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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 13:22

 

 

Ancien président de l'ACI (Action catholique des milieux indépendants) puis du CCFD (entre 1981 et 1987), Gabriel Marc est décédé le 20 octobre, à 79 ans.

Son ami Michel Bloch-Lemoine lui rend hommage.


Marc


 

Gabriel Marc vient de nous quitter, ce 20 octobre, avant même d’avoir atteint son quatre-vingtième anniversaire, le 1er janvier prochain.

 

Le 13 mars dernier, nous étions quatre ou cinq autour de lui, dont Jean Rigal, chez Gérard Bessière, près de Cahors, pour rédiger la brochure « A l’écoute de la parole » que nous avons publié le mois suivant. Après le déjeuner, nous l’avons vu s’effondrer à terre dans le jardin et, le souffle court, ne plus pouvoir se relever. Simone, son épouse, l’a immédiatement remmené chez eux, près de Sarlat.

 

Je ne l’ai pas revu. Comme beaucoup de ses amis proches, j’ai choisi de ne pas lui rendre visite, et nous avons correspondu par téléphone et par internet. Je ne raconterai pas les multiples épreuves de Gabriel au cours des sept derniers mois, ses nombreux examens et ses multiples hospitalisations dans plusieurs établissements, ses souffrances dues à une polypathologie complexe.

 

Je ne raconterai pas non plus sa carrière d’administrateur de l’INSEE très tôt orientée vers l’Outre-Mer, son rôle dans la représentation française au Conseil économique et social des Nations Unies. D’autres reparleront de son cursus militant à la présidence de l’Action catholique des milieux indépendants (1971-1977), puis à celle du Comité Catholique contre la faim et pour le développement (1982-1988) et des Commissions Justice et Paix d’Europe.

 

C’est à travers ces expériences qu’il avait, sans rien renier de la rigueur intellectuelle de l’économiste, été convaincu que, seule, la solidarité – qu’en tant que chrétien il appelait l’Amour - pouvait humaniser une inévitable mondialisation.

 

De nombreux lecteurs de La Croix et de Témoignage chrétien gardent le souvenir des dizaines d’articles qu’il a publié au cours des dernières décennies. Il a donné jusqu’à ces derniers temps un grand nombre de conférences, dont beaucoup mériteraient d’être rassemblées dans un recueil.

 

Je voudrais seulement ici témoigner de la foi de Gabriel Marc, comme d’autres le feront sans doute aussi en d’autres temps et en d’autres lieux. Depuis 1980, nous avons été quatorze à constituer autour de lui ce que l’on peut appeler une communauté de base. Nous sommes encore huit aujourd’hui, survivants des 221 réunions d’un ou deux jours qui nous ont rassemblés depuis plus de trente ans.

 

Dans le livre qu’il a écrit en 2000 (1), mais qu’il n’aimait guère faute d’avoir pu s’y exprimer comme il l’eut désiré, Gabriel nous livrait quelques clés de son espérance. Sa formation de statisticien l’avait aidé à passer d’une représentation du monde, en segments linéaires selon la logique de la mécanique, à une nouvelle logique de la complexité selon une approche systémique.

 

Une logique qui nous montre « que le monde est déchiffrable, que l’on peut s’orienter en son sein, et participer à son devenir. Chacun de nous est une cellule indispensable à la vie du corps social (ou ecclésial) comme chaque cellule est indispensable à la vie du corps humain » (2).

 

C’est sur cette base qu’il avait pu enrichir sa compréhension et sa « contemplation du mystère de Dieu, dont Jésus nous a permis l’approche. Le Dieu Trinité peut être compris comme un système où « le Père se donne éternellement au fils, hormis le fait d’être Père, le Fils se donne éternellement au Père, hormis de fait d’être Fils, et ce don mutuel inépuisable, c’est l’Esprit ».

 

La foi de Gabriel Marc a été avant tout une foi trinitaire, œuvrant à déchiffrer cette immense histoire du monde et de l’humanité qui, selon Joseph Moingt (3) « est non moins celle de Dieu, de Dieu faisant histoire avec les hommes par un lien au Christ dans l’Esprit ».

 

Comment s’étonner, dès lors, de son attente lucide, humble et paisible, de la mort. Dès 2000, il écrivait « Il me semble que ce moment de la mort, crucial pour moi seul à ce moment-là, ne surgira pas n’importe comment, mais à un point de maturité, indépassable, où je ne serai plus utile ici-bas ». Il a pleinement conservé jusqu’au bout sa lucidité et son humour.

 

Son attachement à l’Eglise et la grande connaissance qu’il en avait acquise l’ont poussé à désirer la voir renouveler un aggiornamento radical. Mais, réaliste, il avait compris qu’il n’en serait pas témoin. Il avait acquis la conviction que seule, une action des laïcs pourrait, à la base, en être l’instrument : « Il y a donc nécessité d’imaginer dès maintenant et d’expérimenter sans tarder un nouveau tissu ecclésial pour notre temps. Selon moi, il repose sur de petites unités ecclésiales à taille humaine de nature communautaire » (4).

 

N’est-ce pas, après Yves Congar il y a longtemps, et bien d’autres aujourd’hui, ce que vient de nous répéter Joseph Moingt : « Quand on aura renoncé à ces vains espoirs, il paraîtra évident que le changement ne pourra venir que d’en bas, et quand des laïcs chrétiens l’auront amorcé, poussés par le souffle de l’Esprit, l’ensemble de l’Eglise saura y reconnaître son salut » (5).

 

Une dernière et modeste consolation de Gabriel aura peut-être été d’apprendre que le Conseil permanent de l’Episcopat m’avait demandé d’envoyer notre brochure « A l’écoute de la parole » aux sept évêques français appelés à siéger à Rome au Synode sur la Nouvelle évangélisation.

 

Nunc dimittis servum tuum, Domine … Et maintenant, Seigneur, laisse reposer ton serviteur … (6).

 

Michel Bloch-Lemoine

 

(1) Il faut aimer l’Eglise, nom de Dieu, Gabriel Marc, l’Atelier, 2000.
(2) Op. cit., p. 143.
(3) Dieu qui vient à l’homme, de l’apparition à la naissance de Dieu, Joseph Moingt, Cerf, 2005.
(4) Promouvoir des communautés, Gabriel Marc, in A l’écoute de la Parole, 2000 catholiques élèvent la voix, CELEM, Avril 2012, pp. 41-42.
(5) Faire bouger l’Eglise catholique, Desclée de Brouwer, 2012, 192 pages.
(6) Luc, 2, 29-32.

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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