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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 10:36

J'avais envisagé de titrer cette chronique "Des prêtres, des prêtres, oui mais des hétéros". Mais cette référence à une (très vieille) publicité pour Panzani n'est pas sérieuse, alors que le sujet l'est.

 

Le 8 décembre, la Congrégation romaine pour le Clergé a rendu public son nouveau texte d'orientation pour la formation des séminaristes. La précédente Ratio fundamentalis sacerdotalis, terme consacré, datait quand même de 1970 et avait bénéficé d'un toilettage en 1985, on peut considérer que le monde a bien changé en 46 ans. Les jeunes candidats à la prêtrise ne sont plus les mêmes, ni les réalités qu'ils vont rencontrer durant leur formation et leur ministère.

 

Nicolas Senèze, dans La Croix du 9 décembre (voir ici), explique que ce texte, en préparation depuis 2014, doit maintenant être repris par chaque conférence épiscopale nationale, laquelle est invitée à rédiger sa propre Ratio nationalis, avec ses particularités locales. On se félicite de cet effort de décentralisation.

 

Quoi de neuf pour la formation des apprentis prêtres ? Pas grand-chose de révolutionnaire à lire le confrère du quotidien catholique... Il est question de formation « tout au long de la vie ». Une belle idée qui pourrait bien rester, du moins chez nous, un vœux pieu au regard de la charge de travail des prêtres.

 

Le nouveau document parle de la "dimension humaine de la formation" quand le précédent traitait plus du contenu. L'année de propédeutique avant le séminaire proprement dit, très largement pratiquée dans nos diocèses, est rendue obligatoire par Rome. Le grand mot paraît être le discernement.

 

"Le prêtre n'est pas l'homme du faire, ni un leader, ni un organisateur religieux ou un fonctionnaire du sacré, mais un disciple épris du Seigneur", indique le cardinal Beniamino Stella, préfet de la Congrégation pour la Clergé, cité par La Croix. Un propos de bon sens. Mais qui pose question quand on le rapproche du principe ecclésial que toute fonction de gouvernance dans l'Église est nécessairement confié à un homme ordonné (prêtre ou évêque). Si ni les clercs (dixit le cardinal), ni les laïcs, ne dirigent, comment fait-on ?

 

Les observateurs un peu taquins verront dans l'expression "fonctionnaire du sacré" un clin d'oeil (involontaire ?), à l'ouvrage Fonctionnaires de Dieu, (Kleriker en version originale), du prêtre et psychanalyste allemand Eugen Drewermann, qui fit scandale dans les années 80.

 

La Ratio 2016 reprend une instruction de 2005 (1) qui indiquait que devaient être refusés à l'entrée ceux "qui présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées". L'historien Anthony Favier, spécialiste des questions de genre en catholicisme, a publié une longue note au titre volontiers provocateur "Pourquoi l'Église a-t-elle besoin de prêtres hétérosexuels ?" (à retrouver ici). Il étudie les 3 paragraphes du document romain abordant la question.

 

Le &199 stipule que ceux qui présentent des tendances homosexuelles profondes "se trouvent dans une situation qui fait gravement obstacle à une juste relation avec des hommes et des femmes". La phrase est reprise telle quelle de l'instruction de 2005. En creux, on peut y lire que les prêtres hétérosexuels, bienvenus eux dans les séminaires, ne sont pas suspects de cette difficultés de comportement.

 

"J'espère, note justement Anthony Favier, que tous les prêtres sont sensibles à ce qu'ils exercent sur les personnes qu'ils accompagnent, qu'ils sont conscients qu'ils sont objets et potentiellement sources de désir et que, à ce titre, il faut veiller à ce que cela n'entrave pas une relation d'ordre spirituel". Et d'ajouter ajoute aussitôt : "Quel fardeau supplémentaire, ou bien particulier, peuvent donc avoir les homosexuels ordonnés ?"

 

Dès lors que l'on forme des célibataires censés demeurer chastes, il est sain, comme le fait la Ratio fundamentalis, de parler des risques, humaines, de l'ordre de la séduction. Mais on peut trouver spécieux de fermer la porte aux tenants d'une d'orientation sexuelle et de l'ouvrir sans retenue aux autres, sur ce critère précis. Sauf d'être convaincu qu'une orientation, minoritaire, rend les hommes moins capable de gérer leur relation affective.

 

On ajoutera, pour le contexte français que le quotidien d'un prêtre en paroisse consiste à rencontrer bien plus de femmes que d'hommes. Ceci devrait rassurer nos responsables nationaux quand au péril que représentent les prêtres homosexuels.

 

Affirmant que ces derniers "constituent un groupe loin d'être marginal", Anthony Favier conclut son texte avec un accent très bergoglien. "Leur dissonance vis-à-vis du désir dominant ainsi que leur condition de minoritaires dans la société les placent dans une situation évangélique : celle des marges". Et de terminer par une voeux aussi romantique que désespéré : "L'institution catholique parviendra-t-elle, un jour, à en faire explicitement une force pastorale ? Ce texte semble indiquer que la route sera longue...".

 

Dans 40 ans pour une prochaine Ratio fundamentalis sacerdotalis ?

 

(1) "Instruction sur les critères de discernement vocationnel au sujet des personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de l’admission au séminaire et aux Ordres sacrés", signée alors par le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation de la Doctrine de la Foi.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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