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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 08:40

Dans son édition du 11 mai, La Croix a donné longuement la parole à Mgr Georges Pontier, dont le silence entre les deux tours de l'élection présidentielle avait été diversement apprécié (voir l'entretien ici). Le journaliste Nicolas Senèze a posé au président de la Conférence des Évêques une double question à propos du Président de la République élu : « Qu'attendez-vous de lui ? Que redoutez-vous ? »

 

À la première, Mgr Pontier a évoqué la nécessité de la « cohésion et de la réconciliation des Français », après un campagne qu'il a jugée « violente du début jusqu'à la fin ». Un propos assez convenu que le quotidien catholique retiendra comme titre à l'interview.

 

Sa réponse à la deuxième question – sur ses craintes - est riche et mérite qu'on s'y attarde. « J'espère qu'il [le nouveau président] ne va pas nous enliser dans des débats de société qui ont aussi contribué à la division du pays mais qu'il n'est pas urgent de remettre en première ligne ». On voit évidemment à quoi fait référence l'archevêque de Marseille, qui garde en mémoire les débats autour de l'extension du mariage et les législations sur la fin de vie.

 

Mais qui doit vraiment craindre un « enlisement » ? L'ensemble des Français qui, globalement sont favorables à des évolutions en faveur de plus de libertés individuelles en matière morale, ou les catholiques, qui les freinent ? Le pays n'a pas été autant « divisé » par le débat autour du mariage que les paroissiens devant la parole très univoque des autorités catholiques. On peut se demander ce que recouvre le « nous » utilisé par le prélat.

 

Ces débats, à le lire, ne sont pas « urgents à remettre en première ligne ». Dans ce sens, il rejoint beaucoup d'observateurs qui ont reproché à François Hollande et demain à son successeur de faire plus de sociétal que de social (voir ici l'éditorial de Jean-Pierre Denis le 11 mai dans La Vie).

 

Pourtant cette question de l'urgence n'est pas si évidente. Dans les domaines concernés, les évolutions législatives offrent des possibilités nouvelles à des catégories numériquement faibles de citoyens : les lesbiennes en demande de maternité, les personnes incurables subissant des souffrances intenables. Pour ces quelques milliers de personnes, il s'agit souvent d'une urgence. L’Église catholique, qui se prétend depuis Paul VI « experte en humanité », ne peut rester insensible aux cris de ces infortunés. Et on imagine mal qu'elle tente de les minimiser pour préserver la paix dans ses sacristies.

 

Le Mouvement homosexuel chrétien David & Jonathan a réagi aux propos de Mgr Pontier, dans un communiqué intitulé « Questions de société : deux poids, deux mesures ? » (à lire ici) . David & Jonathan reproche aux responsables de l’Église catholique de France d'un côté de « tenter de peser sur le pouvoir politique lorsqu’il s’agit en particulier des questions de l’intime : la sexualité, les modalités de la procréation, la vie » et, dans le même temps « d'afficher une frilosité consternante et refuser de prendre position lorsque menacent à grande échelle l’exclusion, le rejet de l’autre, le racisme, l’homophobie, etc. ».

 

Pour David & Jonathan, « éluder des débats aussi fondamentaux est contraire à la démocratie, ne permet pas de ressouder une société profondément divisée, et mène au contraire à la peur, à la méfiance et à l’exclusion. »


Dans le processus de la Loi Taubira, le gouvernement s'est mal comporté envers le contradicteur catholique. Emmanuel Macron, qui a vécu l'épisode au cabinet du Président Hollande, agira on l'espère avec plus de finesse. L’Église aussi, en se rappelant qu'avec son soutien aux Manifs pour tous, elle n'a redoré son image ni dans l'opinion, ni chez certains catholiques. Sur ces fameuses questions de société, le mouvement homosexuel chrétien affirme « la nécessité d’écouter les témoignages de vie des personnes concernées, plutôt que de partir d’un dogme. La conscience éclairée de chacun-e décide ainsi en dernier lieu… Quelle liberté pour le peuple de Dieu ! ».


Si le nouvel hôte de l’Élysée remet sur la table des dossiers touchant à la famille ou la fin de vie – l'ouverture de la PMA aux couples de femmes figurait à son programme -, l’Église devra contribuer au débat sans se sentir agressée, en écoutant ce qui se dit dans ses rangs, comme en dehors. Pour que le sujet se s'enlise pas et soit traité au mieux de l'intérêt de la nation.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 19:18

Décidément le pape argentin ne cesse de nous surprendre. Le voici en passe de réussir là ou son prédécesseur allemand s'est cassé les dents : faire revenir les intégristes de la Fraternité Saint-Pie X dans le giron romain.

 

Romilda Ferrauto, qui fut longtemps la responsable du service francophone de Radio Vatican, explique longuement la situation sur le site de La Vie (voir ici, disponible pour les abonnés). Pour elle, la visite papale à Fatima le 13 mai pourrait être le cadre de l'annonce. À défaut ce sera pour 2017.

 

La journaliste rappelle par le pontife argentin a déjà posé deux gestes significatifs en direction des héritiers de Mgr Lefebvre : reconnaissance de l'absolution par les prêtres de la Fraternité et validation, sous certaines conditions, de la célébration de mariages par les mêmes.

 

Quand Benoît XVI voulait en son temps régler les différends avant toute réintégration, François agit autrement. « Ce pape privilégie les gestes concrets, et il veut aller vite sans tergiverser, écrit Romilda Ferrauto. L’unité théologique viendra plus tard. La pleine communion devrait être rétablie sans attendre que la situation soit entièrement satisfaisante ».

 

Trois critères simples pourraient être demandés aux membres de la Fraternité Saint-Pie X voulant redevenir des catholiques romains, selon le site Vatican Insider : la profession de foi, la reconnaissance de la validité des sacrements célébrés selon la liturgie post-conciliaire et l’obéissance au pape.

 

Pourquoi le pape François veut-il réussir cette réintégration ? Sans doute pour montrer ses bonnes dispositions à l'égard de l'aile conservatrice du catholicisme, qu'il ménage assez peu d'habitude. L'idée de pouvoir enfin discuter de Vatican II et de ses suites sans anathèmes préalables n'est pas inintéressante pour toute l’Église.

 

On peut avancer une stratégie plus politique. Il vaut parfois mieux avoir ceux qui ne vous aiment pas à vos côtés plutôt qu'en face. Tel François Mitterrand nommant son rival Michel Rocard à Matignon en 1988, pour mieux le museler et ruiner son pouvoir de nuisance.

 

Le pape va surprendre – et décevoir – nombre de catholiques. Dans les diocèses qui vont accueillir des membres de la Fraternité, le risque est réel d'une cohabitation artificielle de fidèles sans aucune estime réciproque. Les communautés traditionalistes réintégrées par Benoît XVI (l'Institut du Bon Pasteur, notamment) ont montré leur peu de désir de collaboration diocésaine.

 

Les fans de Bergoglio lui feront sans doute confiance, mais seront attentifs à ce que les entrants mettent de l'eau dans leur vin, en particulier en ce qui concerne les acquis conciliaires non négociables.

 

Quel bénéfice peut retirer le pape de cet épisode ? Il va casser son image de dureté envers ceux qui ne pensent pas comme lui. Et montrer qu'il est définitivement inclassable selon les critères ordinaires de jugement à l'égard des pontifes.

 

En terminant son article, Romilda Ferrauto note qu'un « autre schisme pourrait se produire au sein même du camp intégriste ». L'aile la plus irréductible de la Fraternité n'est pas prête à la moindre des concessions et pourrait faire scission. Certains, comme le négationniste Richard Williamson (exclu en 2012), ont quitté Saint-Pie-X D'autres préféreront sans doute demeurer dans leurs certitudes. Rome ne les regrettera pas. Nous non plus.

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 20:03

La Conférence des évêques de France est incapable de tenir un propos ferme concernant le choix de dimanche. Certains évêques, dans leur coin (voir ici un florilège de textes compilés par La Croix), tentent de dire l'évidence pour un chrétien : le non possumus du vote Le Pen et le bulletin, par défaut mais ferme, pour Macron. Un message que portent sans sourciller les autorités juive, musulmane et luthéro-réformée, dans un communiqué commun sur lequel plane l'ombre du partenaire catholique absent (voir ici).

 

Car de l'avenue de Breteuil, où siège la représentation nationale de l'épiscopat, rien de bien clair n'est venu. Ni le président Pontier, ni le Conseil permanent, porteur ordinaire des messages officiels, ne se sont exprimés. Le communiqué de référence au lendemain du 1er tour, sans orientation précise (à retrouver ici), est signé du P. Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole, d'une parole... bien molle. Pourquoi ?

 

Bien sûr, on peut entendre le discours du refus des consignes de vote depuis Vatican II et de la primauté de la conscience du catholique adulte. Mais ce ne fut pas le cas en 2002, quand l'épiscopat, poussé par le cardinal Lustiger qui connaissait les dangers que porte notre extrême droite, était catégorique face à Le Pen Père. Plus près de nous, en 2013, cette posture non interventionniste ne fut guère celle de nos évêques face à l'ouverture du mariage aux homosexuels. Certains ne se sont pas gênés pour passer par dessus la conscience des fidèles en leur expliquant comment se positionner.

 

Une réalité, bien plus grave, amène le corps des évêques, plus désunis que jamais, à rester dans cette funeste neutralité. A croire le sondage publié par Le Monde mercredi 3 mai au soir (enquête Ipsos pour le Cevipof), le mal est déjà advenu. 46% des catholiques (toutes catégories confondues) seraient tentés par le vote Le Pen ce 7 mai. 46 % !! 6 points de plus que la moyenne de la population.

 

On pouvait pourtant se réjouir des scores modérés de l'héritière frontiste au 1er tour : 22% pour l'ensemble du groupe catholique (11% pour les pratiquants réguliers, 22% pour les irréguliers et 29% pour la masse des non-pratiquants). Marine Le Pen ferait plus que doubler son potentiel entre les deux tours. Ce qui signifie qu'elle récupérerait une très grande partie des 28% des catholiques orphelins de François Fillon (voir ici l'enquête d'Ipsos, en page 17).

 

Presque une personne sur deux se disant catholique s'apprête à voter FN. Comment est-ce possible quand les catholiques par milliers sont engagés tous les jours sur le terrain dans des actions aux antipodes des idéaux frontistes ? Comment le comprendre alors que l'immense majorité des évêques détestent ce parti autant que moi ? Comment imaginer que des fidèles soutiennent un parti qui méprise l’Église et ses valeurs ? Au même titre que les partis politiques traditionnels, les médias ou le monde de la culture, l’Église n'a pas su ou pu contenir la montée de ce vote haineux.

 

Un autre motif, pour moi, justifie cette frilosité. Il relève de la parole de l'autorité catholique dans notre société. Quoi qu'elle dise ou ne dise pas cette semaine, celle-ci est discréditée. Au risque de me répéter lourdement dans ce blog, tant que l’Église maintiendra son discours, bâti par des mâles célibataires, sur les familles, la sexualité ou la place de la femme, elle demeurera inaudible, sans crédibilité aucune. Et ce quel que soit son thème d'intervention. C'est pourquoi, l’Église est aujourd'hui incapable d'assurer sa fonction de guide moral. Pour ses fidèles comme pour les autres.

 

Faut-il ajouter au tableau la gestion des cas de pédophilie dans ses rangs ? La société a bien compris qu'entre la fermeté officielle, récente mais bien réelle, et les pratiques de terrain, l'écart demeurait trop grand pour que le soupçon cesse.

 

Derrière ce discours officiel se dédouanant de toute position tranchée, je vois un aveu de faiblesse. Divisé à son sommet et plus encore à sa base droitisée, l’Église catholique de France est muette et impotente quand le pays vit un tournant. Une réalité aussi inquiétante que le résultat de dimanche. Car lundi, le chantier sera toujours là.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 16:28

2017 n'est pas une année majeure uniquement pour la politique française. Les chrétiens célèbrent les 500 ans du début de la Réforme. De nombreux ouvrages abordent la vie, la pensée et la postérité du moine Martin Luther. Je veux en retenir ici un Le jour où Luther a dit non , d'Anne Soupa (voir la présentation par son éditeur Salvator ici).

 

Plusieurs raisons dictent ce choix. L'auteure est une catholique, bibliste et militante de l'ouverture de l’Église. La fondatrice du Comité de la Jupe (voir ici) et de la Conférence des baptisés catholiques (voir ici) est dotée d'une jolie plume et sait faire passer ses convictions.

 

Ensuite, Anne Soupa a choisi le genre romanesque pour traiter ce fait historique majeur. Son ouvrage n'est pas un traité de théologie mais un récit, documenté sur un épisode majeur de la vie du moine augustinien allemand. Il s'agit des quatre jours, du 12 au 15 octobre 1518, où, à Augsbourg, il rencontre le cardinal Cajétan, dominicain érudit envoyé par le pape pour voir ce rebelle qui fait trembler la Sainte-Église.

 

Très vite on apprend que le légat du pape ne souhaite pas mener une disputatio théologique, genre dans lequel il excelle tout comme Luther. « Je ne suis pas ici non pour débattre mais pour entendre ta rétraction », dit clairement Cajétan, qui doit réprimer son goût pour l'échange. De plus, il ordonne au moine déviant, de « s'abstenir de tout ce qui pourrait dans l'avenir troubler l’Église ». Et l'auteure du roman ne cache guère ce qu'elle ressent de l'intransigeance romaine.

 

Premier point achoppement, première « erreur » dans la bouche du prélat : la condamnation des indulgences. Cette pratique consistait à inciter les fidèles à payer pour se voir pardonner. L'argent recueilli servait largement les besoins de l’Église, des Princes et des banquiers, dont Jacob Fulger, qui abrite dans sa demeure la rencontre historique. La femme de ce dernier finit par être convaincue par les arguments du rebelle, lançant à son mari : « Ces indulgences sont comme une drogue qui t'endort et te fait rester à la surface de toi-même, dans des paradis d'apparence qui ne font pas vivre ».

 

Cajétan dénonce une seconde erreur. « Tu affirmes que l'absolution des péchés ne confère par la grâce du pardon si le bénéficiaire n'y croit pas ». Pour le moine, qui défendant sa position, « l'engagement pour Dieu, c'est la conscience qui le prend, libre, souveraine. Personne d'autres. Ni le pape, ni aucun ministre du culte ». Ainsi est posée l'idée, révolutionnaire, de la relation directe entre le croyant et le créateur, diminuant l'importance des intermédiaires et le pouvoir de la hiérarchie ecclésiale. « Tu sous-estimes le don de Dieu fait à l’Église », tance le cardinal. « Je le rends à chacun de ses fidèles », répond Luther.

 

Ne se vivant pas comme hérétique, le moine lutte pied à pied, rageant que le prélat refuse la joute. C'est l'arrivée de étudiants actuels et passés de Luther, ayant marché des jours pour être au côté de leur maître, qui lui donne le courage de tenir bon. La Réforme est lancée.

 

Dans sa postface, Anne Soupa affirme que ces controverses ne valaient pas un schisme. Elle sous-entend qu'en prêtant l'oreille au moine augustinien et en révisant ses pratiques, l’Église aurait pu éviter ce que le rebelle ne souhaitait pas. L'Europe se serait alors passée de siècles de violence, épargnant des milliers de vies (des deux côtés) et des années de haine.

 

D'autant, note la bibliste, que « aujourd'hui, l'essentiel de ce qu'a soutenu Luther est réintégré par l’Église catholique comme son bien naturel ; altérité, autorité de la Bible, justification par la foi, respect de la conscience personnelle ». Et les différences peuvent cohabiter. Elle ne voit qu'une seule divergence restante : « vaut-il mieux avoir un pape ou non ? ».

 

Ce récit agréable, vivant, bien écrit, pourrait être monté sur les planches. Surtout, il nous éclaire sur les choix ecclésiaux à venir.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 16:28

2017 n'est pas une année majeure uniquement pour la politique française. Les chrétiens célèbrent les 500 ans du début de la Réforme. De nombreux ouvrages abordent la vie, la pensée et la postérité du moine Martin Luther. Je veux en retenir ici un Le jour où Luther a dit non (voir ici), d'Anne Soupa (Salvator).

 

Plusieurs raisons dictent ce choix. L'auteure est une catholique, bibliste et militante de l'ouverture de l’Église. La fondatrice du Comité de la Jupe (voir ici) et de la Conférence des baptisés catholiques (voir ici) est dotée d'une jolie plume et sait faire passer ses convictions.

 

Ensuite, Anne Soupa a choisi le genre romanesque pour traiter ce fait historique majeur. Son ouvrage n'est pas un traité de théologie mais un récit, documenté sur un épisode majeur de la vie du moine augustinien allemand. Il s'agit des quatre jours, du 12 au 15 octobre 1518, où, à Augsbourg, il rencontre le cardinal Cajétan, dominicain érudit envoyé par le pape pour voir ce rebelle qui fait trembler la Sainte-Église.

 

Très vite on apprend que le légat du pape ne souhaite pas mener une disputatio théologique, genre dans lequel il excelle tout comme Luther. « Je ne suis pas ici non pour débattre mais pour entendre ta rétraction », dit clairement Cajétan, qui doit réprimer son goût pour l'échange. De plus, il ordonne au moine déviant, de « s'abstenir de tout ce qui pourrait dans l'avenir troubler l’Église ». Et l'auteure du roman ne cache guère ce qu'elle ressent de l'intransigeance romaine.

 

Premier point achoppement, première « erreur » dans la bouche du prélat : la condamnation des indulgences. Cette pratique consistait à inciter les fidèles à payer pour se voir pardonner. L'argent recueilli servait largement les besoins de l’Église, des Princes et des banquiers, dont Jacob Fulger, qui abrite dans sa demeure la rencontre historique. La femme de ce dernier finit par être convaincue par les arguments du rebelle, lançant à son mari : « Ces indulgences sont comme une drogue qui t'endort et te fait rester à la surface de toi-même, dans des paradis d'apparence qui ne font pas vivre ».

 

Cajétan dénonce une seconde erreur. « Tu affirmes que l'absolution des péchés ne confère par la grâce du pardon si le bénéficiaire n'y croit pas ». Pour le moine, qui défendant sa position, « l'engagement pour Dieu, c'est la conscience qui le prend, libre, souveraine. Personne d'autres. Ni le pape, ni aucun ministre du culte ». Ainsi est posée l'idée, révolutionnaire, de la relation directe entre le croyant et le créateur, diminuant l'importance des intermédiaires et le pouvoir de la hiérarchie ecclésiale. « Tu sous-estimes le don de Dieu fait à l’Église », tance le cardinal. « Je le rends à chacun de ses fidèles », répond Luther.

 

Ne se vivant pas comme hérétique, le moine lutte pied à pied, rageant que le prélat refuse la joute. C'est l'arrivée de étudiants actuels et passés de Luther, ayant marché des jours pour être au côté de leur maître, qui lui donne le courage de tenir bon. La Réforme est lancée.

 

Dans sa postface, Anne Soupa affirme que ces controverses ne valaient pas un schisme. Elle sous-entend qu'en prêtant l'oreille au moine augustinien et en révisant ses pratiques, l’Église aurait pu éviter ce que le rebelle ne souhaitait pas. L'Europe se serait alors passée de siècles de violence, épargnant des milliers de vies (des deux côtés) et des années de haine.

 

D'autant, note la bibliste, que « aujourd'hui, l'essentiel de ce qu'a soutenu Luther est réintégré par l’Église catholique comme son bien naturel ; altérité, autorité de la Bible, justification par la foi, respect de la conscience personnelle ». Et les différences peuvent cohabiter. Elle ne voit qu'une seule divergence restante : « vaut-il mieux avoir un pape ou non ? ».

 

Ce récit agréable, vivant, bien écrit, pourrait être monté sur les planches. Surtout, il nous éclaire sur les choix ecclésiaux à venir.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 19:48

Qu'arrive-t-il à nos évêques ? Depuis quelques mois, ils sont plusieurs à avoir cessé leurs activités. Et à l'avoir officialisé. En début d'année, le président de la CEF Mgr Georges Pontier a été hospitalisé plusieurs semaines loin de son diocèse de Marseille pour des problèmes pulmonaires (voir ici). Il avait déjà manqué la session automnale 2016 de Lourdes.


On savait le cardinal André Vingt-Trois hospitalisé depuis le mois de février. La semaine passée, un communiqué du diocèse nous a appris que l'archevêque de Paris était atteint du syndrome de Guillain-Barré, suite à une infection virale, et qu'il allait devoir subir des soins importants, suivi d'un « long temps de rééducation ».

 

Ces deux leaders de l'épiscopat français sont septuagénaires. Rien ne dit qu'André Vingt-Trois sera remis sur pied le 17 novembre, le jour de ses 75 ans, quand il va, selon l'usage, présenter sa démission au pape. Son confrère marseillais en fera de même le 1er mai 2018.

 

On est en droit de s'interroger. Est-il nécessaire de laisser dans un tel poste de responsabilité des hommes de cet âge, quand la santé fait défaut ? Totalement dévoués à leur ministère, ils négligent trop souvent les alertes de leur corps et ne sont pas tous assidus aux activités sportives. On pourra ajouter que leur réalité professionnelle est au moins autant occupée par de la gestion de crises (manque de prêtres ou dérives de certains) que par la direction spirituelle et pastorale d'un diocèse, travail pour lequel ils sont bien davantage préparés.

 

Je me souviens des derniers mois d'activité du cardinal Lustiger, traînant sa fatigue et la voix diminuée par la maladie. A l'époque, le pape Jean Paul II, souffrant lui aussi, n'avait pas voulu pas gérer les successions de certains postes majeurs (Paris, Madrid), laissant le dossier à son successeur. Gageons qu'on ne demandera pas à Mgr Vingt-Trois de jouer les prolongations comme c'est parfois le cas. Mgr Jean-Michel Di Falco, qui vient de voir aujourd'hui nommé son successeur comme évêque de Gap, s'en était plaint il y a peu (voir ici).


« Faut-il que les évêques fassent du chantage au départ, descendent dans la rue, ou plantent la tente devant la nonciature, pour que l’on n’abuse pas de leur esprit d’obéissance et de leur dévouement ? Pour qu’on mette en route les procédures plus tôt ? Pour qu’ils partent le jour de leurs 75 ans et non pas des mois plus tard ? », disait l'évêque de Gap lors de ses vœux en janvier 2017, théoriquement à la retraite depuis le 25 novembre. Et il ajoutait : « Sachez cependant que je ne me plains pas, c’est vous qui êtes à plaindre dans votre attente d’un nouvel évêque plus jeune, plus dynamique, plus entreprenant, plus à l’écoute, plus compréhensif, plus paternel, plus disponible, plus saint, en fait ! »

 

Tous n'arrivent pas comme Mgr Di Falco en bonne forme à 75 ans. Ne peut-on envisager qu'à 65 ou 70 ans, les évêques fatigués redeviennent, s'il le sollicite, de simples prêtres dans leur diocèse d'origine ? Ils pourraient ainsi poursuivre leur ministère dans des postes moins exposés, moins fatiguant, ne nécessitant par de fréquents voyages vers Paris.

 

Dans les monastères, les supérieur(e)s retournent dans le rang leur mission terminée pour laisser la place à plus jeune. L'exemple est à méditer. Car un bon prêtre en fin de carrière est sans doute plus utile à l’Église qu'un évêque épuisé.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 11:21

« Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne peut s'arroger le monopole des valeurs chrétiennes. Pas plus aujourd'hui qu'hier ». François Vercelletto, spécialiste des religions à Ouest France rappelle dans son blog (à retrouver ici) cette vérité de base. Pourtant, cette année, il semblait que les catholiques de France, dont le cœur on le sait penche nettement à droite, avaient leur champion avec François Fillon.

 

Croyant assumé, bon père de famille, rigoureux comme il faut, peu suspect de bonhomie un tantinet jouisseuse à la Chirac ou d'arrivisme mondain du style Sarkozy : le portait parfait. D'autant plus que l'élu sarthois puis parisien était porté par la nouvelle vague catho en politique de Sens Commun. Mais, le rappelle François Vercelletto « Il ne suffit pas de dire "je suis chrétien" pour être le meilleur garant des valeurs évangéliques ».

 

Las, on sait ce qu'il est advenu. Le parangon de vertu s'est révélé être comme les autres, arrangeant, pour le moins, avec la morale et les finances publiques. Et l'homme que tous voyaient à l’Élysée fuit désormais les foules, les concerts de casseroles et les tomates. Que fait-on, s'interroge le (la) bon(ne) catholique pour qui le choix était plié ?

 

« Les catholiques dans l'embarras » titrait L'Union de Reims dans son édition du 27 mars. Le quotidien a réuni six fidèles engagés à la Maison diocésaine. Malgré les affaires, Fillon garde la confiance d'au moins deux d'entre eux. « Il faut un vote utile. Et Fillon ne fera rien contre ma religion », dit une responsable de la radio RCF. « Je ne vote pas par rapport à ma religion, mais je veux un président qui mette l'humain devant tout le reste », affirme une laïque en mission ecclésiale, qui s'affirme communiste et annonce avoir choisi.... Hamon. Quant au responsable régional des Semaines sociales, le cœur à gauche, il déplore que le candidat socialiste soit favorable à l'euthanasie.

 

Dans son commentaire, la journaliste Catherine Frey, qui a organisé la rencontre, conclut de façon un peu péremptoire, en s'appuyant sur un témoignage : « Il est fort probable, qu'au dernier moment, ces croyants votent tout de même Fillon. La mort dans l'âme ». Mais cette campagne nous réservera encore des surprises.

 

La question taraude même les évêques, si l'on en croit l'article de La Croix, (voir l'article ici)  à la veille de leur rendez-vous de printemps à Lourdes (du 28 au 31 mars). Entre eux, et c'est une bonne chose, les évêques parlent de leurs options politiques. Lesquelles sont diverses.

 

Un évêque – on note l'anonymat du propos – a confié aux journalistes du quotidien catholique : « Pour en avoir parlé avec les évêques de ma province, la campagne prend un tel tour que nous sommes, nous aussi, un peu perdus ». Il voit autour de lui « beaucoup d’indécis ». Ce qui tend à prouver que les évêques sont comme tout le monde.

 

Il est plus gênant de lire que ce même prélat craint, en prenant la parole, « d’ajouter à la cacophonie généralisée » ». Si un pasteur n'ose pas parler d'un choix aussi essentiel que celui de notre gouvernant, on peut s'inquiéter. On est bien loin de la bonne ambiance consécutive à la réception, quasi unanime dans la presse et auprès des politiques, du livre Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, publié par l'épiscopat en octobre.

 

La fin de l'article donne une idée de l'ampleur de la question. Nos évêques auraient du mal à se positionner si, comme cela est prévisible, Marine Le Pen, se qualifie pour le second tour. « Certains d'entre nous pourraient voter pour elle », avoue un évêque à La Croix (des noms!!!). Une situation qui doit faire bondir leurs aînés qui, dans les années 80, avaient été stricts face au péril Jean-Marie Le Pen. Un évêque « de l’ancienne génération » explique : « si je dis quelque chose trop nettement à mes fidèles, en pensant apaiser les choses, en réalité je les ravive ». Mettre en garde contre les dangers de l'extrême-droite serait devenu contre-productif et périlleux ! Un joli constat d'échec pastoral... ou de lepénisation des esprits débordante.

 

Le message est clair pour les naïfs qui pensaient que le discrédit du candidat de la droite classique allait inciter naturellement à un recentrage du vote catholique. Les casseroles de la cheffe frontiste et, surtout, son programme aux antipodes des valeurs évangéliques ne rebutent donc pas tant que cela les catholiques. Quoi qu'il arrive, Marine Le Pen pourra dire un grand merci à sa nièce Marion.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 21:17

Mardi 21 mars, France 2 consacre un numéro de son magazine Cash investigation à un sujet brûlant « La pédophilie dans l’Église. Le poids du silence » (voir ici). La Conférence des évêques de France (CEF) a décliné la proposition d'envoyer un « représentant officiel de l’Église » lors du débat qui suivra la diffusion du document. Dans un communiqué diffusé le 20 mars, elle estime que la déontologie journalistique n'est pas respectée et que l'émission est « plus préoccupée d'accuser que d'informer ».

 

Cash investigation a l'habitude de ne pas ménager les institutions sur lesquelles elle enquête. C'est sans doute pour cela que les téléspectateurs plébiscitent ce programme moins complaisant avec les puissants que d'autres. Sur le site Le Samaritain, le blogueur Koz publie une note signée Vincent Neymon, directeur de la communication de l'épiscopat (à retrouver ici). Il raconte les méthodes insistantes et souvent indélicates d’Élise Lucet, la présentatrice de l'émission, notamment lors de la dernière assemblée d'automne des évêques à Lourdes.

 

Il paraît clair que le reportage est volontairement à charge. Faut-il pour autant renoncer à participer à l'exercice plus contradictoire du débat qui suivra la diffusion ? Je pense que non. Par sa politique de la chaise vide, la CEF ne sert pas ses idées.

 

Bien sûr, on peut considérer comme injuste qu'une institution qui réalise depuis quelques années des efforts louables paie pour des décennies d'incurie et de scandales tus par ses anciens dirigeants. Bien sûr, on peut redire que l’Église n'est pas le seul cadre dans lequel se produisent des horreurs vis-à-vis des enfants. Mais tout cela n'effacera pas l'image détestable que devra supporter encore quelques années l’Église catholique sur cette question. On pourra hurler tant qu'on voudra : c'est ainsi et il faut faire avec.

 

Pour remonter la pente, il est plus utile de se présenter devant les bazookas médiatiques que de fuir en attaquant la déontologie d'une profession. Surtout quand la sienne a tant fait défaut jadis. Si l'épiscopat prône désormais la « tolérance zéro », qu'il le crie au plus grand nombre !

 

Qu'on se rappelle que le pontificat de Benoît XV fut un calvaire pour les communicants ecclésiaux. Entre les maladresses de propos (Ratisbonne, les préservatifs) et les véritables scandales (la petite brésilienne enceinte d'un viol incestueux dont l'évêque refusa l'avortement), l’Église catholique a plusieurs fois été clouée au pilori par les médias français. Un homme possédait la bonne méthode pour faire face. Le P. Michel Kubler, assomptionniste, rédacteur en chef religieux à La Croix, était souvent invité sur France 5 dans l'émission « C dans l'air ». Il commençait toutes ses interventions en plaidant coupable, en reconnaissant que sur la forme, en terme de communication, l’Église avait été nulle. Puis, ses contempteurs calmés, une fois récupéré un certain capital de modestie et de sympathie, Michel Kubler exprimait clairement la pensée catholique.

 

En désertant la scène médiatique sous prétexte qu'elle lui est défavorable, l’Église catholique perd sur tous les plans. Elle est inaudible sur le fond et ne peut ni condamner l'inacceptable, ni demander pardon, ni dire ce qu'elle fait aujourd'hui. Elle apparaît comme s'estimant au-dessus de la confrontation avec le jeu médiatique. Elle n'améliore en rien son image dans l'opinion.

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 09:29

Petite (par le nombre) société de prêtres, la congrégation de l'Oratoire de France (voir son site ici) a toujours fourni à l’Église de France des penseurs originaux et libres. Elle anime la paroisse parisienne de Saint-Eustache et gère des centres spirituels de très bonne tenue à Lyon et Marseille. On peut revoir un article écrit par mes soins lors de leur bicentenaire ici.

 

Oratorien, le P. Luc Forestier, qui dirige l'Institut d'études religieuses de l'Institut catholique de Paris, vient de publier chez Salvator une belle étude intitulée Les ministères aujourd'hui.Il propose un point théologico-historique sur la nature des ministères, les raisons de leur pluralité et leur articulation, principalement autour de la figure de l'évêque.

 

Il évoque la fonction de vigilance dans l’Église, présente dans les lettres de saint Paul, et qui « implique bien plus de chrétiens que les seuls évêques. Bien des épisodes de l'histoire de l’Église catholique montrent à quel point ce sont des laïcs, des religieux, des religieuses qui ont été porteurs de cette vigilance chrétienne ».

 

Autrement dit, la grâce de l'ordination n'est pas absolument nécessaire pour être des phares évangéliques dans nos sociétés. Le rayonnement de grandes figures non ordonnées au XXe siècle – l'abbé Pierre, Sœur Emmanuel, Madeleine Delbrêl... - nous le rappelle. Et ceci ne diminue pas l'importance du sacrement de l'ordre.

 

Pour Luc Forestier, il est clair qu'on ne saurait limiter la notion de ministère aux seuls ministères ordonnés. Dans un chapitre très riche intitulé « les ministères confiés à certains laïcs » (1), il rappelle que les Pères du Concile Vatican II avaient pensé à la situation de laïcs « engagés dans les institutions ecclésiales », à titre « temporaire ou définitif ». Toutefois, écrit l'auteur, ce statut était principalement envisagé pour les « Églises naissantes » et terres de mission. En France, 50 ans après, nous y sommes...

 

En 1972 dans ce même élan, un texte de Paul VI « prévoyait que les conférences épiscopales puissent demander au Saint-Siège l'institution d'autres ministères laïcs, adaptés aux terrain pastoral et aux besoins des Églises ». Le même pontife en 1975 cite des exemples concrets : catéchètes et « chef de petites communautés » (Evangelii nuntiandi).

 

En 1988, dans son exhortation post-synodale Christifideles laici (2), Jean Paul II revient sur l'idée, mais tempère l'enthousiasme de certains. Le texte pointe « le risque de créer une structure ecclésiale de service parallèle à celle qui est fondée sur le sacrement de l'ordre ». Le cléricalisme refait surface et montre ses dents.

 

Au niveau national, le P. Forestier évoque une définition des ministères confiés aux laïcs présentée lors de l'assemblée des évêques de Lourdes en 1973 par le P. Yves Congar. Le grand théologien dominicain établit cinq critères pour différencier ces offices d'autres engagements ecclésiaux moins importants. Ces ministères sont définis comme « des services précis, d'importance vitale, reconnus par l’Église locale, établis pour une certaine durée et comportant une certaine responsabilité ». Luc Forestier s’attarde sur ce dernier critère et invite à ne pas confondre deux notions : « l'égale dignité de tous les baptisés, affirmée solennellement à Vatican II » avec « l'égalité de tous les baptisés ».

 

Depuis, aucune avancée notable à signaler, malgré les efforts du jésuite Bernard Sesbouë qui voulaient « donner un statut nouveau à ces fidèles chrétiens » engagés comme animateur pastoraux (2). Il envisageait un « troisième pôle », sorte d’intermédiaire entre clercs et laïcs, mais sans succès.

 

Pour le P. Forestier pourtant, « il n'est pas possible » de limiter (le ministère) à l'épiscopat, au presbytérat et au diaconat. Et il formule, après Congar, trois critères théologiques pour un ministère confié à un laïc : « quand la responsabilité tient d'un certain lien à l'évêque », quand le laïc a « la charge effective de quelques personnes au moins » et quand ce ministère « implique une vraie prise en charge de l'articulation entre le contenu de la foi chrétienne, son effectuation liturgique et sacramentelle et sa mise en œuvre dans l''histoire et la société ».

 

On le sent, le P. Forestier aimerait voir évoluer la situation. Avec des bases solides, tant théologiques qu'historiques, il lance des pistes pour qu'une belle intuition conciliaire, née dans une époque où tout pouvait s'envisager, voit enfin le jour quand les possibles renaissent dans la tête de certains à Rome.

 

(1) On rappellera que, dans cette orthographe, « laïc » désigne un fidèle catholique non clerc et que l'adjectif « laïque » est lui relatif à la laïcité.

(2) Cette encyclique est très souvent traduite en français par « Les fidèles laïcs ». Fidèles de qui ? De l’Église ou du Christ ? La question n'est pas secondaire.

(3) N'ayez pas peur : Regards sur l’Église et les ministères aujourd'hui, Bernard Sesbouë , éd. Desclée de Brouwer, 1996.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:26

La question de l'homosexualité continue de déchaîner les passions dans certains milieux catholiques. La semaine dernière, un scandale a secoué un lycée catholique de Neuilly-sur-Seine. Les élèves de classe de première du Lycée Sainte-Croix Notre Dame (voir ici son site) se sont vu remettre l'ouvrage « Pour réussir ta vie sentimentale et sexuelle », du Père Jean-Benoît Casterman, membre de la communauté Saint-Jean, publié aux éditions des Béatitudes. Proposé lors d'un cours de catéchèse, cet opuscule tient un discours stupéfiant sur l'homosexualité.

 

Si l'auteur note que « personne ne choisit une tendance homosexuelle », ce sera son seul éclair de lucidité. Car son explication du phénomène – inexplicable pour l'ensemble de la communauté scientifique - fait bondir. « L’homosexualité résulte surtout d’une évolution psychique marquée par l’influence excessive ou insuffisante du père ou de la mère dans l’enfance; ou suite à des perversions d’adultes qui ont provoqué une attirance pour le même sexe, ou une répulsion pour l’autre sexe ». Un ramassis de clichés.

 

Pour le P. Casterman, une tendance homosexuelle à l'adolescence «n’est pas irrémédiable et peut être surmontée ». Le funeste discours sur la guérison survit donc. Affirmant doctement que « l’épanouissement sexuel n’est totalement possible que dans l’altérité homme/ femme, qui est psychique autant que physique », le prêtre conclut son propos en affirmant que « l’homosexualité sera toujours problématique pour l’épanouissement sexuel et conjugal, et pour l’épanouissement des enfants».

 

On peut imaginer l'effet dévastateur d'un tel discours sur un(e) jeune homosexuel(le) pour qui la vie est déjà bien difficile. De tels propos peuvent pousser à des gestes irréparables, comme alertent depuis longtemps les spécialistes des tendances suicidaires adolescents.

 

Hélas, ce n'est pas la première fois que de telles idées sont colportées dans des établissements scolaires. Lors du débat autour de l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, on a attendu des propos homophobes dans certains établissements. Parfois, la participation aux manifestations d'opposants à la loi était rendue obligatoire pour les personnels et fortement conseillée aux élèves. J'ai eu l'occasion de l'évoquer dans mon ouvrage « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (Plon).

 

Dans le cas du lycée de Neuilly-sur-Seine, la sagesse a fini par prévaloir. Dans un communiqué publié samedi 25 février (à retrouver ici), le chef d’établissement Pierrick Madinier s'est fermement désolidarisé de la diffusion de l'ouvrage, « dont les contenus ne reflètent en rien la réflexion que nous voulons conduire avec nos élèves. Plusieurs des propos qui y sont tenus sont pour certaines et certains offensants ou blessants ». Hommage donc à ce responsable qui a présenté ses regrets « à ceux qui se sont sentis offensés ou qui ont été choqués » par cette vision bien peu chrétienne.

 

Cet incident vite et bien réglé rappelle à tous les éducateurs à être bien attentifs devant un public très sensible aux questions d'identité et de norme sexuelle. Alors qu'elle progresse dans sa protection des enfants vis-à-vis des prédateurs sexuelles, l’Église catholique ne peut laisser circuler des propos blessants ou idiots à l'égard des orientations minoritaires.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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