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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 21:33

Sorti à la fin de l'été, l'ouvrage « Monsieur le curé fait sa crise » (éd. Quasar, 176 p., 12 €, voir ici) bénéficie d'un accueil unanime dans le monde catho et de ventes record (il est en tête dans le département "catholicisme" d'Amazon). Je m'en réjouis à plusieurs titres.


L'auteur de cette fable, Jean Mercier, rédacteur en chef adjoint en charge des religions à La Vie, est un confrère que j'apprécie. Même si nous eûmes des prises de bec par le passé, du fait de son tropisme ratzingerien.


Jean Mercier a fait œuvre utile en documentant sous une forme agréable et bienveillante, une réalité ecclésiale que beaucoup veulent taire et que j'évoque très souvent ici : l'impasse du ministère presbytéral en France aujourd'hui.


On ajoutera que l'auteur fait cela avec humour et style. Ce qui n'est guère évident. Son récit me rappelle le travail mené par Christine Pedotti (alias Pietro di Paoli), avec ses chroniques de la vie d'un prêtre et son monumental roman d'anticipation Vatican 2035 (tous chez Plon, à retrouver ici).


A 50 ans, Benjamin Bucquoy est le curé d'un de ces nombreux ensembles pastoraux ruraux intenables. Il doit faire faire aux pressions et aux procès de tous bords. L'auteur présente des portraits saisissant de justesse : une catéchiste moderniste pleine de certitudes (et pour qui les prêtres n'ont pas leur mot à dire), un aristocrate qui s'est mis en tête de réparer une chapelle en ruine et ne supporte pas que son projet ne soit la priorité de notre curé, ou encore un ennemi de Mme Taubira qui accuse le curé de "refuser de soutenir la morale catholique". On lit avec délectation les récits de la guerre que se livrent deux paroissiennes...


Chaque jour, le prêtre est accusé par les uns d'être progressiste, quand d'autres lui reprochent son penchant classique. Au milieu, son évêque préfère le plus souvent donner raison aux paroissiens.


C'est le cas d'une belle page sur l'organisation des messes dominicales. "Le rêve de Benjamin serait qu'on ait le courage de dire aux gens la vérité : il n'y aura plus de messe dans les petits clochers, mais seulement dans le grand. (...) Chaque dimanche, on se casse la tête pour savoir où aura lieu l'eucharistie." Refus de l'évêque selon qui la suppression de la rotation des clochers "contreviendrait à l'article 4.3 des actes synodaux votés en 2007". Le curé a beau répliquer que depuis dix ans, la situation a changé et que la décision synodale est "périmée", rien n'y fait. L'évêque conclut le débat : "les laïcs tiennent à leur messe dans leur église, alors fais un effort. Fais au moins semblant qu'ils comptent pour toi". Merci patron !


Un débat qui me rappelle un souvenir de jeune journaliste. C'était il y a plus de 20 ans. Mon hebdomadaire diocésain proposait à ses lecteurs un tableau des horaires des offices pendant l'été. Je téléphone donc à un curé de campagne, qui devait à l'époque frôler les 80 ans, lui demandant comment il s'organise dans son secteur. Ma question lui paraissant des plus saugrenues, il me répond un peu sèchement. "Comme toujours Monsieur. Je dois desservir cinq clochers. Il y aura donc cet été deux messes le samedi soir et trois le dimanche matin". Depuis j'imagine qu'on a dû retrouver un jour la petite Citroën de ce forçat de l'eucharistie dans un platane, un dimanche matin.


Revenons aux aventures de notre Père Benjamin. Après avoir lu la moitié de l'ouvrage, celle qui décrit la situation du héros, je me suis même dit en moi-même : voilà le livre que j'aurais voulu écrire. Si j'avais eu le talent littéraire...


Je ne dirai rien ici de la suite de l'ouvrage, de la décision de crise de M. Le Curé. Elle est originale, romantique, assez dans l'air du temps. Dérangeante, elle ouvre des pistes de réflexion sur l'Église de demain. Pour ma part, je l'aurais imaginé plus revendicative, plus utopique. On retrouve ici la diversité de regard de deux observateurs du monde catholique.


Pour se faire une idée, le mieux reste donc de lire les aventures rocambolesques de ce curé en qui bien de nos prêtres se reconnaîtront. Et si le coup de colère de ce héros romanesque fait école dans les diocèses de France, il sera alors temps de se poser les bonnes questions.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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