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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 22:18

J'ai déjà évoqué dans ce blog le colloque annuel de l'Observatoire Foi et Culture de l'épiscopat (voir ici), qui se tient en hiver. Le millésime 2016, prévu le 3 décembre, se tiendra dans une ambiance politique délétère. Faut-il le rappeler : déchirements à gauche et au gouvernement, menace frontiste, primaire de la droite rude, choc américain avec Donald Trump...


Mgr Pascal Wintzer, ancien président de l'Observatoire (1) vient de publier un texte (à retrouver ici) au ton très désabusé pour promouvoir le colloque prochain.


Le titre donne bien le ton du moral de l'archevêque de Poitiers, «Peut-on encore attendre quelque chose de la politique ?» Et dès la première phrase, il reconnaît devoir "résister à joindre ses plaintes à celles qui dénoncent la médiocrité des politiques". Évoquant la rencontre de l'an passé - « Le désenchantement du politique est-il irréversible ? » (actes publiés aux Éditions Parole et Silence) -, il dit redouter "qu’un an après, les causes du désenchantement demeurent fortes et ne soient même accentuées."


Comme une éclaircie dans cette morosité, Mgr Wintzer évoque le document du Conseil permanent de la Conférence des évêques d'octobre dernier (" Dans un monde qui change, retrouver le sens de la politique "), comme "une prière dont l’on se demande si elle sera non pas exaucée, mais simplement entendue". La bonne réception du document dans la presse et auprès de nombreux responsables politiques doit réchauffer le coeur de l'évêque.


Le colloque 2016 s'intitule «  Dignité du politique et christianisme  » (voir ici). Les intervenants, pas tous chrétiens, viendront, dixit Pascal Wintzer, "affirmer cette dignité du politique". L'archevêque de Poitiers une seconde mission à celles et ceux qui monteront à la tribune : affirmer "la vocation que la foi chrétienne désigne" au politique.


La phrase pourrait faire hurler les antireligieux invétérés. Qu'est ce que la foi chrétienne vient faire dans la nature du politique dans une République qui s'est battue jadis pour se préserver de l'Église ?


Qu'ils se rassurent, Mgr Wintzer ne veut pas revenir au XIXe siècle. Il rappelle seulement que la Bible et le magistère catholique tiennent en haute estime les gouvernants de la cité terrestre, dès lors qu'ils sont au service (pour user d'une terminologie ecclésiale) de celles et ceux qui les mandatent, particulièrement des plus vulnérables. Un esprit qui semble diminuer quand on s'approche des hauteurs du pouvoir.
 

La noble vocation du politique est là. Et c'est bien cette "dignité" qu'il doit recouvrer, avec l'aide (et la bénédiction) de l'Église catholique, entre autres.


Aujourd'hui, la presse débat pour savoir si François Fillon doit sa victoire un peu, beaucoup ou passionnément aux catholiques. Avec Mgr Wintzer, on peut gager qu'ils veilleront, avec bienveillance, à ce que la "vocation" du politique soit toujours entendue dans les mois qui viennent.


(1) Mgr Hubert Herbreteau, évêque d'Agen, lui a succédé.

21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 21:41

Hier, il était le dernier espoir d'une gauche désemparée et effrayée par la perspective Sarkozy. Désormais, Alain Juppé joue la carte des catholiques progressistes.


Lundi 21 novembre au soir sur France 2, l'ex favori de la primaire de la droite et du centre, devenu outsider, a rappelé que son concurrent François Fillon « appartient à une famille traditionaliste ». Si l'information est vraie, il est un peu spécieux d'attaquer un rival sur sa lignée, dont il n'est pas responsable.


Le maire de Bordeaux a ajouté aussitôt une phrase qu'il avait sans doute bien murie avec ses communicants : « moi je suis plus ouvert au modernisme et je me sens plus proche du pape François que de Sens commun ou la Manif pour tous ». L'interview menée par David Pujadas est à retrouver ici, le passage qui nous intéresse se situe de 19' 52'' à 20' 20''.


Alain Juppé, catholique nettement moins pieux que son rival, place l'affrontement du deuxième tour dans le champ ecclésial. Par là, il acte l'importance du ralliement du lobby catholique conservateur Sens commun, né des Manifs pour tous, dans le succès inattendu de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy.


Accessoirement, il tente d'opposer, pour son intérêt politique du moment deux familles du catholicisme. Sur le fond, les réseaux catholiques de François Fillon rétorqueront qu'eux aussi aiment le pape et qu'ils sont sensibles à sa vision de la miséricorde. De même, ils diront avec raison que leur idéal de la famille traditionnelle est pleinement partagé par le pontife argentin.


Pourtant, le message est pertinent. François "le Pape" a toujours dit qu'il fallait moins parler des questions de familles et s'intéresser davantage aux questions sociales. Quand François "le candidat" propose un programme très libéral économiquement, et donc potentiellement moins protecteur des plus faibles, ce qui ne plaît guère au Vatican.


On sait que les catholiques pratiquants sont majoritairement de droite et très civiques. On peut donc penser qu'ils sont allés nombreux aux urnes ce dimanche. Mais tous ne sont pas favorables à la réouverture du débat si douloureux de la Loi Taubira que François Fillon dit vouloir remettre en cause. Bien des catholiques opposés au mariage homosexuel ne veulent pas revivre cette séquence si douloureuse dans les paroisses (1).


Alain Juppé a tenté son va-tout. Il sait que son image n'est pas très bonne chez les catholiques. Peut-être lui fait-on toujours payer ses fautes de l'époque chiraquienne. Face à lui, le très sage et lisse François Fillon apparaît plus rassurant après deux présidences trop bling bling pour la première, ou trop libertaire pour celle qui s'achève.


On verra dimanche prochain si l'évocation (l'invocation ?) d'un François fera du tord à un François dont le rêve est de succéder... à un François.

14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 20:52

Faute de discours d'ouverture et de clôture (annulés pour cause d'absence du président Georges Pontier, comme si les vice-présidents n'étaient pas capables de s'exprimer à sa place...), les observateurs n'ont pas pu étudier les textes d'orientation habituels de l'assemblée des évêques à Lourdes.


On se contentera d'un communiqué final assez fourni (disponible ici), qui liste les grands travaux des prélats durant leur semaine automnale. On y trouve mention de la journée de pardon pour les victimes d'abus sexuels (largement médiatisée), du débat sur les vocations (je recommande sur ce dossier le texte de René Poujol à retrouver ici) et du discours du cardinal Tauran sur le nécessaire dialogue avec les musulmans.


En toute fin de ce communiqué, il est fait mention d'un nouveau chantier ouvert sur la suggestion du comité "Etudes et projets". Présidé par l'archevêque d'Aix et Arles, Mgr Christophe Dufour, ce groupe travaillera sur le thème : « Prendre conscience des ritualités civiles nouvelles ».


Félicitons les évêques de leur intérêt pour une réalité de notre société qui marque leur perte d'influence. Quelles sont donc ces ritualités civiles ? Jadis, les deux adjectifs seraient apparus antinomiques tant le rituel est souvent, en Occident, une prérogative religieuse. Si la religiosité diminue, le besoin de gestes forts marquants les grandes étapes de la vie ne recule guère.


Deux cas viennent à l'esprit : les baptêmes civiles dits aussi "républicains" et les cérémonies laïques autour des défunts. Dans les deux cas, il s'agit de répondre à la demande de familles voulant sacraliser un événement majeur sans passer par les institutions religieuses. Autrement dit, faire aussi bien, joli et sérieux que les cultes, mais sans eux et leur discours.


Le site "Le baptême civil" (ici) nous apprend que ce rituel, instauré durant la Révolution (le 8 juin 1794 ou le 20 prairial an II pour les puristes) et tombé en désuétude ensuite, trouve ces dernières années une nouvelle jeunesse. L'événement se tient en mairie. Mais, "il n’existe pas de texte officiel qui (le) prévoit" et, preuve de son intérêt relatif pour le législateur, "rien n’oblige les mairies à le pratiquer".


"Il n’y a pas de cérémonial préétabli", nous apprend aussi le site. Et contrairement au mariage civil, célébré dans le même décorum municipal le samedi après-midi, "le certificat de baptême civil remis pendant la cérémonie n’a aucune valeur légale". En même temps, on ne voit quelle utilité, pour la société et le droit, pourrait avoir celui-ci, quand l'enfant est déclaré légalement comme fils ou fille de ses parents. Et donc fils ou fille de la République.


Les évêques vont donc réfléchir à ce geste de présentation de l'enfant à la société. Comment inventer des fonts baptismaux républicains dotés d'une symbolique suffisamment forte pour justifier un bon gueuleton familial et amical.


Pour ce qui est des obsèques civiles, beaucoup de chrétiens (et pas qu'eux) sont marqués par la faiblesse des cérémonies proposées dans les crématoriums ou les cimetières dès lors que rien n'est prévu à l'église ou au temple. On s'en remet souvent à l'inventivité de l'employé des pompes funèbres pour vivre du mieux possible ce dernier moment au côté de l'être disparu. Dans le meilleur des cas, quelques témoignages, une chanson chère au disparu, un geste devant le cercueil, marquent l'ultime adieu.


J'ai écrit jadis dans ce blogue (voir ici) un texte sur une proposition de loi, déposée en décembre 2014, pour créer un service public des funérailles, pris en charge par les mairies. Il s'agissait d'offrir, plus ou moins gratuitement, une cérémonie d'adieu personnalisée aux défunts, dans le cadre républicain. Pour l'heure, les communes ne disposent ni des moyens humains, ni de l'expérience des religions et leurs capacités d'organisation en urgence (avec des milliers de bénévoles pour l'Eglise catholique), pour gérer ce service.


Des chrétiens travaillent depuis des années sur cette déclinaison non-religieuse des rituels de passage. Je pense ici à l'ouvrage "L'Adieu à un proche. Propositions de cérémonies civiles", de Christian Biot et Colette Maillard, publié aux éditions de l'Atelier en 2012 (voir ici).


Loin d'être schizophrénique, cette contribution à un société qui se détache des traditions religieuses est une preuve de plus du génie chrétien au service de tous. Espérons que nos évêques joueront cette partition, laquelle ne remet pas en cause la réflexion sur le désamour des rituels traditionnels catholiques.

 

 

2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 22:12

Les travaux au Saint-Sépulcre de Jérusalem, menés depuis la semaine dernière, font fantasmer tout le monde. Le Canard enchaîné, toujours prompt à pourfendre les institutions religieuses, en parle à la une de son édition du mercredi 5 novembre.


Après avoir noté que le tombeau était bien vide, l'hebdomadaire satirique ne peut s'empêcher de ricaner : "que se serait-il passé si on avait trouvé des ossements ? Et pire peut-être un squelette... de femme ?" On ne se refait pas.


Plus loin, le journaliste Frédéric Pagès cite Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre sainte magazine, qui racontait au Parisien (édition du 30 octobre, voir l'article ici) que "pour la première fois, grâce aux techniques modernes, la science va peut-être pouvoir valider si c'est le bon endroit ou pas".


En lançant : "Les fidèles auraient-ils été enfumés pendant vingt siècles ?", le Canard enchainé fait fausse route en nous servant la vieille et stérile opposition entre vérités scientifiques et pratiques de croyants.


"Cela fait 1700 ans que les chrétiens viennent se recueillir sur cette tombe", affirme Marie-Armelle Beaulieu dans l'entretien au Parisien que reprend le Canard. Là est la phrase majeure, celle qui donne la clé de compréhension de toute la piété populaire. En matière de dévotion, ce qui compte, ce qui fait sens hier comme aujourd'hui, n'est pas la vérité, mais la trace historique.


Tout pèlerin marche sur les pas de ses devanciers, de ces foules qui depuis des siècles arpentent les chemins de Jérusalem, de Compostelle (qui croit encore à l'histoire du tombeau de saint Jacques sur les côtes espagnoles ?), du Mont-Saint-Michel ou d'ailleurs. Que gagne-t-on à savoir si le lieu vénéré depuis toujours est le site attesté par le carbone 14 ?


On pourrait dépasser cet écueil par un meilleur usage du vocabulaire. Pour cela, je suggère de réserver le mot de vérité à l'un des deux camps en présence. Les religions pourraient abandonner ce terme à la science (laquelle a fait évoluer la vérité et continuera à le faire). En prônant ceci, je vais faire sursauter Benoît XVI, assidu à mon blog dans son couvent du Vatican, lui qui à mis la vérité au coeur de son oeuvre théologique pontificale.


Les catholiques – je ne m'avancerai pas pour les autres – pourraient utiliser pour leur part le vocable de conviction. Dans notre cas, ils peuvent affirmer leur conviction, appuyée sur la foi et sur la Tradition, que le Saint-Sépulcre actuel est bien le lieu du passage du corps supplicié et sans vie de Jésus, avant sa Résurrection.


Ainsi, les fidèles pourront laisser avec sérénité aux archéologues le soin de quérir une éventuelle vérité. Celle-ci, qui ne manquera pas d'intérêt pour la connaissance universelle, n'aura aucune influence sur la foi et la soif de pèlerinage.


Si, ce dont je ne peux douter, ma proposition est retenue en haut lieu, le Canard enchaîné ne pourra plus, à l'avenir, persifler en écrivant :"Si la caverne sacrée n'est qu'une vulgaire taverne, gare à la fuite des croyants hors de l'Église !"

31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 16:52

Le pardon est de plus en plus à la mode dans le monde catholique français. Après les crimes de pédophilie des prêtres et les massacres d'hérétiques (voir mon post précédent ici), voici qu'un évêque de France demande pardon aux catholiques séparés, divorcés et/ou remariés.


Le blog collectif le Samaritain nous apprend, dans une note publiée le 10 octobre par un certain "Goéland"  à retrouver ici), que Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, a écrit une lettre en septembre à destination des fidèles qui ont connu la séparation de leur couple et qui ont souffert de la position de l'Église.
 

Dans son courrier (à lire ici), Mgr Lebrun écrit. "Je viens vous demander pardon" à quatre reprises.


"L’échec de votre mariage est devenu l’échec d’une vie, peut-être à cause des regards portés sur vous ou d’attitudes envers vous. L’indissolubilité de votre mariage est devenue un fardeau que vous portez comme une condamnation. Le rappel de la loi vous atteint comme des pierres que Jésus a refusé de jeter sur la femme adultère. L’impossibilité de recevoir les sacrements pour les personnes divorcées et engagées dans une nouvelle union, est devenue une exclusion"


Des mots forts, pleins d'humilité, souvent prononcés à mi-voix, rarement écrits dans un document officiel d'un évêque.


La lettre du prélat normand, sous le feu de l'actualité récemment pour avoir subi dans son diocèse la tragédie de Saint-Étienne du Rouvray, se poursuit avec une invitation à toutes et tous ces blessé(e)s de la vie conjugale à une rencontre à la Cathédrale mardi 1er novembre, à 15h30.
 

"Avec le Pape, avec la communauté catholique, je vous invite à célébrer l'appel à la sainteté en la Fête de la Toussaint. Nous passerons la Porte de la miséricorde ensemble et nous prierons les Vêpres. Nous rendrons grâce pour nos vies, pour tout l'amour qu'elles comportent".


Puis, afin d'étudier la possibilité ouverte par le Pape aux remariés, dans certaines circonstances, de recevoir les sacrements, l'archevêque offre des moyens concrets. "J'ai nommé sept prêtres missionnaires de la miséricorde pour vous accueillir spécialement. Avec eux, vous pourrez examiner en toute discrétion votre conscience grâce à la parole de Dieu".


Avec Mgr Lebrun, l'Église a reconnu ses manquements et son défaut de miséricorde envers une catégorie de fidèles du diocèse de Rouen. A ces derniers maintenant d'entamer leur part du chemin. Pour que perdure l'esprit de l'Année de la Miséricorde, qui s'achève en ce mois de novembre.

 

22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 16:20

Cathorêve ne dit pas du mal que de l'institution Église catholique. Il en dit aussi de ceux pi cemmes qui disent « mal » du mal de l'Église catholique. Dans cette catégorie fournie, on trouve des intellectuel-le)s de gauche, dont la militante féministe Caroline Fourest est une figure éminente. Je respecte nombre de ses combats, mais face au catholicisme, elle fait souvent fausse route.


L'essayiste a réagi à une décision juridique sur l'éternelle (et bien secondaire) polémique sur les crèches de Noël installées dans les bâtiments administratifs publics. Un avis récent du rapporteur public du Conseil d'État indique que leur installation n'était pas contraire à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État. Et ce à trois conditions : une présence "temporaire", aucun "prosélytisme religieux" et une manifestation "culturelle ou au moins festive" (voir ici l'article de Paris Match).


Caroline Fourest a réagi de façon pour le moins nuancée à cette information. Dans un message sur Twitter, la chroniqueuse de France Culture écrit : "Attention à cet accommodement avec l'art.28 de 1905. Oui aux crèches culturelles mais sans Jésus en mairie" (voir le message ici). Tous les mots méritent explication.


Le terme "accomodemment" renvoie au concept d'"accomodemment raisonnable" utilisé au Québec pour justifier une certaine tolérance de l'Etat à certaines demandes religieuses, afin de calmer certaines revendications et de faire baisser les tensions interculturelles (voir ici une présentation sur wikipedia). Une façon de procéder que condamnent, en France, nombres d'observateurs attachés à une laïcité stricte, qui ne négocie pas.


Notre essayiste accepte les "crèches culturelles". Quesaco ? Veut-elle que l'évènement représenté soit certifié sans trace de christianisme, ne garde aucune trace de l'histoire que racontent les évangélistes, ni de la dévotion des chrétiens depuis 20 siècles ? On se demande à quoi peut ressembler cette crèche.


On aimerait bien savoir comment Mme Fourest définit dans ce cadre l'adjectif "culturel". Peut-on tronquer un élément majeur d'un objet culturel pour peu qu'il nous incommode ? À ce compte, pour ne pas déplaire aux personnes choquées par les violences napoléoniennes, on pourrait montrer les tableaux de David sans images de l'Empereur. Les systèmes politiques dans lesquels on a sciemment enlevé un personnage des tableaux ou des photos n'ont jamais brillé par leur sens de la démocratie.


Caroline Fourest tolère donc, "en mairie", une crèche "sans Jésus". Comme celles que l'on prépare début décembre dans les foyers chrétiens, en posant solennellement Marie, Joseph, l'âne, le boeuf, tous tournés vers une place vide. L'endroit de l'attente, de l'Avent, elle le voit bien définitivement vide. Pour elle, la beauté de Marie, la présence bienveillante du barbu Joseph et les bêtes suffisent à justifier la tradition de la crèche.


Que l'Église catholique soit comptable, au long de son histoire, des pires turpitudes et des alliances funestes avec les pouvoirs politiques les plus détestables, tout le monde en convient. De là à penser que la République laïque ne peut, laïcité oblige, montrer le Petit Jésus emmailloté...

 

 

17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 11:30

Effet de l'Année de la miséricorde ou volonté de se montrer sous un jour plus humble, la demande de pardon est au coeur de l'actualité de l'Église de France. Il faut saluer cet esprit de modestie qui n'a pas toujours été le fort de l'institution ecclésiale.


Pour sa défense, toutes les institutions tendent à ne pas vouloir reconnaître leurs torts et à accabler les individus quand la structure a failli. Les États, les administrations ou les entreprises, avec leurs bataillons d'avocat, font souvent tout pour ne jamais reconnaître leurs tords en tant que structures. L'Église catholique n'est pas plus malsaine que les autres dans ce domaine. Sauf qu'elle prétend diriger les âmes et définir une morale. Et à ce titre, elle doit être irréprochable.


Hommage doit donc être rendu au diocèse d'Orléans. Le 7 octobre, rapporte La Croix (voir ici), s'est tenue dans l'église Sainte Jeanne d'Arc une "veillée de prière, de pardon et de réparation adressée aux victimes d’abus sexuels commis par des prêtres". "Nous savions et nous nous sommes tus, a dit Mgr Jacques Blaquart, évêque du lieu, habillé en civil en signe d'humilité. La vérité éclate et c’est tant mieux. Nous avons failli et nous n’avons pas protégé les plus fragiles, les souffrants, les abîmés."


Dans ce nous, il fallait entendre les responsables ecclésiaux. Ceux qui jadis ont protégé des prêtres en les soustrayant à la justice, ceux qui ont étouffé les témoignages des victimes, ceux qui n'ont pas su protéger les fidèles jeunes, en renommant des prêtres dangereux, ceux qui ont préféré éviter le scandale au mépris de la vérité...


Depuis on a appris que la geste d'Orléans allait connaître une postérité nationale. À Lourdes, lieu phare de la générosité des catholiques envers tous les souffrants, les évêques réunis vont – enfin - poser ce geste grave et nécessaire.


"En réponse à l’appel du Saint-Père, précise le communiqué officiel (à retrouver ici), les évêques de France ont décidé de vivre, au cœur de leur assemblée plénière de novembre, un temps de prière et de pénitence pour les victimes d’abus sexuels. Cette démarche spirituelle est d’abord une prière pour les victimes ; elle est aussi une demande de pardon pour les fautes commises par les membres du clergé et une prière pour que les acteurs de l’Église aient une conscience toujours plus vive de leur responsabilité à l’égard des personnes qui leur sont confiées."


La journée du lundi 7 novembre de l'Assemblée plénière de l'épiscopat sera marquée par cette démarche : messe "pour demander le pardon des péchés", séquence d’information (bilan des mesures engagées) et d’échanges sur la pédophilie, prière universelle des Vêpres "en référence aux victimes d’actes pédophiles" et invitation au jeûne pour les évêques.


La société française attend ce geste de contrition d'une institution qui, malgré ses progrès depuis le pontificat de Benoît XVI, reste perçue comme fautive. Anticipant l'afflux des caméras, le service de communication de la CEF précise : "Afin de garder une dimension spirituelle à cette démarche des évêques du 7 novembre, il n’est pas prévu que les médias puissent y participer".


Le message passera quand même, et c'est heureux. Il ne faudra pas pour autant que ce geste fort exonère l'Église de la nécessité de réfléchir sur l'accompagnement de la vie affective d'hommes de qui on exige célibat et chasteté.


Pardon pour avant-hier aussi. Le diocèse de Pamiers dans l'Ariège organisait dimanche 16 octobre une cérémonie au pied des ruines du Château de Montségur. Le 16 mars 1244, y périssaient les 220 derniers cathares qui préférèrent les flammes à l'abjuration de leur foi jugée "hérétique". Un tragédie présente encore dans la mémoire collective, aux dires de Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, interrogé par La Croix (à lire ici).


Refusant "lautoflagellation", il invite à demander pardon non aux cathares, "mais au Seigneur, pour cet inconscient collectif blessé". À travers ce geste pénitentiel, le prélat a voulu affirmer trois convictions : rejeter la collusion entre pouvoir politique et autorité religieuse, respecter de la liberté de conscience, refus de "l'utilisation de moyens ne respectant pas la dignité des personnes humaines pour atteindre une fin juste".


Quelle utilité peut-on trouver dans un geste relatif à un passé si lointain, à une époque si différente que la notre et si violente ? "On ne sait pas comment le futur nous jugera, note finement Mgr Eychenne. Aujourd’hui, des hommes et des femmes se noient en traversant la Méditerranée. On nous reprochera peut-être d’avoir été inhumains par notre indifférence."


L'évêque de Pamiers donne la réponse au coeur de son interrogation. Une raison de plus pour que l'esprit de pardon, pour les fautes d'hier comme d'aujourd'hui, demeure dans l'Église, même après l'Année de la miséricorde.

16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 20:27

Les habitués de ce blog connaissent mon intérêt pour nos cousins protestants. Ce qui m'a souvent valu d'être traité d'hérétique. C'est ainsi : on pense toujours que l'herbe est plus verte dans le champ du voisin. Je crois fermement que la manière d'être et de s'organiser des luthéros-réformés, historiquement minoritaires, est riche d'enseignement.


En visitant un temple parisien, j'ai récupéré un annuaire des activités de l'Église protestante unie de France (EPUF, voir le site) en région parisienne. On y trouve les coordonnées de toutes les paroisses luthériennes et réformées, ainsi que les services communs. La région est à entendre au sens très large : l'Inspection luthérienne de Paris (site ici) comprend les paroisses de Lyon et de Nice, et, côté réformé (voir ici), on se promène gaillardement jusqu'à Auxerre ou Chartres.


La présentation des paroisses donne une idée claire de la conception protestante de celles-ci. Pour un bon nombre d'entre elles, on découvre que le poste de pasteur est vacant. Sur les 21 paroisses que compte l'Inspection luthérienne de Paris, pas moins de 11 sont dans ce cas. Par contre, la fonction de président(e) du Conseil presbytéral, l'organe de direction, est toujours assurée.


L'absence de pasteur est la conséquence d'un manque de personnels habilités. Si la situation est connue en monde catholique, la gestion de la difficulté est bien différente. A chaque changement de poste ou départ en retraite, la place de pasteur est volontairement laissée inoccupée, durant une année. Ce principe relève de deux objectifs : gérer numériquement la faiblesse d'effectif et mettre la paroisse devant ses responsabilités d'animation.
 

Ce temps de vacances n'est pas vu comme une souffrance. Les offices dominicaux sont assurés, la prédication – élément principal de liturgie - étant pris en charge par un laïc formé à cette tâche. En cas de célébration de la Sainte-Cène (commémoration du dernier repas du Christ), qui n'est pas systématique, les cultes sont présidés par un pasteur extérieur. Souvent un responsable de service transversal à l'Église (jeunesse, bible, catéchèse formation, diaconie, oecuménisme, mission, communication...).
 

Il arrive même que certaines communautés vivent plus d'une année sans pasteur affecté. Période d'épreuve surmontable, comme dans la petite paroisse populaire de Béthanie, dans le 20e arrondissement de Paris, qui a vu arriver en septembre la pasteur Esther Mélanie Boulineau après plusieurs années de vacance du poste.


Dans la culture catholique, de telles dispositions sont, aujourd'hui, inenvisageables. Une communauté ne peut vivre sans berger ordonné par l'évêque et responsable devant lui. Et pas seulement pour des raisons sacramentelles. La réponse à la pénurie sera toujours le regroupement de communautés au sein d'une super-paroisse qui ne cessera de s'étendre. Et d'obliger les fidèles à des déplacements.
 

Chez les luthéros-réformés, le pasteur est avant tout un savant, un enseignant, et non le chef de la communauté. Le culte peut se tenir sans lui, de même que les activités catéchétiques ou bibliques. C'est d'ailleurs le Conseil presbytéral qui "recrute" un pasteur et qui peut, lors du bilan triennal, lui proposer d'aller ailleurs.


Ce mode de fonctionnement devrait nourrir la réflexion chez les catholiques. Il ne s'agit pas d'envisager, dans un premier temps, des communautés sans prêtres. Mais on peut songer à des rassemblements dominicaux de proximité sans officiant ordonné, et donc sans consécration eucharistique (il est possible de communier avec des hosties préalablement consacrées, comme celles qui sont distribuées aux malades ou aux personnes empêchées). Qu'on les nomme ADAP (assemblées dominicales en l'absence/attente de prêtre) ou autrement.


Les catholiques seraient bien inspirés de demander à leurs cousins luthéros-réformés comment une vie sans pasteur-prêtre est possible.

 

3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 20:12

Chaque fois que j'entre dans une librairie digne de ce nom, je vais jeter un œil au rayon religion. Pour nourrir mon égo en regardant si mon livre s'y trouve encore (Mariage pour tous divorce chez les cathos, Plon), mais pas seulement. Je vais voir les nouveautés, feuilleter les livres dont je connais l'existence et ceux qui auraient échappé à mes radars ordinaires (Amazon et ses mots-clés, programmation des éditeurs...).


Presque toujours, même dans les grandes enseignes parisiennes (hors La Procure bien sûr), je peste contre la confusion régnant dans le rayon. On peut comprendre que, la place étant réduite, les livres de papes (bénédictions éditoriales) voisinent sans indication avec ceux du Dalaï Lama, ou avec des éditions du Coran. Mais je ne me ferai jamais au mélange des genres avec des ouvrages magico-ésotériques ou, littérature florissante, les manuels de développement personnel. Même si certains sont écrits pas des gens tout à fait respectables.


Les religions forment un domaine, noble et critiquable, qui n'est pas exactement superposable avec des quêtes spirituelles parfois simplistes (qui ne cherche pas le bonheur ?), s'affranchissant à bon compte de ce qui complique (dogmes, structures...). Et je ne parle pas ici des charlataneries zodiacales ou complotistes ("la vérité qu'on vous cache") qui fleurissent toujours dans les sociétés sans repère.


De passage dans ma ville natale de Bordeaux, j'ai fait le pèlerinage incontournable de la Maison Mollat. Joie ! J'y ai trouvé un, que dis-je, des rayons, dans lesquels on fait la distinction entre les catégories d'ouvrages susnommées. La littérature catholique (bien pensante ou critique) a droit à son étiquetage clair, tant sur la table des nouveautés que dans les rayons de fond. Comme le protestantisme, l'islam et le judaïsme. On sait où l'on est.


Nostradamus et ses héritiers sont à l'honneur sur une autre table, tout comme les livres expliquant (en 300 pages) que l'usage du sourire ou le fait de parler avec nos concitoyens peut aider à mieux se mouvoir dans notre vallée de larmes. J'en rajoute ?


Il en faut pour tous les goûts et tout le monde doit vivre. Pour connaître un peu le monde de l'édition, je sais que des stars comme Frédéric Lenoir ou Anselm Grün, avec l'assurance de leurs grosses ventes, font tourner la machine et permettent la publication d'ouvrages plus pointus, plus exigeants, plus novateurs et... bien moins lus et achetés.


C'était mon billet réactionnaire. Je ne sais s'il sera utile, mais il m'a fait du bien. C'est toujours cela de gagné.

30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 09:08

La Compagnie de Jésus va vivre à compter du 2 octobre sa 36e Congrégation générale, le parlement mondial des disciples d'Ignace de Loyola. On pourra la suivre sur le site dédié (en français). Deux points principaux figurent à l'agenda des 215 délégués (1), venus des 66 Provinces et Régions de la Compagnie.


Ils vont tout d'abord élire leur nouveau supérieur général ou Père général. Jadis élus à vie, les grands patrons jésuites laissent désormais leur place avant de gagner le ciel. Comme son prédécesseur le Néerlandais Peter-Hans Kolvenbach (général de 1983 à 2008), l'Espagnol Afonso Nicolas, 80 ans, a annoncé depuis des mois qu'il fallait lui choisir un successeur. Et se profile dans toutes les têtes le jour où le plus illustre des jésuites actuels, l'Argentin Bergoglio, demandera lui aussi à prendre congé du Siège de Pierre.


L'autre tâche des pères réunis à Rome sera de "discuter des sujets de grande importance pour la vie et la mission de la Compagnie", selon les mots prononcés lors de la conférence de presse. Il s'agira de définir les grandes orientations pour les années à venir. Nulle doute qu'ils observeront les évolutions démographiques de leur famille. Fin 2015, les 16700 jésuites se répartissaient ainsi : 5600 en Asie (dont 4000 en Inde !!), 5000 en Europe, 5000 dans les Amériques et 1 600 en Afrique.


Quand certains sont en charge de penser l'avenir, il est intéressant de voir l'avis d'un jésuite expérimenté. Le P. Pierre Émonet fête ses 50 ans de sacerdoce, dont 40 au sein de la Compagnie dans la Province de Suisse, qu'il a dirigée à deux reprises. Dans un entretien avec le journaliste du portail de l'Église catholique suisse Pierre Pistoletti, à lire ici, il lui est demandé de définir l’identité de l’ordre aujourd’hui. La réponse fera grincer quelques dents : "Un ordre missionnaire qui cherche à ouvrir de nouvelles perspectives plutôt que d’entretenir une piété dans les peuples".


Pour le P. Émonet, existent aujourd'hui deux conceptions du sacerdoce. La première est portée par "une nouvelle génération peut-être tentée par le cléricalisme". Elle met en scène un "prêtre “père", lequel "engendre à la foi en prenant son disciple par la main tout en lui disant ce qu’il faut faire".


La seconde manière d'être est celle du "prêtre fraternel, qui “marche avec”", dixit le P. Émonet. Celui-ci "n’impose pas une certaine forme de culture, mais “vit avec”". On devinera assez aisément quel modèle préfère le jésuite suisse, qui raconte avoir "refait toute son ecclésiologie" lors d'une année vécue en milieu ouvrier en France, avec la Mission de France et les prêtres du Prado. Dans sa liste des "papes formidables" figurent "Jean XXIII, Paul VI et aujourd’hui François". Le Concile plus que la restauration wojtylo-ratzingerienne.


Est-ce cette vision "prêtre fraternel, qui “marche avec”" qui dominera dans les échanges entre les délégués jésuites avant de choisir leur chef et de décider des priorités futures ? Si c'est le cas, le message prendra une forme nécessairement plus diplomatique que les mots du jésuite suisse. Mais une telle option ne devrait pas chagriner le pape François, dont on connaît les tendance anticléricales (au sens premier du terme) et son attrait pour les périphéries.


Les jésuites, au Vatican et ailleurs, n'ont pas fini de faire entendre leur petite musique qui ne fera jamais l'unanimité.


(1) Trois membres de la Province de France comptent au nombre des délégués : le P. Jean-Yves Grenet, provincial, et le PP P. Sylvain Cariou-Charton et Etienne Grieu, SJ. On ajoutera deux Français "romains", les PP. François-Xavier Dumortier, recteur de l'Université grégorienne, et Antoine Kerhuel, assistant régional de la Curie jésuite.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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