11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 09:52

Alors que nous venons de vivre la saison des ordinations, laquelle a révélé la démographie inquiétante des ministres diocésains, Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême, vient de lancer un nouveau pavé dans la mare. Dans une tribune (voir ici) publiée mardi 8 juillet dans La Croix, le prélat académicien s'en prend à une certaine manière de procéder pour obtenir, on pourrait dire recruter, des prêtres aujourd'hui en France.


« La pastorale des vocations n'est pas une une stratégie ». Rien que le titre sonne comme un critique des façons de faire de certains évêques champions dans l'accueil de séminaristes. On peut penser ici à Mgr Dominique Rey, qui réalise chaque année des miracles numériques dans le séminaire de son diocèse de Fréjus-Toulon, que fréquentent de nombreux jeunes venus de partout.


Habitué à déplorer l'absence de séminaristes charentais, Claude Dagens voit arriver pour l'an prochain trois candidats au parcours menant à la prêtrise. « Je ne les ai pas rencontré comme un chef d’entreprise qui embaucherait des employés pour des contrats à durée plus ou moins déterminée ». L'évêque a souhaité « discerner en eux le travail de Dieu, pour envisager avec eux la meilleur façon de poursuivre leur route de baptisés, de chrétiens, d'hommes désireux d'aller de l’avant dans la connaissance d’eux-mêmes et du Corps du Christ ».


À l'entendre, l'évêque d'Angoulême n'aurait eu aucun mal, et sans doute l'a-t-il fait par le passé, à dissuader ces candidats au sacerdoce, si leur projet n'avait pas été le meilleur. D'abord pour eux, ensuite pour le service de l’Église et des fidèles. Autrement dit, la politique du chiffre lui est étrangère, voire malsaine.


« Que serait la pastorale des vocations si elle était une technique de recrutement, avec des agents recruteurs et des réseaux d'influence ? » À qui pense donc Claude Dagens en écrivant ces lignes ? Et il poursuit : « Que deviendraient les hommes pris dans ces réseaux et qui s'apercevraient un jour que l'on s'est servi d'eux ? ». Ce « management spirituel », il n'en veut pas.


Comme il a pu parler, il y a peu, de deux types ce catholiques, divisés dans leur capacité de dialoguer avec le monde (voir ici son interview dans Témoignage chrétien, après l'affaire Brugère), il propose à nouveau deux conceptions de l’Église.


Dans la première, il est question de système de pouvoir, d'efficacité, de « rentabilité spirituelle et pastorale ». Et Dieu est alors défini, par lui, comme « principe d'ordre supérieur, promoteur suprême d'un système qui marche et qui s'impose par ses réussites visibles ». Une sucess-story catholique, pourrait-on traduire en terme d'aujourd'hui. Et un retour au temps béni, très largement mythifié, de la chrétienté glorieuse.


Ce visage, l'évêque d'Angoulême le récuse sans aucune timidité depuis quelques mois, Il en propose un autre avec une Église « corps du Christ, toujours blessé, mais vivant et vivant de la charité du Christ ». Dans ce cadre, les évêques ne sont pas des « chefs triomphants », forts de leurs statistiques, mais « des veilleurs et des lutteurs ».


Il s'explique aussitôt sur des termes qui paraissent appartenir au camp qu'il dénonce. « Des lutteurs pour que rien n'empêche la charité du Christ d'être l'âme de l’Église, dans toutes ses activités et ses missions ». On retrouve là, à peine voilé, la dénonciation de la mobilisation surdimensionné contre la Loi Taubira l'an passé. Si l'on considère que ce mouvement, et les propos qu'il a fait naître en son sein, n'a pas posé la charité du Christ comme principe premier.


Celui qui est devenu l'ennemi numéro 1, non seulement des réseaux identitaires d'extrême-droite mais d'une partie du catholicisme français, introduit son dernier paragraphe par une pointe d'humour lucide : « Au risque d'aggraver notre cas ». Il peut alors affirmer se référer à Jésus-Christ, non pas « comme à valeur à défendre », mais « comme une personne que nous n'en finissons jamais de connaître et d'aimer ».


Pour conclure, l'évêque-académicien se place sous la protection de celui qui est son plus grand espoir en ces temps de tensions hexagonales : le pape François, en reprenant le titre de son exhortation apostolique. « Alors la 'joie de l’Évangile' n'est pas un vain mot ».


Si ces trois jeunes séminaristes sont un jour ordonnés pour le diocèse d'Angoulême, Claude Dagens n'en sera plus le pasteur. Mais il n'est pas près de renoncer à défendre sa conception d'une Église, « dont nous ne sommes pas les maîtres ».

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 17:04

Est-on libre de choisir sa paroisse ? En voici une bonne question, posée par La Croix (samedi 28 juin, en ligne ici pour les abonnés uniquement) au P. Luc Forestier, oratorien. Celui-ci est tout indiqué pour répondre car il cumule la responsabilité de recteur du sanctuaire Saint-Bonaventure à Lyon, animé par sa congrégation, et de professeur d'ecclésiologie à la Catho de Paris.


Le P. Forestier rappelle l'importance de l'appartenance paroissial pour certains actes (baptêmes, mariages), mais indique que cela n'oblige en rien les chrétiens à pratiquer le dimanche dans un même lieu. « Depuis bien longtemps, il existe bien d'autres manière de nourrir sa vie chrétienne », affirme-t-il avant de lister : les monastères, les scouts, le MEJ, le Secours catholique, les pèlerinages, la communauté de l'Emmanuel. Un beau catalogue de la diversité de l’Église.


Citant le Pape François, le P. Forestier insiste sur la nécessité que « ces mouvements, communautés, groupes de spiritualité gardent un contact avec la paroisse, mais surtout soit intégré à la pastorale d'ensemble du diocèse, dont l'évêque est le garant ». L'unité dans la diversité est possible, mais autour du personnage central qu'est l'évêque. Et qui le sera de plus en plus à l'avenir, quand le maillage paroissial sera encore davantage distendu. C'est à dire demain.


Pour l'ecclésiologue, « l'émulation entre divers lieux spirituels d'une grande ville est heureuse ». Il n'y a donc pas lieu de condamner le principe de la paroisse d'élection et non de quartier. Dans les grandes villes, nombre de fidèles choisissent leur lieu de culte en fonction des célébrants et du style liturgique pratiqué. On pourra ajouter que, par ces temps de pratiques faibles, l’Église aurait intérêt à se réjouir de ses paroissiens qui migrent d'églises en églises, quand tant d'autres abandonnent.


Le P. Forestier l'évoque en une phrase dans son texte : il s'agit là d'une question de riches. Dans beaucoup d'endroits de France, les solutions pour un paroissien mal à l'aise dans son clocher habituel sont moins attirantes : faire 20 km en voiture, se contenter du Jour du Seigneur ou de la messe de France Culture... ou de rien du tout.


Pour les ruraux depuis longtemps déjà, se pose ici la question de la desserte eucharistique. La seule réponse communément donnée - prier pour faire naître davantage de vocations masculines – donne des résultats plus que mitigés. En cette année 2014, 82 nouveaux prêtres diocésains ont été ou seront ordonnés, et encore moins de diacres en vue du sacerdoce pour la cuvée 2015 (voir ici le communiqué statistique de l'épiscopat).


Quand il n'y aura plus de paroisse à proximité de chez soi, la question du choix aura disparu. Sauf si d'ici là, le modalité de réunion communautaire dominicale sans prêtre revient en grâce. Avec ou sans hostie consacrée. Un principe de réalité, difficile à admettre pour les responsables d'une religion jadis omniprésente.


Il s'agit pourtant d'un fonctionnement que connaissent de nombreux territoires animés par des missionnaires. Lesquels se réjouissent de trouver des communautés vivantes quand ils viennent, de temps en temps, célébrer l'eucharistie avec elles.

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 16:03

La désobéissance civile est un sujet passionnant pour le philosophe et pour le militant. A ce double titre, le chrétien est concerné par ce dilemme entre loi civil et conscience personnelle. Jusqu'au peut-on aller ? Quelles cause méritent que l'on prennent des risques ?


Le 11 juin, Le P. Gérard Riffard, prêtre du diocèse de Saint-Étienne a du répondre à ces questions. La justice des hommes lui reproche d'avoir accueilli des étrangers sans-papiers, durant plusieurs mois dans une salle paroissiale, en 2013. Et d'avoir persévéré après publication d'un arrêté municipal lui interdisant de poursuivre.


Après avoir abrité ces infortunés chez lui de nombreuses années, Gérard Riffard a du, débordé par le nombre, les loger dans un local paroissial. Pour ce faire, il y a quatre ans, il a créé avec des paroissiens l'association Anticyclone.


La correspondante à Lyon de Libération Catherine Coroller, anciennement en charge des questions religieuses pour le quotidien, raconte (lire son article ici ) les échanges entre le président du Tribunal et le prêtre durant l'audience. «Vous créez un appel d’air en faveur du puits sans fond qu’est l’immigration clandestine». «Je ne vois pas en quoi le fait de proposer à des gens de dormir par terre sur un matelas qu’ils doivent partager avec d’autres peut créer un appel d’air».


«Il y a des règles à respecter. Notre société étant très bien faite, on ne peut pas accueillir un nombre de personnes qui commence à être important dans un lieu pas adapté». «On est dans une société passablement désorganisée. Il y a un conflit entre la loi et l’obligation qu’on a à ne pas laisser des gens dehors en situation de danger», répond le prêtre, qui indique que la salle a été équipée : détecteurs de fumée, extincteurs, issues de secours.


Le tribunal de police a requis 50 euros d'amende par jour d'infraction, soit 12.000 euros. Le jugement a été mis en délibéré au 10 septembre.


Le prêtre n'est pas seul dans son combat. Il est soutenu par les membres d'Anticyclone, l'ONG Service jésuite des réfugiés (voir ici) et...Mgr Dominique Lebrun. Quelques jours avant l'audience, l'évêque de Saint-Étienne a publié un communiqué clair et ferme (lire ici ).


« Que doit faire un prêtre, un chrétien : laisser des personnes à l’insécurité de la rue ou bien leur ouvrir sa modeste porte ?, interroge le prélat, qui est également l'évêque accompagnateur de l’aumônerie catholique des prisons. « L’engagement du P. Gérard Riffard et de l’association Anticyclone ont leur source dans l’Évangile et l’attitude de Jésus. Je soutiens le P. Riffard dans son action d’accueil et d’accompagnement ».


Mgr Lebrun , complice de rébellion, conclut son bref message en s'appuyant sur l’Évangile. « 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même … et moi, je vous le dis, aimez vos ennemis' : ce sont deux paroles de Jésus qui constituent la loi suprême que nous proposons à la société, et que nous voulons essayer de vivre ».


L'an passé, on a beaucoup entendu parlé de désobéissance civile chez les opposants à l'ouverture du mariage aux homosexuels. La base évangélique était alors moins évidente que celle qui anime le P. Riffard et les milliers de chrétiens français qui risquent des sanctions pour leur action aux côtés des étrangers clandestins.

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 14:10

Dimanche 8 juin, le pape François a convié au Vatican les présidents palestinien et israélien Mahmoud Abbas et Shimon Peres. Cette initiative fut une des surprises de son récent voyage en Terre sainte. Annoncé comme d'abord pastoral et donc tourné vers les communautés chrétiennes locales, il fut marqué par des gestes politiques comme ses arrêts imprévus devant le mur de séparation érigé par Israël et devant une stèle à la mémoire des victimes d'attentats à Jérusalem.


L'appel lancé aux deux président à se rendre à Rome est-il politique ? Non, puisqu'il s'agissait de prier et non de parler du conflit entre les deux peuples. On suppose que chacun a invoqué ou interpellé son Dieu, en lui priant d'inspirer au mieux les dirigeants et les peuples pour que cessent violences et souffrances. On notera que dans la plupart des conflits dans le monde aujourd'hui, cette idée de faire prier des chefs d' État apparaîtrait incongrue. Pas en Israël-Palestine.


Dans bien des lieux, prier est au moins aussi utile que l'action politique, si tant est que celle-ci porte une efficacité pratique. Samedi 26 juin, l'Acat (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture) organise sa Nuit des veilleurs (voir ici ) pour les victimes de détention et de violences injustifiables. Les militants de cette association œcuménique savent, parce que les principaux intéressés le disent, que l'action spirituelle est aussi importante que les courriers envoyés aux gouvernements pour que cesse l'injustice. Si ces dernières actions ne portent pas toujours de fruits, la prière réchauffe les cœurs dans les cellules à tout coup et rompt quelques instants avec l'insondable solitude du condamné.


Il y a quelques semaines, Témoignage chrétien a publié un témoignage sur la visite d'une délégation de missionnaire protestants français à Bangui (voir ici). Les chrétiens de Centrafrique, comme les musulmans, attendent autant de leurs frères d'Europe une aide matérielle (pour faire face aux déplacements de populations qui s'éternisent), que l'assurance qu'ils prient pour eux. Cette prière de solidarité qui revêt là-bas une importance que nos sociétés – habituées à l'abondance et à la stabilité - ont oublié.


Si François appelle ce jour les deux présidents à prier, ce n'est pas faute de mieux. Ni par ce qu'il n'a aucun mandat pour les amener à parler concrètement d'une solution de paix. On ne saurait non plus y voir un coup médiatique. Le pape a souhaité cette rencontre, aussi curieuse soit-elle dans le contexte actuel d'impasse, car il est sûr qu'elle a été utile aux deux peuples. Autant que les aller-retours du secrétaire d’État américain John Kerry entre Washington, Jérusalem et Ramallah.

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 16:23

D'après une étude de l'Ifop publiée par La Croix le 26 mai, 21% des catholiques pratiquants ont glissé un bulletin aux couleurs du Front national lors des récentes élections européennes. En 2009%, ils n'étaient que 4%. La fameuse barrière morale qui protégeait les catholiques intégrés de l'extrême-droite n'existe donc plus.


Il semble qu'elle ait sauté aussi chez une responsable de paroisse. C'est du moins ce qui apparaît en lisant le programme des Lundis du Prieuré (voir ici), soirées publiques organisées par la paroisse Notre-Dame du Cher, en Indre-et-Loire. Toute l'année ont été proposées des rencontres assez classiques - « Le Nouveau Testament est-il 'anti-juif' ? », « Le handicap est-il un obstacle à la foi ? », des rencontres autour des grands textes de Vatican II ou sur le ministère pastoral féminin dans l’Église réformée de France.


La dernière soirée interpelle : « Un engagement politique au Front National est-il compatible avec le message évangélique ? » L'invitée, Véronique Péan, est présentée comme chargée de Mission pour le Front national en Indre-et-Loire. Elue en mars conseillère municipale FN de Joué-les-Tours (avec 18% des voix au 1er tour et 11% au second), elle est secrétaire départementale du parti de la famille Le Pen.


Quelle idée ont eu les responsables de la paroisse en donnant un telle tribune à cette militante ? Fréquemment, les paroisses organisent des rencontres, souvent thématiques, donnant la parole à divers sensibilités partisane. Le mouvement Chrétiens en Forum s'en est fait une spécialité.


Lundi 16 juin, dans la salle paroissiale de Ballan-Miré, Véronique Péan aura tout loisir de parler de la compatibilité FN-Evangile. Depuis fort longtemps, les évêques de France ont répondu par la négative. Notamment à cause du discours de ce parti sur l'accueil (ou plutôt le rejet) des étrangers.


« C'est une paroissienne et elle pourra exprimer ses convictions. Nous ne sommes pas obligé de penser pareil » explique le curé du secteur le P. Hervé Loubriat, qui s'étonne de l'émoi suscité par la soirée prochaine. Il sait déjà que des « chrétiens de gauche ont annoncé qu'ils viendraient répondre à Mme Péan ». C'est heureux.


Quand une paroisse, ou une association quelconque, invite une personne seule à la tribune, et non sous forme de débat contradictoire, on peut penser qu'elle est au minimum en empathie. Il y a suffisamment d'orateurs intéressants dont le travail ou les convictions méritent d'être valorisés pour solliciter une personne dont on ne partage pas les thèses.


On ajoutera que le caractère légitimiste des catholiques amène souvent – peut-être pas à Ballan-Miré – à considérer que la paroisse ne peut inviter que quelqu'un de bien. Même si le curé s'en défend, assurant de pas partager les options politiques frontistes. « Tout le monde pourra s'exprimer, les gens intelligents comme les modestes ».


La proposition a été lancée il y a une an. Personne ne s'y est opposé dans l'équipe d'animation qui travaille avec le P. Loubriat. « J'ai soumis le projet au vicaire général. Il m' a invité à être prudent ». D'autres personnes s’inquiètent pour cette drôle de soirée. « Si cela se passe mal, on appellera les gendarmes », répond flegmatique le curé, qui signale que ces soirées attirent habituellement de 15 à 30 personnes.


Faut-il souhaiter qu'ils soient plus nombreux le 16 juin ?

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 22:07

On connaît l'histoire du Concordat, qui permet aux deux diocèses de Metz et de Strasbourg de faire rémunérer leurs prêtres par l’État. Ces régions, allemandes en 1905, tiennent mordicus au statut antérieur, assez favorable pour les catholiques, comme pour les Églises protestantes et le Consistoire israélite.

Le département de Guyane lui aussi paye les prêtres catholiques, et uniquement eux, depuis une ordonnance de 1828 sous Charles X. Du moins jusqu'au 1er mai dernier, à en croire un courrier reçu par Mgr Emmanuel Lafont, évêque du lieu. 26 prêtres ont été « rayés d'office » de la liste des fonctionnaires pris en charge. Le diocèse de Cayenne en rémunère 6.


Après avoir pris conseil auprès du Nonce apostolique, l'évêque a décidé de contesté cette décision unilatérale et brutale. Et devrait en toute logique obtenir gain de cause, le droit étant de son côté.


Les temps sont durs pour les collectivités locales, on le sait. Mais de la à s'attaquer à 26 postes, quand on connaît le rôle social que joue l’Église catholique dans ce département pauvre, on est en droit de parler de mesquinerie administrative. D'autant que les salaires versés, 1500 euros par mois, ne sont pas mirifiques (voir ici ).


Certains y voient un nouveau bras de fer entre l’Église et la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Élue de ce territoire français au nord de continent latino-américain, elle est amie du président de l’exécutif départemental, Tien Long. Ce dernier prétend que la décision effective aujourd'hui a été prise en décembre 2011 et dit corriger une anomalie de l'histoire (voir ici).


Il faut espérer que le Conseil général de la Guyane revienne sur cette décision. Si possible, en évitant d'en passer par la justice administrative, souvent longue et parfois incertaine.


Cette histoire peut être aussi l'occasion de de penser la solidarité des diocèses de métropole avec une territoire très modeste. Il revient aux fidèles, d'avantage qu'aux contribuables guyanais, d'assurer les conditions matérielles de la présence catholique.

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 23:00

Même sous la houlette d'un pape apparemment plus ouvert à la diversité, le Vatican ne rigole pas avec la rigueur doctrinale. On aurait pu penser que la nouvelle administration mettrait de l'eau dans son vin dans le différent qui oppose depuis 2009 la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) et la Leadership Conference of Women Religious (LCWR), puissante fédération qui regroupe 80% des religieuses apostoliques catholiques des États-Unis.


Connue pour ses positions ouvertes, en matière sociale et dans son rapport à l’évolution des mœurs, la LCWR n'hésite pas à laisser la parole lors de ses rassemblements annuels à des intervenants exprimant des idées en désaccord avec la doctrine catholique, en particulier sur les questions de morale sexuelle (contraception, homosexualité). Elle a exprimé son soutien à la réforme du système de santé voulue par Barak Obama et que l'épiscopat états-uniens a combattue.


En 2012, le Saint-Siège a demandé une réforme de la LCWR, plaçant l'organisme sous la responsabilité d'un évêque américain, chargé de contrôler ses faits et gestes. Et le nouveau pape a confirmé qu'il les gardait sous surveillance.


Le nouveau patron de la CDF, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, a rencontré le 30 avril les responsables de la Conférence et pas pour les féliciter. Le cardinal allemand a jugé comme un provocation la remise d'un prix de la LCWR à Sœur Elizabeth Johnson, théologienne féministe. L'épiscopat américain avait fustigé les travaux, autour de Jésus et des Évangiles, y trouvant des « erreurs doctrinales »


La LCWR s'est défendue dans un communiqué : « Nous ne pouvons appeler à la paix en Syrie, au Moyen-Orient ou au Sud-Soudan sans s'asseoir à la table avec des personnes aux vues différentes et travailler avec patience et conscience pour une véritable rencontre des esprits et des cœurs ».


Cette histoire fait écho à la mésaventure de la philosophe bordelaise Fabienne Brugère. Sollicitée pour une intervention devant les responsables diocésains de la pastorale de la famille, sa prestation a été annulée suite à une campagne orchestrée par des sites catholiques d'extrême-droite. Ceux-ci reprochaient les engagements de la philosophe sur un sujet autre que celui-ci de sa causerie : le droit à l'avortement et le mariage homosexuel. Voir l'article de Témoignage chrétien ici et la réaction de Mgr Dagens ici.


Les religieuses américaines veulent poursuivre « le difficile travail d'exploration du sens et de l'application des principaux concepts théologique, spirituels, sociaux, moraux et éthique, ensemble, en dialogue avec les responsables du Vatican ». Évoquant les tensions et incompréhensions entre leur engagement et le jugement qu'a pu s'en faire la CDF, elles précisent qu'il s'agit là du « travail de responsables dans leurs chemins de vie, en des temps de changements mondiaux massifs ».


On ose espérer que, dans l'esprit d'ouverture qui préside notamment à la préparation du synode sur la famille, le Vatican saura laisser la LCWR poursuivre son chemin difficile mais nécessaire, sur la crête entre l’Église catholique et le monde.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 21:04

Le 1er mai n'est pas seulement le jour de défilé des syndicalistes et des travailleurs. C'est aussi, pour la quatrième année, l'occasion pour Mgr Hervé Giraud, évêque de Soissons, d'envoyer un message sur le thème du travail à ses fidèles... et autres autres. Son texte s'intitule «Fête du travail...faites du travail »


Cette année, le prélat soucieux, son département affiche un triste taux de chômage à 15%, bien au dessus de la moyenne nationale, a souhaité parlé de l'entreprise. Qu'en sait-il, dira-t-on ? Sans doute plus que beaucoup, car lors de ses visites pastorales, l'évêque les « découvre », selon son mot, dans leur diversité : petites ou grandes, de plasturgie, de transport, d’informatique, de services, des sucreries, scieries, fermes, verreries…


Il y a rencontré tous les acteurs, des salariés aux chefs d'entreprise, en passant par les syndicalistes ou les responsables des ressources humaines. Il a vu « leurs activités et lieux de travail, leurs projets et inquiétudes, leurs luttes communes aussi. »


À quoi bon, peuvent penser ceux qui voient dans l'évêque un simple gestionnaire de la boutique diocésaine ? Conscient de ses limites - « ce n'est pas le rôle premier d’un évêque que de résoudre des questions sociales, économiques ou financières » -, Hervé Giraud propose à l'occasion ses services. « Je souhaite, comme cela est déjà arrivé, faciliter ou rendre possible une parole, une médiation ».


À son échelle, l'évêque est également un acteur économique local. Avec ses 35 salariés, l'association diocésaine connaît aussi « ses soucis financiers, ses tensions, ses questions de formation ou de recrutement, ses retards et ses points d’excellence, ses négociations ». On apprend que des accords collectifs ont été signés, clarifiant sans doute les statuts des salariés laïcs, souvent précaires en milieu ecclésial.


Mgr Giraud rappelle que l’Église n'est pas inactive dans le monde du travail. Depuis le pape Léon XIII (et son encyclique Rerum novarum, publiée en1891). « Les principes qu’elle a développés ont souvent été repris », note avec justesse l'évêque, qui en dresse une belle liste : le respect de la dignité et des droits de la personne humaine, le bien commun et la solidarité, la destination universelle des biens, le principe de subsidiarité qui conserve à chacun sa responsabilité.


Adoptant un ton résolument positif, malgré le marasme, il assure que « chacun doit apporter sa contribution, par des choix éthiques de consommation, de placement de son argent, pour que le nombre des chômeurs diminue. Ce n’est pas hors de notre portée ». Un brin volontariste, il voit dans « chaque entreprise qui se crée, se maintient ou se développe, chaque projet, chaque embauche, une source d’espoir pour beaucoup de familles ».


Selon le pape François, que cite Mgr Giraud, celui qui entreprend doit « servir vraiment le bien commun, par ses efforts de multiplier et rendre plus accessibles à tous les biens de ce monde ». Il n'est pas sûr que tous les investisseurs actuels aient cette horizon en tête. Le pape affirme encore que « la vocation d’entrepreneur est un noble travail ». Arnaud Montebourg ne dirait pas autrement.


Faut-il se laisser convaincre par l'enthousiasme de l'évêque et du pape ? Certains esprit ronchons vont... ronchonner. Mais avons-nous d'autre choix que d'espérer que ceux qui ont quelques sous puissent les faire fructifier au bénéfice de tous ? Non, assurément.



Alors acceptons l'idée que les lendemains seront meilleurs, puisque le gouvernement et les hiérarques catholiques, cette fois en harmonie, nous en font l'augure.

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 22:09

Quel est donc le secret de la popularité de François ? Comment donc l'argentin Bergoglio a-t-il faire sortir l'Eglise cathodique du chapitre des scandales et de la déprime pour la rendre à nouveau désirable ? Comment expliquer qu'un journal hebdomadaire entièrement à sa gloire Il mio papa (Mon pape) ait vu le jour cette année ?


Quelques jours passés à Rome, à l'occasion d'un voyage d'études de l'Association des journalistes de l'information religieuse , m'ont apporté quelques réponses. La plus évidente est apparue mercredi 2 avril au matin, lors de l'audience général de la place Saint-Pierre. Se retrouvait réunis quelques 50.000 personnes, bien plus que durant la fin du pontificat de Benoît XVI. La litanie interminable des groupes présents indique que l'événement hebdomadaire attire bien au-delà des paroisses, groupes en pèlerinages et écoles catholiques.


Durant son long tour de la Place sur sa jeep ouverte (il refuse le blindage de la papamobile), le pape François ne s'est pas départir de son sourire, s'arrêtant ça et là pour serrant des mains. L'exercice ne lui déplaît pas et paraît faire partir de son « travail » de pape, autant que ses prises de parole. Du reste, quand il aborde sa catéchèse du jour, sur le sacrement de mariage, il ne transforme pas en docteur.


Son texte, bref, tient bien plus de l'homélie de curé de paroisse moyenne que de l'enseignement. A ce titre, il est aux antipodes de son prédécesseur dont les interventions du mercredi formaient un corpus théologiques de haut vol, quasi magistériel. Et inaccessible pour 90% de son auditoire


L'intervention de François (lire ici) ne restera dans aucun manuel. Mais son grand mérite est d'avoir été comprise, même par des piètres italianisants. Les fidèles ont entendu des propos de bon sens ; «Ne pas terminer la journée où vous vous êtes disputés sans faire la paix. Toujours ! Et pour faire la paix, il n’est pas nécessaire d’appeler les Nations unies. Il suffit d’un petit geste, d’une caresse, et salut ! Et à demain ! ». On retrouve l'esprit du devoir de s'asseoir en fin de journée, prôné par le P. Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.


Le pape a donné trois mots-clés tout simple pour bien vivre ensemble, applicable bien au-delà du mariage : s'il te plaît, merci, excuse-moi. Et il a fait répéter la foule, ravie : permesso, grazie, scusa.


On dit souvent qu'en rentrant de la messe dominicale, si le fidèle a retenu une idée de l'homélie, le pari du célébrant est gagné. Le pape est donc un bon prêtre. Et c'est déjà beaucoup.

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 16:31

Le monde politique français a connu dimanche ce que les catholiques du monde entier ont vécu le 11 février 2003. Le retrait public de Jean-Louis Borloo a rappelé l'annonce surprise de la démission de Benoît XVI (on retrouvera ici mes réflexions d'alors). Comme l'an passé, les médias ont sorti leurs nécrologies, en y ajoutant une petite question : « Jean-Louis Borloo va-t-il revenir ? ». En 2013, le sujet était « que va devenir l'ex-pape ? »


Il sera difficile d'établir de véritables comparaisons. Le dirigeant de UDI a appartenu à presque toute les formations politiques de droite, sans oublier "Génération Écologie", quand le prêtre bavarois est demeuré fidèle à la même équipe. Ratzinger a vécu modestement au milieu de ses livres quand l'avocat parisien gagnait des fortunes. Et à 63 ans, Jean-Louis Borloo est bien plus jeune que le pape démissionnaire.


Ce qui est étonnant... c'est l'étonnement que ces décisions suscitent. Pourtant Jean-Louis Borloo était malade depuis plusieurs mois et Joseph Ratzinger, âgé et accablé de soucis. Les carrières ecclésiastique comme politique ont en commun, pour l'opinion, de ne devoir s'éteindre que par la mort ou la disgrâce.


Pour les élus, il est, semble-t-il, fort difficile de renoncer à la gloire et au pouvoir. Le quatrième mandat que vient d'entamer Jean-Claude Gaudin, 74 ans, à Marseille en est un bel exemple. Les choix de François Léotard et de Claude Évin sont exceptionnels.


Quand aux prêtres, ordonnés pour la vie, leur temps du service ne s'éteint que tard, à 75 ans. Un âge que certains voulaient repousser pour certains postes à Rome, exigeants moins d'efforts physiques qu'une responsabilité diocésaine. De fait, la limite est fréquemment dépassée, notamment en temps de pénurie de bras. Le retrait pour faire place aux autres générations devrait pourtant être la règle.


Au sommet de l'Église, la jurisprudence Ratzinger fera sans doute des émules et le statut de « pape émérite » ne sera plus une curiosité dans quelques décennies. A fortiori avec un successeur jésuite, qui sait que dans les ordres religieux, un responsable est élu pour une période donnée et retourne ensuite dans le rang, sans sentiment de déchéance. Pour l'heure, l'Église est tenu de confier à un évêque un poste correspondant à sa dignité jusqu'à ses 75 ans. Ce qui pose des soucis en cas d'erreur de casting ou d'incapacité pour des grandes figures de l'administration romaine à administrer un diocèse dans leur pays.


Dans ce domaine donc, l'Église catholique, souvent qualifiée à raison de gérontocratie (lire ici un billet précédent sur la question), peut donner l'exemple à un monde politique dans lequel certains s'accrochent jusqu'au dernier souffle à un hochet et à quelques indemnités. Lors des débats français sur le cumul des mandats, la limite d'âge est rarement évoquée. Dans mon département d'origine, un élu – je n'ose donner son nom – est parlementaire depuis 1968 (l'année de ma naissance), député puis sénateur !


Nous souhaitons longue vie à Jean-Louis et Joseph et présentons nos vœux de réussites à leurs successeurs.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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