14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 09:04

C'est sans doute un réflexe journalistique. Quand je parcours une revue diocésaine, je consacre toujours quelques minutes à l'agenda de l'évêque. Les prélats ont un point commun avec les ministres : ils rendent public leur programme prévisionnel, histoire sans doute de prouver qu'ils travaillent.


Un évêque a rarement l'occasion de s'ennuyer. D'autant que pour (presque) chaque rendez-vous de l'agenda, il faut ajouter la préparation d'un discours ou d'une homélie.


Je me suis attardé sur le programme du mois d'octobre de Mgr Philippe Barbarin (voir ici), publié dans la dernière livraison d’Église à Lyon (1).


Sans surprise, les week-end sont très chargés : un anniversaire d'église, une inauguration de bâtiment, une confirmation, un hommage à un chanoine, la messe de rentrée des étudiants et jeunes professionnels.


En semaine, il faut compter avec le conseil épiscopal (trois séances ce mois-ci) et le conseil presbytéral, avec les réunions avec les LEME (Laïcs en mission ecclésiale) et deux visites au Séminaire inter-diocésain, dont une, le 1er octobre, avec ses collègues de la Province.


Mgr Barbarin, et c'est une chance, est à la tête d'une région pluri-religieuse. Ce qui lui offre la joie de participer à une table-ronde à Vichy pour le centenaire du Temple protestant et d'une réunion du Comité des responsables d’Église à Lyon, récemment mobilisés autour des croyants en danger en Irak.


Personnalité locale qui compte, le Primat des Gaules entretient ses réseaux civils. C'est pourquoi, il a assisté à la cérémonie d'accueil de la nouvelle Procureur auprès de la Cour d'appel et il s'apprête à faire de même pour honorer le nouveau commandant de la Compagnie de Gendarmerie du Rhône et le nouveau Consul général d'Allemagne. Des rencontres plus légères, sans discours, durant lesquelles l'archevêque n'est pas au centre des regards.


Mgr Barbarin, homme de médias, a prévu de s'arrêter par deux fois devant les micros de RCF pour enregistrer ses chroniques. Et il a rencontré la presse locale pour le lancement d'une nouvelle chaire à la Catho, dédiée au théoricien chrétien de l'écologie Jean Bastaire, décédé il y a peu.


Le Cardinal jouit aussi d'une aura internationale. Celle-ci va l'amener à inaugurer les Semaines sociales espagnoles à Alicante le 23 Octobre, après quelques rencontres la veille à Madrid. Trois jours plus tard, direction Rome dans le cadre d'un pèlerinage provincial. Avec une intervention à l'Institut pontifical Jean-Paul II, histoire de rentabiliser le billet d'avion.


Ça sera tout ? Pas du tout ! Le 12 octobre, l'archevêque a achevé une petite semaine de visite pastorale à Bron.


Et il reste une place pour lui et les siens dans ce programme délirant. Le 25 octobre, il doit célébrer un mariage familial. Aucune autre activité ne figure à l'agenda ce jour-là. On espère que les convives auront le bon goût de ne pas trop lui parler boulot.


(1) Cette revue est une des plus réussies du genre. Elle profite du travail d'une équipe de communication, quand des diocèses plus pauvres confient la tache à un prêtre déjà débordé.

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 14:35

Samedi 11 octobre, a été organisée au Mans une messe des services publics (voir l'affiche ici), à l'initiative de l'évêque Mgr Yves Le Saux. Sur l'affiche, on peut voir quatre professionnels : un professeur de lycée, une gardienne de la paix, une infirmière à l'hôpital et un chargé d'opération de construction du Conseil général


Le service public et ses agents ont-ils besoin de la sollicitude des autorités catholiques ? Bien sûr, autant que d'autres corps de métiers. L'archevêque de Paris préside bien chaque année une messe des responsables politiques (voir ici). Certaines corporations médicales (médecins, pharmaciens) ou juridiques (avocat, policiers) disposent d'associations de professionnels catholiques et organisent des offices spécifiques.


L’Église doit-elle faire montre d'une tendresse particulière pour le service public? Oui, puisqu'à sa manière, elle en est un. Elle partage avec lui l'universalité et la gratuité. Les pauvres savent bien qu'en dernier ressort, ils pourront toujours pousser la porte d'un service social et/ou d'un presbytère.


L’Église et le service publique se confrontent ensemble à la difficulté de vivre dans une société en crise et dans laquelle la notion du collectif est en péril. L'idée de mutualiser un certain nombre d'offres basiques à l'humanité (soin, éducation, sécurité, eau) recule sous le poids des déficits des caisses publiques et de l'attrait du libéralisme cher aux anglo-saxons. L'idée de diminuer le poids de l’État – et donc des services publics – est à la mode, et pas uniquement dans les têtes de droite.


Le catholicisme doit se rappeler qu'il a inventé, en France et sans doute ailleurs, l'essentiel des grands services publics : les écoles gratuites, les hospices pour les pauvres, la mutualité. Aujourd'hui, l'Église, qui met en avant, dans sa présence pastorale le terme de « service », doit être aux cotés des agents qui perpétuent cette tradition.


Si les relations entre ces deux piliers de la société français sont parfois tendues au sommet, du fait d'un anticléricalisme dépassé toujours bien présent notamment dans les syndicats fort dans le secteur public (CGT, FO), il est est bien autrement au niveau local.


Les associations caritatives chrétiennes (Secours catholique, Saint-Vincent de Paul...) travaillent main dans la main avec les assistantes sociales pour toujours mieux « servir » les plus faibles. Des deux côtés, on connaît les dégâts de désinvestissement financier de l’État ou des collectivités locales dans l'aide social.


Et l' « hôpital de campagne », métaphore utilisée par le pape François comme visage qu'il veut donner à l'Église catholique, est bien une offre de « service public », agissant avec, et jamais en concurrence, avec l'autorité civil qui en a la charge.


On peut souhaiter que dans tous les diocèses, on dise des messes pour le service public, pour ses agents et pour son travail... évangélique.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 09:15

Les séminaristes d'Arte sont de retour. Deux ans après une première saison (voir notre article d'alors ici) qui avait connu un succès inatendu (1,5 millions de téléspectateurs), Ainsi soient-ils (voir ici le site d'Arte ) revient les jeudis sur la chaîne franco-allemande, avec deux épisodes par soir du 2 au 23 octobre (20h50).


L'année au séminaire des Capucins s'annonce difficile. Le charismatique supérieur Étienne Fromenger a cédé sa place, contre son gré, à son adjoint Dominique Bosco. Celui-ci se bat contre ses démons spirituels (la peur du chaos, au séminaire comme ailleurs) et contre une tumeur au cerveau qu'il tente de cacher.


La promotion des séminaristes découverte en 2012 poursuit son parcours chaotique, sans Emmanuel, reparti à ses chantiers archéologiques, et sans José, paraplégique après avoir reçu plusieurs balles dans le dos. Raphaël, le fils d'industriel, Yann, l'ancien chef scout, et Guillaume, tiraillé par son homosexualité, sont bien loin d'avoir tout réglé sur leur vocation.


S'ils ont voulu montrer l’humanité et les questionnements de ces jeunes, les scénaristes ont également opéré des choix dans leur regard sur ce monde étrange. Il s'agit bien pour eux de réaliser un film de télévision et de capter l'intérêt de tous, pas de proposer une vision documentaire sur les futurs prêtres. Nous ne sommes pas sur KTO ou dans un film promotionnel pour le services des vocations. En 2012, le P. Robert Scholtus, ancien supérieur du séminaire des Carmes (Paris), avait noté pour Témoignage chrétien les bons points et les limites de l'exercice (voir ici).


Les médias catholiques dénoncent des partis-pris lesquels, on se doute, ne sont pas à l’avantage de l’Église. Ainsi Bruno Bouvet, de La Croix (voir ici), pointe, au milieu de critiques positives, une « une surexploitation des interrogations sexuelles et affectives ».


La remarque est juste mais très explicable. Le choix du célibat et de la continence demeure incompréhensible et surréaliste pour qui connaît peu le monde catholique. Les séminaristes étant pleinement intégrée dans leur temps et leur monde, la question les taraudent. Et pas uniquement ceux de la série. La sous-estimation de la question serait une faute plus grave que sa minimisation.. en plus d'une erreur stratégique des scénaristes.


On peut rajouter que l'épisode, dans la vrai vie cette fois, autour du mariage homosexuel a montré que la galaxie catholique française était à cran sur la question. La Manif pour tous apparaît dans la série et rajoute de la tension dramatique, notamment avec Guillaume.


Nous partageons davantage la deuxième pique du confrère de La Croix. « Les scénaristes semblent avoir trouvé un plaisir certain à dépeindre de nouveau, et de manière tout aussi caricaturale qu’il y a deux ans, une hiérarchie catholique aux abois, composée d’êtres ambitieux, vils et calculateurs. » Le staff autour du président de la Conférence épiscopale est vraiment gratiné. Il évolue dans des bâtiments grandioses et luxueux, très loin de la réalité de l'immeuble de l'avenue de Breteuil.


Pour autant, l'idée d'avoir présenté l'institution au bord de la banqueroute n'est pas intéressante. Elle met le doigt sur un sujet largement tabou, un des rôles de la fiction. Et l'ambiance décrite n'est pas si éloigné de celle de certains bureaux du Vatican.


Heureusement, dans Ainsi soient-ils comme à Rome, les temps sont en train de changer. Ce n'est pas un hasard si le nouvel homme fort de l'épiscopat français, un provincial dépassé par le pouvoir et apparemment naïf, se révèle rapidement d'une autre trempe que prévu. Et ose dire non à Rome comme prendre le contre-pieds de ses conseillers...


En criant trop à l’exagération, le risque est de s'attaquer surtout au miroir (forcément déformant) que représente l’œuvre de fiction. Car au-delà de la tentation, réelle, de « se payer » l’Église catholique, les scénaristes ont raconté leur perception du corps ecclésial. Loin de l'image d’Épinal d'un monde étanche au trio sexe, pouvoir, argent. Celui qui fait tourner le cinéma, la littérature... et l'humanité en général.


Au crédit des auteurs, le bon visage de l’Eglise catholique de France est assez bien présent à travers la grande générosité des jeunes personnages présentés.


Pour ses réussites et ses outrances, la série d'Arte mérite qu'on y consacre quatre jeudis soir d'octobre

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 23:10

Le diocèse de Chicago est le troisième le plus peuplé des États-Unis. Samedi 20 septembre, le pape François a nommé à ce poste prestigieux Mgr Blase Cupich, précédemment évêque de Spokane (État de Washington) et président de l'Association nationale pour l’Éducation catholique. Le futur cardinal, contrairement à son prédécesseur le très conservateur Francis George, semble être bien dans l'esprit d'ouverture de l'évêque de Rome.

É
En 2012, alors que l'épiscopat étasunien bataillait contre la réforme du système de santé promu par le Président Obama (notamment autour du remboursement de l'interruption volontaire de grossesse et de la contraception), l'évêque de Spokane s'était montré plus conciliant. Dans la revue jésuite (et libre) America, il avait écrit un texte intitulé « restons civil ». Il y appelait au dialogue avec l'Administration de Washington, avançant même que la crise offrait une chance de trouver un « terrain commun ». Autrement dit, l'avenir de Mgr Cupich, 65 était clairement bouché sous le pontificat de Benoît XVI ?


Une interview donné à l'hebdomadaire National Catholic reporter (ici) peu après sa récente nomination nous donne à voir un prélat décidé à voir bouger l'Église. « Nous n'avons pas toutes les réponses aux problèmes épineux et aux difficultés auxquels nos devons ans, faire face. Mais cela ne doit pas nous paralyser et nous empêcher d'essayer d'évoluer vers l'avant, car c'est dans l'inconnu profond que nous rencontrer vraiment le Christ ». Aux frontières dirait l'ancien archevêque de Buenos-Aires.


A l'annonce de cette nomination inattendue, après « avoir passé une bonne nuit », et une heure de prière, il raconte avoir réalisé qu'il ne devait pas être inquiet du fait « qu'il allait certainement commettre quelques erreurs ». Comme un être humain normal. Dans la même veine, le nouvel archevêque de Chicago, se définit comme « le fils de ses parents », auprès desquels il a appris qu'il « n'avait pas toute les réponse à toutes les questions, mais que Dieu pourvoie à toutes les situation quand on lui fait confiance ». Du bon sens.


Et de citer le Pape : « Les réalités sont plus fortes que les idées ». Cela sonne comme un slogan facile pour étudiants en école de commerce. Mais de nombreux responsables d'Église fonctionnent rigoureusement à l'envers de ce principe, en tentant de faire rentrer la réalité dans leurs principes. « Le pape nous donne une nouvelle façon d'apprendre, de connaître, de nous informer ». Une modestie qui manifestement plaît à Mgr Cupich.


Le nouvel archevêque a choisi d'être installé à la Cathédrale de Chicago le 18 novembre. Pas uniquement car il s'agit de la fête de la dédicace des basiliques romaines Saint-Pierre au Vatican et Saint-Paul hors-les-murs, mais aussi celle d'une religieuse, Sainte Philippine Duchesne (1), fondatrice des Dames du Sacré-cœur. « Je me souviens du nom de chaque religieuse qui m'a fait la classe. Ma mère pouvait en faire de même lors des dernières années de sa vie ». Un hommage toute simple de la part d'un évêque qui n'oubliera pas ce que l’Église doit aux femmes.

(1) Elle est née1769 à Grenoble et mourut en 1852 aux États-Unis.

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 10:13

La grande affaire de l'automne du petit monde catho sera sans contexte le synode des évêques consacrée à la famille, du 5 au 19 octobre prochain. Nous en avons déjà parlé (ici et ici) et ce n'est fini. En attendant d'étudier les idées en présence, l’événement de la semaine passée a été la publication de la liste des participants.


Outre les membres de droits, présidents de conférences épiscopales, responsables de la Curie, supérieurs religieux, on attendait bien sûr les nominations de laïcs. Et la cathosphère s'est réjoui de la présence parmi eux de couples. Pour parler de la famille, rien n'est plus légitime, pense-t-on.


Ce qui n'est pas en évidence chez nous. La Conférence des évêques de France vient de publier un document sur « La préparation au mariage dans le contexte de la nouvelle évangélisation » (voir la présentation ici), fruit du travail d'un groupe ne comportant que des prêtres et des évêques !!!


Revenons au synode romain. Treize couples seront présents comme auditeurs. Sans prise de parole, ce qui est normal puisqu'il s’agit d'un rassemblement d'évêques. Un couple interviendra comme expert. Sébastien Maillard, pour La Croix (10 septembre, lire ici pour les abonnés), précise leur provenance : « responsables d’Équipes Notre-Dame, membres d'un conseil de planning familial « naturel », un couple de médecins engagés dans la pastorale familiale ou d'autres encore investis dans des mouvements d’Église en lien avec la famille ». Bref des couples bien comme il faut, bien dans les clous...


Comme le confrère de La Croix est un journaliste sérieux, il a interrogé « la » référence en matière de féminisme vaticanesque, l'historienne et journaliste Lucetta Scaraffia (voir un portrait d'elle ici, créatrice du supplément féminin mensuel de l'Osservatore romano. D'autant que celle-ci avait été missionnée pour recruter des femmes pour l'assemblée. Et Sébastien Maillard n'a pas été déçu.

« C'est le clergé qui pense en terme de couples mariés, pas le monde laïc, a répondu Mme Scaraffia Un couple en soi ne parle pas. Chacun composant le couple s'exprime, mais il ne le fera pas de la même manière en venant en couple ».


Elle-même divorcée, Lucette Scaraffia pointe une réalité que l'organisation du synode a un peu oublié : la famille est histoire d'individus d'abord, qui tentent et réussissent, ou pas, une aventure à deux. Quand on interroge un couple catholique, l'un parle (l'homme le plus souvent) et son ou sa partenaire acquiesce. La « parole du couple » n'est pas libre, mais d'abord normative. Il ne semble pas nécessaire d'être diplômé de psychologie conjugal pour le sentir.


Les mouvements d’Église peuvent s'interroger sur leur propension à donner des responsabilités à des couples. Mêmes les Équipes Notre-Dame, promotrices d'une spiritualité conjugale. Si deux personnes, aussi proches et complices soient elles, pensent, parlent et agissent pareillement, la suspicion est forte que l'une, dominante, prenne le pas sur l'autre, silencieuse. Une situation qui peut mettre en difficulté le duo. Et ceci au-delà de sa responsabilité ecclésiale.


On ne peut penser que l’Église catholique veuille le moindre mal à cette cellule à qui elle attribue toute les vertus de l'humanité.

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 23:42

En 2011, les manifestations de catholiques contre des œuvres jugées blasphématoires avaient fait l'événement et assuré la renommée de l'institut Civitas. Débordé par sa droite – son extrême-droite -, l'épiscopat en avait conclu qu'il ne devait pas laisser la rue aux intégristes sur des sujets de société. D'où sa mobilisation quelques mois plus tard face au projet d'ouverture du mariage aux homosexuels.


Parmi les œuvres contestées, figuraient le tableau Piss Christ, mettant en scène un crucifix baignant dans de l'urine. Une création au goût douteux du photographe new-yorkais d'origine cubaine Andrés Serrano. Celui-ci se définit comme chrétien, et dit vouloir dans ce projet « rappeler au monde les horreurs qu’a vécues le Christ ».


Après les incidents liés à la présentation du tableau à Avignon en 2011, Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers et président de l'Observatoire « Foi et Culture » de la Conférence des évêque de France, avait intelligent calmé le jeu. Il avait fait remarquer que la figure de Jésus n'était la propriété de personne et qu'il était intéressant de voir comment des artistes présentent aujourd'hui le Christ. Quitte a se faire bousculer. Voir ici une interview donnée pour Témoignage chrétien.


Cette position d'ouverture a inspiré l'évêque d'Ajaccio lorsque l'oeuvre incriminée est venu s'installer sur l'ile de Beauté cet été, prêtée avec une centaine d'autres par la Collection d'Yvon Lambert d'Avignon. Mgr Olivier de Germay, peu réputé pour son laxisme moral, avait même croisé l'artiste lors du vernissage de l'exposition prévue pour durée jusqu'à fin septembre.


Début septembre pourtant, la mairie d'Ajaccio a décidé de fermer le Palais Fesch qui accueillait l'exposition.


Le 26 août, une poignée de militants avait manifesté aux cris de «Serrano fora (dehors)» ou de «Pour l’honneur de Jésus Christ et de la Corse». L'instigateur du rassemblement François Veyret a même entamé une grève de la faim, tout aussi pathétique que celle de Béatrice Bourges en pleine affaire du mariage gay, pour demander la démission de François Hollande.


Le 6 septembre, un nouveau rassemblement d'une vingtaine de personne mêlant slogans religieux et nationalistes, a réussi, selon Libération (voir ici), a faire plier les autorités, qui gardaient en mémoire les débordement de 2011.


Le site chrétien d'extrême-droite le Salon beige (voir ici) s'est fait un plaisir de raconter que le meneur de la fronde François Veyret a été soutenu par un prêtre du diocèse, visiblement moins sensible à la liberté artistique que son évêque.


On n'ira pas jusqu'à demander à Mgr de Germay de partir au front pour défendre l'exposition. Mais on doit se réjouir qu'un responsable catholique ait permis d'établir une barrière claire entre une Église à l'écoute de la diversité du temps et un extrémisme religieux intolérant. Cela n'est plus toujours une évidence de nos jours.

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 10:49

L'association française des sciences sociales des religions (voir leur site ici) (AFSR) n'est pas connue pour réunir des charlatans et des humoristes, mais plutôt des sociologues, anthropologues et philosophes intéressés par le champ religieux.


Alors que certains croyants (ou prétendus tels) se font remarquer cet été pour provoquer plus de larmes que de bonheur (au Proche-Orient et au Moyen-Orient, en Afrique,..), cette honorable confrérie consacre le 31 octobre à Paris une journée d'études au thème « Rire et religions » (voir l'appel à contributions ici).


Les organisateurs détaillent les sujets qu'ils proposent aux intervenants : rire et modernité religieuse ; rire et distance réflexive; rire et transgression (sacrilège, blasphème, tabous etc.); Rire et violence ; rire et persécution ; rire et controverse; le rire dans les pratiques, cultes, rites religieux ; rire et possession, etc.


Ce n'est pas la première fois que l'on s'intéresse à la question. En 2005, l'affaire des caricatures de Mahomet, dans un journal danois puis relayées par Charlie Hebdo a montré que, parfois, des postures se voulant humoristiques pouvait avoir des conséquences fâcheuses, et pas seulement au niveau diplomatique.


À la question « Peut-on rire des religions ? », Frédéric Lenoir répondait « oui, cent fois oui », dans un éditorial du Monde des religions (mars-avril 2006, voir ici). Le philosophe écrivait alors : « Les croyances et les comportements religieux ne sont pas au-dessus de l’humour, ils ne sont pas au-dessus du rire et de la caricature critique ». Des propos évidents, qui ne le sont sans doute pas, sans quoi il n'eût pas été nécessaire de la préciser.


Des limites existent à cette liberté. Celle de la loi, qui proscrit les propos racistes ou antisémites. Frédéric Lenoir avance une autre restriction. « Nous nous sommes toujours refusés à publier un dessin bête et méchant, qui ne délivre aucun message donnant à réfléchir, mais qui vise seulement à blesser ou à détourner de manière gratuite une croyance religieuse, ou bien encore qui confonde tous les croyants d’une religion, par exemple à travers la figure de son fondateur ou de son symbole emblématique ».


Le directeur d'alors du Monde des religions ajoute à cette exigence le devoir de ne pas « faire abstraction des enjeux contemporains. Sa responsabilité morale et politique va au-delà du cadre juridique démocratique ». Selon lui, la responsabilité de la presse consiste aussi à « faire preuve de compréhension et de conscience politique ».


L'islamologue Tariq Ramadan ne dit pas autre chose. « Je me battrai pour que tous les dessins puissent être publiés, mais nous ne devons pas oublier qu’au sein de toute société, une psychologie collective prévaut, liée aux histoires et aux blessures. En vivant ensemble, nous avons l’idée de ce qui pourrait choquer différents éléments de notre société » (Revue Médias, juin 2099, dans un dossier comportant également des interventions de Jean Plantu, Guy Bedos et Jean-Louis Schlegel, voir ici)


Quel est donc ce contexte particulier qui fait que certains propos passaient sans souci il y a quelques années et mettent le feu aux poudres aujourd'hui ? L'avènement de courants politico-religieux, qui ne pensent les sociétés qu'en fonction de leur foi et de leur lecture des textes sacrés, au détriment des principes démocratiques et de l'idée du vivre-ensemble occidental est, on le sait, la cause de cette évolution. Cette réalité sévit dans le monde islamique, mais pas uniquement. Il convient d'ajouter, comme facteur de tension, la persistance du conflit israélo-palestinien.


Le dessinateur Jean Plantu, toujours dans la revue Médias, se souvient de plusieurs images diffusées hier et inenvisageables aujourd'hui. Dans les années 50, écrit-il, on pouvait montrer une imam qui drague les filles dans la presse égyptienne. Haderer, dessinateur autrichien, a représenté Jésus faisant de la planche à voile, sans souci dans son pays. « En revanche, l’Église orthodoxe grecque lui a intenté un procès. Si, un jour, Haderer met un pied à Athènes, il ira directement en prison », écrivait Plantu, prouvant que la fermeture à l'humour n'est pas une exclusivité musulmane.


Tariq Ramadan souhaite lui éviter la judiciarisation des conflits entre médias et autorités religieuses. Et en appelle à l'intelligence. « Il est légal de se moquer de la souffrance des Juifs, mais il est stupide de le faire. Notre monde change et les sensibilités changent également. Notre sensibilité collective doit intégrer ces sensibilités particulières ; elle doit le faire par le débat critique, non par la loi ».


Dans ce débat critique, les chercheurs de l'AFSR ont toute leur place. Et on aimerait les entendre davantage que les juges pour régler ces tensions, marques de notre époque d'hyper sensibilité religieuse.

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 09:33

Ce début de semaine de remaniement ministériel, tout le monde parlait économie, rigueur, pouvoir d'achat, impôt. Ligne Hollande-Valls ou Montebourg. Continuité ou rupture. Frondeurs ou fidèles. Tous, non. Une petite tribu portait des préoccupations bien plus importantes.


Je veux parler de certains mouvements catholiques – toujours les mêmes, ceux qui crient forts sur la toile et parfois dans les rues.


Dès l'annonce de la mort du gouvernement Valls 1, Tugdual Derville a dégainé. Sur twitter, le héraut de la cause des « vrais » familles catholiques – Alliance Vita, Mariage pour tous, Ecologie chrétienne -, écrivait "Ce soubresaut gouvernemental nous conduit à lorgner sur certains portefeuilles sensibles". Et pour les malcomprenants, il listait : Fin de vie, famille.


Celles et ceux qui ont perdu leurs boulots ces derniers mois ou qui tremblent pour demain, ou les petits patrons qui ne savent pas si leurs société passeront l'automne sont ravis d'apprendre ce qui préoccupe M. Derville.


Et dès la nouvelle équipe connue, ce fut un festival. Le même Derville annoncait, toujours sur twitter, que la "triplette de combat" – Taubira Touraine Belkacem, maintenues ou promu (pour la dernière) - "nous mobilisera le 5 octobre". Un rassemblement contre la PMA au sein des couples homosexuelles et contre la GPA est prévu de longue date. Tout est bon pour chauffer les troupes


Toute en finesse, Ludivine de la Rochère s'est dit "horrifée" par l'arrivée à la tête du ministère de l'Education nationale de Najat Vallaud-Belkacem (Le Figaro, 27 août, voir ici). La ministre avait promu l'ABCD de l'égalité, dans lequel certains ont décelé la volonté de faire changer de sexes les écoliers....


Sans doute, cette nomination a fait plus peur à Mme de la Rochère que l'arrivée d'un libéral assumé à Bercy, ce qui, avec d'avantage de raison, "horrifie" les électeurs de François Hollande.


La nomination de l'ancienne Droits des Femmes (et également de la Jeunesse) est qualifiée par la porte-parole de la Manif pour tous de "provocation pour un grand nombre de Français". Rien que ça.

Après tout, ne pouvant attaquer le gouvernement de gauche pour une politique économique et sociale... qui n'est pas de gauche, les catholiques de droite doivent bien se faire les dents sur un os.


Un martien débarquant dans notre belle France et cherchant à comprendre qu'elle est cette étrange tribu appelé les catholiques pourrait conclure que les questions d'école et de famille les rendent hystériques et que le reste ne compte pas. En forçant le trait.


Il y a longtemps que la majorité bruyant des catholiques français a choisi son camp. Et opté pour le combat. Sans que cela ne préoccupe trop leur pasteurs. Et les responsables politiques de droite l'ont bien compris. Comme Hervé Mariton, relai parlementaire numéro un des anti-mariage gay, qui a choisi de publier son manifeste de campagne pour la présidence de l'UMP – Le bonheur regarde à droite -voir la présentation de l'ouvrage ici) - aux éditions du Cerf.


Jadis, la prestigieuse maison dominicaine aurait été plus prudente. Mais l'ouvrage se vendra mieux que les thèses de théologie qui ont fait se renommée. Soyons sûr que, dans un souci d'équilibre politico-ecclesial admirable, le Cerf va maintenant se battre pour accueillir les état d'âmes d'Arnaud Montebourg !!!

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 09:52

Alors que nous venons de vivre la saison des ordinations, laquelle a révélé la démographie inquiétante des ministres diocésains, Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême, vient de lancer un nouveau pavé dans la mare. Dans une tribune (voir ici) publiée mardi 8 juillet dans La Croix, le prélat académicien s'en prend à une certaine manière de procéder pour obtenir, on pourrait dire recruter, des prêtres aujourd'hui en France.


« La pastorale des vocations n'est pas une une stratégie ». Rien que le titre sonne comme un critique des façons de faire de certains évêques champions dans l'accueil de séminaristes. On peut penser ici à Mgr Dominique Rey, qui réalise chaque année des miracles numériques dans le séminaire de son diocèse de Fréjus-Toulon, que fréquentent de nombreux jeunes venus de partout.


Habitué à déplorer l'absence de séminaristes charentais, Claude Dagens voit arriver pour l'an prochain trois candidats au parcours menant à la prêtrise. « Je ne les ai pas rencontré comme un chef d’entreprise qui embaucherait des employés pour des contrats à durée plus ou moins déterminée ». L'évêque a souhaité « discerner en eux le travail de Dieu, pour envisager avec eux la meilleur façon de poursuivre leur route de baptisés, de chrétiens, d'hommes désireux d'aller de l’avant dans la connaissance d’eux-mêmes et du Corps du Christ ».


À l'entendre, l'évêque d'Angoulême n'aurait eu aucun mal, et sans doute l'a-t-il fait par le passé, à dissuader ces candidats au sacerdoce, si leur projet n'avait pas été le meilleur. D'abord pour eux, ensuite pour le service de l’Église et des fidèles. Autrement dit, la politique du chiffre lui est étrangère, voire malsaine.


« Que serait la pastorale des vocations si elle était une technique de recrutement, avec des agents recruteurs et des réseaux d'influence ? » À qui pense donc Claude Dagens en écrivant ces lignes ? Et il poursuit : « Que deviendraient les hommes pris dans ces réseaux et qui s'apercevraient un jour que l'on s'est servi d'eux ? ». Ce « management spirituel », il n'en veut pas.


Comme il a pu parler, il y a peu, de deux types ce catholiques, divisés dans leur capacité de dialoguer avec le monde (voir ici son interview dans Témoignage chrétien, après l'affaire Brugère), il propose à nouveau deux conceptions de l’Église.


Dans la première, il est question de système de pouvoir, d'efficacité, de « rentabilité spirituelle et pastorale ». Et Dieu est alors défini, par lui, comme « principe d'ordre supérieur, promoteur suprême d'un système qui marche et qui s'impose par ses réussites visibles ». Une sucess-story catholique, pourrait-on traduire en terme d'aujourd'hui. Et un retour au temps béni, très largement mythifié, de la chrétienté glorieuse.


Ce visage, l'évêque d'Angoulême le récuse sans aucune timidité depuis quelques mois, Il en propose un autre avec une Église « corps du Christ, toujours blessé, mais vivant et vivant de la charité du Christ ». Dans ce cadre, les évêques ne sont pas des « chefs triomphants », forts de leurs statistiques, mais « des veilleurs et des lutteurs ».


Il s'explique aussitôt sur des termes qui paraissent appartenir au camp qu'il dénonce. « Des lutteurs pour que rien n'empêche la charité du Christ d'être l'âme de l’Église, dans toutes ses activités et ses missions ». On retrouve là, à peine voilé, la dénonciation de la mobilisation surdimensionné contre la Loi Taubira l'an passé. Si l'on considère que ce mouvement, et les propos qu'il a fait naître en son sein, n'a pas posé la charité du Christ comme principe premier.


Celui qui est devenu l'ennemi numéro 1, non seulement des réseaux identitaires d'extrême-droite mais d'une partie du catholicisme français, introduit son dernier paragraphe par une pointe d'humour lucide : « Au risque d'aggraver notre cas ». Il peut alors affirmer se référer à Jésus-Christ, non pas « comme à valeur à défendre », mais « comme une personne que nous n'en finissons jamais de connaître et d'aimer ».


Pour conclure, l'évêque-académicien se place sous la protection de celui qui est son plus grand espoir en ces temps de tensions hexagonales : le pape François, en reprenant le titre de son exhortation apostolique. « Alors la 'joie de l’Évangile' n'est pas un vain mot ».


Si ces trois jeunes séminaristes sont un jour ordonnés pour le diocèse d'Angoulême, Claude Dagens n'en sera plus le pasteur. Mais il n'est pas près de renoncer à défendre sa conception d'une Église, « dont nous ne sommes pas les maîtres ».

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 17:04

Est-on libre de choisir sa paroisse ? En voici une bonne question, posée par La Croix (samedi 28 juin, en ligne ici pour les abonnés uniquement) au P. Luc Forestier, oratorien. Celui-ci est tout indiqué pour répondre car il cumule la responsabilité de recteur du sanctuaire Saint-Bonaventure à Lyon, animé par sa congrégation, et de professeur d'ecclésiologie à la Catho de Paris.


Le P. Forestier rappelle l'importance de l'appartenance paroissial pour certains actes (baptêmes, mariages), mais indique que cela n'oblige en rien les chrétiens à pratiquer le dimanche dans un même lieu. « Depuis bien longtemps, il existe bien d'autres manière de nourrir sa vie chrétienne », affirme-t-il avant de lister : les monastères, les scouts, le MEJ, le Secours catholique, les pèlerinages, la communauté de l'Emmanuel. Un beau catalogue de la diversité de l’Église.


Citant le Pape François, le P. Forestier insiste sur la nécessité que « ces mouvements, communautés, groupes de spiritualité gardent un contact avec la paroisse, mais surtout soit intégré à la pastorale d'ensemble du diocèse, dont l'évêque est le garant ». L'unité dans la diversité est possible, mais autour du personnage central qu'est l'évêque. Et qui le sera de plus en plus à l'avenir, quand le maillage paroissial sera encore davantage distendu. C'est à dire demain.


Pour l'ecclésiologue, « l'émulation entre divers lieux spirituels d'une grande ville est heureuse ». Il n'y a donc pas lieu de condamner le principe de la paroisse d'élection et non de quartier. Dans les grandes villes, nombre de fidèles choisissent leur lieu de culte en fonction des célébrants et du style liturgique pratiqué. On pourra ajouter que, par ces temps de pratiques faibles, l’Église aurait intérêt à se réjouir de ses paroissiens qui migrent d'églises en églises, quand tant d'autres abandonnent.


Le P. Forestier l'évoque en une phrase dans son texte : il s'agit là d'une question de riches. Dans beaucoup d'endroits de France, les solutions pour un paroissien mal à l'aise dans son clocher habituel sont moins attirantes : faire 20 km en voiture, se contenter du Jour du Seigneur ou de la messe de France Culture... ou de rien du tout.


Pour les ruraux depuis longtemps déjà, se pose ici la question de la desserte eucharistique. La seule réponse communément donnée - prier pour faire naître davantage de vocations masculines – donne des résultats plus que mitigés. En cette année 2014, 82 nouveaux prêtres diocésains ont été ou seront ordonnés, et encore moins de diacres en vue du sacerdoce pour la cuvée 2015 (voir ici le communiqué statistique de l'épiscopat).


Quand il n'y aura plus de paroisse à proximité de chez soi, la question du choix aura disparu. Sauf si d'ici là, le modalité de réunion communautaire dominicale sans prêtre revient en grâce. Avec ou sans hostie consacrée. Un principe de réalité, difficile à admettre pour les responsables d'une religion jadis omniprésente.


Il s'agit pourtant d'un fonctionnement que connaissent de nombreux territoires animés par des missionnaires. Lesquels se réjouissent de trouver des communautés vivantes quand ils viennent, de temps en temps, célébrer l'eucharistie avec elles.

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