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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 21:34

Le 5 juin dernier, quand l'idée du Jeûne mensuel pour le climat (voir le projet ici ) a été présentée à Paris, beaucoup doutaient de la capacité de mobiliser grand monde avec ce concept un peu aride. Pourtant la brochette des promoteurs de cette idée de sensibilisation dans la marche vers le rendez-vous mondial parisien de décembre 2015 ne manquait pas d'allure.


A cotés de leaders religieux – Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax christi France ; le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ; le rabbin Gabriel Hagaï ou le bouddhiste Matthieu Ricard – on trouvait deux grandes figures de l'écologie : Pierre Rabhi et Nicolas Hulot.


Depuis, chaque premier dimanche du mois, des militants du respect de la planète jeûnent pour la terre. Le mouvement est mondial. A défaut de détenir toutes les clefs du problème ou de pouvoir influencer réellement les décisions politiques ou industrielles, ces jeûneurs occasionnels posent un geste de générosité et de sobriété qui peut donner du fruit dans les esprits.


En France, des rassemblements se tiennent à Bourg-en-Bresse (01), Troyes (10), Gilly-les-Citeaux (21), Toulouse (31), Bordeaux et Monestier (33), Rennes (35), Firminy (42), Nantes et Sautron (44), Saint-Jean-Le Blanc (45), Angers (49), Saint Dolay (56), Strasbourg et Vendenheim (67), Andolsheim (68), Lyon (69), Chambéry (73), Rouen (76). Les détails sont disponibles ici


A Paris, on célèbre ce rendez-vous dans quatre lieux, dans les IVe, XIVe, XVe et XX. Dans ce dernier, les animateurs ont invité dimanche 1er mars un spécialiste. Le journaliste Jean-Claude Noyé (La Vie), auteur en 2007 du Grand livre du jeûne (Albin Michel), donnera une conférence sur l’histoire et de l’actualité de la pratique du jeûne, à 13h dans la Crypte de Ménilmontant, 4 rue d’Eupatoria (affiche disponible ici).

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 14:10

En mars prochain, figurent sur mon agenda deux colloques universitaires et ouverts au public. Ils seront l'occasion d'avancer sur deux questions souvent évoquées sur ce blog.


Le 12 et 13, l'Institut catholique de Paris propose deux journées d'études intitulées « Les chrétiens de gauche de 1945 à nos jours ». Ce colloque (voir le programme ici) a été conçu par l'assomptionniste Jean-François Petit, de la Faculté de philosophie et le P. Bernard Bourdin, enseignant à la FASSE (Faculté de sciences économiques et sociales).


Le titre fait écho à l'ouvrage collectif « A la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours », publié en 2012 au Seuil, coordonné par Jean-Louis Schlegel et Denis Pelletier. Nombre des auteurs de cette somme remarquable figurent parmi les intervenants.


Les travaux s'efforceront de définir le concept de « chrétien de gauche », plus clair hier qu'aujourd'hui. Est-ce une utopie, s'interrogera Jacques Le Goff. On tentera également de voir ce que pèse cette réalité de nos jours, avec le politologue Jean-Marie Donegani et le député PS Dominique Potier, promoteur du groupe de parlementaires personnalistes « Esprit civique ». L'hypothèse d'une spiritualité de gauche sera étudiée par Jean-Baptiste de Foucauld.


Ces deux journées permettront d'y voir plus clair et de discuter le constat, rude et discutable, porté par Jean-Louis Schlegel dans sa conclusion de l'ouvrage du Seuil : « De gauche chrétienne visible et agissante en politique, il n’y en a plus ».


Une semaine plus tard, les 16 et 17 mars, l'EHESS (École pratique des Hautes Études) invite à se pencher sur une domaine sensible ces derniers mois : « Homosexualités et traditions monothéistes » (programme disponible ici). Il s'agira, selon les organisateurs, de mettre en avant, « au sein des trois grands monothéismes des mouvements qui souhaitent reconsidérer la vision traditionnelle du genre et de la sexualité afin de pleinement inclure les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles (LGBT) ».


La première matinée sera consacrée au christianisme. Il y sera question des anglicans, des protestants, des mormons (aux États-Unis, ils sont classés parmi les chrétiens) et bien sur des catholiques. Le dominicain Laurent Lemoine, enseignant en théologie morale à l'Université catholique d'Angers, a intitulé son intervention : « Qui suis-je pour juger ? » (Pape François). Un avenir neuf et différent pour les personnes homosexuelles dans l’Église catholique est-il une gageure ? »


Le débat sur le mariage homosexuel sera également abordé, notamment par la sociologue Céline Béraud et le politologue Philippe Portier qui ont étudié l’Église catholique face au « Mariage pour tous » pour leur ouvrage « Métamorphoses catholiques » (éd. de la MSH).


Une partie historique permettra d'entendre l'historien de Strasbourg Jean-Pascal Gay, ainsi qu'un universitaire venu de Nouvelle-Zélande ! On y parlera des épisodes bibliques de Sodome et de la relation entre David et Jonathan. L'ultime session évoquera les mouvements de croyants homosexuels, comme « David et Jonathan », et on parlera des rites d'accueils des couples homosexuels.

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 20:44

Voici un livre à l’histoire singulière, que son auteur, la journaliste Monique Hébrard, raconte en introduction. À la fin du pontificat crépusculaire de Benoît XVI, elle avait noirci des pages de déprime ecclésiale. Récupérés dans la corbeille, ces écrits ont été retravaillés dans l'enthousiasme des premiers mois du pape suivant, François.


L'espérance transmise par ce pontife si peu pontife, si différent, dans le style tout au moins, a métamorphosé un réquisitoire général en un appel au changement salvateur. Et pas seulement dans les mots et les sourires. Monique Hébrard, ancienne rédactrice à Panorama, collaboratrice régulière de La Croix, décline dans un catalogue « 12 urgences » pour que l’Église sorte de l'ornière.


La liste de ces douze chantiers couvre l'étendue des difficultés que rencontre le catholicisme en Occident. On y retrouve naturellement bien des sujets récurrents des billets de ce blog. En voici la liste : Pour une Église... qui écoute et qui fait du bien (1), qui dialogue avec le monde (2), qui accepte la réalité de la fin de la chrétienté (3), à la tradition vivante (4), qui ne se comporte pas en détentrice de la vérité (5), qui accepte le dialogue et le débat en son sein (6), qui donne une vraie place aux femmes (7), qui respecte la primauté de la conscience (8), qui chemine avec ceux qui cherchent (9), aux entrailles de miséricorde (10), pauvre et vulnérable (11). L'ultime chantier est une référence à l'appel des apôtres : « Toi, suis moi ».


Pour chaque dossier, elle dresse le réquisitoire des impasses dans lesquelles l’Église s'est fourvoyée. Souvent parce qu'elle a oublié (ou refusé) les efforts du Concile pour adapter sa façon d'être à la modernité. Et à chaque fois, Monique Hébrard arrive à convaincre son lecteur qu'un changement est nécessaire. Possible ? Oui, si le pape argentin mène son projet à bien.


Parlant de François, elle lance des saillis quasi amoureuses Avec lui, c'est « l'écoute et la tendresse de Jésus à jet continu depuis la tribune de la place Saint-Pierre ». Grâce à ce pape qui « ouvre les vannes de la tendresse », « nos contemporains commencent à entendre des échos d’Évangile ». Avec lui, « la papauté a retrouvé un ton évangélique ». À croire que ces prédécesseurs étaient dépourvus de cœur.


Dans son chapitre 3, elle revient sur la Manif pour tous, exprimant le regret que ce combat « ait été vécu non comme une proposition constructive au sein d'une société (et une Église) plurielle, mais comme un pôle de résistance de l’Église catholique aux évolutions du droit civil ». Et elle invite à « dépasser la fracture générationnelle », réalité douloureuse des communautés catholiques françaises.


Evoquant l'épineux rapport à la vérité (ch. 5), la journaliste est catégorique : « une Église bardée de certitude n'est pas une Église du Christ ». Abordant le nécessaire débat interne à l’institution (ch. 6), elle se réjouit qu'avec François « le vent a tourné, ou plutôt il se remet dans le sens du Concile ». Elle en veut pour preuve la large consultation lancée pour le synode romain sur la famille. « Nul ne sait ce qu'il en sortira. Mais l'intention et le langage ont changé ».


On s'attend à lire une Monique Hébrard très remontée sur la place des femmes (ch. 7). Pas de déception. « Comment admettre que la parole officielle de l’Église ne soit qu'une parole d'hommes, donc fatalement infirme », lance-t-elle. Sur ce dossier, on ne note point d'enthousiasme venu de la Maison Sainte-Marthe (1). Il est vrai que le pape n'est pas franchement révolutionnaire sur la question.


L'auteur plaide pour une Église capable de promouvoir des « laboratoires de la conscience » (ch. 7), quand la règle ecclésiale s'abat encore trop souvent, implacable, sur les fidèles. Et elle met en avant l'attitude de « son » pape, lequel « ne prononce pas une parole qui ne soit accueil et miséricorde ».


« Ce qui me préoccupe, dit Monique Hébrard, en ces temps tellement médiatiques, c'est que, pour le grand public, l’Église ne soit pas le reflet d'une loi rigide, mais celui de la miséricorde et de la tendresse du Christ pour tous et que l’Église apparaisse comme un lieu où des personnes restent libres dans leurs décisions les plus intimes ». Un combat que mène depuis des décennies cette fidèle engagée dans l’Église telle qu'existante, militante (notamment à la conférence des baptisés) pour un futur plus rose.


Ce texte dense et agréable à lire fournira une véritable boite à outil à celles et ceux qui veulent prendre à bras le corps les défis à relever aujourd'hui. Il remontera le moral de bien des fidèles désespérés par le quotidien gris de certaines communautés aux mains de pasteurs pleins de certitudes excluantes.


La journaliste n'est pas seule dans son combat. Son exposé s'appuie sur des penseurs catholiques qui l'aident à entretenir ses espoirs : des évêques (Claude Dagens, Joseph Doré, Godfried Danneels), des théologiens (Enzo Bianchi, Joseph Moingt, Jean Rigal). Tous affirment que vouloir rendre à l’Église son « visage d’Évangile » n'est pas qu'une lubie. Nous ne pouvons que les suivre.


(1) Hôtellerie réservée aux visiteurs du Vatican que le pape François a choisi d'habiter, plutôt que le Palais apostolique qui n'est désormais que son bureau.


Pour une Église au visage d’Évangile. 12 urgences (voir ici la fiche du livre sur le site de l'éditeur) , Monique Hébrard, éd. Fidélité-éd. Jésuites (Bruxelles), 176 p., 13,95 €

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 13:45

A l'heure où le nombre des régions françaises est appelé à diminuer, la question peut s se poser pour les diocèses du pays. Du mois, elle devrait se poser en haut-lieu, à observer la faiblesse numériques de fidèles comme de cadres dans certaines zones.


Pour me moment, l’Église de France préfère voir tout en rose et se réjouit de la mutualisation croissante entre certains diocèses voisins. Ainsi, un article de La Croix du 19 janvier (voir ici) évoque la fructueuse collaboration entre ceux de Valence (Drôme) et de Viviers (Ardèche). Pour preuve, il existe désormais un service interdiocésain, celui des pèlerinages, pour les 500.00 Drômois (dont 58% de catholiques) et 320.000 Ardéchois (baptisés à 88%). Les équipes de formation, encore distinctes, travaillent ensemble, peut-on lire.


De nombreux mouvement jouent déjà la carte de l'union Drôme-Ardèche : les Associations familiales catholiques, les Équipes Notre-Dame, les Centres de préparation au mariage, mais aussi l'ACI, l' ACO, la JOC, les Scouts et Guides de France ou encore le Secours catholique.


Le journaliste du quotidien catholique n'a pas pu s’empêcher d'évoquer la « rumeur » d'une fusion. Le mot qui fâche. « Une ineptie », répond le P. Michel Martin, vicaire général du diocèse de Viviers. Avec ses 42 prêtres en activité, aidés par 14 diacres, pour faire vivre 24 paroisses, la communauté ardéchoise doit pourtant connaître bien des difficultés pour faire fonctionner toutes les structures nécessaires.


Cité dans le même article, le secrétaire général de la Conférence des évêques de France, le P. Olivier Ribadeau-Dumas positive, en parlant de « mutualisation des forces » et de « partage d’expériences ». Pour lui, il s'agit d'un mouvement « naturel », encouragé par l'épiscopat. Pas question pour autant d'avouer sa faiblesse en renonçant au découpage historique du pays.


Cela fait pourtant plusieurs décennies que la structuration paroissiale séculaire a vécu, faute de curés pour occuper chaque presbytère et desservir chaque clocher dans l'immense majorité des diocèses de France. Le nom même de certains d'entre – citons Bordeaux-Bazas, Bayonne-Lescar-Oloron, Perpignan-Elne.. - prouve que par le passé, on a su regrouper des entités. Et la formation des séminaristes comme des diacres permanents est depuis longtemps proposée au nom de la province.


L'exemple peut venir de l'étranger. La très riche Église d'Italie est décidée à franchir le pas de la suppression de diocèses. Il faut dire que la péninsule en compte aujourd’hui 236 diocèses, contre une centaine en France, pour une population plus faible que la notre. Ils pourraient n'être plus que 200 très prochainement.


Selon Il Fatto quotidiano, cité par La Croix (lire ici) l'épiscopat transalpin s’apprête notamment à faire disparaître le prestigieux diocèse d’Assise (86.000 habitants en 2012). Fondé au XIIe siècle, le diocèse d’Ischia, un île au large de Naples de 46 km carré, peuplé par 62.000 habitants et fort d'une trentaine de prêtres (!), est aussi menacé.


Le principe de réalité finira pour s'imposer en France. Mieux vaut s'y préparer maintenant, au risque de devoir réunir demain des coquilles presque vides.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 09:44

Samedi 24 janvier, Diego Neria Lajarraga, espagnol de 48 ans, a rencontré le pape François en privé. Diego est né fille et il décidé de changer sexe il y a quelques années. En décembre dernier, il a reçu un appel téléphonique du pape, qui lui a dit avoir été ému par son courrier. Et c'est avec son épouse, avec qui il escompte fonder un foyer, que le transsexuel espagnol a échangé avec le pontife.


On n'est guère surpris désormais par ses rencontres personnelles voulues par le pape argentin avec des personnes aux parcours personnels et familiaux atypiques. Si ces rendez-vous qui ne sont jamais confirmés par le service de communication du Saint-Siège, le pape laisse ses interlocuteurs en faire part publiquement.


L'existence de ces rencontres en dit long sur le regard porté par François pour celles et ceux qui sont « hors des clous », selon l'expression consacrée. Les clous étant bien sûr : le mariage religieux (jusqu'au décès d'un des conjoints), et la procréation (dans cet ordre). Le mariage entre un homme et une femme, cela va sans dire.


Être « Hors des clous » ne signifie, aux yeux du pape, ni être hors de l’Église, ni hors de la sollicitude pastorale de celle-ci, ni hors des réflexions sur des modifications possibles de la discipline. Le second synode sur la famille sera sans aucun doute marqué par cette réalité assez nouvelle. Du coup on guette les propos de tous les acteurs influents qui agissent pour orienter le rendez-vous des évêques en octobre.


La garde rapprochée du pape nous paraît parfois en retrait de son patron sur cette question. Pour le moins plus frileux. La Croix (lire ici, pour les abonnés) nous apprend que les cardinaux Reinhard Marx (archevêque de Munich) et Oscar Maradiaga (archevêque de Tegucigalpa), deux piliers du dispositif de François – membres de son G8 -, ont encore beaucoup de chemin à faire dans leur regard sur l'homosexualité.


Interrogé par la revue jésuite America sur l’éventualité de bénir des couples du même sexe, le prélat allemand (lire ici en anglais) répond : « la relation sexuelle est une relation fidèle fondée sur le lien entre procréation, don d’amour, sexualité et ouverture à la vie ». Et plus loin, il s'explique « Nous ne pouvons exclure ce grand modèle de sexualité, et dire “nous avons de la diversité”, ou “tout le monde a droit à…” ».


Dans une conférence citée par la revue étatsunienne, son confrère hondurien Maradiaga tient sensiblement le même propos : « Nous ne sommes pas une Église “à la carte”, comme le font d’autres confessions : “Vous voulez ça, vous l’avez. Et ça : vous l’avez” ».


Le désir de reconnaissance religieuse des couples homosexuels, bien timide chez les catholiques qui savent combien la route sera longue, est y considéré comme une demande indue, guère irrecevable et confinant au caprice. La plupart des gens sérieux reconnaissent que la réalité homosexuelle ne relève pas d'une option. Aussi, faire une analogie entre la demande de bénédiction de ces couples avec la carte du restaurant dans laquelle on choisit selon son bon plaisir, est pour le moins blessant.


Quand à la « diversité » qui semble déranger le cardinal Marx, elle est pourtant une réalité reconnue dans l'Église. Mgr Jean-Luc Brunin, qui porte le dossier dans l'épiscopat français, martèle qu'il convient de parler non de pastorale de la famille, mais des familles, en insistant lourdement sur le pluriel. Les couples de même sexe ont vocation à entrer dans les préoccupations des personnes en charges de la question dans l’Église catholique.


Et qui dire du cardinal Maradiaga qui justifie sa position en convoquant l'épisode de la femme adultère. Les homosexuels apprécieront d'être comparés à cette pécheresse que Jésus soulage de sa faute en lui demandant de ne pas la réitérer. Resurgit alors le principe théologique qui permet, en théorie, une place pleine et entière dans l’Église catholique plus facilement à un criminel qui promet de ne pas récidiver, qu'à un homosexuel (ou un divorcé-remarié) dont le problème est durable.


Qui suis-je pour juger ? disait le pape François en évoquant le cas d'un homosexuel catholique. Que savent nos deux cardinaux de la vie des homosexuels pour proposer de pareilles réponses à des questions si délicates, si humaines ?


PS. Je présente mon livre « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (Plon) jeudi 12 février à Bordeaux, à la Librairie La Machine à lire (Place du Parlement, 18h30).

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 17:32

Après le temps des pleurs, puis celui de l'unité nationale, vient le temps des questions et des interpellations. La députée PS Aurélie Filippetti a frappé fort la semaine dernière à ce qu'en rapporte Marianne (lire ici).


Après avoir revendiqué le droit d'être agnostique, ce que personne ne lui conteste ce me semble, l’ancienne ministre de la culture a dit regretter que les «rabbins, les imams, les curés» soient régulièrement consultés. Selon l'élue socialiste, les ministres du culte « ne sont pas des maître à penser ». Un procès en légitimité habituel à la gauche de la gauche, notamment du côté de Jean-Luc Mélenchon, mais plus rare au sein du PS.


François Clavairoly, le très présent président de la Fédération protestante de France – il prit la parole au nom de ses camarades responsable de culte mercredi 11 janvier, après le rendez-vous à Élysées - a évoqué sur twitter une « réaction un peu radicale mais qui ouvre un vrai débat, même maladroitement ».


Un autre pasteur, Éric George, exerçant à Évreux (Eure) a tenu à répondre à l'ancienne ministre à travers une « Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé » (lire le texte ici relayé par l'excellent site Miettes de théologie).


Après avoir affirmé que pour lui « le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux », le pasteur a affirmé s'exprimer « sans (s)e prendre pour un maître à penser », mais comme « un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant. » Être homme de foi, même à titre professionnel, ne fait pas perdre ses droits de citoyen, sauf à considérer qu'un tel individu ne pourrait avancer une pensée libre. Chez les protestants, la question ne s'est jamais posée. Et chez les catholiques, j'ose espérer qu'il en est aujourd'hui de même.


« Pourquoi devrions-nous – curé, pasteurs, imams, rabins - être tenus à l'écart du débat républicain ? », lance Éric George à Mme Filippetti. Et de préciser le sens de la participation des clercs au débat. « Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la République à la volonté de Dieu, mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la République et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés ».


Un événement récent – le débat sur la mariage homosexuel – fournit un bel exemple de l'indépendance du politique vis-à-vis des composantes religieuses. Les croyants s'expriment, parmi d'autres,et sont ou pas, entendus du législateurs. Le tout en bon laïcité. Laquelle n'a jamais dit que les représentants des croyants n'avaient qu'à se taire.


Originaire de Lorraine, Aurélie Filippetti a une dent contre le Concordat en cours dans sa région et qui accorde des droits à certains cultes reconnus ; catholicisme, protestantisme luthéro-réformé, judaïsme. Notamment celui de voir leurs ministres rémunérés comme des fonctionnaires.


Le Pasteur George donne raison à la députée (en réclamant un délai nécessaire), avant de contre attaquer. « Vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ? », lance le pasteur. Ce dernier croit, au contraire, que « c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la République comme une ennemie ». Quand le symbole de la neutralité républicaine et les hommes de Dieu vivent en bonne intelligence, les fantasmes tombent. Et les gardes-fous fonctionnent, ce qui ne fut le cas chez les trois terroristes.


Éric George n'est franchement pas convaincu par une « étanchéité totale au religieux » que prône l'ancienne ministre. Par ce qu'il y voit « le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles possibles les massacres de la semaine dernière ». En concluant sa missive, le pasteur interroge : « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ? » Lui n'a pas envie d'appeler le plombier.

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 22:30

Il y a une soixantaine d'années, l'Allemagne et la France fournissaient au catholicisme de progrès, celui qui triompha au Concile Vatican II, ses théoriciens les plus avant-gardistes. Aujourd'hui, cette tradition ne perdure que d'un côté du Rhin. Alors que les évêques français font preuve d'une prudence assez désespérante dans le débat pastoral majeur des années 2014-1015 – l'admission aux sacrements des divorcés-remariés -, en Allemagne, l'épiscopat a fait un pas décisif vers la réforme.


Une majorité d'entre eux en effet se sont déclarés sur la ligne du cardinal Walter Kasper , leader des partisans de l'évolution et assez en cours auprès du pape. On n'oubliera pas que la tête de pont du camp d'en face est également un allemand, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi Gerhard Ludwig Mueller, nommé par Benoît XVI en 2012 et, pour l'heure, maintenu par François.


Le 22 décembre, le président de la conférence épiscopale allemande Reinhard Marx a présenté un document reprenant des éléments du premier synode romain d'octobre 2014 ainsi que le rapport, inédit jusqu’ici, d’un groupe de travail interne intitulé « Voies théologiquement responsables et pastoralement adaptées pour un accompagnement des divorcés remariés » (voir ici l'article publié par InfoCatho). Un document validé par le conseil permanent en juin 2014.


Selon le cardinal Marx, archevêque de Munich (1) et membre du G9 du pape, il s'agit là d' « un défi urgent pour l’Église dans le monde entier », divorce et remariage marquant « souvent le début d'un processus de sortie de l’Église ». Le document est on ne peut plus clair. Les règlements actuels font naître des problèmes que « les évêques et les prêtres trouvent presque impossibles à surmonter ».


Selon les évêques, les couples catholiques, et pas uniquement ceux qui ont connu la séparation, jugent la règle actuelle « incompréhensible et impitoyable » et « tout sauf utile ». Comme les autres, les divorcés-remariés doivent « pouvoir considérer l’Église comme leur maison et participer activement à sa vie », rappellent-ils. Et ils avancent, prudemment mais sûrement, qu'une pastorale orientée par ces principes « ne peut pas éluder la question d’une éventuelle admission des divorcés remariés à la communion sacramentelle ».


Pas question d'un laxisme total pour autant. « Il ne serait pas juste d’admettre aux sacrements sans distinction tous les croyants dont le mariage a été brisé ou qui sont remariés », rappelle l’archevêque de Munich. Forts de leur expérience pastorale et de leur réflexion théologique, les prélats plaident « pour des solutions différenciées » répondant à chaque cas « de façon équitable » et permettant l’admission aux sacrements « sous certaines conditions ».


« La pastorale du mariage et de la famille mérite un travail renouvelé, de sorte que le message d’amour de Jésus se fasse sentir », affirme encore le cardinal Marx, signifiant en creux que le « message » ne peut passer avec l'interdit actuel d'accès au sacrement en cas de remariage.


En France, on lit bien de tels propos dans la prose de certains groupements de fidèles turbulents comme la Conférence catholiques des baptisés francophones, mais guère sous des plumes épiscopales. Quand donc nos pasteurs écriront tout haut ce que l'expérience leur dicte ? Est-ce la présence bruyante de la brochette d'évêques réactionnaires rétifs à toutes évolutions et adeptes d'une Église de purs qui tétanise la majorité d'entre eux ?


Dès que le Saint-Siège aura validé la liste, on connaîtra les noms des évêques de l'hexagone élus par leur pairs à Lourdes en novembre dernier pour participer au second synode romain sur la famille, en octobre prochain (2). Gageons qu'ils seront représentatifs des catholiques de France qui attendent, dans leur écrasante majorité, la fin d'un règle bien peu évangélique.


(1) Il est donc le second successeur de Joseph Ratzinger, qui occupa le poste de 1977 à 1981 et son départ pour Rome.


(2) Jean-Marie Guénois dans le Figaro.fr (voir ici) écrit que Mgr Jean-Luc Brunin, qui préside le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France, en serait. Ce qui serait logique. Mais rien n'est confirmé pour l'heure.

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 16:07

Jadis, seuls les communistes invétérés et les laïcards impénitents refusaient de passer par l'église à l'heure de quitter ce monde. Ils avaient à leur côté des camarades brillants orateurs capables de prendre la parole devant la famille et les amis, assurant une forme de rituel et concurrençant celui du curé.


Mais aujourd'hui, pour nombre de personnes à l'approche du trépas, les obsèques religieuses n'ont quasiment aucun sens, ni pour elles, ni pour leurs proches. Et beaucoup de familles se rapprochent de l’Église par défaut. Le goupillon ou rien, dès lors qu'un minimum de rituel et de mots sont nécessaires pour vivre au mieux l'entrée dans le deuil. Les équipes paroissiales sont parfaitement formés pour prendre en compte ces demandes de sacrés aux contenus religieux très variables.


Constatant que seules des entreprises privées de pompes funèbres offrent une alternative satisfaisante aux cultes, le groupe socialiste à l'Assemblée nationale a déposé le 10 décembre une proposition de loi. « Les familles confrontées au deuil sollicitent de plus en plus les mairies pour l'organisation de cérémonies civiles. Les citoyens qui ne se réclament d'aucune religion se trouvent démunis et attendent de notre République qu'elle leur offre des perspectives pour accompagner leurs morts», écrivent les élus pour lesquels « la République française se doit de prendre en charge, comme elle le fait pour les naissances, les mariages, voire même les parrainages civils, un rite propre pour commémorer la mort de ses citoyens ».


Actuellement, les mairies sollicitées en pareil circonstance peuvent mettre à disposition des familles des locaux municipaux. Elle n'y sont pas tenues. Les députés socialistes veulent les y contraindre et aller plus loin. Chaque municipalité devra « être en capacité d'intervenir pour assurer un moment de recueillement auprès du défunt, même en l'absence de cérémonie religieuse », demandent-ils, en précisant que cet acte devra être gratuit.


On devine la contrainte pour les communes qui vont devoir former des officiants, sans doute le maire et les conseillers municipaux, et organiser ce service, de la même manière que les mariages. Mais avec des délais très brefs.


L’Église catholique qui assure se service pour ses ouailles depuis toujours, doit regarder cette proposition du législateur avec grand intérêt. Son expérience sera grandement utile à la réflexion autour de cette loi possible. Nombres d'accompagnateurs de funérailles catholiques, laïcs en grandes majorité, souhaitent que cette autre voie s'ouvre. Pas seulement pour diminuer les demandes qu'ils ont parfois du mal à gérer. Mais surtout pour répondre au plus juste à la demande des familles.


On notera comme un pied de pied que le regard de La Croix sur le sujet - « Les députés socialistes veulent instaurer des cérémonies de funérailles « civiles ou laïques » (à lire ici si l'on est abonné à Urbi et Orbi)- est nettement plus posé que celle du Figaro pour qui « Le PS veut pousser les mairies à proposer des funérailles gratuites et laïques » (lire ici ).

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 12:38

Comme nombre d'observateurs des rapports entre l’Église catholique et le monde politique, je craignais quelque peu la remise du rapport Claeys-Leonetti sur la fin du vie au Président François Hollande vendredi 12 décembre (voir ici la note publiée sur le site de la Présidence).


Le sujet est délicat, au regard des pressions exercés par les pro-euthanasie et des susceptibilités côté catholique. Comme beaucoup de chrétiens, je souhaitais que l'on touche le moins possible aux grandes lignes de l'actuelle Loi Leonetti, un texte équilibré et issu du consensus remarquable.


De fait, la proposition des deux députés, accepté par le Président, ne franchit pas la ligne rouge qui aurait fait repartir certains catholiques au quart de tour. Aussi, c'est avec soulagement que j'ai lu le communiqué de Mgr Pierre d'Ornellas (à lire ici), président du groupe de travail de la Conférence des Évêques de France sur la fin de vie et archevêque de Rennes.


Le travail du duo Claeys-Léonetti est présenté comme relevant de « l'honneur d'une société » quand elle « cherche sans cesse le meilleur accompagnement de nos concitoyens vulnérables qui s’approchent de leur décès ». Un beau compliment quand on se souvient des propos entendus pendant le débat sur l'ouverture au mariage.


Le texte du prélat breton note la naissance d'un « nouveau droit » du patient : la sédation profonde et continue, lorsque le patient demande l’arrêt d’un traitement, arrêt qui engage son pronostic vital. Il apprécie la « volonté louable d’écouter le patient », tout en affirmant que « ce nouveau droit ne supprime pas les causes de ce "mal-mourir" ».


Mgr d'Ornellas perçoit le « devoir de fraternité – titre de son communiqué - dans la volonté du rapport de poursuivre le « développement de la culture palliative ». L'évêque demande pour cela une « réforme du système de santé ». Il apprécie que les deux rapporteurs exigent le financement des actes d’accompagnement et applaudie à leur souhait de « mettre en œuvre l’accompagnement bienveillant que nous devons à chaque malade ».


À lire le texte du responsable de l'épiscopat, et à entendre les cris de déception des militants du droit à l'euthanasie, on se dit que le gouvernement a réussi son exercice d'équilibre. Demeurent deux difficultés insolubles. Les contraintes financières vont limiter les belles ambitions en terme de soins palliatifs et de présence auprès des mourants. Et la meilleure loi du monde ne résoudra jamais tous les cas particuliers. On pense notamment aux personnes qui, sans être en fin de vie, connaissent une existence de très grand handicap sans aucun espoir d'amélioration.


À côté du texte apaisé de Mgr d'Ornellas, qui n'espérait pas mieux qu'un compromis entre le statu quo et la droite ligne vers l'euthanasie active, il faut aussi entendre la petite musique de l'aile identitaire de l'épiscopat. Elle s'exprime par les mots de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Le titre de son texte, publié le 14 décembre, est ampli de suspicion : « Entre ambiguïté et tentation de l’euthanasie » (texte à retrouver ici). Pour lui, la loi ne doit faire aucun concession à l'ère du temps, laquelle réclame la libéralisation du droit à mourir.


Cette posture de guerre permanente contre toutes les positions sociétales du gouvernemental actuel demeure minoritaire au sein de l'épiscopat. Cette réalité devrait éviter un remake du printemps 2013.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 23:08

Futé – je n'ose dire malin pour un homme qui ne cesse de nous rappeler la présence pernicieuse du Diable -, le pape François sait que la question féminine est aujourd'hui capitale si l'on veut gagner la bataille de l'opinion. Il parle beaucoup des femmes et de leur rôle trop faible dans les hautes sphères de l'Eglise.


Des choses bougent au Vatican. Des bruits ont couru dernièrement qu'un organisme consacré aux droits des femmes pourrait voir le jour dans la nouvelle configuration de la Curie romaine. Et le cardinal Maradiaga, coordinateur du Conseil des Cardinaux, a évoqué dans un entretien au journal catholique britannique The Tablet (voir ici) la possibilité de confier la présidence d'un Conseil pontifical, comme celui des migrants, à une religieuse pleinement légitime sur la question.


Faut-il s'en réjouir ? Oui, sans doute, mais tout en restant modéré. Comme dans les gouvernements civiles, les femmes demeurent le plus souvent cantonnées à des responsabilités subalternes. Notre Ve République française a souvent confié à des dames les affaires sociales, la santé, le handicap. Plus rarement les postes régaliens, à quelques exceptions près comme Michèle Alliot-Marie (Défense, Intérieur et Affaires étrangères) ou Christiane Taubira (Justice).


Dans l’Église catholique, un tel pas est impossible. Ce n'est pas demain que l'on verra une femme à la tête de la congrégation pour la doctrine de la foi ou l'évangélisation des peuples. Pour cela, il faut être prêtre et donc homme. A fortiori pour diriger la congrégation pour le clergé ou celle dédiée aux évêques.


Le pape François peut proposer toutes les avancées possibles, comme dernièrement en multipliant les théologiennes à la Commission pontificale (5 au lieu de 2), les femmes demeureront, de droit, en situation d'infériorité par nature.

Sauf à disjoindre la question de la responsabilité ecclésiale du sacerdoce. Et nous en sommes, hélas, encore fort loin.

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