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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:28

Dans la catégorie des cathos qui prennent la plume, on connaît deux familles.

Celles et ceux qui sont sont heureux, pour qui l’Église demeure merveilleuse, leur jeune curé épatant, les papes extraordinaires de Pie XII à François. Leurs enfants sont sages à la messe, durant laquelle tout le monde priera bien fort pour que tombent d'on ne sait où les prêtres qui vont permettre de repeupler l'espèce. Pour que tout continue.


Celles et ceux qui ronchonnent, qui ne comprennent pas pourquoi l’Église ne comprend pas ce qui se passe, qui veulent voir les femmes devant et pas seulement le balai ou le vase de fleurs à la main, qui trouvent leur évêque mou et comprennent que leurs copains aient fuit le navire depuis longtemps. Ils espèrent ou n'espèrent plus des lendemains meilleurs, faute de quoi, il n'y aura plus de lendemain.


Et puis eureka, j'ai trouvé une personne qui écrit – très bien -, se raconte et qui n'émarge dans aucun de ces clans imperméables. Elle s'appelle Sophie Divry, elle a la trentaine et vit à Lyon. Les lecteurs de Témoignage chrétien 'a connaissent pour ses chroniques féministes : le coin de la cantinière


Elle vient de publier Journal d'un recommencement, un joyau. Largement autobiographique, ce texte raconte un retour à la pratique religieuse sous forme de journal de bord, au plutôt de journal de messe. Gageons qu'ici la distance auteur – narrateur tient du millimètre.


Le lecteur vit avec elle l'ordinaire d'une paroisse lyonnaise pauvre – de 10 à 20 personnes aux offices – animé par un prêtre courageux et dans laquelle elle vit son rendez-vous indispensable. Avec qui ? Dieu sans doute, elle-même, la communauté sûrement, même quand celle-ci est famélique.


Pourtant cette intellectuelle, qui se définit simplement comme écrivain, militante de gauche et féministe, aurait tout pour vivre loin de la foi chrétienne et, à fortiori, de la pratique dominicale.


L'auteur voyage. Au grè de ses vacances (elle ment pour ne pas avouer à ses amis qu'elle fait des kilomètres pour trouver un office) et de ses visites familiales, partout elle ne raconte que les eucharisties, réussies ou ratées, qui scandent son emploi du temps. « Ce désir d'être dans une église s'apparente presque à une nécessité physique ».


Sophie Divry n'est pas, loin de là, une convertie exaltée plus papiste que le pape. Elle n'a pas de mots assez durs devant le faste de la messe à la cathédrale de Lyon : « sermon inepte, quantité et quantité d'encens pour remplir de fumée le vide laissé dans les têtes. Le comble du ridicule est atteint avec l'aspersion d'eau bénite sur l'icône de sainte Faustine ».


Dans le même esprit de l'incompréhension de l'air catholique du temps, elle narre avec humour la présence d'un séminariste ensoutané, en vacances, égaré dans « son » église à elle. « Il ne reviendra pas ; dans cette chapelle tout le monde le sait ; les vieilles, Pascal (NDLR : le curé), les paroissiens ; lui il est si jeune ; il brille ; nous sommes tous cassés ; nous sommes des douteux ; des derniers chrétiens car il n'y a plus d’Église ; il n'y a plus que nos corps serrés dans cette chapelle humide » (p. 56).


Pour autant, Sophie Divry n'est pas une activiste dans l’Église. « Jamais je ne pense aux dernières vaticaneries en rentrant dans une église », écrit-elle en acceptant le pape comme « un mal nécessaire ». . Elle vient pour autre chose. « Il y a dans le déroulement inchangé de chaque célébration un repos de l'esprit et du corps ; savoir que tout va se passer comme prévu ; pas d'accident possible : cette certitude du rite, je l'ai découverte après ; cette tranquillité ; cette répétition. C'est elle qui rassure ces vieilles femmes. Moi jeune, agitée, dispersée, j'ai dû d'abord apprendre la patience, me calmer ; et une image de moi a disparue ici » (p. 54).


En fin de récit, dans une bouleversante litanie, une mise à nu à la troisième personne, on peut lire : « Elle est pour l'ordination des hommes mariés et droit à l'avortement. Elle ne croit pas à l'Immaculée Conception. Elle ne prie pas le matin. Elle ne prie pas le soir ».


Dans la même page de confessions, on trouve aussi : « Aller à la messe a accru en elle le sentiment de compassion. Elle a besoin d'aller à l'église tous les dimanches. Certains jours, elle se dit qu'être chrétienne l'aide à supporter la vie, d'autres jours, elle se dit qu'être chrétienne ne dissipera jamais le sentiment d'absurdité de l'existence ».


Avec Sophie Divry, la foi chrétienne, expérience individuelle vécue aux côtés d'autres, n'a rien d'évidente. La pratique semble parfois lui être supérieure.


Les phrases sont courtes, le style haché un peu déconcertant. Au milieu du récit, en italique apparaissent des phrases de la liturgie, comme une virgule dans un flot de pensées. Lucide sur l’Église et sur elle-même, elle est prise par ce rendez-vous, par ce rituel indispensable du dimanche. Un témoignage étonnant.


Journal d'un recommencement, Sophie Divry, éd. Noir sur blanc, 88 p., 10 €

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commentaires

armel h 25/08/2013 22:23

"Elle ne croit pas à l'Immaculée Conception"
Pourquoi non ? (mais peut-être ne croit-elle pas non plus au péché originel, ceci expliquant cela, puisque c'est forcément lié... ?)

Françoise 14/06/2013 14:14

J'ai pas mal de points communs avec cette dame mais je prie tous les jours et je vais rarement à la messe, parce que je n'arrive plus à en trouver une où je n'ai pas envie de m'énerver tellement le discours des prêtres y est radical, sans charité, dogmatique et antiévangélique. La dernière messe récente à laquelle j'ai assisté était une messe d'enterrement où le prêtre s'est acharné à présenter la défunte, pourtant très engagée au plan humanitaire, culturel et social dans la paroisse, comme une femme indigne et pleine de péchés et qu'il espérait pour elle la miséricorde divine. Affligeant, navrant discours dont il n'a même pas eu honte devant la famille et les proches en pleurs. Cette femme je la connaissais bien depuis 10 ans, c'était une amie, quelqu'un de vraiment bien, morte prématurément d'une crise cardiaque. Le prêtre qui célébrait la messe ne la connaissait pas mais répétait juste une leçon d'autant mieux récitée que la défunte n'était pas une grenouille de bénitier. J'étais sous le choc et l'effroi d'un tel portrait qu'il s'est empressé de faire sitôt les corbeilles de la quête pleines. Comment peut-on se dire prêtre et se comporter ainsi? C'est à désespérer de voir des paroisses y compris de village de montagne, affublées de tels fâcheux.

On peut être féministe, de gauche et profondément croyante et catholique.
Il n'y a pas de contradiction, sauf pour les intégristes. Par contre, il est nécessaire pour rester croyante de dissocier foi en Dieu et religion. La première est un cadeau précieux, la seconde est une création humaine qui vise plus l'assujettissement et l'aliénation que l'élévation spirituelle.
Beaucoup de catholiques face à la radicalisation cléricale romaine de ces 30 dernières années, ont pris une certaine distance avec la religion mais gardent la foi et une pratique personnelle. Ce qui nous aide? Souvent une pratique quotidienne de la prière, une relation forte à Dieu mais aussi une approche des autres et de la vie sous l'angle évangélique.
Les rites le plus souvent font le bonheur des intégristes. Mais n'incarnent plus pour une majorité de catholiques dits progressistes, le ferment de la croyance et de l'espérance. Au mieux cela relève de l'habitude et de la tradition mais pas de ce qui nourrit notre foi. Le discours radical de nombreux prêtres y est pour beaucoup. Les amitiés et les propos intégristes d'une partie des évêques et cardinaux font qu'il y a encore plus de rejet et de méfiance.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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