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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 22:04

Lorsque je serai maître du monde, une de mes premières mesures sera d'interdire les statistiques religieuses. Non pour déplaire à Robert Ménard, ni pour diminuer le travail de l'INSEE. Pas non plus pour nier l'importance du facteur religieux dans le comportement des populations.


Les habitués de ce blog savent déjà que je crois fermement que toute approche quantitative du sentiment religieux dans une population est vaine. Le vocabulaire utilisé pour les enquêtes ne sera jamais compris pareillement par tous. L'individualisation des croyances – que le monde catholique découvre, quelques siècles après les juifs et les protestants – rend toute quantification bien trop aléatoire. Et de telles approximations – on peut penser aux affrontements sur le nombre de musulmans en France - sont dangereuses en ces temps nauséabonds de haine de l'autre sous prétexte, entre autres, qu'il ne croit pas comme il faut. A Béziers et ailleurs.


Le quotidien Le Monde vient de montrer dans un article tout ce qu'il ne fait pas faire en la matière en donnant pour titre à un article « La moitié des Français ne se réclament d'aucune religion » (lire ici pour les abonnés). Un intitulé qui ne correspond pas du reste au contenu de son propos.


Je ne saurais trop conseiller de lire le démontage en règle (voir ici), réalisé par mon ami Eric Vinson, sociologue des religions qui a tâté du journalisme, dans l'excellent site La table des cathos de gauche (à retrouver ici).


Et je vais rajouter à son propos une conviction concernant la famille toujours la plus nombreuse chez les croyants survivants, les catholiques.


Après avoir reconnu la limite des données utilisées pour son analyse, la journaliste du Monde Leila Marchand annonce toute fière qu'elle va avancer « certains chiffres en revanche catégoriques » concernant le catholicisme. Et de tomber dans le panneau basique de croire que des les pratiques déclarés sont plus fiables, plus objectifs, que les croyances.


Se rendre le dimanche à l'église est un acte qu'on ne saurait assimiler systématiquement ni à une affirmation de foi, ni à l'acceptation d'un corpus de croyances. La pratique dominicale peut être une habitude, un rituel hebdomadaire détaché de tout rapport à Dieu et à Jésus. Parce qu'on a toujours fait ainsi et qu'on y retrouve sa famille avant de partager le rôti et les petits pois. Parce que certains s'ennuient le dimanche ou parce qu'il est de bon ton de se montrer dans les travées.


Dans le sens contraire, une personne qui ne franchit jamais la porte d'une église peut s'estimer un aussi bon catholique qu'une grenouille de bénitier. Par sa fréquentation de groupes catholiques, par la participation à des pèlerinages ou par sa relation personnelle à Dieu, Jésus ou Marie. Ou par sa conviction, au fond de son cœur, que tout ce qui dit l’Église catholique est bel et bon.


Seule une sociologie qualitative à base d'entretiens - comme « Qui sont les cathos aujourd'hui ? », enquête dirigée par Yan Raison du Cleuziou pour l'association d'intellectuels chrétiens Confrontations (DDB, 2014) - pourra saisir toutes ces nuances.


Étant, Dieu merci, dépourvu des pleins pouvoirs, je continuerai de crier en vain contre les statistiques religieuses. Et celles-ci feront toujours la une des magazines, engraissant les instituts de sondages.

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commentaires

Jean-Christian Hervé 10/05/2015 23:56

Merci pour les pensées exprimées dans ce papier dans lequel je me retrouve totalement.
J-C H

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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