une autre dimension dans son rapport au judaïsme. Depuis 1965, il est question d'amitié, de reconnaissance, de filiation et de désir d'approfondissement mutuel.


50 ans après, la Commission pour les relations avec le judaïsme du Saint-Siège, que préside le cardinal Kurt Koch, a publié le 10 décembre une « réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et juifs ». Intitulé « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », citation de l’Épître aux Romains (11, 29), ce document est infiniment plus long et précis que les quelques lignes du document conciliaire. On peut le trouver ici, sur le site de l'Amitié judéo-chrétienne de France.


La préface du texte en donne l’objectif « jeter un regard en arrière plein de gratitude sur les progrès réalisés au cours des dernières décennies dans les rapports juifs-catholiques, tout en s’efforçant de leur donner une nouvelle impulsion pour l’avenir ». Ses auteurs, ambitieux, souhaitent que leurs travaux « puissent faire l’objet d’un approfondissement de la part des membres des deux traditions de foi ».


Plus modestement, on peut espérer que la partie catholique s'en empare ce qui n'est pas gagné. C'est ce qu'a souligné le rabbin David Rosen, directeur international des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC), lors de la conférence de presse romaine (lire ici la traduction de son intervention). Se félicitant que le document évoque la responsabilité des « établissements d’enseignement, en particulier ceux pour la formation des prêtres, d’intégrer dans leurs programmes à la fois Nostra ӕtate et les documents ultérieurs du Saint-Siège concernant la mise en œuvre de la déclaration conciliaire », le rabbin Rosen observe finement : « le défi le plus notable consiste à ce que ces réalisations descendent du sommet où elles ont été conçues jusqu’à la base, universellement ».


Il est édifiant, pour ne pas dire étonnant, que dans un document d'un niveau théologique sérieux, on puisse lire des propos aussi évident que la phrase suivante. « On ne peut pas comprendre l’enseignement de Jésus ni celui de ses disciples si on ne l’inscrit pas dans l’horizon juif et dans la tradition vivante d’Israël ; et on comprendrait encore moins ses enseignements si on les considérait en opposition avec cette tradition. »


J'avais la naïveté de penser que la judéité de Jésus et ses proches était un acquis. Cela ne doit pas être évident pour tout le monde...


On relit également avec intérêt l'histoire du différent théologique entre les deux traditions. Celui-ci début avec la séparation définitive entre l'église et la synagogue que l'on sait désormais très tardive, IIIe et IVe siècle de l'ère courante, selon l'expression juive (&16). Les Pères de l'Eglise (&17) ont alors théorisé la théologie du remplacement, que le nouveau document romain définit ainsi : « les promesses et les engagements de Dieu ne s’appliquaient plus à Israël qui n’avait pas reconnu en Jésus le Messie et le Fils de Dieu, mais avaient été reportés sur l’Église de Jésus Christ, devenue désormais le véritable « Nouvel Israël », le nouveau peuple élu de Dieu ».


On connaît les conséquences politiques et psychologiques de cette position, contre laquelle il faudra encore se battre, malgré son discrédit officiel.


Cette histoire enchevêtrée explique également pourquoi, pour les chrétiens, le judaïsme n'est pas un partenaire comme un autre. « C’est uniquement par analogie, lit-on au &15, qu’on peut qualifier le dialogue entre juifs et chrétiens de « dialogue interreligieux », autrement dit de dialogue entre deux religions différentes et intrinsèquement séparées, comme dans le cas de deux religions fondamentalement différentes qui se seraient développées indépendamment l’une de l’autre, sans influence réciproque. »


Dans l'organigramme de la Conférence des évêques de France, le Service pour les relations avec le judaïsme dépend du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme et non du Conseil épiscopal pour les Relations interreligieuses et nouveaux courants religieux, ou l'on trouve le Service des relations avec l'islam.


A la veille de fêter la naissance du Prince de la Paix de Bethléem, la lecture de ce document nous rappelle comment l'identité de Jésus fait de juifs et chrétiens des frères.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 16:26

Après Benoît XVI, il est difficile pour un pape visitant le sol africain d'échapper à une question sur la lutte contre le sida. Ce fut le cas lundi 30 novembre dans l'avion papal du retour de Bangui, cette agora médiatique qui s'apparente aux grandes conférences de presse tenues régulièrement à la Maison blanche ou à l'Elysée. On retrouvera ici l'échange avec la presse.


Quand un journaliste sud-africain a interpellé le pape sur la possibilité pour l'Eglise catholique de changer de discours sur l'usage du préservatif (à partir de 25e minutes) comme outil de prévention, le pontife ne pouvait être pris de court. Sa réponse prouve qu'il était prêt à faire entendre sa petite musique bergoglienne sur un sujet cher aux médias profanes.


Il a construit sa réponse en trois temps.


En bon politique, il a commencé par critiquer la question, jugée « trop étroite et partiale ». En ce sens, François n'a pas tort tant la presse mondiale (comme l'opinion) attend du pape un jugement manichéen, afin de publier à la Une que sur le préservatif, l'Eglise veut passer du feu rouge au feu vert. La question est plus subtile que cela et le pape a su le dire.


Ensuite, il a attaqué le fond et on a retrouvé la modestie du pape qui sait dire simplement les faiblesses du discours de son Eglise. Après avoir reconnu que le préservatif était « une des méthodes pour contenir l'épidémie», contredisant les propos de son prédécesseur en 2009, il a lancé une phrase symptomatique de la franchise du personnage : « La morale de l’Eglise se trouve sur ce point devant une perplexité , car selon elle les rapports sexuels doivent être ouverts à la vie ».


Dans un troisième temps, il a lancé avec force et gravité, « La malnutrition, l’esclavagisme, l’exploitation, le manque d’eau potable, voilà les problèmes ! ».


Etre « Ouverts à la vie», signifie bien sûr dans la bouche du pape la disponibilité à la procréation. Une posture peu compatible avec l'utilisation d'un procédé qui, s'il protège de terribles maladies, demeure avant tout un contraceptif.


Mais on peut entendre également que pour être « ouverts à la vie», les rapports sexuels gagneraient à ne pas risquer de provoquer la mort. La perplexité du pape l'amène donc à se situer quelque part entre deux actes : empêcher la procréation et empêcher la contamination. Entre l'idéal du couple fidèle ouvert aux enfants et le principe médical du primum non nocere (en premier lieu, ne pas faire de mal). Ce n'est pas simple, et le qualificatif proposé par François est donc le bon.


On sait que localement, face à l'urgence, des médecins et des ONG catholiques prennent l'option de promouvoir les préservatifs. Les autorités religieuses froncent les sourcils ou ferment les yeux, selon les circonstances. Mais pour une fois, un pape reconnaît qu'une position tranchée n'est pas la solution.


Aussi je ne souscris pas au commentaire de Cécile Chambreau qui parle dans le Monde d'une « timide ouverture» (lire son article ici). Espérait-elle que cet homme de 78 ans, élevé dans la bonne tradition, devenu pape, fasse la promotion du préservatif sans condition, piétinant la position – certes difficilement défendable – de son institution depuis plus de 45 ans ?


Sur ce sujet délicat et passionnel, modestie et modération sont aujourd'hui – et en attendant des jours de plus grande ouverture - les meilleures postures à mettre en avant, après tant de maladresses romaines et d'incompréhensions.

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 22:42

Et si l’Église catholique était une des dernières autorités à croire et à défendre le politique ? A lire les textes épiscopaux, notamment en période électorale, le jeu politique et la représentation démocratique demeurent chères à nos évêques. Tandis qu'une partie non négligeable de la population semble ne plus rien en attendre.


Une nouvelle marque de cette affection portée par les dirigeants catholiques de France apparaît dans le thème du prochain colloque de l'Observatoire « Culture et foi » de la Conférence des évêques de France.


Disons un mot de cette instance épiscopale méconnue. Successeur a minima du regretté Service national Incroyance-Foi (voir ici un article historique sur la question ), l'organisme est dirigé par Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers. On ne peut que déplorer le peu de rayonnement de cet Observatoire. Le caractère squelettique de la page dédiée sur le site internet de l'épiscopat (voir ici) en donne le meilleur exemple.


Sans moyen réel, l'Observatoire a mission de « scruter les relations entre la foi et les expressions de la culture » et produit, à destination des évêques, des notices de films, de livres ou de spectacles. On en retrouve certaines en ligne (à retrouver ici). Il organise également chaque automne une journée de colloque à Paris, dont les actes sont ensuite publiés par les éditions « Parole et silence ». La rencontre de novembre 2014 s'intitulait :« Sauver la création. Écologie, enjeu spirituel ».


Le 6e colloque, prévu samedi 28 novembre à la Maison des évêques de France, avenue de Breteuil, abordera la question : « Le désenchantement du politique est-il irréversible ? » On pourra entendre Marcel Gauchet, grand maître es désenchantement, Pierre Manent, dont le dernier essai « Situation de la France » (éd. DDB) fait grand bruit chez les catholiques, ou encore Blandine Kriegel. Du côté des ecclésiastiques, figurent au programme Matthieu Rougé, ancien « aumônier des parlementaires » ou Henri-Jérôme Gagey, professeur à la Catho de Paris et auteur d'un essai très vivifiant « Les ressources de la foi », paru en janvier aux éd. Salvator (voir ici).


« Sans doute n’avons-nous pas fait le deuil du « village » dont les Français pensent être issus – ce village où tout le monde se connaissait, écrit Mgr Wintzer dans la présentation de la journée (à lire ici). Or on ne vit plus dans une société de ruralité mais dans un monde globalisé. Il ne suffit plus d’être trois au quatre pour être d’accord, il faut des accords internationaux, complexes, pour répondre à des problèmes internationaux. Cela ne retire rien au politique mais certaines de ses dimensions ne sont plus immédiatement perceptibles ».


Pour expliquer ce désamour des Français pour le politique, seront sans doute évoquées la crise globale des autorités, ainsi que la perte de vitesse des combats collectifs au profit des quêtes individuelles.


Deux périls dont l’Église catholique, comme toutes les institutions anciennes, ont à souffrir. Ce qui peut faire penser qu'en défendant la chose politique, et par derrière la démocratie mise à mal ces derniers jour, les initiateurs du colloque peuvent esquisser des pistes de relégitimation... du discours catholique.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 08:42

A l'Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, tous les débats susceptibles de mettre en évidence les divergences d'idées se tiennent à huis clos. Arguments évoqués : Lourdes n'est pas le Palais-Bourbon (ce qui est juste) et la présence d'oreilles extérieures pourrait brider la liberté de parole.


Même si le secret des échanges demeure, quelque chose à changé. Il y a peu, l'image d'harmonie entre nos prélats était défendue mordicus par les responsables de l'épiscopat. Désormais, ces derniers ne cherchent plus à nier l'évidence : les évêques ne sont pas toujours d'accord entre eux. Le monde de l'épiscopat n'est pas le pays des bisounours.


Lors de la semaine achevée dimanche, une certaine presse a évoqué ces dissensus. S'agissant du site internet de la Conférence et de KTO TV, on ne peut parler de médias médisants.


Interrogé par eglisecatholique.fr pour ses débuts comme évêque (lire ici), Mgr Dominique Blanchet, à la tête du diocèse de Belfort-Montbéliard depuis mai dernier, a indiqué deux choses qui l'ont « frappé ». « La fraternité qui caractérise l'assemblée ». Tout de suite après, il ajoute : « Pourtant, on sent de la diversité. Pour moi, c’est plutôt bon signe : nous ne sommes pas des clones ! »


Le P. Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général et porte-parole de la CEF, a donné une interview bilan de la semaine lourdaise à KTO (à retrouver ici, à partir d'1 minute 15). Quand on lui demande si l'appel du pape aux pères synodaux pour une expression libre a inspiré l'assemblée français, il répond avec le sourire : « Tous les évêques souhaitent qu'il y ait une liberté de parole ».


On sait bien que des sujets qui fâchent. Et on croyait que d'autres faisaient davantage consensus. Le porte-parole a cite deux dossiers particuliers, qui ont provoqué des débats internes. « Sur les migrants, comme sur la famille, les évêques ont eu le temps de s'exprimer et d'exprimer leurs divergences d'approches ».


Le soutien aux migrants, qui relève d'un principe de base biblique et évangélique, provoquerait donc un débat chez nos prélats ? On voudrait avoir plus de précisions.


Cette réalité surprenante se confirme en écoutant Mgr Jean-Paul Jaeger, évêque d'Arras et donc en charge de la région de Calais, toujours au micro de KTO (à regarder ici, à partir de 2 minutes 25).


Déjà la question posée par le journaliste peut étonner : « Espérez vous une mobilisation commune des évêques de France ? ». Et l'évêque, dont on attendait une répartie tout en diplomatie, de répondre : « Les évêques ne sont pas tous d'accord sur les questions et les réponses à apporter, ce qui n'a rien de choquant et de scandaleux ».


De fait, dans le diocèse de Toulon, a été invitée cet été une dirigeante du Front national, affirmant qu'elle était une élue comme une autre. Il existe bien un désaccord entre évêques à ce sujet. Et l'on peut s'interroger sur l'analyse de Mgr Jaeger qui trouve que, sur ce sujet, « cela n'a rien de choquant ou de scandaleux ».

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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