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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 11:48

Depuis le début de la semaine, la question anime le débat chez les catholiques de France. Fallait-il inviter Marion Maréchal Le Pen à l'université d'été de la Sainte-Baume (voir ici), qu'organisent le diocèse de Toulon et la Province de Toulouse des Dominicains ce week-end, en partenariat avec Famille chrétienne et Liberté politique ?


L'affaire, révélée par La Vie (lire ici) et reprise largement, a montré que cette question n'est plus taboue.

Thème du rendez-vous des cathos de droite : « Médias et vérité. La vérité vous rendra libres (Jn 8, 32).La jeune députée du Vaucluse interviendra samedi matin, avec deux représentants des Républicains (dont un membre du lobby catho Sens commun), un élu socialiste, un journaliste de Famille chrétienne et Mgr Rey, évêque des lieux.


Et on a pu voir que l'hypothèse de voir l'étoile montante du FN à une tribune catholique pouvait réjouir un responsable de l'épiscopat. « Le parti de Marine n'est pas celui de Jean-Marie, répond à La Vie Vincent Neymon, chargé des relations avec la presse pour la Conférence des évêques. Le Front National est un parti qui représente des idées et des personnes. Aujourd'hui, en PACA, Marion Maréchal-Le Pen est incontournable d'un point de vue démocratique. Si l’on n’est pas d’accord avec ces idées, on peut vouloir discuter avec les personnes qui les portent… tant que le dialogue est possible. »


Il est plus que temps de s'attaquer à la question suivante : comment agir pour que les catholiques ne cèdent pas à la sirène frontiste, bien plus agréable et policée que son tempétueux grand-père ?


On trouve encore des évêques qui s'expriment clairement sur l'incompatibilité entre le discours du parti d'extrême-droite sur les étrangers et l'exigence évangélique. C'est le cas de Mgr Daniel Labille, évêque émérite de Soissons, qui assure l'intérim de son ancien siège, vacant depuis que Mgr Hervé Giraud a été nommé archevêque de Sens-Auxerre et de la Mission de France.


Dimanche 5 juillet, le prélat octogénaire a présidé la messe de la fête paroissiale de Château-Thierry (Aisne), intitulée « Farandole de la Fraternité » (voir ici le texte intégral de son homélie). Dans une région où le FN récolte autour de 30% des voix, Mgr Labille a été très clair.


Commentant l’Évangile de Marc (6, 1-6), il a évoqué l'originalité de Jésus, mettant en exergue un aspect de sa prédication : « la révélation de l’amour de son Père pour tous les hommes, un Dieu qui ne fait pas de différence entre les hommes. Il n’y a pas d’un coté les juifs et de l’autre les païens. Dieu aime tous les hommes sans distinction de race, de nationalité, de religion ».


Dans cette région marquée par les deux conflits mondiaux, l'évêque a enfoncé le clou. « Dieu n’est un Dieu tutélaire, il n’est pas le Dieu des juifs, il n’y a pas un Dieu pour les français ou celui des allemands. Personne ne peut s’approprier Dieu, personne ne peut le mettre à ses cotés pour gagner une guerre, pour dominer un autre peuple ou le coloniser ».


Et l'évêque a poursuivi sur la caractère inouï, et pas seulement pour l'époque, d'un tel discours. « Cela va révolutionner l’idée que l’on se fait des autres hommes : ils nos frères et nos sœurs, tous également aimés par le même Père qui est notre Père à tous. Il n’y a plus d’un coté les étrangers et de l’autre les autochtones, les noirs et les blancs, les catholiques et les protestants, les chrétiens et les païens».


« Qu’as-tu fait de ton frère ?, a lancé Mgr Labille reprenant la célèbre exhortation de Dieu à Caïn devant la dépouille d'Abel. Cette question est aussi pour nous aujourd’hui. Qu’as-tu fait de ton frère qui a faim, qui est malade ou handicapé, qui est prisonnier, qui est étranger, qui est somalien, soudanais, Rom ».


Des propos qui devraient vacciner l'auditoire contre toute politique de rejet de celui qui n'est pas bien de chez nous et de la bonne couleur de peau. La préférence nationale n'a pas sa place dans le cœur ou dans la bouche d'un disciple du Christ.


Je me prétends pas ici que les rivaux politiques de la famille Le Pen soient irréprochables dans leur accueil de l'étranger. Le gouvernement actuel est à cet égard très décevant et sa posture de fermeté n'est pas dénuée d'un électoralisme assez nauséabond. Mais le PS ne fait pas de la peur de l’autre son principal fond de commerce.


A quelques semaines d'élections régionales lors desquelles le FN, même en crise familiale, va faire un malheur, il serait bon que des voix catholiques se fasse entendre. Non pour refuser de débattre avec le parti des Le Pen. Mais pour faire échouer son projet haineux pour le pays.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 00:32

L’encyclique Laudato si a été un événement. Sur le respect de la Création et la nécessité de changer nos comportements, l’Église parle désormais d'une seule voix. Cela peut-il être le cas sur pour toutes les questions de société ? Cette réflexion est portée par la théologienne moraliste Véronique Margron, qui s'interroge dans La Croix : « L’Église doit-elle avoir un avis tranché sur tous les sujets ? » (lire ici).


Posée à l'occasion du positionnement de différentes personnalités d’Église à propos de l'interminable affaire Vincent Lambert, la question induit on le devine la réponse négative. La religieuse dominicaine, professeure à l'Université catholique de l'Ouest d'Angers (voir le site de l'UCO ici), juge les « nuances entre les différents propos des évêques » comme un réalité « saine ». En effet, l'éthique, fondée sur la loi naturelle, « oblige à argumenter », alors « une diversité de prises de position est légitime ».


La théologienne se défend tout de suite d'une accusation fréquente dans certains milieux ecclésiaux : « Il ne s’agit pas de relativisme mais plus de modestie : qui peut prétendre connaître la réalité tout entière et présenter un point de vue parfaitement éclairé ? ». Une modestie qui veut rappeler la limite de la prétention catholique d'être « experte en humanité », comme l'écrivait, en son temps, Paul VI. Cette affirmation, aujourd'hui, fait du tord à l’Église.


Véronique Margron présente avec simplicité deux « écueils majeurs en matière d’éthique ». Le premier consisterait à s'adonner à « des paroles définitives, figées dans le marbre, qui nient l’histoire ». Et de rappeler que le cas du malheureux Vincent Lambert se déroule « dans un contexte ».


Le second danger, à l'inverse, amènerait à penser que « comme les circonstances changent et que nous sommes loin du contexte biblique, alors nous n’aurions plus rien à penser et à dire ». Au contraire, pour la théologienne, tous les penseurs catholiques doivent s'exprimer. « Si l’Évangile est vivant, il doit pouvoir éclairer toutes les ­situations, quel que soit leur éloignement du contexte socioculturel dans lequel il a été écrit. Il est donc nécessaire que l’Église, en la diversité de ses membres, réfléchisse, argumente, se prononce. Bref, qu’elle se “salisse les mains”, en se risquant ainsi à prendre sa part de la réflexion commune, en s’engageant et en s’exposant. »


Il y a trois ans, face à la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, les évêques français avaient exprimé une opposition unanime. Et Véronique Margron, sans remettre en cause cette position avait déploré l'absence de réel débat dans les sphères universitaire et intellectuelle catholiques.


Interrogée lors de notre enquête « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (voir la présentation de l'ouvrage ici ), elle avait répondu : « Celui qui ne semblait pas penser blanc pensait noir. Sans rien de possible entre les deux. En tout cas dans un premier temps. Comme s’il était impératif de choisir un camp ».


A l'écouter, la simple incitation à s'interroger sur ce qui se passait – la grande mobilisation des anti-loi – était perçue par certains, dans l’Église, comme une « compromission ». A l'opposée de la définition qu'elle donnait de la mission des théologiens et enseignants : « inviter à penser, à faire un pas de côté, à essayer une parole complexe, au sein même de l’écoute de la Tradition ».


Les sujets de sociétés auxquels les catholiques sont, comme les autres, confrontés sont éminemment complexes. Sauf à penser que la volonté divine est limpide et que les Écritures et la tradition ont prévu, étudié et réglé toutes les questions interpellant toutes les générations sous toutes les latitudes, les penseurs du catholicismes d'aujourd'hui peuvent et doivent avancer des paroles diverses.

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 19:26

Rarement un document papal aura été aussi attendu et scruté que l'encyclique sur l'écologie, dévoilée le 18 juin. Comme annoncé, elle s'intitulera « Laudato si » (Loué sois-tu) et aura pour objet « le soin de notre humanité commune », selon la salle de presse du Saint-Siège.


Le document sera présenté à la presse le 18 juin à 11h. La liste des intervenants à cette rencontre dit beaucoup sur la nature et l'ambition du projet du pape, lequel comme de tradition, ne sera pas présent.


Trois personnes s'exprimeront devant les médias. Le premier était attendu : le Cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, organisme romain qui porte le dossier écologie.


Le second peut surprendre davantage, car il ne s'agit pas d'un hiérarque catholique, mais d'un chrétien orthodoxe. Le Métropolite Jean de Pergame parlera, précise le communiqué, « au nom du Patriarche œcuménique et de l’Église orthodoxe ». L'environnement est un domaine dans lequel la coopération œcuménique est la plus forte et il n'est pas si baroque d'entendre le Métropolite défendre le document papal.


Du troisième intervenant, on ne connaît pas la croyance. Et on s'en fiche, puisque le Professeur John Schellnhuber parlera en tant que scientifique. Il est le fondateur et directeur du Potsdam-Institut für Klimafolgenforschung (Institut Potsdam pour les recherches sur les impacts climatiques, PIK), organisme financé par l’État allemand qui fait autorité dans les domaines du changement climatique, de ses impacts et du développement durable.


Le travail interdisciplinaire du PIK, mêlant sciences naturelles et sociales, fournit un expertise prisée par les plus grands organismes, telle la Commission européenne. Sur le site de la Banque mondiale, peu suspecte d'être un repère d'écologistes d'extrême-gauche, on peut lire une note sur une série de rapports du PIK « Baissons la chaleur », en 2012, 2013 et 2014 (à lire ici).


On le voit, le PIK se situe clairement dans la ligne du Giec, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), pour qui la responsabilité humaine dans les évolutions climatiques est indiscutable. Un thèse que défendait déjà en 2000, un certain Jean Paul II dans son Message pour la journée de la paix.


En donnant la parole à un scientifique ainsi engagé, le pape François ne fait que réaffirmer la position de l’Église. Mais il heurte, entre autres, les conservateurs américains, majoritairement climato-sceptiques.


Ainsi Rick Santorum, lancé dans la course à l'investiture républicaine pour la Maison-Blanche, a déclaré dernièrement qu'il aimait le pape François mais que celui-ci devait « laisser la science aux scientifiques » (lire ici l’article, en anglais, publié sur le site Huffington Post. Le très catholique candidat a rappelé que l’Église s'était trompée par le passé sur les questions de science, ce qui est la réalité, et devait donc se concentrer sur ses domaines de compétence « la théologie et la morale ».


La réponse du pape est claire : il s'occupe de science et il s'appuie pour cela sur des spécialistes. En septembre prochain, François prendra la parole devant le Congrès des États-Unis, dominé par les Républicains. On peut être sûr du réchaufement du climat... dans la salle.

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 12:01

Le programme général 2015-2016 du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris est paru. Certains catholiques le reçoivent comme les enfants découvrant les catalogues de jouets de Noël pour les enfants. Il est consultable en ligne ici.


On ne connaît pas l'identité de celui qui chapeautera cette année nouvelle universitaire, le P. Henri Laux terminant cet été son mandat de président des lieux.


Le Centre Sèvres a pour mission première la formation en théologie et en philosophie, de jésuites, futurs jésuites et ignacien(ne)s venu(e)s du monde entier. Mais la grandes majorité des personnes assistants aux cours (2000 contre 250 étudiants) sont des auditeurs libres. Ils et elles viennent pour la qualité de l'enseignement et pour l'ouverture d'esprit, marque de fabrique des jésuites de France.


En feuilletant les pages. on découvre que le cours intitulé « L’Église, son ministère, ses ministères », sera assurée par une femme, Anne-Marie Petitjean. Cette religieuse spécialiste d'oecuménisme consacrera également un cycle à « Yves Congar et le renouveau de l’Église ». Dans la présentation, la citation du grand théologien résonne fortement : « Mon Dieu, pourquoi votre Église qui est sainte (…) a -t-elle souvent ce visage austère et décourageant ? ». Congar écrivait en 1930 et la question demeure.


Le cours « Le discours de l’Église sur la sexualité et la vie affective. Racines anthropologiques et ouvertures pastorales » a lui aussi été confié à une femme. Qui plus est laïque, et psychanalyste. Pascale Vidal, également investie dans le diocèse de Montpellier, parle de « très lourds malentendus », et annonce qu'elle va traiter « les thèmes les plus controversés ».


De fait, ils sont tous là : relations sexuelles avant le mariage, contraception, procréation médicalement assistée, avortement, divorce et homosexualité. Qu'on se dise, les sujets seront abordés « à la lumière de la psychanalyse et de l'anthropologie ». Cela risque de grincer.


Comme cela pourra être le cas dans le cours que propose Achille Mestre, bénédictin, sur « Les institutions de l’Église ». Le texte introductif parle du « large renouvellement » de Vatican II et se conclue ainsi : « bien du chemin reste à faire, à commencer par la réforme de la Curie romaine ». Les choses sont posées clairement par celui qui est également secrétaire général adjoint de la Corref (Conférence des religieux et religieuses de France, voir leur site ici).


La philosophe Cécile Renouard consacre un enseignement à un thème très en vogue cette année « Justice sociale et justice écologique ». Pour que ses étudiants sachent vite dans quel camp elle se situe, la religieuse de l'assomption signale que ce son cours étudiera « les limites de diverses sources morales de la pensée libérale (…) vis-à-vis des enjeux écologiques ».


On notera que les deux formations « introduction à l'islam » et « L'Europe et l'islam » seront dispensées par le jésuite Jean-Marc Balhan, curé de la paroisse catholique d'Ankara et président de l'Union des religieux de Turquie.


Enfin, il convient de citer le séminaire de recherche « Esthétique et théologie », programmé le dernier lundi de chaque mois. Pourquoi donc ? Parce que cette formation se tiendra alternativement au Centre Sèvres, à l'Institut catholique et au Collège des Bernardins. On parle assez de la rivalité entre les trois pôles universitaires catholiques de la capitale pour ne pas saluer ce projet commun, présenté comme une « recherche partagée ».

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 22:27

En 2013, la Conférence des évêques de France a eu la riche idée de placer à la tête de son service dédié à la pastorale des migrants et des personnes itinérantes un homme idoine. Le P. Lorenzo Prencipe est italien, le pays d'Europe le plus directement concerné par l'arrivée sur ses côtes de malheureux fuyant l'Afrique ou le Moyen-Orient.


Ce prêtre est un religieux, membre de la congrégation des Missionnaires de Saint-Charles, plus connus sous le nom de Scalabriniens, du nom de leur fondateur. Giovanni Battista Scalabrini (1839-1905), évêque de Plaisance, voyant partir des milliers de miséreux vers des pays d'Europe plus riches ou vers les Amériques, et a voulu que des missionnaires les accompagnent dans leur périple. Celui que l’Église appelle avec respect le Père des migrants a été béatifié par Jean Paul II en 1997. Voir ici son portrait par Mgr Jean-Luc Brunin.


Créée en1877, la congrégation compte aujourd'hui 7000 membres de 27 nationalités, dont quelques uns en France. La branche laïque scalabrinienne est également présente dans l'hexagone, notamment dans le diocèse de Nancy, (voir ici), dans une région très marquée par l'immigration italienne.


Les derniers événements en France – notamment l'évacuation le 2 juin d'un campement de migrants à Paris (Porte de la Chapelle) – ne pouvaient laisser le P. Prencipe indifférent. Dans un entretien publié sur le site de la Conférence des évêques (à retrouver ici), il a fustigé le comportement des responsable politiques.


Selon lui, les pays de l'Union européenne « font semblant de répondre à des situations de précarité mais sans trouver de solutions globales, concrètes et d’une certaine manière, définitives ». Il dénonce les « réactions négatives lorsqu'il a été question de se 'répartir' les migrants venus de la Méditerranée par l'Italie et qu'il fallait 'redistribuer' dans toute l'Europe ». La France n'a pas été la plus brillante dans ce débat.


Car, rappelle le prêtre scalabrinien, les migrants qui campaient à Paris avaient entrepris la route de Lampedusa vers Calais puis l'eldorado anglais. « Fermer les yeux, ne pas vouloir trouver des solutions sur ce qui se passe en Méditerranée et dans les pays d’origine – notamment en Libye et les pays environnants – et évacuer ces personnes est de l’ordre du cache-misère. Ces fausses solutions sont une atteinte à leur dignité, à leur histoire et toute la souffrance déjà vécue pour arriver jusque-là ».


On retrouve là le discours de l’Église catholique, et des papes, depuis bien longtemps. Une conviction qui pousse nombre de fidèles à se battre au côté des étrangers.


On ne s'étonnera pas en lisant le reportage publié par Libération mercredi 3 juin sur des mésaventures de migrants à Lyon de voir en première ligne le P. Bruno-Marie Duffé. Le vicaire général « Famille et société » de la capitale des Gaules symbolise l’implication des communautés catholiques.


A Décines, à côté de Lyon, depuis le 21 avril, 164 migrants étaient accueillis dans un local loué par la Coordination Urgence migrants du Grand Lyon (voir leur site ici), animée et financée par le diocèse. Le 1er juin, tout le monde a du quitter l'usine désaffectée, seules quelques familles pouvant bénéficier d'une solution acceptable.


En Gironde, il y a quelques semaines, un couple avec enfant était accueilli dans un presbytère, avec la bénédiction informelle des services sociaux, incapables de proposer une solution meilleure


Le P. Prencipe n'a pas fini de secouer les autorités publiques. Avec les militants catholiques, le scalabrinien ne se bat jamais seul.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 08:55

Depuis des années, la petite commune de Saint-Eugène dans l'Aisne est en effervescence le week-end de la Pentecôte. Non qu'elle soit un lieu de pèlerinage ou le rendez d'un tournoi de sport.


Chaque année l'Association Culturelle sur le Passé de nos Vallées (voir leur site ici) organise un spectacle en plein air. Cinquante bénévoles de tous âges jouent, chantent et dansent dans une comédie de leur cru. Cette année, la création donnait à voir une histoire d'espionnage délirante, mêlant FBI, KGB et police française, avant et pendant la Second guerre mondiale.


Faute de salle communale, le show se tient dehors, sur la place du village. Les artistes se changent et installent leur micro dans le bâtiment le plus proche. Il s'agit de l'église, à quelques mètres de la scène.


Saint-Eugène, 251 habitants en 2012, est l'un des 23 clochers relevant de la paroisse Notre-Dame des Trois Vallées (voir ici). Les messes y sont épisodiques.


De toute façon, on ne peut célébrer de cultes durant ce week-end. Cela n'a pas l'air de chagriner plus que cela le curé de la paroisse. On pouvait le croiser lundi après-midi lors de la dernière représentation, appareil photo en bandoulière, tout sourire au milieu de la foule.


Sans doute, le P. Henri Glandon se réjouit-il de voir ses joyeux artistes amateurs faire de l'église du village leur base arrière. On peut dire sans se tromper que la période de l'année où l'église est la plus occupée est précisément ce week-end de Pentecôte.


Voici un belle réponse à toutes les polémiques sur l'utilisation des églises catholiques. Peut-on y organiser des concerts dans le programme n'est pas entièrement sacré ? Peut-on y faire prévoir des temps conviviaux avec nourritures et boissons ?


Durant des siècles, nos clochers ont été bâtis et financés par toute la population. Aujourd'hui, nos églises sont moins occupées par les cultes. Elles demeurent le patrimoine de tous et il y a lieu de se réjouir quand elle sont utilisées – avec respect bien sûr – pour des projets qui font vivre nos petites communes.

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 17:37

Pour suivre ce qui se passe dans la tête des cathos les plus identitaires, une petite visite sur le site du Salon beige (à découvrir - ou pas - ici) est toujours instructive.


Le 22 mai, on y découvrait par exemple que la paranoïa anti-maçonnique était encore bien vivace. Plus d'un siècle après les bagarres homériques qui ont fait advenir notre chère laïcité, certains catholiques veulent poursuivre le combat contre la pieuvre et son légendaire entrisme au sein de l’Église.


Cette fois, les défenseur zélés du vrai catholicisme ont débusqué sur leur territoire un frère, émargeant au Grand-Orient de France. Est-ce un évêque ou un prêtre ? Non, Dieu nous en préserve. Serait-ce alors un animateur pastoral appointé par le denier de l’Église ? Pas non plus.


Le Salon Beige (voir ici) a eu vent de la présence d'un maçon parmi... les animateurs de la radio RCF Bordeaux. Horreur ! Il pourrait donc distiller son fiel dans quelques programmes d'édification religieuse !


Cet horrible personnage – dont je tairais le nom contrairement au Salon beige, qui a même publié sa photo ! - s'est vanté de son appartenance à la loge laïcarde dans le numéro de janvier 2015 de la revue impie « Franc Maçonnerie magazine ».


On sera rassuré sur sa réel capacité de nuisance en apprenant que le médecin généraliste incriminé est en charge de l'émission Regard santé. Les opportunités pour détourner ses auditeurs de la vraie foi demeurent limitées. Deo gratias !


Je n'ai pas une grande estime pour la franc-maçonnerie, sa culture du secret et ses coups de pouces entre frères. Pour autant, on peut s'interroger sur l'intérêt de publier une telle information délatrice.


Ses auteurs veulent-ils faire croire que la Franc-Maçonnerie, a fortiori avec la gauche au pouvoir, demeure aussi dangereuse qu'hier pour la « vraie » foi ? Ou déconsidérer une radio chrétienne qui se bat pour un programmation ouverte à tous et pour tous ?


Il y a sans doute bien d'autres combats à mener que traquer les francs-maçons et donner les noms de celles et ceux qui n'ont ne possède pas le pedigree impeccable des amis du Salon beige..

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 16:00

La presse en a fait ses choix gras le week-end dernier. L’Église protestante unie de France (ÉPUF) autorise ses pasteurs à bénir les mariés de même sexe. Après un très long processus de réflexion, entamé bien avant le débat politique sur le mariage homo, le synode de cette instance qui fédère les réformés et les luthériens de la France de l'intérieur (hors Alsace-Lorraine) a voté à une très large majorité pour cette évolution.


Seule jusqu'alors au sein de la Fédération protestante, la Mission populaire évangélique de France, branche sociale et très engagée, avait franchi le pas (voir ici leur note de 2014). L'an passé, l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL) a choisi de surseoir à toute décision sur la question.


Il est intéressant de voir comment le synode de l'ÉPUF a organisé son travail. L'évolution s'inscrit dans le cadre plus général d'un travail sur la bénédiction. Dans le texte de la décision adoptée (à retrouver ici), on peut lire que l'ÉPUF « reçoit avec humilité et confiance cette mission d’être témoin de l’Évangile dans l’accompagnement des personnes et des couples. L’accueil de toutes celles et tous ceux qui s’adressent à elle et les gestes de bénédiction qu’elle peut offrir de la part de Dieu, sont autant de façons de dire la bonne nouvelle de son amour premier et de relayer son appel à vivre en relation avec lui ».


Pour les luthéros-réformés français, « bénir, c’est offrir un signe et une parole qui disent l’amour de Dieu et sa présence ; ce n’est pas faire un acte magique qui contraindrait Dieu à nous être favorable ; ce n’est pas non plus signifier qu’il approuverait nos projets ». Il s'agit de reconnaître et d'accompagner des hommes et des femmes et de signifier que Dieu les aime quel que soit leur chemin.


Ce n'est qu'après une longue étude du sens de la bénédiction que le document affirme que « le synode ouvre la possibilité, pour ceux et celles qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu. »


Il ne s'agit pas pour les luthéros-réformés de céder à l'air du temps, ni de répondre sous la pression des demandes de couples de même sexe. Les raisons premières de ce choix sont à trouver dans les premiers mots de la décision votée : « Comment accompagner nos contemporains au plus près de leurs existences, dans leurs joies et dans leurs peines, dans les chemins qu’ils choisissent et ceux qu’ils subissent, dans leurs alliances et leurs séparations, pour leur permettre d’entendre une bonne nouvelle qui donne sens et saveur à leur vie tout entière ? »


Le texte précise que la question « s’inscrit dans la volonté de l’ÉPUF d’honorer sa vocation à témoigner de l’Évangile ». On pourra trouver dans les termes choisis – les joies et les peines – un écho lointain mais savoureux, à la célèbre constitution pastorale Gaudium et spes du Concile Vatican II (1965). Un texte marqué par une volonté d’évolution de la présence aux hommes et aux femmes dans les réalités du temps.


Histoire de déminer par avance les effets diplomatico-ecclésiaux de ce choix, le texte insiste sur la nécessaire communion à maintenir en interne – il n'y a pas d'unanimité au sein de l'ÉPUF - comme « dans le dialogue avec les autres Églises, notamment au sein de la Fédération protestante de France ». Cette communion demandée se base « sur notre commun enracinement en Jésus‐Christ, notre Seigneur et Sauveur, par‐delà les pratiques différenciées dans l’accueil et l’accompagnement des personnes et des couples ».


Cet aspect a échappé aux responsables du Conseil national des Évangéliques de France (Cnef), lesquels ont jugé la décision « consternante ». Le court communiqué (à lire ici) est sans appel, dénonçant la bénédiction d'une pratique « condamnée sans équivoque par la Bible » et fustigeant la promotion d' une « grâce à bon marché bien éloignée de l’Évangile de Jésus-Christ et de ses exigences en matière d'éthique de vie ». Le CNEF accuse l'ÉPUF de « faire de la bénédiction un simple accompagnement de la volonté des personnes demandeuses au lieu d’en faire une occasion pastorale de découverte, avec elles, de la volonté de Dieu. »


Ceci sous-entendant que l'accompagnement exclue la découverte. Et, plus étonnant encore, qu'un pasteur est capable de connaître la volonté de Dieu sur le projet d'une personne. Ce qui paraît bien présomptueux.


Enfin pour le CNEF, qui rappelle que les évangéliques représentent 70% des pratiquants réguliers du protestantisme français, le vote du 17 mai « marquera de façon négative les relations qu’elle (l'ÉPUF) entretient avec les protestants évangéliques et compliquera aussi les relations avec les autres Églises ».


Pour les autorités catholiques, la question du sacrement de mariage pour les couples de même sexe relève aujourd'hui de le science fiction. Mais l'idée d'un geste ecclésial mérite d'être creusée (1). Cela éviterait les bénédictions clandestines, pratiquées ça et là en toute discrétion, Une réalité que ne connaîtront plus les luthéros-réformés de France.


(1) Il existe des rituels pour les champs, les troupeaux ou les bâtiments...

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 00:04

Lorsque je serai maître du monde, une de mes premières mesures sera d'interdire les statistiques religieuses. Non pour déplaire à Robert Ménard, ni pour diminuer le travail de l'INSEE. Pas non plus pour nier l'importance du facteur religieux dans le comportement des populations.


Les habitués de ce blog savent déjà que je crois fermement que toute approche quantitative du sentiment religieux dans une population est vaine. Le vocabulaire utilisé pour les enquêtes ne sera jamais compris pareillement par tous. L'individualisation des croyances – que le monde catholique découvre, quelques siècles après les juifs et les protestants – rend toute quantification bien trop aléatoire. Et de telles approximations – on peut penser aux affrontements sur le nombre de musulmans en France - sont dangereuses en ces temps nauséabonds de haine de l'autre sous prétexte, entre autres, qu'il ne croit pas comme il faut. A Béziers et ailleurs.


Le quotidien Le Monde vient de montrer dans un article tout ce qu'il ne fait pas faire en la matière en donnant pour titre à un article « La moitié des Français ne se réclament d'aucune religion » (lire ici pour les abonnés). Un intitulé qui ne correspond pas du reste au contenu de son propos.


Je ne saurais trop conseiller de lire le démontage en règle (voir ici), réalisé par mon ami Eric Vinson, sociologue des religions qui a tâté du journalisme, dans l'excellent site La table des cathos de gauche (à retrouver ici).


Et je vais rajouter à son propos une conviction concernant la famille toujours la plus nombreuse chez les croyants survivants, les catholiques.


Après avoir reconnu la limite des données utilisées pour son analyse, la journaliste du Monde Leila Marchand annonce toute fière qu'elle va avancer « certains chiffres en revanche catégoriques » concernant le catholicisme. Et de tomber dans le panneau basique de croire que des les pratiques déclarés sont plus fiables, plus objectifs, que les croyances.


Se rendre le dimanche à l'église est un acte qu'on ne saurait assimiler systématiquement ni à une affirmation de foi, ni à l'acceptation d'un corpus de croyances. La pratique dominicale peut être une habitude, un rituel hebdomadaire détaché de tout rapport à Dieu et à Jésus. Parce qu'on a toujours fait ainsi et qu'on y retrouve sa famille avant de partager le rôti et les petits pois. Parce que certains s'ennuient le dimanche ou parce qu'il est de bon ton de se montrer dans les travées.


Dans le sens contraire, une personne qui ne franchit jamais la porte d'une église peut s'estimer un aussi bon catholique qu'une grenouille de bénitier. Par sa fréquentation de groupes catholiques, par la participation à des pèlerinages ou par sa relation personnelle à Dieu, Jésus ou Marie. Ou par sa conviction, au fond de son cœur, que tout ce qui dit l’Église catholique est bel et bon.


Seule une sociologie qualitative à base d'entretiens - comme « Qui sont les cathos aujourd'hui ? », enquête dirigée par Yan Raison du Cleuziou pour l'association d'intellectuels chrétiens Confrontations (DDB, 2014) - pourra saisir toutes ces nuances.


Étant, Dieu merci, dépourvu des pleins pouvoirs, je continuerai de crier en vain contre les statistiques religieuses. Et celles-ci feront toujours la une des magazines, engraissant les instituts de sondages.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 12:18

Mai, le mois des beaux jours revenus, des ponts et des congrès associatifs. Deux grandes familles d'apostolat catholique en profitent pour de réunir leurs troupes. Le CMR (Chrétiens dans le monde rural) tient son congrès national à Hazebrouck (Nord) du 14 au 16 mai (Ascension), devançant de quelques jours le rassemblement national de la Mission ouvrière du 23 au 25 mai (Pentecôte) à Lourdes.


Dans la présentation de ces deux rencontres, qui accueilleront chacune un millier de participants, on perçoit deux mots d'ordre - le changement et l'ouverture -, que l'on aurait tord d'assimiler légèrement aux refrains éternels des discours politique.


Pour la Mission ouvrière – qui regroupe des mouvements d'action catholique, des prêtres et de religieux-religieuses en milieux populaires – il s'agit de « se donner un nouveau cap ». Ses promoteurs souhaitent que le séjour lourdais « renouvelle sa démarche d'annonce et d'incarnation de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ dans le monde du travail et dans les quartiers populaires ».


De son côté, le CMR veut « incarner le changement qu’il promeut », selon les mots de son président Xavier Bonvoisin, qui rappelle que « L’Évangile ne parle que la langue du changement : changement de cap, changement de mentalité, changement de comportement ».


Changeons donc, pour évoluer, ou pour ne pas disparaître, diraient les mauvaises langues.


Un autre thème fort, qui dépasse la convenance, est celui de l'ouverture. La Mission ouvrière le traduit en terme biblique dans l'intitulé même de sa rencontre « Élargis l'espace de ta tente ». La citation du Prophète Isaïe (54, 2) est présentée comme une réponse à l'appel du pape François, que l'on devine assez populaire parmi les organisateurs, à « rejoindre les périphéries humaines, urbaines, sociales ». Réalité qui n'est guère révolutionnaire au sein de réseaux habitués à s'adresser bien au-delà des cercles croyants.


Cette ouverture ne saurait négligeait la portée religieuse. La Mission ouvrière se définit, entre autre, comme un « réseau d'évangélisation », par trois moyens : l'éducation populaire, le service et l'action, et l’éveil à la spiritualité ».


Même teneur au mouvement Chrétiens dans le monde rural qui affirme que son temps fort « ne sera pas le congrès de l’entre soi ». « Nous avons besoin des autres pour nous renouveler et mieux comprendre les attentes de nos contemporains, écrit Xavier Bonvoisin. Nous allons nous nourrir de l’apport des membres du CMR, mais aussi de l’expérience de vie de tous les hommes et les femmes qui nous entourent ».


Au sein des deux réalités sociales, ouvrière ou rurale, en évolution, et au cœur d'une Église en tension sur sa manière de se positionner face au monde, on est en droit d'attendre du CMR comme de la Mission ouvrière des façons d'être originales. Histoire de tordre le coup au discours décliniste concernant cet apostolat, venant de ceux qui le déplorent comme de ceux qui s'en réjouissent.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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