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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 15:02

 

 

Le règlement de la succession de Mgr Albert Rouet à Poitiers se fait attendre. L'enjeu dépasse la simple situation du diocèse.

 

Depuis samedi 27 août, le diocèse de Nevers connaît son nouvel évêque. Thierry Brac de la Perrière, un des auxiliaires du cardinal Barbarin à Lyon, va succéder à Francis Deniau, atteint en octobre par la limite d'âge (75 ans).

 

On attendait, on attend toujours une autre nomination dans l'épiscopat national. Depuis février 2011, le diocèse de Poitiers (qui couvre les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres) attend le successeur d'Albert Rouet

(dont la fiche sur le site internet diocésain fait croire qu'il est toujours en place).

 

Certes, un prélat circule bien à l'évêché en la personne de Mgr Pascal Wintzer. Mais cet évêque ouvert (1), auxiliaire du diocèse depuis 2007, n'est qu'administrateur apostolique, en charge des affaires courantes. Il ne peut décider d'aucune orientation majeure et sera nommé ailleurs dès l'arrivée d'un impétrant.

 

Cette situation est fréquente en cas de décès ou de déplacement d'un évêque diocésain. Une telle décision ne saurait être prise en quelques jours. L'attente est ordinairement vécue dans le calme et l'espérance en la sagesse de l'institution.

 

A Poitiers toutefois, on s'étonne que la situation s'éternise. Car le départ de Mgr Albert Rouet,  à l'heure de la retraite, été prévu de longue date. Depuis presque un an, le nonce apostolique à Paris et les bureaux du Vatican savent qu'il faudra trouver un remplaçant. Mais le poste est sensible. Certes la capitale du Poitou n'est ni Paris, ni Lyon, et ne présente pas de caractéristiques sociologiques particulières.

 

Sauf à oublier que le diocèse fut, durant le mandat d'Albert Rouet, préparé par son prédécesseur Joseph Rozier, un laboratoire de recherche d'une organisation pastorale novatrice autour de communautés locales. Durant des années, s'est bâti un système dans lequel laïcs et prêtres gèrent ensemble, chacun dans son rôle, la présence catholique. Des dizaines de laïcs sont en mission dans ce cadre unique. Le dispositif est appuyé sur une politique de formation ambitieuse et un outil de réflexion théologique pointu.

 

Le nouveau venu devra assumer cette histoire particulière. Les disciples de Mgr Rouet redoutent qu'il ne balaye le travail effectué. Il en aura tous les droits. Certains salariés du diocèse, venus pour travailler avec Albert Rouet et parfois même à sa demande, s'interrogent sur leur avenir, dans un contexte financier tendu (2). Dans le même temps, une poignée de prêtres et de fidèles, opposés à la politique menée depuis des années, espèrent prendre leur revanche et revenir à un système plus classique centré autour du prêtre.

 

Des rumeurs printanières laissaient entendre qu'un évêque dans le même esprit était promis pour le siège de Poitiers. Étant déjà en poste, ce dernier attendait l'été pour préparer son départ. Septembre se profile et rien ne se passe. A Rome comme à Paris, certains verraient d'un bon œil la remise au pas d'un diocèse frondeur. Il est possible également que des candidats potentiels hésitent devant la difficulté de succéder à un homme au charisme et à la stature intellectuelle nettement supérieurs à bien des évêques du pays. Bref, ça cafouille  et ça traine.

 

On se souvient qu'en 1995 à Évreux, après le limogeage peu glorieux de Mgr Jacques Gaillot, Rome avait eu la sagesse d'envoyer aux fidèles de l'Eure sous le choc un homme ouvert, Jacques David, histoire d'apaiser les tensions.

 

Mais on sait aussi que le Vatican a étouffé toutes les velléités pastorales orientées vers les plus pauvres en Amérique latine simplement en nommant des évêques classiques à la suite de prélats progressistes et inventifs. A défaut de changer les ouailles et leurs désirs, le Vatican garde le pouvoir, immense, de nommer les bergers.

 

Il reste à espérer que ce diocèse pilote puisse poursuivre une aventure prophétique dont l'ensemble de l'Eglise de France pourrait profiter.

 

  1. Il prédise au niveau national l'observatoire « Foi et culture »

  2. Comme un entraîneur de football avec son adjoint et son préparateur physique, certains évêques aujourd'hui arrivent dans un diocèse avec leur staff. Et la fragilité des statuts d'employés dans le diocèse permet de mettre fin à un contrat très facilement si le « patron » le décide.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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