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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 10:37

Notre République laïque met en valeur ses grands grandes figures à travers la Légion d'Honneur trois fois l'an : le 1er janvier, le 14 juillet et... le dimanche de Pâques. La promotion annoncée le jour de la résurrection du Christ (voir la liste complète ici) compte deux prêtres catholiques : le dominicain Philippe Capelle, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, et le P. Guy-Joseph Criqui, aumônier militaire, ainsi que deux évêques aux profils très différents.


Le premier est une figure majeure de l’Église en France : Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des Évêques de France (1) depuis 2013. On peut même s'étonner que ce prélat discret né en 1943 n'arbore pas déjà la rosette, après une belle carrière : évêque à 45 ans, nommé à Digne (1988), La Rochelle et Saintes (1996) et enfin à Marseille (2006).


L'autre prélat honoré est inconnu de la majorité des catholiques du pays. Mgr Pierre Gaschy est évêque des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, au large des cotes canadiennes. Né en 1941, deux ans avant Georges Pontier, cet Alsaciens d'origine n'a reçu la mitre qu'à 68 ans, en 2009.


Désigné comme nouveau chevalier par le ministère de l'intérieur et des cultes, le tarnais Georges Pontier dirige un archidiocèse majeur, créé (selon la tradition) au Ier siècle de l'ère chrétienne. Le million d'habitants du diocèse de Marseille, dont 68% de catholiques, bénéficie du soutien de quelques 270 prêtres.


On découvre Mgr Gaschy sur la liste du ministère de l'Outre-Mer. Il n'est pas à la tête d'un diocèse mais d'un vicariat apostolique - juridiction mise en place pour un territoire de mission, et en principe à titre transitoire (2) - , créé en 1970 pour succéder à une préfecture apostolique érigée elle en 1763. Les 6000 habitants des deux îles, Saint-Pierre et Miquelon, sont desservis à travers deux paroisses par trois prêtres – évêque compris -, tous membres de la congrégation missionnaire des spiritains. Le site internet du vicariat s'intitule joliment les cinq clochers (voir ici).


Merci à la République de mettre en avant de concert deux évêques si différents. Une nouvelle preuve de la pluralité de l’Église de France.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 07:08

Et si notre laïcité tricolore pouvait constituer un rempart contre les sentiments négatifs vis-à-vis des populations de culture musulmane ? On pourrait le penser en découvrant une étude menée chez nos voisins suisses.


Chaque canton de la Confédération helvétique mène sa propre politique de liens avec les Églises. Deux chercheurs allemands, rapporte l'agence ProtestInfo (voir ici), ont observé le regard porté par la population sur les musulmans (ou perçu comme tels), dans les cantons. Ils ont mis à jour un lien entre la culture chrétienne et la méfiance envers l'islam.


« Dans les cantons où prédomine une identité culturelle traditionnellement chrétienne, prise en charge par l’état, les personnes interrogées ont tendance à estimer qu’il y a trop d’immigrants musulmans dans le pays», expliquent Marc Helbling (Centre scientifique de recherche sociale à Berlin) et Richard Traunmüller (Université Goethe de Francfort-sur-le-Main). Dans ces mêmes zones, on avait observé la plus forte opposition à la construction de minarets, lors d'une votation en 2009 (voir ici).


Que peut-on conclure pour la réalité suisse, et un peu pour notre pays ?


Le discours d'accueil de l'étranger des Églises chrétiennes, solidement appuyé sur les Écritures et défendu par le magistère catholique comme par les autorités protestantes, demeure d'une efficacité limitée. En France, le vote pour l'extrême-droite séduit désormais les fidèles chrétiens, phénomène marginal il y a quelques années.


Une trop grande proximité entre le système politique et une tradition religieuse, même lurielle (catholique et luthéro-réformée) dans le cas suisse, semble légitimer une hiérarchie entre croyances. Et tendrait donc à expliquer un mépris plus grand envers des traditions religieuses nouvelles, celles qui « ne sont pas de chez nous ».


Enfin, l'étude suisse pour donner en creux du crédit à notre bonne vielle laïcité. En plaçant de la distance entre l’État et les cultes, elle a établi un principe d'égalité entre ces derniers. Aucune Église n'est plus importante aux yeux des autorités. Et elles méritent toutes le même respect – ou le même mépris si l'on est pessimiste– de la part des citoyens.


Comme l'actualité nous le prouve tout les jours, ces propos ne signifient en rien que la France soit plus tolérante ou plus accueillante envers les musulmans, ou les personnes perçues ainsi. Avec elles et toutes les autres, nous devons réussir à vivre en bonne intelligence. Faire diminuer la méfiance et demander en retour une volonté d'intégration.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 07:59

Deux ans après l'apparition du prélat argentin au balcon de Saint-Pierre, le monde entier a perçu qu'il se passait quelque chose dans le monde catholique. Tel le célèbre village gaulois, seule l’Église de France semble ne pas s'en rendre compte.


Contre cette apathie, cet aveuglement – je ne parle pas ici de la brochette d'évêques qui considèrent, sans rien dire, que ce pape est à peine catholique, et qu'il est le fruit d'une erreur d'aiguillage de l'Esprit -, trois personnalités sonnent le tocsin.


Guy Aurenche, présenté comme avocat honoraire, mais dont tout le monde connaît les engagements – aujourd'hui à la présidence du CCFD Terre solidaire, hier à l'Acat ; Catherine Billet, la dynamique déléguée générale de Pax Christi France ; et le journaliste essayiste Jean-François Bouthors signent un manifeste intitulé « Appel à un réveil ». Voici ici le texte, publié sur le site de la Conférence des baptisés de France.


Ce trio est résolument bergoglien et chante les louanges d'un homme « qui ose affronter des questions sensibles qui touchent la vie des croyants » et « appelle l’ensemble des fidèles à prendre la parole, à oser dire ce qu’ils vivent, quels malaises ils ressentent à l’écoute de certaines paroles stéréotypées ».


« Nous avons besoin d’une prise de conscience de l’ampleur du sursaut appelé par ce pape et de la nouveauté qu’il apporte ». Celle-ci s'exprime avant tout sur la forme. Mais elle est majeure. Les auteurs parlent d'une « réalité inouïe ». Sur les questions qui touchent à la famille, « chacun est appelé, s’il le veut, à s’exprimer ». Les règles ecclésiales se sont pas immuables et l'ère, wojtylienne, d'interdiction des débats, appartient au passé.


Puisque « ce temps est favorable à l’Évangile » et comme « il revient aux croyants d’en prendre conscience », nos trois militants exhortent leurs lecteurs à répondre à l'appel adressé en vue de la deuxième session du synode sur la famille, qui se tiendra en octobre à Rome. « Les Églises locales sont associées à un travail de discernement ; elles sont invitées à ne pas craindre le dialogue ».


Guy Aurenche, Catherine Billet et Jean-François Bouthors veulent convaincre celles et ceux qui doutent de l'efficacité de leur mobilisation, échaudés par un passé durant lequel la parole de la base n'avait aucun écho. « Dire ce que peut-être nous osions à peine penser, contribuer au renouvellement du langage de la foi, notamment sur les réalités familiales, appuyer les paroles et les gestes d’ouverture de notre pape, ce sera notre manière de participer à une réelle renaissance de l’Église »


Et l'occasion est à saisir maintenant. « Notre abstention, notre passivité, poussent l’Église à s’éloigner de la lumière de l’Évangile du Christ ». Le message est aussi valable pour les évêques de France qui se retrouvent à Lourdes du 24 au 27 mars pour leur assemblée de printemps.

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 06:45

Dans tous les diocèses de France, on potasse en vue du second synode romain sur la famille. Et le débat fait rage entre ceux qui demandent un changement de pratique pastorale pour les divorcés-remariés qui veulent recevoir les sacrements et les tenants du maintien de l'interdit actuel.


En Allemagne, les évêques ont carrément annoncé que, quels que soient les fruits les rendez-vous des évêques en octobre et les conclusions tirées par le pape ensuite, il publieront leur propre document (lire ici pour ales abonnés à "Urbi et orbi"). En France, on ne trouve pas encore de tels frondeurs. Mais certains prélats font passer des messages.


C'est le cas de Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne, qui n'a jamais caché son style original. Et pas seulement en se promenant pied nu dans ses sandales, pleuve que vente (ou que neige, ce qui est fréquent dans sa région d'adoption). Ainsi, il lui est arrivé par le passé d'organiser des rassemblements diocésains sans les conclure par une eucharistie. Ou de chercher de nouveaux modes d'organisation pastorale que le quadrillage paroissial.


Le 20 mars, l'évêque a convié « les personnes divorcées vivant une nouvelle union » pour une soirée. Celle-ci avait pour objectif de « préparer son cœur pour la belle célébration autour de l’Évangile de Jésus », prévu samedi 4 juillet.


Le contenu de la lettre d'invitation (lire ici le texte intégral) est assez éclairant sur l'état d'esprit de Mgr Lebrun. A celles et ceux qui ont connu « la joie du mariage puis le drame de la séparation », l’Église de Saint-Étienne – l'évêque cite les prêtres, les diacres et les laïcs au service des paroisses - , essaye « de la manière la moins maladroite », de « manifester (son) amitié ». Une position de modestie et d'imperfection qui va plaire à celles et ceux qui fustigent souvent l’Église catholique pour son manque d'humanité.


« L’Église vous paraît, souvent, sévère, trop sévère. Beaucoup sont dans votre situation et sont éloignés de toute pratique religieuse », écrit l'évêque qui décrit ensuite les attitudes possibles des fidèles concernées : la demande d'une célébration pour une nouvelle union, la reconnaissance de la réalité vécue, ou la fidélité aux époux et épouses, bien que séparés.


Sa sollicitude pastorale va à « ceux et celles qui vivent une nouvelle union ». Il leur affirme : « vous n’êtes pas rejetés. Cela peut être difficile à croire sachant que vous n’avez pas accès à d’autres sacrements que votre baptême et votre confirmation ».


Et c'est pourquoi Mgr Lebrun et ses collaborateurs ont imaginé pour juillet une « belle célébration », dont il trace les contours. Elle se tiendra autour de l’Évangile de Jésus, souvent plus tendre que le Magistère de l’Église. « Nous rendrons grâce à Dieu pour tout ce qui est beau dans votre vie actuelle, y compris au sein de votre nouvelle union. Nous accueillerons la bénédiction du Seigneur. Confiant dans la miséricorde de Dieu, nous pourrons aussi demander pardon pour ce qui obscurcit notre chemin de vie, de foi et d’amour ».


Un rituel qui s'approche de la démarche pénitentielle vécue par certaines Églises orthodoxes en prélude à une reconnaissance religieuse d'une seconde union. On sait que cette hypothèse d'évolution portée par une aile du collège des Cardinaux comme l'allemand Karl Lehmann, bénéficie de la bienveillance du pape. Sans être la seule.


A défaut d'obtenir ce dont ils et elles rêvent, les divorcé(e)-remarié(e)s catholiques de la Loire se voient proposés une occasion de reconnaissance. Ils sont aujourd'hui en droit de se sentir pleinement dans la communauté et dans le cœur de l’Église. Espérons que, profitant des réflexions préparatoires au Synode romain, d'autres diocèses oseront des gestes de cette nature.

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 14:17
Avis aux Lyonnais

Vendredi 20 mars, je viens à Lyon pour signer mon livre

"Mariage pour tous, divorce chez les cathos"

(lire la présentation ici).


Rendez-vous à La Procure (9 rue Henri IV), de 16h à 18h30.


Au plaisir de vous y rencontrer.


Philippe

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:18

Du voyage estival du pape en Amérique latine, on se sait que peu de chose, si ce n'est qu'il n'ira pas dans son Argentine natale. Le secrétaire d’État au tourisme du Paraguay a annoncé que François serait dans son pays du 10 au 12 juillet.


Au programme de ces trois jours, deux étapes classiques : la capitale Asuncion et un sanctuaire marial (Caacupé). Enfin, le pape François visitera les ruines de deux missions jésuites : la Santísima Trinidad de Paraná (inscrite au patrimoine mondial par l'Unesco) et Jesús de Tavarangue, situées à la frontière avec l’Argentine.


Le jésuite Bergoglio veut ainsi revisiter et mettre en lumière cette expérience historique originale que furent ces territoires autonomes, appelés « réductions », peuplées de populations « indiennes », du peuple guarani, à convertir au catholicisme. Nous étions aux XVIIe et XVIIIe siècles, après la conquête espagnole (1).


La Compagnie de jésuite avait obtenu du Roi d'Espagne toute latitude pour l'organisation de ces « réductions ». Les autochtones y étaient considérés aussi bien que les espagnols. Hormis le gouverneur général, dont le nom était soumis aux jésuites, tous les autres responsables étaient élu librement au sein de la communauté. Celle-ci bannissait la peine de mort, proposait des services publics, offrait des journée de travail de 6h (contre le double en Europe), permettait l'étude de la musique et la danse, et assurait l'alphabétisation de tous. On y aurait même (lire ici) inventé le football, bien avant les Anglais !!


Conformément aux traditions guaranies, les terres étaient divisées en deux parties: un secteur communautaire et un secteur individuel. Le premier, qui permet le commerce extérieur et le paiement du tribu au Roi d'Espagne, assurera le développement économique des réductions, lesquelles bénéficiaient des techniques traditionnelles des guaranis et des innovations apportées par les jésuites.


Cette vie idyllique, marquée par une foi forte et un encadrement religieux strict, touchera jusqu'à 140.000 personnes dans un trentaine de réductions présentes sur le territoire actuel de quatre pays (outre le Paraguay, l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay). Elle ne prendra fin au Paraguay qu'avec la cession du pays par l'Espagne au Portugal. En 1767, les Portugais expulsent les Jésuites, anticipant de quelques années l'interdiction de la Compagnie par le Pape (1773).


Des petits paradis perdus bien dans l'esprit de la présence de l'Eglise aux périphéries chère à François.

(1) Elements puisé sur wikipedia

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 20:34

Le 5 juin dernier, quand l'idée du Jeûne mensuel pour le climat (voir le projet ici ) a été présentée à Paris, beaucoup doutaient de la capacité de mobiliser grand monde avec ce concept un peu aride. Pourtant la brochette des promoteurs de cette idée de sensibilisation dans la marche vers le rendez-vous mondial parisien de décembre 2015 ne manquait pas d'allure.


A cotés de leaders religieux – Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax christi France ; le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ; le rabbin Gabriel Hagaï ou le bouddhiste Matthieu Ricard – on trouvait deux grandes figures de l'écologie : Pierre Rabhi et Nicolas Hulot.


Depuis, chaque premier dimanche du mois, des militants du respect de la planète jeûnent pour la terre. Le mouvement est mondial. A défaut de détenir toutes les clefs du problème ou de pouvoir influencer réellement les décisions politiques ou industrielles, ces jeûneurs occasionnels posent un geste de générosité et de sobriété qui peut donner du fruit dans les esprits.


En France, des rassemblements se tiennent à Bourg-en-Bresse (01), Troyes (10), Gilly-les-Citeaux (21), Toulouse (31), Bordeaux et Monestier (33), Rennes (35), Firminy (42), Nantes et Sautron (44), Saint-Jean-Le Blanc (45), Angers (49), Saint Dolay (56), Strasbourg et Vendenheim (67), Andolsheim (68), Lyon (69), Chambéry (73), Rouen (76). Les détails sont disponibles ici


A Paris, on célèbre ce rendez-vous dans quatre lieux, dans les IVe, XIVe, XVe et XX. Dans ce dernier, les animateurs ont invité dimanche 1er mars un spécialiste. Le journaliste Jean-Claude Noyé (La Vie), auteur en 2007 du Grand livre du jeûne (Albin Michel), donnera une conférence sur l’histoire et de l’actualité de la pratique du jeûne, à 13h dans la Crypte de Ménilmontant, 4 rue d’Eupatoria (affiche disponible ici).

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 13:10

En mars prochain, figurent sur mon agenda deux colloques universitaires et ouverts au public. Ils seront l'occasion d'avancer sur deux questions souvent évoquées sur ce blog.


Le 12 et 13, l'Institut catholique de Paris propose deux journées d'études intitulées « Les chrétiens de gauche de 1945 à nos jours ». Ce colloque (voir le programme ici) a été conçu par l'assomptionniste Jean-François Petit, de la Faculté de philosophie et le P. Bernard Bourdin, enseignant à la FASSE (Faculté de sciences économiques et sociales).


Le titre fait écho à l'ouvrage collectif « A la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours », publié en 2012 au Seuil, coordonné par Jean-Louis Schlegel et Denis Pelletier. Nombre des auteurs de cette somme remarquable figurent parmi les intervenants.


Les travaux s'efforceront de définir le concept de « chrétien de gauche », plus clair hier qu'aujourd'hui. Est-ce une utopie, s'interrogera Jacques Le Goff. On tentera également de voir ce que pèse cette réalité de nos jours, avec le politologue Jean-Marie Donegani et le député PS Dominique Potier, promoteur du groupe de parlementaires personnalistes « Esprit civique ». L'hypothèse d'une spiritualité de gauche sera étudiée par Jean-Baptiste de Foucauld.


Ces deux journées permettront d'y voir plus clair et de discuter le constat, rude et discutable, porté par Jean-Louis Schlegel dans sa conclusion de l'ouvrage du Seuil : « De gauche chrétienne visible et agissante en politique, il n’y en a plus ».


Une semaine plus tard, les 16 et 17 mars, l'EHESS (École pratique des Hautes Études) invite à se pencher sur une domaine sensible ces derniers mois : « Homosexualités et traditions monothéistes » (programme disponible ici). Il s'agira, selon les organisateurs, de mettre en avant, « au sein des trois grands monothéismes des mouvements qui souhaitent reconsidérer la vision traditionnelle du genre et de la sexualité afin de pleinement inclure les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles (LGBT) ».


La première matinée sera consacrée au christianisme. Il y sera question des anglicans, des protestants, des mormons (aux États-Unis, ils sont classés parmi les chrétiens) et bien sur des catholiques. Le dominicain Laurent Lemoine, enseignant en théologie morale à l'Université catholique d'Angers, a intitulé son intervention : « Qui suis-je pour juger ? » (Pape François). Un avenir neuf et différent pour les personnes homosexuelles dans l’Église catholique est-il une gageure ? »


Le débat sur le mariage homosexuel sera également abordé, notamment par la sociologue Céline Béraud et le politologue Philippe Portier qui ont étudié l’Église catholique face au « Mariage pour tous » pour leur ouvrage « Métamorphoses catholiques » (éd. de la MSH).


Une partie historique permettra d'entendre l'historien de Strasbourg Jean-Pascal Gay, ainsi qu'un universitaire venu de Nouvelle-Zélande ! On y parlera des épisodes bibliques de Sodome et de la relation entre David et Jonathan. L'ultime session évoquera les mouvements de croyants homosexuels, comme « David et Jonathan », et on parlera des rites d'accueils des couples homosexuels.

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 19:44

Voici un livre à l’histoire singulière, que son auteur, la journaliste Monique Hébrard, raconte en introduction. À la fin du pontificat crépusculaire de Benoît XVI, elle avait noirci des pages de déprime ecclésiale. Récupérés dans la corbeille, ces écrits ont été retravaillés dans l'enthousiasme des premiers mois du pape suivant, François.


L'espérance transmise par ce pontife si peu pontife, si différent, dans le style tout au moins, a métamorphosé un réquisitoire général en un appel au changement salvateur. Et pas seulement dans les mots et les sourires. Monique Hébrard, ancienne rédactrice à Panorama, collaboratrice régulière de La Croix, décline dans un catalogue « 12 urgences » pour que l’Église sorte de l'ornière.


La liste de ces douze chantiers couvre l'étendue des difficultés que rencontre le catholicisme en Occident. On y retrouve naturellement bien des sujets récurrents des billets de ce blog. En voici la liste : Pour une Église... qui écoute et qui fait du bien (1), qui dialogue avec le monde (2), qui accepte la réalité de la fin de la chrétienté (3), à la tradition vivante (4), qui ne se comporte pas en détentrice de la vérité (5), qui accepte le dialogue et le débat en son sein (6), qui donne une vraie place aux femmes (7), qui respecte la primauté de la conscience (8), qui chemine avec ceux qui cherchent (9), aux entrailles de miséricorde (10), pauvre et vulnérable (11). L'ultime chantier est une référence à l'appel des apôtres : « Toi, suis moi ».


Pour chaque dossier, elle dresse le réquisitoire des impasses dans lesquelles l’Église s'est fourvoyée. Souvent parce qu'elle a oublié (ou refusé) les efforts du Concile pour adapter sa façon d'être à la modernité. Et à chaque fois, Monique Hébrard arrive à convaincre son lecteur qu'un changement est nécessaire. Possible ? Oui, si le pape argentin mène son projet à bien.


Parlant de François, elle lance des saillis quasi amoureuses Avec lui, c'est « l'écoute et la tendresse de Jésus à jet continu depuis la tribune de la place Saint-Pierre ». Grâce à ce pape qui « ouvre les vannes de la tendresse », « nos contemporains commencent à entendre des échos d’Évangile ». Avec lui, « la papauté a retrouvé un ton évangélique ». À croire que ces prédécesseurs étaient dépourvus de cœur.


Dans son chapitre 3, elle revient sur la Manif pour tous, exprimant le regret que ce combat « ait été vécu non comme une proposition constructive au sein d'une société (et une Église) plurielle, mais comme un pôle de résistance de l’Église catholique aux évolutions du droit civil ». Et elle invite à « dépasser la fracture générationnelle », réalité douloureuse des communautés catholiques françaises.


Evoquant l'épineux rapport à la vérité (ch. 5), la journaliste est catégorique : « une Église bardée de certitude n'est pas une Église du Christ ». Abordant le nécessaire débat interne à l’institution (ch. 6), elle se réjouit qu'avec François « le vent a tourné, ou plutôt il se remet dans le sens du Concile ». Elle en veut pour preuve la large consultation lancée pour le synode romain sur la famille. « Nul ne sait ce qu'il en sortira. Mais l'intention et le langage ont changé ».


On s'attend à lire une Monique Hébrard très remontée sur la place des femmes (ch. 7). Pas de déception. « Comment admettre que la parole officielle de l’Église ne soit qu'une parole d'hommes, donc fatalement infirme », lance-t-elle. Sur ce dossier, on ne note point d'enthousiasme venu de la Maison Sainte-Marthe (1). Il est vrai que le pape n'est pas franchement révolutionnaire sur la question.


L'auteur plaide pour une Église capable de promouvoir des « laboratoires de la conscience » (ch. 7), quand la règle ecclésiale s'abat encore trop souvent, implacable, sur les fidèles. Et elle met en avant l'attitude de « son » pape, lequel « ne prononce pas une parole qui ne soit accueil et miséricorde ».


« Ce qui me préoccupe, dit Monique Hébrard, en ces temps tellement médiatiques, c'est que, pour le grand public, l’Église ne soit pas le reflet d'une loi rigide, mais celui de la miséricorde et de la tendresse du Christ pour tous et que l’Église apparaisse comme un lieu où des personnes restent libres dans leurs décisions les plus intimes ». Un combat que mène depuis des décennies cette fidèle engagée dans l’Église telle qu'existante, militante (notamment à la conférence des baptisés) pour un futur plus rose.


Ce texte dense et agréable à lire fournira une véritable boite à outil à celles et ceux qui veulent prendre à bras le corps les défis à relever aujourd'hui. Il remontera le moral de bien des fidèles désespérés par le quotidien gris de certaines communautés aux mains de pasteurs pleins de certitudes excluantes.


La journaliste n'est pas seule dans son combat. Son exposé s'appuie sur des penseurs catholiques qui l'aident à entretenir ses espoirs : des évêques (Claude Dagens, Joseph Doré, Godfried Danneels), des théologiens (Enzo Bianchi, Joseph Moingt, Jean Rigal). Tous affirment que vouloir rendre à l’Église son « visage d’Évangile » n'est pas qu'une lubie. Nous ne pouvons que les suivre.


(1) Hôtellerie réservée aux visiteurs du Vatican que le pape François a choisi d'habiter, plutôt que le Palais apostolique qui n'est désormais que son bureau.


Pour une Église au visage d’Évangile. 12 urgences (voir ici la fiche du livre sur le site de l'éditeur) , Monique Hébrard, éd. Fidélité-éd. Jésuites (Bruxelles), 176 p., 13,95 €

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 12:45

A l'heure où le nombre des régions françaises est appelé à diminuer, la question peut s se poser pour les diocèses du pays. Du mois, elle devrait se poser en haut-lieu, à observer la faiblesse numériques de fidèles comme de cadres dans certaines zones.


Pour me moment, l’Église de France préfère voir tout en rose et se réjouit de la mutualisation croissante entre certains diocèses voisins. Ainsi, un article de La Croix du 19 janvier (voir ici) évoque la fructueuse collaboration entre ceux de Valence (Drôme) et de Viviers (Ardèche). Pour preuve, il existe désormais un service interdiocésain, celui des pèlerinages, pour les 500.00 Drômois (dont 58% de catholiques) et 320.000 Ardéchois (baptisés à 88%). Les équipes de formation, encore distinctes, travaillent ensemble, peut-on lire.


De nombreux mouvement jouent déjà la carte de l'union Drôme-Ardèche : les Associations familiales catholiques, les Équipes Notre-Dame, les Centres de préparation au mariage, mais aussi l'ACI, l' ACO, la JOC, les Scouts et Guides de France ou encore le Secours catholique.


Le journaliste du quotidien catholique n'a pas pu s’empêcher d'évoquer la « rumeur » d'une fusion. Le mot qui fâche. « Une ineptie », répond le P. Michel Martin, vicaire général du diocèse de Viviers. Avec ses 42 prêtres en activité, aidés par 14 diacres, pour faire vivre 24 paroisses, la communauté ardéchoise doit pourtant connaître bien des difficultés pour faire fonctionner toutes les structures nécessaires.


Cité dans le même article, le secrétaire général de la Conférence des évêques de France, le P. Olivier Ribadeau-Dumas positive, en parlant de « mutualisation des forces » et de « partage d’expériences ». Pour lui, il s'agit d'un mouvement « naturel », encouragé par l'épiscopat. Pas question pour autant d'avouer sa faiblesse en renonçant au découpage historique du pays.


Cela fait pourtant plusieurs décennies que la structuration paroissiale séculaire a vécu, faute de curés pour occuper chaque presbytère et desservir chaque clocher dans l'immense majorité des diocèses de France. Le nom même de certains d'entre – citons Bordeaux-Bazas, Bayonne-Lescar-Oloron, Perpignan-Elne.. - prouve que par le passé, on a su regrouper des entités. Et la formation des séminaristes comme des diacres permanents est depuis longtemps proposée au nom de la province.


L'exemple peut venir de l'étranger. La très riche Église d'Italie est décidée à franchir le pas de la suppression de diocèses. Il faut dire que la péninsule en compte aujourd’hui 236 diocèses, contre une centaine en France, pour une population plus faible que la notre. Ils pourraient n'être plus que 200 très prochainement.


Selon Il Fatto quotidiano, cité par La Croix (lire ici) l'épiscopat transalpin s’apprête notamment à faire disparaître le prestigieux diocèse d’Assise (86.000 habitants en 2012). Fondé au XIIe siècle, le diocèse d’Ischia, un île au large de Naples de 46 km carré, peuplé par 62.000 habitants et fort d'une trentaine de prêtres (!), est aussi menacé.


Le principe de réalité finira pour s'imposer en France. Mieux vaut s'y préparer maintenant, au risque de devoir réunir demain des coquilles presque vides.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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