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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 21:03

En fin d'année, nous pourrions voir deux pontifes à l'honneur. Jean XXIII et Jean Paul II ont franchi vendredi 5 juillet l'ultime étape officielle avant la sainteté et on parle d'une cérémonie de canonisation en décembre prochain, à Rome.


Je devrais me réjouir que l’Église exprime de façon définitive sa reconnaissance envers Jean XXIII, décédé il y a 50 ans. Et pourtant la méthode m'énerve.


Car ce jour de fête apparaîtra, au yeux du monde, comme la fête de la star planétaire Jean Paul II. Au vu de l'hystérie collective qui a marqué la béatification du pape polonais en mai 2011, ceux qui crient depuis 2005 « santo subito » n'auront d'yeux que pour leur héros. Hormis les plus âgés et les nostalgiques de l'époque où l’Église essayait de parler au monde, qui va évoquer la figure d'Angelo Roncalli ?


En 2000 déjà, le père visionnaire du Concile Vatican II avait du partager les honneurs de la béatification avec son exact opposé Pie IX. Pontife de 1846 à 1878, ce dernier fut l'homme de toutes les résistances aux évolutions des sociétés occidentales du XIXe. On lui doit le sinistre Syllabus catalogue des idées à proscrire, parmi lesquelles la séparation de l’Église et de l’État, les liberté de presse, d'opinion et de religion, le rationalisme, le progrès, la culture moderne... Il fut aussi le père de l’infaillibilité pontificale.


Treize ans plus tard, l'ancien nonce à Paris doit encore partager la vedette. Et pas avec n'importe qui. Sans représenter le grand écart surréaliste du duo de 2000, honorer Jean XXIII et Jean Paul II dans une même cérémonie pose question.


Si les deux pontifes furent sans contexte les plus populaires du siècle dernier, leur rôles resteront assez différents dans l'histoire du catholicisme. L'italien fut l'homme d'une grande ouverture ecclésiale (aux autres religions, aux laïcs, aux non-croyants). Tandis que le Polonais, en héritier de Paul VI, s'est appliqué à faire régresser certaines intuitions pastorales de son prédécesseur (on pense ici aux théologies de la libération, ruinées par la nomination d'évêques conservateurs) ou ecclésiales (comme l'abandon de la collégialité épiscopale).


On pourra aussi opposer le premier pape à s'adresser aux « hommes de bonne volonté » à celui qui à fermé les yeux sur les crimes pédophile révélés sous son pontificat, histoire de protéger l'institution. Ou bien mettre sur la balance l'invitation faite aux autres Églises chrétiennes durant le Concile et le peu de considération pour les Églises protestantes, à l'image d'un maigre bilan œcuménique du pontificat wojtylien.


Un point commun réunit les deux hommes : leur rôle dans la politique internationale. L’Italien a contribué a évité que la crise de Cuba (1962) ne dégénère en troisième conflit mondial, alors que le Polonais a participé fortement à l'effondrement des régimes communistes de l'Europe de l'est. On ajoutera aussi à la colonne des rapprochements un goût prononcé pour le dialogue inter-religieux.


Il n'empêche que certains esprits grognons penseront que le Vatican a encore fait de la diplomatie interne, en évitant que Jean XXIII et son Concile, officiellement défendu mais détesté en privé par beaucoup, soient mis sur un piédestal. On peut voir ici une concession du nouveau pontife, conciliaire affirmé, à certains membres de la Curie chez qui on imagine davantage de photos de Pie IX le rigoriste ou de Pie XII le sévère, que du « bon pape » Jean XXIII.


A l'heure ou l'on reparle d'un future béatification de Mgr Oscar Romero, tombé en 1980 sous les balles de l'extrême-droite salvadorienne qu'il dérangeait, on est en droit de craindre le personnage que le Vatican va lui trouver comme camarade de laurier. Si ces messieurs de la Congrégation pour la cause des saints veulent une idée, je leur conseille Dom Helder Camara ! Un binôme cohérent pour honorer le christianisme latino.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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