Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 19:55

Cela devait arriver. Voici, peut-être, le premier scandale sexuel de l'ère François. Encore que l'article publié le 26 juin par le Corriere della Serra, et repris en français par le quotidien suisse Le Matin, évoque un fait du 8 mars dernier, durant la vacance pontificale.

Un prêtre du diocèse de Rome, Patrizio Poggi, lui même condamné pour violence sexuelle sur mineur et suspendu de ses fonctions, a témoigné auprès de la police. Il a parlé de neufs prélats du Vatican qui se paieraient régulièrement les faveurs d'hommes mineurs, recrutés dans le quartier populaire de la gare Termini de la capitale italienne. La presse évoque un ex-policier grand organisateur et donne une idée du tarif des prestations : entre 150 et 500 euros (1). Ce qui n'est pas mince eu égard aux salaires pratiqués au Saint-Siège.

Que cette affaire soit réelle au pas, elle permet d'affirmer quelques certitudes et de voir plus loin.

Il n'est plus question de douter de pratiques homosexuelles au Vatican. Crier à la diffamation anticléricale devant cette révélation est aussi pertinent que d'affirmer qu'on ne prendra plus de cyclistes en flagrant délit de prise d''EPO ou d'hommes politiques qui fraudent le fisc.

L'ambiance pourrie de la fin du pontificat du pape allemand est due, notamment, aux propos de personnes lassées par l'ambiance « particulière » régnant au Saint-Siège. Attention aux amalgames. L'existence du fameux « lobby gay » évoque principalement des activités se déroulant entre majeurs consentants (2), et donc ne relevant pas de la justice des hommes.

Benoît XVI a institué – et on l'on félicite encore - la « tolérance zéro » en interne pour les atteintes sexuelles, majoritairement de nature homosexuelles, du fait de religieux sur des personnes non consentantes. Et dans cette nouvelle affaire, il est bien question d'actes délictueux, impliquant des mineurs dans un système de prostitution organisée.

L'avenir nous dira si les révélations du P. Poggi se transforment en vrai scandale. Si c'est le cas, on peut être sûr que le pape François ne fera rien pour l'étouffer ou secourir les protagonistes. D'autant que les palais pontificaux comptent plus de détracteurs que de fans de son style novateur. Si des mitres doivent tomber, elles tomberont.


Même si l'affaire Poggi fait un flop, une autre surviendra. Et ce jusqu'au jour où les choses changeront réellement, quand l'Eglise catholique reverra son discours hyper normatif sur la sexualité. Ces règles que certains prélats serinent aux catholiques, mais qui disparaissent de leurs préoccupations, la soutane tombée.

On me permettra ici de rappeler que le sinistre P. Marcel Maciel, fondateur des très vertueux Légionnaires du Christ, demandaient des fellations à ses jeunes séminaristes et prêtres en prétendant que les médecins avaient prescrit ce curieux traitement et que Jean Paul II lui avait accordé une dispense, médicale, de chasteté.


Il faudra, un jour, le plus tôt sera le mieux, être cohérent. Soit l'Eglise admet que chacun fait comme il peut avec sa sexualité, mettant en avant des principes, simples et évangéliques, de respect de soi et de l'autre dans la relation. Soit elle garde sa ligne et s'assure que ses agents sont irréprochables, capables de tenir les règles impitoyables qu'elle édicte.


La deuxième option est évidemment pure théorie. La première tient pour l'heure de la science fiction. Mais si au moins ce pontificat, annoncé comme détonnant, pouvait étudier la question, le pape François entrerait définitivement dans la famille des papes qui ont compris quelque chose à leur époque.


(1). Ce qui n'est pas mince, connaissant les faibles salaires pratiqués au Saint-Siège.

(2) On peut toutefois douter qu'un jeune abbé, même ambitieux, soit nécessairement ravi d'accepter les avances d'un prélat plus âgé et haut placé, susceptible d'aider à son avancement. Une sorte de promotion canapé, en velours pontifical.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

armel h 25/08/2013 17:51

Peut-être est-ce moi qui suis un peu lent question intellect, auquel cas vous saurez j'espère prendre le temps de m'expliquer,
mais quel est le rapport au juste entre d'une part le fait que des prêtres ou des cardinaux se livrent à des pratiques sordides et/ou délictueuses, et d'autre la morale catholique appliquée au cas particulier des relations sexuelles ?

Vous établissez clairement un lien direct : d'autres affaires de pédophilie surviendront, dites vous,
"jusqu'au jour où les choses changeront réellement, quand l'Eglise catholique reverra son discours hyper normatif sur la sexualité."

Autrement dit, vous affirmez que, le jour où on inscrira dans le catéchisme de l'Église quelque chose comme : "en matière de sexualité, faites ce que bon vous semble en accord avec les lois en vigueur dans votre pays",
plus aucun prêtre ne sera pédophile.
Personnellement, je ne vois pas trop le lien. Est-ce que vous pourriez m'expliquer comment cela se fera ?


Puisque vous établissez un parallèle avec le monde du sport, c'est comme si on affirmait que, du jour où on cesserait de diaboliser et de condamner le dopage, plus aucun sportif ne se doperait. Vous admettrez que cela puisse paraître un peu étrange comme raisonnement.


(notez que, lorsque vous écrivez :
"soit l'Eglise admet que chacun fait comme il peut avec sa sexualité, soit elle garde sa ligne et s'assure que ses agents sont irréprochables, capables de tenir les règles impitoyables qu'elle édicte",
si on comprend cette phrase telle que vous l'avez écrite, c'est la condamnation de la pédophilie que vous tenez ici pour une "règle impitoyable" ; je me doute que ce n'est pas ce que vous aviez en tête, mais c'est ce que vous avez écrit.)

Michel 28/06/2013 22:53

Un peu glauque comme article

Michel 11/07/2013 11:23

"Parlez-moi d'amour et j'vous fout mon poing sur la gueule, sauf le respect que je vous dois" Georges Brassens.

Il y a des eunuques qui se sont faits tels eux-mêmes à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. (Mt 19 10-12).

Jean-Christian Hervé 02/07/2013 22:24

Il n'y a rien de glauque à nommer un chat, un chat et encore moins à espérer que l’Église (celle du Magistère), parvienne à un minimum de cohérence et revienne, en matière de sexualité, au message d'amour du prochain "mettant en avant des principes, simples et évangéliques, de respect de soi et de l'autre dans la relation."
J-C.H

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens