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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 19:49

Bien des observateurs cathos ont établi un lien entre l'incendie de Notre-Dame et les misères de l’Église catholique de France. Erwan Le Morhedec, anciennement Koz, n'a pas manqué de s'y essayer dans son billet dans La Vie du 24 avril 2019 (à lire ici)

 

Son texte intitulé Nous sommes Notre-Dame rappelle la sombre litanie d'une institution à la dérive. « Avons-nous conscience que nous sommes passés, en un seul mois et demi de carême, par les révélations sur les doubles vies et les doubles discours au Vatican, sur les abus perpétrés contre des religieuses, la veille même du mercredi des Cendres, avant la condamnation du cardinal Barbarin et sa démission refusée ? » N'en jetez plus.

 

L'avocat les caractérise en « autant de coups de boutoir sourds, lourds, opiniâtres contre nos vies de catholiques trop installés peut-être ». Et cette liste funeste a « fini par un brasier ».

 

Dans l'esprit du billettiste, la réponse à la question « Faut-il reconstruire à l’identique ? », ne concerne pas/ l'architecture de la cathédrale. Il attaque la représentation de la figure du prêtre. Celle-ci, est définie comme « tridentine dans trop d’esprits quand le jeudi saint nous le montre serviteur dans le lavement des pieds ». Et, Koz avance une très intéressante innovation liturgique : « ­Faudrait-il introduire ce geste, sinon lors des ordinations, du moins lors des premières messes ? ». Voilà une belle idée, propre à désacraliser les jeunes héros. Et digne de faire adhérer l'avocat le plus célèbre de la cathosphère aux portes de la Conférence des Baptisés.

 

Las, la phrase suivante fait retomber le soufflet révolutionnaire. « La figure du laïc, trop souvent réticent à exercer le sacerdoce commun des baptisés, peut aussi s’affiner. » Remercions Koz d'évoquer la très belle expression du Concile Vatican II : sacerdoce commun des baptisés (SCB). Vaste programme, comme dit. L'autre, Qui a connu autant de succès qu'une proposition de campagne à l'heure d'un bilan de mandat.

 

Donc, le SCB est un fantasme. Et je croyais naïvement que la responsabilité de ce raté relevait en premier lieu de Rome, où depuis Jean Paul II, cette partie du Concile a été remise aux oubliettes. Si le laïc, le plus souvent féminin, ne profite pas du projet conciliaire, c'est sans doute parce qu'il (elle) se contente dans l’allégresse de ce qu'on lui laisse faire : servir les prêtres, fleurir les églises (et les balayer), faire la quête, s'occuper des gamins de la catéchèse... Si le curé est un moderne, on pourra jouter à la liste : proclamer les lectures, donner la communion. Notre laïc est donc réticent à participer à la gouvernance de la paroisse (et du diocèse), ou à faire profiter les fidèles de sa formation théologique et pastorale désormais souvent supérieure à celle du curé.

 

Le débat est lancé. Et notre billettiste a raison de signaler que : « Là encore, le chantier est immense et personne ne peut en décréter la durée. »

 

 

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 09:14

Dix secondes en direct pour dire qu'il voulait partir. Depuis le silence. Un communiqué pour annoncer le rendez-vous d'hier lundi avec le Pape. Puis rien. Une photo à moitié volée. Silence. Silence du cardinal qui ne dit rien de son échange avec son patron. Silence du Saint-Siège, habituel après ce type d'entretien privé.

 

Silence. Ce silence qui a prévalu pour les victimes du père Preynat quand elles ont tiré l'alarme comme tant d'autres proies de criminels ecclésiastiques. Ce silence raconté par Isabelle de Gaulmyn dans son récit Histoire d'un silence (voir ici), par François Ozon dans son film Grâce à Dieu, par le documentaire d'Arte « Religieuses abusées, l'autre scandale du Vatican » (voir ici), diffusé le 5 mars.

 

Ce silence insupportable. D'autant plus venant d'une institution qui depuis des siècles parle fort, enseigne, explique doctement comme il faut vivre et aimer. Et jusqu'à peu faisait les lois chez nous.

 

Alors on objectera que la justice suit son cours avec l'appel du cardinal et du parquet. On avancera que le Pape n'aime pas qu'on le force à quoi que ce soit. On invoquera le temps de l’Église, toujours en retard de quelques décennies sur le peuple auquel elle s'adresse.

 

Face à tant de souffrances de victimes, face au discrédit qui touchent tant de fidèles et de prêtres, que valent ces arguments ? Tout le monde sait, lui le premier, que Philippe Barbarin ne peut plus diriger un diocèse. Mais silence, supputation, attente. Une institution qui parle de tolérance zéro tolère une situation intolérable.

 

Silences d'hier, silences d'aujourd'hui. Tous aussi insupportables.

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 20:58

Le cardinal Philippe Barbarin a été condamné en première instance et a aussitôt annoncé son intention de démissionner (vidéo à retrouver ici).

 

Il paie son arrogance et ses maladresses. Le choix de faire venir un grand cabinet de gestion de crise parisien pour défendre son honneur, tout en jouant le modeste serviteur de l’Église et du Christ, aura joué en sa défaveur.

 

L'archevêque de Lyon écope aussi, et c'est regrettable, pour tous ses confrères évêques « sauvés » soit par la prescription soit par l'absence face à eux de plaignants aussi tenaces que La Parole libérée.

 

La sécheresse de sa déclaration, sans échange avec la presse, a montré un homme abattu, blessé, acceptant mal une décision qu'il n'avait pas anticipé.

 

Si l'on excepte le cas de Mgr André Fort, évêque émérite d'Orléans au moment de sa condamnation pour des faits similaires, on ne peut comparer le cas Barbarin qu'avec Mgr Pierre Pican en 2001. L'évêque de Bayeux-Lisieux avait écopé de 3 mois avec sursis. Contrairement à l'archevêque de Lyon, il n'avait alors pas fait appel, ni démissionné de sa charge.

 

Enfin, je veux noter deux maladresses dans le communiqué adressé ce jeudi soir par la présidence de l'épiscopat, que l'on peut lire ici.

« La CEF réaffirme sa volonté de lutter avec détermination contre toutes les agressions sexuelles commises par des clercs sur des mineurs ».lit-on. Les deux derniers mots de la phrase passent cruellement sous silence les adultes abusés en milieu religieux. Et ce deux jours après la diffusion du documentaire d'Arte « Religieuses abusées, l'autre scandale de l’Église ». On peut revoir quelques jours encore ici ce film terrible. 

 

Dans la dernière phrase, nous apprenons que « Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la CEF, a eu l’occasion d’assurer le Cardinal Barbarin de sa prière pour lui et le diocèse de Lyon ». Le terme de diocèse englobe-t-il, dans l'esprit de la CEF, les victimes du père Preynat et leurs familles, qui souffrent depuis bien plus longtemps que le cardinal ? Être plus explicite s'imposait ici, comme le fit le cardinal dans sa courte allocution.

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 08:47

Je n'ai pas assisté au procès impliquant du 7 au 10 janvier le cardinal Barbarin devant le tribunal correctionnel de Lyon. Parmi les nombreux comptes-rendus, je recommande le travail de ma consoeur Sophie Lebrun pour La Vie (voir ici).

Ayant écrit sur le cas de l’archevêque de Lyon en 2017 pour Marianne (voir ici), je connais un peu le dossier. Mes fans pourront écouter ici mon sentiment exprimé sur le procès ce vendredi sur Radio Notre-Dame, lors d'un débat avec les journalistes Victor Loupan et Jean Sevillia.

 

Je voudrais revenir sur un aspect un peu annexe, mais pas secondaire pour autant : la posture de deux des personnes citées à comparaître lors du procès. Il se trouve que je connais et que j'ai de l'amitié pour Régine Maire, chargée par le diocèse de Lyon de recevoir une des victimes du père Preynat, et Pierre Durieux, alors directeur de cabinet du cardinal.

 

Je n'ai pas compris leur attitude lors du procès. Tous deux ont choisi de lire une déclaration et de refuser de répondre aux questions. Je comprends qu'un texte, sans doute écrit à quatre mains avec un avocat, soit infiniment plus sûr, plus maîtrisé, que toute expression orale à la barre. A fortiori quand on n'est guère habitué à l'exercice. On a vu que le cardinal a aussi utilisé le procédé.

 

Comme lui, Mme Maire et M. Durieux ont lu qu'ils assumaient pleinement ce qu'ils ont fait et pourquoi ils l'ont fait (ou pas fait). Mais pourquoi donc, même si c'était leur droit, ont-ils refusé le débat contradictoire du tribunal ?

 

Il est évident que cette décision ne relève absolument pas du mépris des parties civiles, les victimes du prêtre criminel. Alors quoi ? Le procès est le lieu des questions et des réponses, non pour le plaisir d’embêter les gens, mais pour faire avancer la révélation de la vérité.

 

Mon hypothèse est celle-ci. Je pense que les deux proches collaborateurs de l'archevêque n'ont pas voulu exprimer leur pensée intime. Il est une chose d’écrire en bon employé pour défendre son travail, celui de son supérieur ou l'honneur de son institution. Il en est une autre d'être amené à dire son sentiment personnel, en tant que citoyen et en tant que membre d'une institution qui, tout le monde le reconnaît, a mal fonctionné.

 

Au cours du débat, cette dichotomie parole officielle/parole personnelle serait nécessairement apparue. Mais les deux cités à comparaitre gardent peut-être dans le cœur le sentiment qu'ils auraient pu agir autrement, en saisissant la justice ou en incitant fortement leur patron à le faire plus vite. L'ont-ils fait, sans le dire à la barre pour ne pas affaiblir le cardinal ? Ont-ils songé à agir ainsi avant de renoncer par esprit d'obéissance et de fidélité à Philippe Barbarin et à l'Église ?

 

Voici des questions auxquelles nous n'aurons pas de réponse. Et qui manquent à l'établissement de la vérité sur la façon dont le diocèse de Lyon, et pas seulement son patron, a géré ce ténébreux dossier.

 

Derrière ce silence, cette « fidélité » selon le mot de Pierre Durieux, cette retenue toute catholique fleure bon le cléricalisme. Cette maladie de l'Église dont la conséquence funeste est que tous et toutes, des simples fidèles au pontife romain en passant par les prêtres et les évêques, se taisent et se serrent les coudes dès lors qu'un clerc, un homme du sacré, est mis en cause. Ce même fléau qui explique que personne n'ait rien dit au moment des faits criminels, comme l'a raconté la journaliste Isabelle de Gaulmyn dans son livre Histoire d'un silence (voir ici).

 

Dans ces quatre jours de procès, le cardinal Barbarin a rompu le silence et c'est heureux. Mais son équipe n'a pas voulu, n'a pas pu le faire. Espérons que lors de futures audiences similaires, autour de la non-dénonciation de crimes sexuels, tous les acteurs prennent la parole avec la plus grande liberté. possible.

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 22:24

Plusieurs semaines après le début de la révolte des gilets jaunes, nos évêques ont donc enfin pris la parole avec leur instance communautaire, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (1). Cette instance ne pouvait se contenter de reprendre les appels au calme et au dialogue lancés depuis plusieurs jours par certains prélats, comme Mgr Aupetit (Paris, voir ici) ou Mgr Pontier (Marseille, voir ). Elle n'a pas souhaité non plus se positionner comme « Mgr Gilets jaunes », l'évêque de Montauban Bernard Ginoux (voir l'article de Famille chrétienne ici) qui semble avoir oublié la neutralité politique de sa fonction.

 

Dans son Appel aux catholiques de France et à nos concitoyens du 11 décembre (à retrouver ici), le Conseil permanent offre ses services à celles et ceux qui veulent sortir de la crise. Arguant que « notre démocratie manque de lieux d’échange et de réflexion qui pourraient permettre l’émergence à une large échelle de suggestions positives élaborées ensemble », dont une des raisons serait « l’affaiblissement de nombreux partis politiques et un recul significatif de l’engagement syndical » l’Église de France propose de suppléer au manque.

 

Elle a tout à fait raison de mettre en avant «  un maillage de milliers de paroisses, réparties sur l’ensemble de notre territoire » et de noter la richesse de « la présence de multiples mouvements, aumôneries et associations de fidèles ». Aucune autre institution ne peut se targuer d'une telle présence. Fort de cela, les responsables de l'épiscopat proposent « dans les semaines à venir, de susciter partout où ce sera possible des groupes d’échanges et de propositions en invitant très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi, qui peuvent être intéressées d’y participer et d’y apporter leurs idées ».

 

À cette occasion, le texte des chefs de l'épiscopat réinvente la fonction de la paroisse. « Lieu de prière, en particulier liturgique », nous dit le communiqué, celle-ci est aussi « par nature et par vocation la "maison de famille fraternelle et accueillante" (encyclique Christifideles laici, de Jean Paul II) pour tous et la "famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme" (Vatican II, Lumen Gentium, n° 28) ».

 

La paroisse et le clocher, situés au centre géographique de nos villes, pourraient ou devraient donc retrouver leur place majeure de lieu de rassemblement, quand le politique est en disgrâce. Belle idée, que nous avons souvent défendue dans ce blog, quand il s'agissait de rendre les lieux de culte accueillants à des projets musicaux et culturels non spécifiquement chrétiens. La panique sociétale actuelle justifierait une telle proposition à titre exceptionnel ou faut-il voir une volonté d'ouverture plus fréquente des bâtiments au-delà du culte ? Il ne faut jamais oublier que ceux-ci furent financés jadis par l'ensemble de la communauté, à une époque où la foi chrétienne ne relevait pas d'un choix personnel.

 

Rêvons de la seconde option. Comme on peut rêver que les foules en colère se précipitent pour dialoguer avec nos dirigeants au pied des statues de la Vierge de nos églises ou sous les posters de pontifes qui décorent nos salles paroissiales. L’Église peut-elle inspirer un échange serein quand les tensions sont telles et le dialogue impossible chez certains manifestants ? Le cadre de nos chapelles et de nos presbytères pourrait permettre une expression plus policée que les propos de tavernes des micros-trottoirs de ronds-points vus sur nos écrans depuis bientôt un mois. Sans doute, dans certaines régions encore culturellement chrétiennes (Ouest, Alsace), est-ce possible. Dans d'autres régions, on peut en douter.

 

Par ailleurs, l’Église catholique donne-t-elle de nos jours l'image du meilleur écrin pour un échange quand la climat est si tendu et les positions si éloignées ? Incapable elle-même de gérer sereinement ses propres divergences, en difficulté quand elle doit négocier autour de ses certitudes avec certaines idées modernes, elle n'a pas que des atouts dans le domaine délicat de la médiation.

 

Au moins, on ne pourra pas reprocher aux catholiques de France, à défaut de réussir des miracles, d'avoir observé sans rien faire cette crise inédite.

 

(1) Ce groupe comprend le président et les deux vice-présidents de la conférence, trois évêques représentant les diocèses selon leur taille, trois évêques selon leur ancienneté et l'archevêque de Paris, es qualité. Son qualificatif de « permanent » interroge puisqu'il se réunit... une fois par mois durant deux jours,

 

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 21:07

Cathorêve est de retour après un silence dû à une activité forte de son animateur. Alors pour me faire pardonner, voici de bonnes nouvelles de la galaxie catho française.

 

*

À Lourdes il y a quelques jours, les évêques favorables à la transparence sur le drame de la pédophilie ont gagné la bataille contre leurs collègues adeptes du lavage du linge sale en famille.

 

Parmi les premiers, on peut citer Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, très lucide quand ceux de sa génération (les septuagénaires) n'ont pas brillé dans ces dossiers : « C'est en faisant la lumière que l'on protège l'institution » (retrouver ici son interview sur France 3 ). Son collègue Mgr François Jacolin, évêque de Luçon (Vendée), affirme : « Ma conviction profonde, c’est que les choses ne peuvent avancer que dans la reconnaissance de la vérité. Il faut prendre le temps, tout le temps qu’il faut, pour écouter et entendre les victimes, leurs doléances » (interview dans l’Écho de l'Ouest, du 16 novembre).

 

La décision, un poil forcée par l'opinion, de la création de la fameuse commission indépendante en est la concrétisation. La nomination à sa tête de Jean-Marc Sauvé (voir ici le communiqué de l'épiscopat /), catho plutôt ouvert mais classico-compatible, a fait l'unanimité. Il assure avoir les pleins pouvoirs. Embauché lui-même à titre bénévole, aura-t-il les moyens financiers de sa mission : enquêter, interroger, fouiner dans le passé de certains dossiers putrides dont les acteurs sont souvent décédés ou très âgés, et faire des propositions ?

 

Espérons cette fois, 18 ans après les premiers « plus jamais ça » lancés à Lourdes.

 

*

 

À Bordeaux, le cardinal-archevêque Jean-Pierre Ricard a consacré un éditorial de la revue diocésaine aux "fraternités", une idée ambitieuse du récent synode du diocèse (texte à retrouver ici).

 

Après avoir rappelé le discours officiel sur la primauté du sacrement, Mgr Ricard lance non sans courage : « L’eucharistie n’épuise pas toute la vie ecclésiale. Celle-ci doit aussi offrir des temps de rencontre fraternelle, de prière, d’écoute ensemble de la Parole de Dieu, de soutien et de services mutuels ». Il cite alors une des propositions votées par le synode : « Promouvoir, développer et multiplier des petites communautés fraternelles de voisinage dans chaque paroisse, secteur pastoral… Ces communautés fraternelles sont des groupes diversement constitués et ouverts à tous (quel que soit leur état de vie) d’une dizaine de personnes, se réunissant de préférence à domicile, pour un partage de vie, de la parole de Dieu, ainsi qu’un temps convivial. » C’est peut-être ça aussi le sacrement eucharistique.

 

Sans être révolutionnaire, cette idée n'est pas vraiment très en vogue dans notre épiscopat, arque bouté sur la messe dominicale. Étant donné les fréquentations romaines du cardinal Ricard, on devine qu'il ne part pas en franc-tireur sur ce dossier sensible et qu'il a l'aval du Saint-Siège.

 

« Ces petites fraternités sont des lieux d’apprentissage de la vie ecclésiale », note le prélat girondin, qui peut même en parler au présent. « En zone rurale, ces fraternités pourront donner de l’Église un visage proche et familier. Elles montrent que toute vie ecclésiale n’est pas suspendue à la présence du prêtre »

 

Et l'archevêque de citer à nouveau le document synodal, lequel suggère que ces fraternités puissent « proposer éventuellement diverses célébrations de la Parole dans les églises, de manière publique et régulière et de créer du lien entre propositions cultuelles et culturelles ». Le retour des anciennes ADAP (assemblée dominicale en l'absence, ou en attente, de prêtres). « Voilà qui peut nous donner des idées pour habiter nos églises ! », lance enthousiaste le pasteur girondin.

 

Attendons donc la mise en place de ces prometteuses « fraternités » qui nous changent de la culpabilisation de ceux qui ne fréquentent pas le culte dominical. Et restons attentifs à une réaction prévisible de certains prêtres peu enclins à partager ainsi une part de leur pouvoir.

 

*

 

La troisième bonne nouvelle touche au dialogue entre science et foi. Le Figaro du 8 novembre (voir ici) nous apprend que l'UAI (Union astronomique internationale) vient de demander de rebaptiser la loi ayant révélé à l'humanité le Big bang initial, jusqu'alors appelée Loi de Hubble. Il faudra désormais invoquer la loi de Hubble-Lemaitre, du nom de Georges Lemaître (1894-1966), prêtre belge, enseignant à l'université de Louvain. En 1927, celui-ci a publié un texte fondateur dont le journaliste du Figaro explique la thèse : « si on inverse la trajectoire de toutes les galaxies, et qu'on regarde où elles étaient dans le passé, on obtient une convergence, à un point unique, un état initial de l'univers que Lemaître a décrit comme «la théorie de l'atome primitif  », et qu'on appelle aujourd'hui le Big Bang. »

 

Hélas, la publication de ces travaux dans une revue francophone à faible diffusion diminuera le retentissement de la trouvaille du modeste abbé. Deux ans plus tard, Edwin Hubble publie le texte qui va révolutionner l'astronomie et lui attirer la gloire. Celui-ci a reconnu y avoir songé en rentrant d'un congrès de l'UAI auquel participait le prêtre belge. Ont-ils échangé à ce sujet ?

 

Cette histoire montre que, depuis longtemps, des hommes de foi et de sciences vivent et pensent avec leur temps et font avancer les connaissances, en conservant la pertinence des récits bibliques de la Création dans un registre uniquement symbolique. La nomination d'un physicien, le père Thierry Magnin, comme futur secrétaire général de la Conférence des évêques de France à compter de juillet 2019, va dans le même sens.

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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 16:01

Le cléricalisme serait donc le mal majeur de l’Église catholique. Le pape François n'est pas le premier à le dire. Mais ses propos sont plus audibles que les appels de certains catholiques qui, depuis des décennies, appellent dans le vide à rééquilibrer les rôles de chacun à l'intérieur de la communauté.

 

Depuis la publication de Lettre du pape au peuple de Dieu le 20 août (à relire ici sur le site du Vatican), chacun donne sa lecture sur les origines de ce fléau. On lira par exemple avec intérêt le texte du moine bénédictin Ghislain Lafont, qui interroge la maturité humaine des candidats au sacerdoce presbytéral (ici). Ou dans un style plus militant, on pourra apprécier l'appel aux évêques : « Pour éviter le naufrage, des Assises de la gouvernance », lancé par la Conférence des baptisés catholique de France (ici)

 

Dans une interview publiée par Famille chrétienne (à retrouver ici), Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, affirme : « Le cléricalisme n’aurait jamais porté des fruits de mort s’il n’avait été accepté, consenti, voire même promu par les communautés chrétiennes. Dans la situation actuelle, les laïcs doivent se poser autant de questions que les prêtres, les évêques et les formateurs dans les séminaires ». Et pour ceux qui douteraient de la puissance du propos, le prélat ajoute avec modestie : « C’est cela que le pape veut dire et c’est nouveau dans la gestion des affaires depuis dix ans ».

 

Affirmer sans sourciller que les dominés (les laïcs) sont responsables de la situation perverse que leur imposent les dominants (les clercs), il fallait oser. Faire passer une réalité, la soumission souvent aveugle des ouailles à leurs pasteurs, comme un tort des premiers, voici qui est grandiose. Le syndrome de Stockholm, en mode culpabilisation.

 

Mgr Ravel donne un exemple à l'appui de son affirmation. « Quand j’étais jeune, mon curé ne partait jamais seul avec un groupe d’enfants. Comment se fait-il que des chrétiens aient laissé des prêtres seuls avec des enfants pendant des week-ends de retraite ou des camps ? ». C'est vrai, comment se fait-il que de bons catholiques aient fait confiance à l'aumônier de leurs enfants, et n'aient pas exigé la présence permanentes de deux prêtres ? Quelle inconscience de la part des parents ! Et après ils se plaignent.

 

« Pour répondre aux problèmes des abus, avance l'archevêque de Strasbourg, c’est toute la mentalité du peuple de Dieu qui doit changer dans son rapport à l’autorité, car ces abus sexuels sont des abus de pouvoir ». On est bien d'accord. Mais une partie du peuple de Dieu, les clercs, a davantage de travail à fournir. Mgr Ravel reconnaît par ailleurs que la formation sacerdotale est encore insuffisante. « Faire passer les séminaristes devant un psychologue, c’est une voie mais je ne la crois pas suffisante (...) Tous les psychologues, les médecins et les directeurs de séminaire savent que, pendant sept ans, un homme peut avoir un comportement irréprochable mais que, une fois promu à un poste de responsabilité, il peut chuter ». Rien sur le suivi après l'ordination.

 

Mais il ne faut pas désespérer car, comme nombre de ses pairs, Mgr Ravel reconnaît qu'il peut progresser et découvrir bien des choses. « Je dois avouer qu’au cours de ces dernières années, plaide-t-il, j’ai pris conscience – et je ne pense pas être le seul – que j’avais été naïf ; que dans mon abbaye, avec un parcours religieux un peu particulier il est vrai (NDLR Il est chanoine régulier de Saint-Victor), je n’avais pas soupçonné qu’une pareille misère morale et criminelle puisse entraver la mission et le déploiement de l’Église. C’est depuis que je suis évêque (NDLR En 2009), mais surtout ces cinq dernières années, que j’ai progressivement pris conscience de l’étendue du malheur causé par ces abus, sur les victimes d’abord et sur l’Église ensuite ». Un observateur mal intentionné aurait pu, se contentant de reprendre la première ligne de ce paragraphe, en conclure que le drame de la pédophilie des prêtres pose problème car il “« entrave la mission et le déploiement de l’Église ». Heureusement, dans sa phrase suivante, il évoque « les victimes d'abord” et “« l'Église ensuite”. Ouf.

 

D'ici quelques années, peut-être, Mgr Ravel nous dira qu'il a pris conscience que le cléricalisme est un mal dont la responsabilité est avant tout imputable aux prêtres et à la hiérarchie ecclésiastique. Et que, sans même considérer les cas de pédocriminalité, ce fléau « entrave la mission et le déploiement de l’Église ».

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 08:02

Les trois derniers prêtres nommés évêques en France viennent du diocèse de Paris. Sans être une aberration statistique, le fait n'est pas anodin.

 

Remarquons tout d'abord que ce trio ne peut guère se plaindre d'un exil lointain ou aventureux. Antoine de Romanet a quitté l'an passé la paroisse de Notre-Dame d'Auteuil pour le Diocèse aux armées (voir ici), avec Saint-Louis des Invalides comme cathédrale. On fait plus rural. Son confrère Philippe Christory, nouvel évêque de Chartres (voir ici), va bien vivre au milieu des champs, mais à une heure de la gare Montparnasse. Quant à Matthieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand des Ternes et ancien aumônier des parlementaires, il a hérité ce mardi du siège de Nanterre (voir ici)

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On peut lire dans cette politique de proximité la prise en compte d'expériences malheureuses d'envoi de Parisiens dans quelques lointaines provinces. Citons les épiscopats plus que mitigés de Mgr Philippe Breton à Aix et Dax (2002-2012) ou de Mgr Alain Castet à Luçon en Vendée (2008-2017).

 

On savait déjà que, pour Rome, seul un ancien curé de Paris pouvait désormais devenir archevêque de la capital e: Lustiger, Vingt-Trois, Aupetit. Mais serait-ce valable pour toute la France désormais ? Ils sont désormais 15 sur les 98 prêtres diocésains ayant reçu la mitre.

 

On peut avancer trois explications (sans épuiser le sujet) :

 

* Paris peut compter sur un nombre de prêtres très supérieur à la moyenne : 481 en activité début 2018, selon l'annuaire de l'épiscopat. Nombre de jeunes venus de tout l'hexagone y terminent leurs études et intègrent plus naturellement un séminaire parisien qu'un établissement de leur région d'origine. Les presbytères de la Ville-Lumière accueillent également beaucoup de prêtres, français ou étrangers, qui étudient à l'Institut catholique, au Centre Sèvres ou ailleurs. Sans être disponibles à temps plein, ils rendent d'importants services, assurant notamment des plannings de messes dominicales surréalistes partout ailleurs.

 

* La présence fréquente à Rome du cardinal de Paris (1) aide sans doute à la mise en avant de certains profils.

 

* Le diocèse de Paris peut se remettre d'un départ. Ce qui n'est pas le cas partout ailleurs, quand la promotion d'un vicaire général ou d'un doyen met en péril le fragile équilibre du personnel.

 

De même que le moule unique de l'ENA pour former des cadres appelés à diriger le pays montre ses limites, on pourrait souhaiter que les patrons des communautés ecclésiales que sont les diocèses reflètent davantage la diversité géographique des prêtres du pays.

 

Sachant mon blog très influent à la Congrégation romaine pour les évêques, je ne doute pas qu'un changement majeur intervienne dès les prochaines nominations.

 

(1) Aujourd'hui Mgr Vingt-Trois. Mgr Aupetit devrait (avec François, rien n'est sûr) revêtir l'habit rouge, quand son prédécesseur deviendra octogénaire, quittant le collège des cardinaux électeurs.

 

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 09:04

Lisant La Croix de ce vendredi 25 mai, j'ai parcouru distraitement la page Services : météo, mots croisés... et méditations autour de l’évangile quotidien. Celle sur le texte de samedi est l’œuvre d'un Augustin de l'Assomption (assomptionniste, pour les non-spécialistes), nommé Nicolas Taralle. J'aurais bien aimé apprendre à qui nous devions le second commentaire, celui des lectures de lundi. Nous ne saurons seulement qu'il s'agit d'une « sœur apostolique de Saint-Jean ».

 

Voici un problème qui me taraude depuis des années. Serait-ce une marque d'orgueil de signer son texte ? Le problème viendrait-il de la difficulté d'exprimer une pensée personnelle ?

 

Le don total d'une personne au service de Dieu, de sa communauté et du monde exige une mise en retrait évidente des spécificités individuelles. On le comprend. L'habit, l'abandon de toute possession personnelle (et du compte bancaire) et l'obéissance vont dans ce sens.

 

Je sais que la modestie est une des grandes qualités de celles et ceux qui choisissent la vie consacrée. Pour avoir souvent interrogé des religieuses durant ma longue carrière dans la presse catho, je peux témoigner que dire « je » dans un journal est souvent, même pour les apostoliques, un acte impossible. Ce qui n'arrangeait pas mes affaires. A fortiori si j'avais l'idée tordue de prendre leur photo.

 

Je ne saurai donc jamais si la sœur qui a écrit pour les lecteurs de La Croix sa courte méditation s'appelle Sophie, Agnès ou Marguerite. Ni induire sa génération, traduite généralement par une Sixtine ou une Francine. Si un jour je croise sa communauté, je ne pourrai pas lui dire que j'ai été touché par sa pensée ou son style littéraire.

 

Si cette religieuse vivait retirée du monde, cette possibilité resterait limitée. Ainsi, j'ai peu de chance d'échanger avec celui qui signe mystérieusement «  un chartreux » des ouvrages aux éditions des Presses de la Renaissance.

 

Mais l'anonymat est encore plus dérangeant pour une sœur apostolique, vivant dans le monde, au contact des gens. Dans son ministère, cette sœur dit bien son nom. Elle n'est pas seulement « une sœur ».

 

Bien sûr, il convient de fuir une société de l’ego triomphant dont le monde médiatique se repaît. On ne demande pas à cette sœur de créer un compte instagram pour faire partager ses états d'âme à des millions de followers. Mais reconnaissons qu'entre la gloire médiatique et l'anonymat complet dans un quotidien catholique, il reste de la marge.

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 21:11

Sur twitter dimanche soir, un professeur d'histoire nommé Louis Riel a lancé ce message aigri : « Une assemblée de 15.000 personnes à Pontoise, 1.100 jeunes et adultes qui se font confirmer. Voilà qui aurait pu intéresser les grands médias sur le sujet de l'Église catholique en France. Mais visiblement, cette vitalité de l'Église, ça n'intéresse pas beaucoup les médias. »

 

Effectivement, les grandes télévisions n'ont pas retenu dans leurs priorités le rassemblement du diocèse francilien (à retrouver ici). Malgré sa réussite populaire et spirituelle. Elle est bien une « vitalité de l’Église », comme l'Assemblée générale des Scouts et guides de France (voir ici) et bien d'autres rendez-organisés dans ce long week-end de Pentecôte.

 

Pourtant, les rédactions ont reçu, sans doute, le dossier de presse de l'assemblée de Pontoise. Mais, outre que les télévisions n'ont plus de journalistes spécialisés dans l'information religieuse (on préfère faire venir des experts...), l'événement catholique pour tous les médias, bien plus vendeur et croustillant, a eu lieu à Rome vendredi. Je pense bien sûr à l'annonce de la démission des 34 évêques chiliens, empêtrés dans des affaires de pédophilie.

 

Une nouvelle fois, les errances de gouvernance de l’Église ont donné du grain à moudre à ceux, nombreux parmi les médias, qui aiment bien « se payer les cathos ». Par principe, la (grande) presse ne parle que des trains qui n'arrivent pas à l'heure. Raison de plus si le déraillement est catholique (1).

 

Dans l'affaire chilienne, rappelons-le, ce n'est pas d'abord le comportement ignoble de religieux qui est en cause. La pédocriminalité est, hélas, assez répandue. Le scandale majeur tient dans la cécité et la surdité des responsables de ces criminels devant les cris des victimes.

 

Une nouvelle fois, l'orgueil et le pouvoir, ces maux endémiques de l'institution que le Pape dénonce à cor et à cri, a éloigné les regards du bien que font, partout, chaque jour et depuis des siècles, des disciples du Christ.

 

Une nouvelle fois, l'arrogance de quelques prélats qui ont toujours raison et qui n'écoutent que leurs certitudes bornées, a empêché que rayonne l'engagement, modeste mais ferme, des milliers de fidèles qui ont préparé le rassemblement de Pontoise et ont amené un millier de personnes à recevoir le sacrement de confirmation.

 

Pendant combien de temps encore, l’Église catholique va-t-elle donner à croire qu'elle ne fait qu'abriter et protéger un ramassis de salauds, alors qu'elle compte tant de magnifiques personnes qui portent le monde?!

 

(1) Dans ce cas précis, les médias ont davantage salué l'action, certes tardive et à confirmer, du Vatican et des évêques, que souligné leurs errances bien. Traduction : l’Église part de très loin et de très bas, mais elle progresse...

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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