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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 11:25

Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, a investi récemment, cet été, le monde fascinant de twitter. Sa production (on peut le suivre ici) est assez originale pour un évêque. Il réagit, questionne, cite ses lectures, comme un observateur du monde davantage que comme un cadre institutionnel qui défend sa boutique.

Ancien président de l'Observatoire Foi et culture de l'épiscopat (voir ici mon dernier post sur cet organisme), il n'a pas peur de se lancer sur le terrain glissant de la politique. Ainsi le 12 février, il lançait sur la toile un message crypto-macronien : « La Ve République est née avec de Gaulle. Pouvait-elle lui survivre ? Faut-il encore attendre quelque homme providentiel ? ».

Lucide, Mgr Wintzer interroge les limites de l'exercice du gazouillis. « Quand il n'y a plus de pensée, restent les slogans. Les twitts sont-ils de la pensée ? », écrivait-il le 27 janvier.

Le 7 février, Pascal Wintzer postait sur la toile: « Avec la nouvelle traduction liturgique de la Bible, les cruches sont devenues des carafes... le rural s'est-il effacé devant l'urbain ? ». Ne faut-il lire ici qu'une pointe de nostalgie d'une homme qui voit les références à la vie campagnarde s'effacer devant dans notre civilisation urbaine ?

Son propos ouvre la porte à un débat qui me taraude depuis quelques années. Comment parler à nos sociétés occidentales d'aujourd'hui avec des images de la vie palestinienne du Ier siècle de notre ère ?

L’Évangile nous abreuve de récits de semeurs faisant la distinction entre bon grain et ivraie, d'aventures dont les héros sont des bergers, de lampes à huile défectueuses, de festins autour de veaux gras ... Tout ceci demande une capacité d'imagination certaine. Que dirait un Jésus du XXIe siècle pour nous parler ?

Il n'est plus ici question de traduire – va pour les carafes, les cruches étant passées de mode - mais bien d'adapter. Sans toucher au texte, les metteurs en scène de théâtre ou d'opéra savent transposer les chefs d’œuvre de jadis dans un cadre, avec des décors et des costumes qui parlent immédiatement parce que contemporains. Ne faudrait-il pas faire de même pour les paraboles de Jésus ?

Les plus habiles traductions en langue courante ou en français fondamental ne peuvent que simplifier des récits écrits pour un public d'hier. Pourtant je sais bien que celui qui osera récrire les paraboles dans des situations contemporaines, en conservant le sens initial, se fera étriller à l'image des metteurs en scène trop audacieux hués les soirs de première.

Sous le prétexte, discutable, que « cela a toujours été ainsi », il est toujours difficile de toucher à un texte sacré. Même quand le contexte dans lequel le message est présenté devient un obstacle à la transmission de ce dernier. A méditer pour tous les chercheurs es nouvelle évangélisation.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 09:04

Depuis quelques jours, le petit monde qui suit les affaires vaticanes est tout retourné : on a osé critiquer le pape sur les murs de la Ville éternelle. La semaine dernière, sont apparues plusieurs centaines d'affiches reprochant à François son comportement.« Tu as placé sous tutelle des congrégations, évincé des prêtres, décapité l'Ordre de Malte et les franciscains de l'Immaculée, ignoré des cardinaux. Mais ou est ta miséricorde ? », a-t-on pu lire en dialecte romain, avant que les services municipaux ne retirent cet affichage sauvage (voir l'article du Monde ici).

 

Le combat, jusqu'ici confiné aux sites et à la presse spécialisée, arrive dans la rue, sans doute pour atteindre un pape plus attaché au peuple qu'aux élites. Au-delà de l'émotion et de l'ambiance anti-bergoglio qui plane, cette situation assez inédite inspire quelques commentaires.

 

Toute d'abord, il est sain et salutaire que le pape soit critiqué. J'ai trop souvent ici déploré l'absence de débat contradictoire dans le monde catholique pour m'offusquer contre les attaques lancées contre le pontife, quel qu'il soit. Celui-ci est un personnage de pouvoir, qui en use et s'expose à ses contradicteurs. Reconnaissons que ces faits énumérés par le libelle romain sont réels : le pape sanctionne, bien plus que ses prédécesseurs et sans s'en cacher. Là où Benoît XVI hésitait, par bonté d'âme et para caractère, François tranche.

 

Ceci dit, on est en droit de discuter des critiques portées. Moins sur le catalogue des "méfaits" du pape que sur l'interpellation. Que peut-on penser du lien avancé entre les sanctions prises, contre des institutions ou des chefs, et la miséricorde, dont on a célébré les vertus durant une année ?

 

Dans l'esprit du pape, et pas que le sien, l'exigence de miséricorde s'applique d'abord aux petits. On l'a vu dans le choix des populations mises en avant lors de l'année sainte : pauvres, prisonniers, malades... (retrouver ici le programme du Jubilé clos cet automne). Le grand patron de l'Ordre de Malte n'entre pas dans cette catégorie, ni les cardinaux frondeurs dont l'Américain Raymond Burke.

 

Voici donc la réponse à la question lancée sur les affiches : la miséricorde du pape s'adresse avant tout à ceux qui ne peuvent se défendre. Un chômeur et un Prince de l’Église n'ont pas droits aux mêmes égards. La miséricorde ne peut être brandie comme système de défense pour ceux dont les agissements sont critiquables aux yeux du pontife.

 

Le pape n'a pas peur de ces affrontements. En Argentine, pendant et après la dictature militaire, il a connu des tensions bien plus rudes. Certains de ses proches, moins habitués à un tel combat, peuvent être davantage affectés. Espérons que tous tiendront le choc pour poursuivre le nécessaire travail mené à Rome.

 

 

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 17:13

Du 25 au 27 janvier à Annecy se tenaient les Journées d'études annuelles (1) de la Fédération des médias catholiques (voir le site ici), autour du thème : « Les religions font la Une ». Parmi les nombreux sujets abordés par les patrons de presse, journalistes et communicants présents, je souhaite revenir sur l'atelier « Piège du jargon et éléments de langage »,


La presse religieuse, comme les autres, n'est pas à l'abri de l'usage, et de l'abus, de termes inaudibles en dehors d'un cercle restreint. L'intervenant était Aymeric Christensen, rédacteur en chef adjoint de La Vie en charge du site de l'hebdomadaire. Il a proposé une typologie de ces difficultés : le vocabulaire technique, les faux-amis et ce qu'il nomme le « jargon pur auto-référentiel ».


Concernant le vocabulaire, Aymeric Christensen a interrogé la tension permanente entre la rigueur de terme et l’accessibilité au grand public. Il a cité en exemple l'expression latine instrumentum laboris, utilisé lors des synodes romains, aisément traduisible en « instrument de travail ». « Nous avons choisi de mettre le terme consacré la première fois, puis ensuite la version française ». Dans le même genre, il a fait remarquer que la très vaticane cohabitation ad experimentum gagnerait a être présenté sous le terme bien français de concubinage.


Dans l'assistance lors de l'atelier, il a été question de la « renonciation », terme canonique consacré quand tout le monde parle de « démission ». Au moins, le terme ecclésial correct est compréhensible, ce qui n'est pas toujours le cas.


Le risque de l'usage immodéré d'un vocabulaire, exact et précis mais difficile, est l'élitisme, explique le rédacteur en chef adjoint de La Vie, qui propose comme remède un effort de limitation.


La deuxième catégorie de difficulté lexicale est celle des faux-amis. Les mots communion ou encore charisme, n'ont pas le même sens dans le monde catholique qu'ailleurs. Un ami prêtre me racontait que durant ses études brillantes, à l’École centrale, il s'amusait à parler de son avenir à ses condisciples en lançant « Je songe au ministère ». Les journalistes ne gardent pas toujours cette lucidité devant les double sens possibles.


« Après le meurtre du P. Hamel, raconte Aymeric Christensen, nous avons longuement hésité à placer le mot martyr en titre. Et finalement, on nous a beaucoup plus rapproché d'avoir utilisé l'expression "curé de campagne", Saint-Étienne du Rouvray étant dans une périphérie urbaine. Pour nous, "curé de campagne" ne signifiait pas "curé à la campagne" ». Face au danger du brouillage de message, l'expert recommande la prudence.


Ses véritables ennemis, parce que plus insidieux, sont ces termes jargonneux qui foisonnent dans les pages de la presse catholique – et des blogs du même milieu (j'attends vos cartons jaunes). La liste fait sourire : temps de partage, faire Église, vivre un cœur à cœur avec le Christ. Je rajouterai la redoutable tournure verbale : « il nous a partagés », de nature à faire hurler un grammairien. « C'est un type de discours qui exclut », affirme le journaliste.


Contre tous ces dangers lexicaux, et pour que la presse catholique soit lisible par tous, notamment par les plus jeunes, le meilleur antidote est l'intervention d'un journaliste qui ne soit pas tombé petit dans la marmite catho. Un regard extérieur qui puisse sonner l'alerte devant certaines expressions propres à la tribu.


Cette intervention souvent salutaire fait advenir un autre danger, pointé par Aymeric Christensen : la simplification au prix de quelques inexactitudes. Ainsi, sur un sujet aussi sensible qu'à la mode, il est tentant de parler de "nullité de mariage" pour évoquer la déclaration de nullité. Le problème se pose notamment dans les titres quand il s'agit de faire court et efficace et que le corps de l'article permet précision et rigueur.


Cet effort ne concerne sans doute pas uniquement le monde journalistique. Évêques, clercs et fidèles préoccupés par la transmission du message évangélique gagneraient à se poser ces questions simples : « les mots que j’emploie sont-ils compréhensibles ? Peut-on évangéliser dans une langue inconnue de la majorité de la population ?  ». Il n'est pas uniquement question de haute théologie. Si on faisait un sondage dans la rue, je serai étonné de savoir à combien de nos compatriotes, les mots de diocèse et de vicaire disent quelque chose.


Le chantier est immense. Ce n'est pas une raison pour ne pas l'entamer.

 

  1. Journées Saint-François de Sales, du nom du patron des journalistes, savoyard, fêté le 24 janvier.

 

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 11:00

Alors que nous ergotons en France pour savoir s'il est légitime pour un candidat à la présidentielle d'exprimer sa foi, nos amis états-uniens préparent les prières de l'inauguration du mandat de Donald Trump, le 20 janvier à Washington.

 

Comme le veut la tradition depuis des décennies, l’Église catholique sera représentée. Apprenant qu'il était sollicité, le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New-York, s'est déclaré « honoré d'avoir été appelé pour offrir une lecture de l'Écriture sainte » et de pouvoir ainsi « demandé à Dieu Tout-puissant d'inspirer et de guider notre nouveau Président et continuer à bénir notre grande Nation » (propos rapportés par la revue jésuite America, à lire ici en anglais).

 

Le cardinal a choisi de lire une extrait du Livre de la Sagesse (9, 13-18, à retrouver ici) dans lequel le Roi Salomon prie pour que l'homme mène Israël selon la sagesse et la volonté de Dieu. « Je prie cela tout le temps, mais le Seigneur ne répond pas toujours » a-t-il dit en forme de boutade.

 

Le cardinal Dolan est plutôt réputé membre de l'aile conservatrice de l'épiscopat états-unien, dont il fut le président de 2010 à 2013. Dans une tribune publiée après le triomphe électoral de l'homme d'affaire, le prélat new-yorkais avait exprimé « un optimisme prudent », évoquant des points de convergence : la nomination de juges de la Cour suprême opposés à l'avortement, promulgation de lois offrant la liberté de conscience pour des salariés des services médicaux hostiles à l'IVG.

 

Mais, des points de désaccord existent entre le président.et le cardinal, ce dernier dénonçant, durant la campagne, « l'hostilité aux migrants », en qui il voit, au contraire, « un cadeau à notre nation ». Timothy Dolan porte un nom irlandais comme nombre de catholiques de Big Apple, et se souvient que sa communauté arriva dans le Nouveau monde, migrants et miséreux. On estime que 3 millions d'Irlandais ont franchi l'Atlantique entre 1820 et 1920. Mais l'Histoire n'est pas le fort de M. Trump.

 

« Comme nous avons connu quelques conflits avec le président qui va quitter ses fonctions, a dit l'archevêque qui avait combattu l'Obama Care, je suis sûr qu'il y aura un peu de tension avec le nouveau. » (sur Fox News le 23 décembre) .

 

Dolan a rencontré Trump, membre d'une Église presbytérienne, deux fois dernièrement. En octobre, lors d'une conversation privée à la Cathédrale (catholique) Saint-Patrick à New York, à la demande du candidat accompagné par son épouse. Puis, le mois suivant, pour un dîner caritatif, en compagnie de sa rivale démocrate Hillary Clinton.

 

Le 20 janvier, le cardinal ne sera pas le seul dignitaire religieux. Seront à ses cotés le pasteur évangélique Samuel Rodriguez, responsable d'une fédération de dirigeants hispaniques chrétien et très enthousiaste devant le nouvel président ; Paula White, présentée comme prédicatrice prônant la théorie de la prospérité (une pensée qui fait grincer des dents chez les évangéliques français) ; et le Rabbin Marvin Hier, fondateur du Centre Simon Wiesenthal. Pas d'imam à la fête de Donald Trump.

 

 

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 10:49

Les Églises chrétiennes peuvent-elles, veulent-elles, être au plus près des décideurs politiques de notre pays ? L'actualité nous incite à réponse positivement.

Depuis 1992, les catholiques disposent du Service pastoral d’Études politiques (SPEP, voir le site ici). Lancée par le cardinal Lustiger, cette officine a été successivement animée par les PP. Alain de la Morandais, Antoine de Vial, Matthieu Rougé, et, depuis 2012, par Laurent Stalla-Bourdillon. À son programme : rendez-vous (discrets) avec des élus, pèlerinage annuel des élus à Lourdes et messe de rentrée des parlementaires. Ce dernier rendez-vous, très fréquenté, est présidé par l'archevêque de Paris à la Basilique Saint-Clotilde, « paroisse des parlementaires ».

Depuis ce premier janvier, le Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) dispose d'une personne à temps plein pour le Service Pastoral auprès des Parlementaires (SPP)

Cette mission, inaugurée l'an passé, est assurée par Thierry Le Gall , en charge de la communication du CNEF depuis 2011. Par le passé, ce fidèle des Assemblées de Dieu (ADD), une des grandes familles évangéliques en France, a travaillé dans la communication dans le secteur privé. Puis les ADD lui ont confié des responsabilités comme pasteur en paroisse et dans l'action sociale.

La mission principale du Service consiste, d'après son site internet (ici) à « assurer une présence chrétienne, un témoignage auprès des élus, responsables politiques et leaders d’opinion français et représenter les intérêts, les valeurs et prises de positions des églises évangéliques et associations membres du CNEF auprès de ce public ».


La journaliste Judith Chertrit a raconté dans l'hebdomadaire protestant Réforme (numéro du 9 juin 2016, à retrouver icile quotidien de Thierry Le Gall, lequel « s'offusque d'être comparé à un lobbyiste du Seigneur qui murmurerait des amendements à l'oreille des députés ». Il échange avec des parlementaires de tous bords sur les lois en discussion, expliquant les positions du CNEF.

La famille évangélique, en plein développement numérique (600.000 fidèles, soit les trois-quarts des protestants pratiquants) et institutionnelle (2400 lieux de culte), a choisi une méthode courante dans les milieux anglo-saxons où elle est née. La double culture commerciale et ecclésiale de Thierry Le Gall va faire diminuer les réticences de nos parlementaires face à une galaxie évangélique à la réputation sulfureuse.

Il pourra notamment expliquer que l'appartenance de nombre des communautés évangéliques aux quelque 30 Unions d’églises membres du CNEF apporte des garanties de sérieux quant à la formation des pasteurs et les structures mises en place.

Comme le remarque la journaliste de Réforme, la Fédération protestante de France « n'a pas souhaité la mise en place de poste équivalent ». Son président François Clavairoly dit assurer directement les relations avec les ministres et les élus. Chacun sa façon de faire.

Nul doute qu'en cette année électorale chargée, président, ministres députés et sénateurs entendront la petite musique des chrétiens.


 

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 13:45

C'est un bien embarrassant cadeau de Noël qu'a reçu cette année Paul Desfarges. Ce jésuite, installé depuis des années en Algérie, était depuis 2008 évêque de Constantine-Hippone. Depuis mai, il cumulait cette charge avec celle d'administrateur apostolique de l'archidiocèse d'Alger, quand le titulaire, Mgr Ghaleb Bader, a été nommé nonce apostolique au Pakistan.


Dans une lettre de nouvelles adressée à l’occasion de Noël à ses parents et amis, Mgr Desfarges disait attendre « que soit nommé un nouvel archevêque pour le diocèse d’Alger qui a vraiment besoin d’un pasteur à demeure et non en pointillés ». Se méfiait-il alors de la décision romaine ?


Le 24 décembre, c'est lui, le jésuite de 72 ans, que Rome a choisi pour diriger le plus important diocèse catholique d'Algérie. À trois ans de l'âge légal de la retraite pour les prêtres et les évêques...

 

« J'ai dit oui avec tremblement car je connais mon âge et vous aussi le connaissez, écrit-il alors sur le site des diocèses d'Algérie (à retrouver ici). Cependant, comme pour les appels précédents, j'ai dit oui avec confiance, en le glissant dans le oui de Marie, pour servir son Église qui est en Algérie et tout spécialement son Église dans le diocèse d'Alger ».

 

Le fameux quatrième vœux des jésuites, celui de l'obéissance au pape, a bien fonctionné. Mais on peut penser que l'évêque septuagénaire a dû penser que son illustre confrère argentin, qui vient de fêter ses 80 ans à Rome, aurait pu trouver un candidat plus jeune pour le poste.

 

Né à Saint-Étienne en 1944, Paul Desfarges a découvert l'Algérie comme coopérant enseignant, métier qu'il exercera durant la plus grande partie de sa carrière ecclésiastique. Il sera de 1976 à 2005 professeur de psychologie, en arabe, à Constantine. Il sera également vicaire général de ce diocèse dont il deviendra le pasteur en 2008, après quelques années à Alger.

 

Son parcours est l'image de cette étonnante Église d'Algérie, qui vit bien davantage au cœur et au service de la population musulmane que vers l'infime minorité catholique. Depuis l'Indépendance et le choix de Mgr Duval (archevêque de 1954 à 1988) de rester au service de ce nouveau pays, sans volonté prosélyte, prêtres et religieux sont actifs au cœur de la société algérienne dans une présence gratuite. La Mission de France y est très présente, notamment au Centre d'études diocésain des Glycines (voir ici), ainsi que les Missionnaires d'Afrique ou pères blancs (18 prêtres en Algérie, voir leur site international ici).

 

Le site Catholic hierarchy (voir ici) nous donne des chiffres étonnants sur la réalité catholique locale pour l'année 2015. Le diocèse comptait 1.500 catholiques soit... 0 % des 11,2 millions d'habitants, 6 prêtres diocésains et 31 prêtres religieux, 37 religieux et 63 religieuses.

 

Le « Père Paul », ainsi qu'il a signé avec humilité son communiqué d'arrivée dans la capitale algérienne, n'aura aucun mal à trouver sa place dans un diocèse où il connaît déjà tout le monde. Avec eux, il poursuivra cette aventure discrète et modeste de présence au monde.


Une posture qui préfigure peut-être le christianisme occidental dans des sociétés dominées demain, non par l'islam, mais par l’indifférence religieuse.

 

 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 10:36

J'avais envisagé de titrer cette chronique "Des prêtres, des prêtres, oui mais des hétéros". Mais cette référence à une (très vieille) publicité pour Panzani n'est pas sérieuse, alors que le sujet l'est.

 

Le 8 décembre, la Congrégation romaine pour le Clergé a rendu public son nouveau texte d'orientation pour la formation des séminaristes. La précédente Ratio fundamentalis sacerdotalis, terme consacré, datait quand même de 1970 et avait bénéficé d'un toilettage en 1985, on peut considérer que le monde a bien changé en 46 ans. Les jeunes candidats à la prêtrise ne sont plus les mêmes, ni les réalités qu'ils vont rencontrer durant leur formation et leur ministère.

 

Nicolas Senèze, dans La Croix du 9 décembre (voir ici), explique que ce texte, en préparation depuis 2014, doit maintenant être repris par chaque conférence épiscopale nationale, laquelle est invitée à rédiger sa propre Ratio nationalis, avec ses particularités locales. On se félicite de cet effort de décentralisation.

 

Quoi de neuf pour la formation des apprentis prêtres ? Pas grand-chose de révolutionnaire à lire le confrère du quotidien catholique... Il est question de formation « tout au long de la vie ». Une belle idée qui pourrait bien rester, du moins chez nous, un vœux pieu au regard de la charge de travail des prêtres.

 

Le nouveau document parle de la "dimension humaine de la formation" quand le précédent traitait plus du contenu. L'année de propédeutique avant le séminaire proprement dit, très largement pratiquée dans nos diocèses, est rendue obligatoire par Rome. Le grand mot paraît être le discernement.

 

"Le prêtre n'est pas l'homme du faire, ni un leader, ni un organisateur religieux ou un fonctionnaire du sacré, mais un disciple épris du Seigneur", indique le cardinal Beniamino Stella, préfet de la Congrégation pour la Clergé, cité par La Croix. Un propos de bon sens. Mais qui pose question quand on le rapproche du principe ecclésial que toute fonction de gouvernance dans l'Église est nécessairement confié à un homme ordonné (prêtre ou évêque). Si ni les clercs (dixit le cardinal), ni les laïcs, ne dirigent, comment fait-on ?

 

Les observateurs un peu taquins verront dans l'expression "fonctionnaire du sacré" un clin d'oeil (involontaire ?), à l'ouvrage Fonctionnaires de Dieu, (Kleriker en version originale), du prêtre et psychanalyste allemand Eugen Drewermann, qui fit scandale dans les années 80.

 

La Ratio 2016 reprend une instruction de 2005 (1) qui indiquait que devaient être refusés à l'entrée ceux "qui présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées". L'historien Anthony Favier, spécialiste des questions de genre en catholicisme, a publié une longue note au titre volontiers provocateur "Pourquoi l'Église a-t-elle besoin de prêtres hétérosexuels ?" (à retrouver ici). Il étudie les 3 paragraphes du document romain abordant la question.

 

Le &199 stipule que ceux qui présentent des tendances homosexuelles profondes "se trouvent dans une situation qui fait gravement obstacle à une juste relation avec des hommes et des femmes". La phrase est reprise telle quelle de l'instruction de 2005. En creux, on peut y lire que les prêtres hétérosexuels, bienvenus eux dans les séminaires, ne sont pas suspects de cette difficultés de comportement.

 

"J'espère, note justement Anthony Favier, que tous les prêtres sont sensibles à ce qu'ils exercent sur les personnes qu'ils accompagnent, qu'ils sont conscients qu'ils sont objets et potentiellement sources de désir et que, à ce titre, il faut veiller à ce que cela n'entrave pas une relation d'ordre spirituel". Et d'ajouter ajoute aussitôt : "Quel fardeau supplémentaire, ou bien particulier, peuvent donc avoir les homosexuels ordonnés ?"

 

Dès lors que l'on forme des célibataires censés demeurer chastes, il est sain, comme le fait la Ratio fundamentalis, de parler des risques, humaines, de l'ordre de la séduction. Mais on peut trouver spécieux de fermer la porte aux tenants d'une d'orientation sexuelle et de l'ouvrir sans retenue aux autres, sur ce critère précis. Sauf d'être convaincu qu'une orientation, minoritaire, rend les hommes moins capable de gérer leur relation affective.

 

On ajoutera, pour le contexte français que le quotidien d'un prêtre en paroisse consiste à rencontrer bien plus de femmes que d'hommes. Ceci devrait rassurer nos responsables nationaux quand au péril que représentent les prêtres homosexuels.

 

Affirmant que ces derniers "constituent un groupe loin d'être marginal", Anthony Favier conclut son texte avec un accent très bergoglien. "Leur dissonance vis-à-vis du désir dominant ainsi que leur condition de minoritaires dans la société les placent dans une situation évangélique : celle des marges". Et de terminer par une voeux aussi romantique que désespéré : "L'institution catholique parviendra-t-elle, un jour, à en faire explicitement une force pastorale ? Ce texte semble indiquer que la route sera longue...".

 

Dans 40 ans pour une prochaine Ratio fundamentalis sacerdotalis ?

 

(1) "Instruction sur les critères de discernement vocationnel au sujet des personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de l’admission au séminaire et aux Ordres sacrés", signée alors par le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation de la Doctrine de la Foi.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 22:18

J'ai déjà évoqué dans ce blog le colloque annuel de l'Observatoire Foi et Culture de l'épiscopat (voir ici), qui se tient en hiver. Le millésime 2016, prévu le 3 décembre, se tiendra dans une ambiance politique délétère. Faut-il le rappeler : déchirements à gauche et au gouvernement, menace frontiste, primaire de la droite rude, choc américain avec Donald Trump...


Mgr Pascal Wintzer, ancien président de l'Observatoire (1) vient de publier un texte (à retrouver ici) au ton très désabusé pour promouvoir le colloque prochain.


Le titre donne bien le ton du moral de l'archevêque de Poitiers, «Peut-on encore attendre quelque chose de la politique ?» Et dès la première phrase, il reconnaît devoir "résister à joindre ses plaintes à celles qui dénoncent la médiocrité des politiques". Évoquant la rencontre de l'an passé - « Le désenchantement du politique est-il irréversible ? » (actes publiés aux Éditions Parole et Silence) -, il dit redouter "qu’un an après, les causes du désenchantement demeurent fortes et ne soient même accentuées."


Comme une éclaircie dans cette morosité, Mgr Wintzer évoque le document du Conseil permanent de la Conférence des évêques d'octobre dernier (" Dans un monde qui change, retrouver le sens de la politique "), comme "une prière dont l’on se demande si elle sera non pas exaucée, mais simplement entendue". La bonne réception du document dans la presse et auprès de nombreux responsables politiques doit réchauffer le coeur de l'évêque.


Le colloque 2016 s'intitule «  Dignité du politique et christianisme  » (voir ici). Les intervenants, pas tous chrétiens, viendront, dixit Pascal Wintzer, "affirmer cette dignité du politique". L'archevêque de Poitiers une seconde mission à celles et ceux qui monteront à la tribune : affirmer "la vocation que la foi chrétienne désigne" au politique.


La phrase pourrait faire hurler les antireligieux invétérés. Qu'est ce que la foi chrétienne vient faire dans la nature du politique dans une République qui s'est battue jadis pour se préserver de l'Église ?


Qu'ils se rassurent, Mgr Wintzer ne veut pas revenir au XIXe siècle. Il rappelle seulement que la Bible et le magistère catholique tiennent en haute estime les gouvernants de la cité terrestre, dès lors qu'ils sont au service (pour user d'une terminologie ecclésiale) de celles et ceux qui les mandatent, particulièrement des plus vulnérables. Un esprit qui semble diminuer quand on s'approche des hauteurs du pouvoir.
 

La noble vocation du politique est là. Et c'est bien cette "dignité" qu'il doit recouvrer, avec l'aide (et la bénédiction) de l'Église catholique, entre autres.


Aujourd'hui, la presse débat pour savoir si François Fillon doit sa victoire un peu, beaucoup ou passionnément aux catholiques. Avec Mgr Wintzer, on peut gager qu'ils veilleront, avec bienveillance, à ce que la "vocation" du politique soit toujours entendue dans les mois qui viennent.


(1) Mgr Hubert Herbreteau, évêque d'Agen, lui a succédé.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 21:41

Hier, il était le dernier espoir d'une gauche désemparée et effrayée par la perspective Sarkozy. Désormais, Alain Juppé joue la carte des catholiques progressistes.


Lundi 21 novembre au soir sur France 2, l'ex favori de la primaire de la droite et du centre, devenu outsider, a rappelé que son concurrent François Fillon « appartient à une famille traditionaliste ». Si l'information est vraie, il est un peu spécieux d'attaquer un rival sur sa lignée, dont il n'est pas responsable.


Le maire de Bordeaux a ajouté aussitôt une phrase qu'il avait sans doute bien murie avec ses communicants : « moi je suis plus ouvert au modernisme et je me sens plus proche du pape François que de Sens commun ou la Manif pour tous ». L'interview menée par David Pujadas est à retrouver ici, le passage qui nous intéresse se situe de 19' 52'' à 20' 20''.


Alain Juppé, catholique nettement moins pieux que son rival, place l'affrontement du deuxième tour dans le champ ecclésial. Par là, il acte l'importance du ralliement du lobby catholique conservateur Sens commun, né des Manifs pour tous, dans le succès inattendu de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy.


Accessoirement, il tente d'opposer, pour son intérêt politique du moment deux familles du catholicisme. Sur le fond, les réseaux catholiques de François Fillon rétorqueront qu'eux aussi aiment le pape et qu'ils sont sensibles à sa vision de la miséricorde. De même, ils diront avec raison que leur idéal de la famille traditionnelle est pleinement partagé par le pontife argentin.


Pourtant, le message est pertinent. François "le Pape" a toujours dit qu'il fallait moins parler des questions de familles et s'intéresser davantage aux questions sociales. Quand François "le candidat" propose un programme très libéral économiquement, et donc potentiellement moins protecteur des plus faibles, ce qui ne plaît guère au Vatican.


On sait que les catholiques pratiquants sont majoritairement de droite et très civiques. On peut donc penser qu'ils sont allés nombreux aux urnes ce dimanche. Mais tous ne sont pas favorables à la réouverture du débat si douloureux de la Loi Taubira que François Fillon dit vouloir remettre en cause. Bien des catholiques opposés au mariage homosexuel ne veulent pas revivre cette séquence si douloureuse dans les paroisses (1).


Alain Juppé a tenté son va-tout. Il sait que son image n'est pas très bonne chez les catholiques. Peut-être lui fait-on toujours payer ses fautes de l'époque chiraquienne. Face à lui, le très sage et lisse François Fillon apparaît plus rassurant après deux présidences trop bling bling pour la première, ou trop libertaire pour celle qui s'achève.


On verra dimanche prochain si l'évocation (l'invocation ?) d'un François fera du tord à un François dont le rêve est de succéder... à un François.

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 20:52

Faute de discours d'ouverture et de clôture (annulés pour cause d'absence du président Georges Pontier, comme si les vice-présidents n'étaient pas capables de s'exprimer à sa place...), les observateurs n'ont pas pu étudier les textes d'orientation habituels de l'assemblée des évêques à Lourdes.


On se contentera d'un communiqué final assez fourni (disponible ici), qui liste les grands travaux des prélats durant leur semaine automnale. On y trouve mention de la journée de pardon pour les victimes d'abus sexuels (largement médiatisée), du débat sur les vocations (je recommande sur ce dossier le texte de René Poujol à retrouver ici) et du discours du cardinal Tauran sur le nécessaire dialogue avec les musulmans.


En toute fin de ce communiqué, il est fait mention d'un nouveau chantier ouvert sur la suggestion du comité "Etudes et projets". Présidé par l'archevêque d'Aix et Arles, Mgr Christophe Dufour, ce groupe travaillera sur le thème : « Prendre conscience des ritualités civiles nouvelles ».


Félicitons les évêques de leur intérêt pour une réalité de notre société qui marque leur perte d'influence. Quelles sont donc ces ritualités civiles ? Jadis, les deux adjectifs seraient apparus antinomiques tant le rituel est souvent, en Occident, une prérogative religieuse. Si la religiosité diminue, le besoin de gestes forts marquants les grandes étapes de la vie ne recule guère.


Deux cas viennent à l'esprit : les baptêmes civiles dits aussi "républicains" et les cérémonies laïques autour des défunts. Dans les deux cas, il s'agit de répondre à la demande de familles voulant sacraliser un événement majeur sans passer par les institutions religieuses. Autrement dit, faire aussi bien, joli et sérieux que les cultes, mais sans eux et leur discours.


Le site "Le baptême civil" (ici) nous apprend que ce rituel, instauré durant la Révolution (le 8 juin 1794 ou le 20 prairial an II pour les puristes) et tombé en désuétude ensuite, trouve ces dernières années une nouvelle jeunesse. L'événement se tient en mairie. Mais, "il n’existe pas de texte officiel qui (le) prévoit" et, preuve de son intérêt relatif pour le législateur, "rien n’oblige les mairies à le pratiquer".


"Il n’y a pas de cérémonial préétabli", nous apprend aussi le site. Et contrairement au mariage civil, célébré dans le même décorum municipal le samedi après-midi, "le certificat de baptême civil remis pendant la cérémonie n’a aucune valeur légale". En même temps, on ne voit quelle utilité, pour la société et le droit, pourrait avoir celui-ci, quand l'enfant est déclaré légalement comme fils ou fille de ses parents. Et donc fils ou fille de la République.


Les évêques vont donc réfléchir à ce geste de présentation de l'enfant à la société. Comment inventer des fonts baptismaux républicains dotés d'une symbolique suffisamment forte pour justifier un bon gueuleton familial et amical.


Pour ce qui est des obsèques civiles, beaucoup de chrétiens (et pas qu'eux) sont marqués par la faiblesse des cérémonies proposées dans les crématoriums ou les cimetières dès lors que rien n'est prévu à l'église ou au temple. On s'en remet souvent à l'inventivité de l'employé des pompes funèbres pour vivre du mieux possible ce dernier moment au côté de l'être disparu. Dans le meilleur des cas, quelques témoignages, une chanson chère au disparu, un geste devant le cercueil, marquent l'ultime adieu.


J'ai écrit jadis dans ce blogue (voir ici) un texte sur une proposition de loi, déposée en décembre 2014, pour créer un service public des funérailles, pris en charge par les mairies. Il s'agissait d'offrir, plus ou moins gratuitement, une cérémonie d'adieu personnalisée aux défunts, dans le cadre républicain. Pour l'heure, les communes ne disposent ni des moyens humains, ni de l'expérience des religions et leurs capacités d'organisation en urgence (avec des milliers de bénévoles pour l'Eglise catholique), pour gérer ce service.


Des chrétiens travaillent depuis des années sur cette déclinaison non-religieuse des rituels de passage. Je pense ici à l'ouvrage "L'Adieu à un proche. Propositions de cérémonies civiles", de Christian Biot et Colette Maillard, publié aux éditions de l'Atelier en 2012 (voir ici).


Loin d'être schizophrénique, cette contribution à un société qui se détache des traditions religieuses est une preuve de plus du génie chrétien au service de tous. Espérons que nos évêques joueront cette partition, laquelle ne remet pas en cause la réflexion sur le désamour des rituels traditionnels catholiques.

 

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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