Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 08:05

Depuis des décennies, La Croix parvient à tenir une délicate ligne entre les différents courants qui traversent l’Église de France. Et ce en se conformant du mieux possible des Vaticaneries (1).


Or, plus les années passent, plus le fossé se creuse entre, d'une part, les cathos identitaires qui pensent que la société (les médias, les socialistes....) veut leur peau, et, d'autre part, les cathos qui se fondent dans la société et qui pensent que les identitaires veulent les achever.


Le quotidien catholique s'obstine, avec raison, à donner la parole à tous. Son édition du samedi 3 mai réussit le tour de force de publier deux articles d'orientation radicalement opposée à deux pages d'intervalle.


L'assomptionniste Sylvain Gasser, qui tient la rubrique « Une question à la foi », propose un texte que ne renierait par une militante du Comité de la Jupe. Le titre L’Église fera-t-elle place aux femmes ? donne le ton du propos. Lequel est sans équivoque. « Pourquoi la femme est-elle toujours déterminée à partir de son identité sexuelle alors que cet aspect n'intervient jamais dans le discours de l'homme ? »


On lit plus loin : « Les femmes refusent à bon droit d'entrer dans le corset d'une tradition sexiste qui inscrit dans la nature ce qui n'est inscrit que dans la culture. Elles seraient donc aptes au service personnalisé mais pas au ministère global. Elles pourraient donc transmettre mais pas avoir l'initiative ».


Les habitués de ce blog retrouveront des refrains qui me sont chers.


Deux pages plus loin du même journal, la pleine page Forum est offerte au Frère François-Marie Humman, religieux prémontré de l'abbaye Saint-Martin de Mondaye (2), dans le Calvados. Ce long texte, titré Notre corps et notre sexualité, un lien d'espérance !, se veut une défense de la position de nos évêques en défaveur du mariage des personnes de même sexe.


L'utilisation du terme « notre sexualité » venant d'un religieux ayant fait vœux de célibat et de chasteté – les deux ne sont plus superposables de nos jours – disqualifie déjà son auteur auprès de beaucoup. Il est déjà si périlleux ou prétentieux de discourir de sexualité quand on essaye d'en vivre une.


Avant d'aborder les arguments habituels, le prémontré demande d'accueillir dans la foi un acte du Magistère. Quand une position est discutable, rien de tel que la carte de l'autorité, face à des catholiques habitués à être des moutons dociles. « Il s'agit donc, exhorte le Fr François-Marie, de chercher à comprendre avec sa raison et son cœur, dans l'obéissance de la foi et de la bienveillance, l'enseignement exprimé ».


Le deuxième couplet offre une ode au mariage chrétien classique. Le troisième enfin révèle une posture plus belliqueuse. « Le monde moderne, en particulier chez certaines élites hostiles, est marqué par un refus du créateur et du salut du Christ. Toute différence entre les êtres humains est alors considérée comme une inégalité et un déterminisme. Après avoir nourri en son temps l'idéologie marxiste de la lutte des classes, cette pensée alimente une autre idéologie, la théorie du genre. La différence entre l'homme et la femme serait la cause d'une inégalité à combattre ».


Cette obstination à ne pas comprendre – ou plus sûrement à travestir – la réflexion de ces théories par certains catholiques est affligeante. Elle reflète cruellement le refus de toute approche des sciences sociales par les autorités romaines depuis plus d'un siècle et un repli dramatique dans sa vision du monde.


La Croix s'honore à faire cohabiter dans ses pages des contributions reflétant deux options opposées d'un catholicisme possible en France. Comme un bel exercice de communion. A l'image de celui que vivent les tenants de ces regards qui cohabitent sur les bancs des mêmes églises le dimanche.

(1) Je reprends le terme utilisé par la romancière Sophie Divry, dans Journal d'un recommencement, qu'elle vient de faire paraître aux éd. Notablia. Je vous en reparle bientôt

(2) Il vient de publier Aimer comme Dieu nous aime. Essai de théologie spirituelle, Seuil, 22 €.

Partager cet article

Repost 1

commentaires

Else 09/05/2013 09:01

Etant abonnée à La Croix depuis environ trois décennies, je trouve oui que La Croix tente un grand écart qui n'est pas facile. Je mets un petit bémol quand même lors de la campagne pour les présidentielles de 2007. La sympathie pour Sarkozy se ressentait. La posture de La Croix est difficile car son lectorat reflète différentes sensibilités qui vont du catholique intégriste au catholique de gauche. ( mon mari et moi, catholique de naissance de droite et catholique convertie de gauche nous nous retrouvons dans ce journal) Et cela ne se discute pas, c'est un journal sérieux.

Pneumatis 07/05/2013 19:23

Et bien le moins qu'on puisse dire, c'est que vous ne lui facilitez pas la tâche, au journal La Croix, dans cette tâche honorable que vous décrivez. Vous vous affligez d'une obstination de certains cathos (les pas-comme-vous) à ne pas vous comprendre (je simplifie un peu, hein), ... mais de même, votre obstination à ne pas comprendre qu'une différence n'est pas systématiquement une opposition, et que derrière toute différence où se cache une éventuelle méconnaissance de l'autre, il n'y a pas nécessairement un fossé infranchissable, est lassante.

Je sais combien la fondatrice du comité de la jupe à en horreur des formules chères aux intégristes, du genre "L'Eglise, tu l'aimes ou tu la quittes"... mais c'est pourtant un esprit (à défaut de la lettre) que je retrouve régulièrement quand je viens vous lire. Bel effort tout de même de votre part de reconnaitre celui de La Croix... et dommage que vous ne preniez pas plus exemple sur ce que vous qualifiez ici d'honorable.

Le pire dans tout ça, c'est que tel que vous décrivez la ligne éditoriale de La Croix, comme cet espèce de grand écart absurde (on sent presque poindre l'aveu de stérilité de l'entreprise dans vos propos), on en viendrait à conclure que vous n'envisagez même pas qu'un catholique puisse être à la fois d'accord avec Sylvain Gasser et avec Frère François-Marie.

Je note : "Quand une position est discutable, rien de tel que la carte de l'autorité, face à des catholiques habitués à être des moutons dociles." Il se trouve qu'être un mouton docile est plutôt une bonne chose pour un catholique, sans quoi le fait que Jésus ait confié à Pierre le rôle de pasteur de ses brebis, pourrait être considéré comme du premier sadisme. Du coup, je ne comprend pas pourquoi ce serait une carte uniquement quand un point est discutable : l'exhortation à la docilité, vis-à-vis de l'enseignement du magistère est un précepte évangélique préalable au plein exercice de la liberté, dans la condition qui est celle du disciple du Christ. C'est aussi un bon exercice d'humilité, soit dit entre nous.

Merci tout de même de ce bel effort de qualification positive quant à la ligne éditoriale unitive du journal La Croix.

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens