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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 11:30

Effet de l'Année de la miséricorde ou volonté de se montrer sous un jour plus humble, la demande de pardon est au coeur de l'actualité de l'Église de France. Il faut saluer cet esprit de modestie qui n'a pas toujours été le fort de l'institution ecclésiale.


Pour sa défense, toutes les institutions tendent à ne pas vouloir reconnaître leurs torts et à accabler les individus quand la structure a failli. Les États, les administrations ou les entreprises, avec leurs bataillons d'avocat, font souvent tout pour ne jamais reconnaître leurs tords en tant que structures. L'Église catholique n'est pas plus malsaine que les autres dans ce domaine. Sauf qu'elle prétend diriger les âmes et définir une morale. Et à ce titre, elle doit être irréprochable.


Hommage doit donc être rendu au diocèse d'Orléans. Le 7 octobre, rapporte La Croix (voir ici), s'est tenue dans l'église Sainte Jeanne d'Arc une "veillée de prière, de pardon et de réparation adressée aux victimes d’abus sexuels commis par des prêtres". "Nous savions et nous nous sommes tus, a dit Mgr Jacques Blaquart, évêque du lieu, habillé en civil en signe d'humilité. La vérité éclate et c’est tant mieux. Nous avons failli et nous n’avons pas protégé les plus fragiles, les souffrants, les abîmés."


Dans ce nous, il fallait entendre les responsables ecclésiaux. Ceux qui jadis ont protégé des prêtres en les soustrayant à la justice, ceux qui ont étouffé les témoignages des victimes, ceux qui n'ont pas su protéger les fidèles jeunes, en renommant des prêtres dangereux, ceux qui ont préféré éviter le scandale au mépris de la vérité...


Depuis on a appris que la geste d'Orléans allait connaître une postérité nationale. À Lourdes, lieu phare de la générosité des catholiques envers tous les souffrants, les évêques réunis vont – enfin - poser ce geste grave et nécessaire.


"En réponse à l’appel du Saint-Père, précise le communiqué officiel (à retrouver ici), les évêques de France ont décidé de vivre, au cœur de leur assemblée plénière de novembre, un temps de prière et de pénitence pour les victimes d’abus sexuels. Cette démarche spirituelle est d’abord une prière pour les victimes ; elle est aussi une demande de pardon pour les fautes commises par les membres du clergé et une prière pour que les acteurs de l’Église aient une conscience toujours plus vive de leur responsabilité à l’égard des personnes qui leur sont confiées."


La journée du lundi 7 novembre de l'Assemblée plénière de l'épiscopat sera marquée par cette démarche : messe "pour demander le pardon des péchés", séquence d’information (bilan des mesures engagées) et d’échanges sur la pédophilie, prière universelle des Vêpres "en référence aux victimes d’actes pédophiles" et invitation au jeûne pour les évêques.


La société française attend ce geste de contrition d'une institution qui, malgré ses progrès depuis le pontificat de Benoît XVI, reste perçue comme fautive. Anticipant l'afflux des caméras, le service de communication de la CEF précise : "Afin de garder une dimension spirituelle à cette démarche des évêques du 7 novembre, il n’est pas prévu que les médias puissent y participer".


Le message passera quand même, et c'est heureux. Il ne faudra pas pour autant que ce geste fort exonère l'Église de la nécessité de réfléchir sur l'accompagnement de la vie affective d'hommes de qui on exige célibat et chasteté.


Pardon pour avant-hier aussi. Le diocèse de Pamiers dans l'Ariège organisait dimanche 16 octobre une cérémonie au pied des ruines du Château de Montségur. Le 16 mars 1244, y périssaient les 220 derniers cathares qui préférèrent les flammes à l'abjuration de leur foi jugée "hérétique". Un tragédie présente encore dans la mémoire collective, aux dires de Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, interrogé par La Croix (à lire ici).


Refusant "lautoflagellation", il invite à demander pardon non aux cathares, "mais au Seigneur, pour cet inconscient collectif blessé". À travers ce geste pénitentiel, le prélat a voulu affirmer trois convictions : rejeter la collusion entre pouvoir politique et autorité religieuse, respecter de la liberté de conscience, refus de "l'utilisation de moyens ne respectant pas la dignité des personnes humaines pour atteindre une fin juste".


Quelle utilité peut-on trouver dans un geste relatif à un passé si lointain, à une époque si différente que la notre et si violente ? "On ne sait pas comment le futur nous jugera, note finement Mgr Eychenne. Aujourd’hui, des hommes et des femmes se noient en traversant la Méditerranée. On nous reprochera peut-être d’avoir été inhumains par notre indifférence."


L'évêque de Pamiers donne la réponse au coeur de son interrogation. Une raison de plus pour que l'esprit de pardon, pour les fautes d'hier comme d'aujourd'hui, demeure dans l'Église, même après l'Année de la miséricorde.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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