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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 17:32

Après le temps des pleurs, puis celui de l'unité nationale, vient le temps des questions et des interpellations. La députée PS Aurélie Filippetti a frappé fort la semaine dernière à ce qu'en rapporte Marianne (lire ici).


Après avoir revendiqué le droit d'être agnostique, ce que personne ne lui conteste ce me semble, l’ancienne ministre de la culture a dit regretter que les «rabbins, les imams, les curés» soient régulièrement consultés. Selon l'élue socialiste, les ministres du culte « ne sont pas des maître à penser ». Un procès en légitimité habituel à la gauche de la gauche, notamment du côté de Jean-Luc Mélenchon, mais plus rare au sein du PS.


François Clavairoly, le très présent président de la Fédération protestante de France – il prit la parole au nom de ses camarades responsable de culte mercredi 11 janvier, après le rendez-vous à Élysées - a évoqué sur twitter une « réaction un peu radicale mais qui ouvre un vrai débat, même maladroitement ».


Un autre pasteur, Éric George, exerçant à Évreux (Eure) a tenu à répondre à l'ancienne ministre à travers une « Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé » (lire le texte ici relayé par l'excellent site Miettes de théologie).


Après avoir affirmé que pour lui « le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux », le pasteur a affirmé s'exprimer « sans (s)e prendre pour un maître à penser », mais comme « un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant. » Être homme de foi, même à titre professionnel, ne fait pas perdre ses droits de citoyen, sauf à considérer qu'un tel individu ne pourrait avancer une pensée libre. Chez les protestants, la question ne s'est jamais posée. Et chez les catholiques, j'ose espérer qu'il en est aujourd'hui de même.


« Pourquoi devrions-nous – curé, pasteurs, imams, rabins - être tenus à l'écart du débat républicain ? », lance Éric George à Mme Filippetti. Et de préciser le sens de la participation des clercs au débat. « Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la République à la volonté de Dieu, mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la République et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés ».


Un événement récent – le débat sur la mariage homosexuel – fournit un bel exemple de l'indépendance du politique vis-à-vis des composantes religieuses. Les croyants s'expriment, parmi d'autres,et sont ou pas, entendus du législateurs. Le tout en bon laïcité. Laquelle n'a jamais dit que les représentants des croyants n'avaient qu'à se taire.


Originaire de Lorraine, Aurélie Filippetti a une dent contre le Concordat en cours dans sa région et qui accorde des droits à certains cultes reconnus ; catholicisme, protestantisme luthéro-réformé, judaïsme. Notamment celui de voir leurs ministres rémunérés comme des fonctionnaires.


Le Pasteur George donne raison à la députée (en réclamant un délai nécessaire), avant de contre attaquer. « Vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ? », lance le pasteur. Ce dernier croit, au contraire, que « c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la République comme une ennemie ». Quand le symbole de la neutralité républicaine et les hommes de Dieu vivent en bonne intelligence, les fantasmes tombent. Et les gardes-fous fonctionnent, ce qui ne fut le cas chez les trois terroristes.


Éric George n'est franchement pas convaincu par une « étanchéité totale au religieux » que prône l'ancienne ministre. Par ce qu'il y voit « le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles possibles les massacres de la semaine dernière ». En concluant sa missive, le pasteur interroge : « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ? » Lui n'a pas envie d'appeler le plombier.

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 22:30

Il y a une soixantaine d'années, l'Allemagne et la France fournissaient au catholicisme de progrès, celui qui triompha au Concile Vatican II, ses théoriciens les plus avant-gardistes. Aujourd'hui, cette tradition ne perdure que d'un côté du Rhin. Alors que les évêques français font preuve d'une prudence assez désespérante dans le débat pastoral majeur des années 2014-1015 – l'admission aux sacrements des divorcés-remariés -, en Allemagne, l'épiscopat a fait un pas décisif vers la réforme.


Une majorité d'entre eux en effet se sont déclarés sur la ligne du cardinal Walter Kasper , leader des partisans de l'évolution et assez en cours auprès du pape. On n'oubliera pas que la tête de pont du camp d'en face est également un allemand, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi Gerhard Ludwig Mueller, nommé par Benoît XVI en 2012 et, pour l'heure, maintenu par François.


Le 22 décembre, le président de la conférence épiscopale allemande Reinhard Marx a présenté un document reprenant des éléments du premier synode romain d'octobre 2014 ainsi que le rapport, inédit jusqu’ici, d’un groupe de travail interne intitulé « Voies théologiquement responsables et pastoralement adaptées pour un accompagnement des divorcés remariés » (voir ici l'article publié par InfoCatho). Un document validé par le conseil permanent en juin 2014.


Selon le cardinal Marx, archevêque de Munich (1) et membre du G9 du pape, il s'agit là d' « un défi urgent pour l’Église dans le monde entier », divorce et remariage marquant « souvent le début d'un processus de sortie de l’Église ». Le document est on ne peut plus clair. Les règlements actuels font naître des problèmes que « les évêques et les prêtres trouvent presque impossibles à surmonter ».


Selon les évêques, les couples catholiques, et pas uniquement ceux qui ont connu la séparation, jugent la règle actuelle « incompréhensible et impitoyable » et « tout sauf utile ». Comme les autres, les divorcés-remariés doivent « pouvoir considérer l’Église comme leur maison et participer activement à sa vie », rappellent-ils. Et ils avancent, prudemment mais sûrement, qu'une pastorale orientée par ces principes « ne peut pas éluder la question d’une éventuelle admission des divorcés remariés à la communion sacramentelle ».


Pas question d'un laxisme total pour autant. « Il ne serait pas juste d’admettre aux sacrements sans distinction tous les croyants dont le mariage a été brisé ou qui sont remariés », rappelle l’archevêque de Munich. Forts de leur expérience pastorale et de leur réflexion théologique, les prélats plaident « pour des solutions différenciées » répondant à chaque cas « de façon équitable » et permettant l’admission aux sacrements « sous certaines conditions ».


« La pastorale du mariage et de la famille mérite un travail renouvelé, de sorte que le message d’amour de Jésus se fasse sentir », affirme encore le cardinal Marx, signifiant en creux que le « message » ne peut passer avec l'interdit actuel d'accès au sacrement en cas de remariage.


En France, on lit bien de tels propos dans la prose de certains groupements de fidèles turbulents comme la Conférence catholiques des baptisés francophones, mais guère sous des plumes épiscopales. Quand donc nos pasteurs écriront tout haut ce que l'expérience leur dicte ? Est-ce la présence bruyante de la brochette d'évêques réactionnaires rétifs à toutes évolutions et adeptes d'une Église de purs qui tétanise la majorité d'entre eux ?


Dès que le Saint-Siège aura validé la liste, on connaîtra les noms des évêques de l'hexagone élus par leur pairs à Lourdes en novembre dernier pour participer au second synode romain sur la famille, en octobre prochain (2). Gageons qu'ils seront représentatifs des catholiques de France qui attendent, dans leur écrasante majorité, la fin d'un règle bien peu évangélique.


(1) Il est donc le second successeur de Joseph Ratzinger, qui occupa le poste de 1977 à 1981 et son départ pour Rome.


(2) Jean-Marie Guénois dans le Figaro.fr (voir ici) écrit que Mgr Jean-Luc Brunin, qui préside le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France, en serait. Ce qui serait logique. Mais rien n'est confirmé pour l'heure.

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 16:07

Jadis, seuls les communistes invétérés et les laïcards impénitents refusaient de passer par l'église à l'heure de quitter ce monde. Ils avaient à leur côté des camarades brillants orateurs capables de prendre la parole devant la famille et les amis, assurant une forme de rituel et concurrençant celui du curé.


Mais aujourd'hui, pour nombre de personnes à l'approche du trépas, les obsèques religieuses n'ont quasiment aucun sens, ni pour elles, ni pour leurs proches. Et beaucoup de familles se rapprochent de l’Église par défaut. Le goupillon ou rien, dès lors qu'un minimum de rituel et de mots sont nécessaires pour vivre au mieux l'entrée dans le deuil. Les équipes paroissiales sont parfaitement formés pour prendre en compte ces demandes de sacrés aux contenus religieux très variables.


Constatant que seules des entreprises privées de pompes funèbres offrent une alternative satisfaisante aux cultes, le groupe socialiste à l'Assemblée nationale a déposé le 10 décembre une proposition de loi. « Les familles confrontées au deuil sollicitent de plus en plus les mairies pour l'organisation de cérémonies civiles. Les citoyens qui ne se réclament d'aucune religion se trouvent démunis et attendent de notre République qu'elle leur offre des perspectives pour accompagner leurs morts», écrivent les élus pour lesquels « la République française se doit de prendre en charge, comme elle le fait pour les naissances, les mariages, voire même les parrainages civils, un rite propre pour commémorer la mort de ses citoyens ».


Actuellement, les mairies sollicitées en pareil circonstance peuvent mettre à disposition des familles des locaux municipaux. Elle n'y sont pas tenues. Les députés socialistes veulent les y contraindre et aller plus loin. Chaque municipalité devra « être en capacité d'intervenir pour assurer un moment de recueillement auprès du défunt, même en l'absence de cérémonie religieuse », demandent-ils, en précisant que cet acte devra être gratuit.


On devine la contrainte pour les communes qui vont devoir former des officiants, sans doute le maire et les conseillers municipaux, et organiser ce service, de la même manière que les mariages. Mais avec des délais très brefs.


L’Église catholique qui assure se service pour ses ouailles depuis toujours, doit regarder cette proposition du législateur avec grand intérêt. Son expérience sera grandement utile à la réflexion autour de cette loi possible. Nombres d'accompagnateurs de funérailles catholiques, laïcs en grandes majorité, souhaitent que cette autre voie s'ouvre. Pas seulement pour diminuer les demandes qu'ils ont parfois du mal à gérer. Mais surtout pour répondre au plus juste à la demande des familles.


On notera comme un pied de pied que le regard de La Croix sur le sujet - « Les députés socialistes veulent instaurer des cérémonies de funérailles « civiles ou laïques » (à lire ici si l'on est abonné à Urbi et Orbi)- est nettement plus posé que celle du Figaro pour qui « Le PS veut pousser les mairies à proposer des funérailles gratuites et laïques » (lire ici ).

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 12:38

Comme nombre d'observateurs des rapports entre l’Église catholique et le monde politique, je craignais quelque peu la remise du rapport Claeys-Leonetti sur la fin du vie au Président François Hollande vendredi 12 décembre (voir ici la note publiée sur le site de la Présidence).


Le sujet est délicat, au regard des pressions exercés par les pro-euthanasie et des susceptibilités côté catholique. Comme beaucoup de chrétiens, je souhaitais que l'on touche le moins possible aux grandes lignes de l'actuelle Loi Leonetti, un texte équilibré et issu du consensus remarquable.


De fait, la proposition des deux députés, accepté par le Président, ne franchit pas la ligne rouge qui aurait fait repartir certains catholiques au quart de tour. Aussi, c'est avec soulagement que j'ai lu le communiqué de Mgr Pierre d'Ornellas (à lire ici), président du groupe de travail de la Conférence des Évêques de France sur la fin de vie et archevêque de Rennes.


Le travail du duo Claeys-Léonetti est présenté comme relevant de « l'honneur d'une société » quand elle « cherche sans cesse le meilleur accompagnement de nos concitoyens vulnérables qui s’approchent de leur décès ». Un beau compliment quand on se souvient des propos entendus pendant le débat sur l'ouverture au mariage.


Le texte du prélat breton note la naissance d'un « nouveau droit » du patient : la sédation profonde et continue, lorsque le patient demande l’arrêt d’un traitement, arrêt qui engage son pronostic vital. Il apprécie la « volonté louable d’écouter le patient », tout en affirmant que « ce nouveau droit ne supprime pas les causes de ce "mal-mourir" ».


Mgr d'Ornellas perçoit le « devoir de fraternité – titre de son communiqué - dans la volonté du rapport de poursuivre le « développement de la culture palliative ». L'évêque demande pour cela une « réforme du système de santé ». Il apprécie que les deux rapporteurs exigent le financement des actes d’accompagnement et applaudie à leur souhait de « mettre en œuvre l’accompagnement bienveillant que nous devons à chaque malade ».


À lire le texte du responsable de l'épiscopat, et à entendre les cris de déception des militants du droit à l'euthanasie, on se dit que le gouvernement a réussi son exercice d'équilibre. Demeurent deux difficultés insolubles. Les contraintes financières vont limiter les belles ambitions en terme de soins palliatifs et de présence auprès des mourants. Et la meilleure loi du monde ne résoudra jamais tous les cas particuliers. On pense notamment aux personnes qui, sans être en fin de vie, connaissent une existence de très grand handicap sans aucun espoir d'amélioration.


À côté du texte apaisé de Mgr d'Ornellas, qui n'espérait pas mieux qu'un compromis entre le statu quo et la droite ligne vers l'euthanasie active, il faut aussi entendre la petite musique de l'aile identitaire de l'épiscopat. Elle s'exprime par les mots de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Le titre de son texte, publié le 14 décembre, est ampli de suspicion : « Entre ambiguïté et tentation de l’euthanasie » (texte à retrouver ici). Pour lui, la loi ne doit faire aucun concession à l'ère du temps, laquelle réclame la libéralisation du droit à mourir.


Cette posture de guerre permanente contre toutes les positions sociétales du gouvernemental actuel demeure minoritaire au sein de l'épiscopat. Cette réalité devrait éviter un remake du printemps 2013.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 23:08

Futé – je n'ose dire malin pour un homme qui ne cesse de nous rappeler la présence pernicieuse du Diable -, le pape François sait que la question féminine est aujourd'hui capitale si l'on veut gagner la bataille de l'opinion. Il parle beaucoup des femmes et de leur rôle trop faible dans les hautes sphères de l'Eglise.


Des choses bougent au Vatican. Des bruits ont couru dernièrement qu'un organisme consacré aux droits des femmes pourrait voir le jour dans la nouvelle configuration de la Curie romaine. Et le cardinal Maradiaga, coordinateur du Conseil des Cardinaux, a évoqué dans un entretien au journal catholique britannique The Tablet (voir ici) la possibilité de confier la présidence d'un Conseil pontifical, comme celui des migrants, à une religieuse pleinement légitime sur la question.


Faut-il s'en réjouir ? Oui, sans doute, mais tout en restant modéré. Comme dans les gouvernements civiles, les femmes demeurent le plus souvent cantonnées à des responsabilités subalternes. Notre Ve République française a souvent confié à des dames les affaires sociales, la santé, le handicap. Plus rarement les postes régaliens, à quelques exceptions près comme Michèle Alliot-Marie (Défense, Intérieur et Affaires étrangères) ou Christiane Taubira (Justice).


Dans l’Église catholique, un tel pas est impossible. Ce n'est pas demain que l'on verra une femme à la tête de la congrégation pour la doctrine de la foi ou l'évangélisation des peuples. Pour cela, il faut être prêtre et donc homme. A fortiori pour diriger la congrégation pour le clergé ou celle dédiée aux évêques.


Le pape François peut proposer toutes les avancées possibles, comme dernièrement en multipliant les théologiennes à la Commission pontificale (5 au lieu de 2), les femmes demeureront, de droit, en situation d'infériorité par nature.

Sauf à disjoindre la question de la responsabilité ecclésiale du sacerdoce. Et nous en sommes, hélas, encore fort loin.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 21:45

A l'heure où nos enfants s'émerveillent devant les sapins et les crèches et rivalisent d'originalité dans la décorations de Noël, les adultes prouvent leur bêtise. Encore un fois, il se trouve des militants « laïcs » pour aller devant les tribunaux dénoncer la présence... de crèches de la Nativité dans des édifices publics.


La dernière affaire concerne le Conseil général de la Vendée, à La Roche-sur-Yon. Depuis 2012, la fédération locale de la Libre pensée bataille pour faire retirer la représentation de la Nativité dans le hall du bâtiment. Le Tribunal administratif de Nantes vient de lui donner raison, en s'appuyant sur l’article 28 de la loi de 1905. Le texte stipule l'interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».


Le signe est religieux bien sûr, mais on ne saurait prétendre qu'il n'est pas aussi culturel et qu'il n'appartient pas à mémoire populaire. Un bébé réchauffé par un âne et un bœuf, selon la tradition initiée par saint François, ne représente guère un signe de prosélytisme. En tout cas un symbole moins dérangeant que la Croix.


Évidemment, dans la très catholique Vendée, la puissance de l’Église a fait naître en regard des inimitiés farouches. Même si les temps changent. A la rentrée 2103, pour la première fois l'Enseignement public y a scolarisé plus d'écoliers en classes primaires que l'Enseignement privé, c'est à dire quasi exclusivement l'Enseignement catholique. Oui, les cathos sont très présents en Vendée. Mais cela vaut-il vraiment la peine de faire intervenir la justice pour une crèche ?


La bonne nouvelle est que la classe politique n'est pas loin d'être unanime pour trouver cette bataille bien mesquine. La Croix (édition du 8 décembre, à lire ici) rapporte ainsi les commentaires de l'UMP Nadine Morano - « la laïcité ne doit pas tuer notre culture, nos racines et nos traditions » - de Marine Le Pen - « les Français ne comprennent absolument pas cette exigence d’une laïcité stupide, fermée » - et du socialiste Julien Dray qui demande « une certaine tolérance » et affirme que les crèches font « partie du décorum ». « Quand j’étais enfant, il y avait des crèches (…) un peu partout. C’était une fête, pas une agression contre la religion de mes parents ni du prosélytisme catholique. Détendons-nous un peu ! », a raconté pour sa part au Parisien (article que les abonnés peuvent lire ici ) le député PS Malek Boutih, d'origine musulmane.


Sur France culture, ce lundi matin 8 décembre (à réécouter ici), le politologue Charles Coutel faisait remarquer avec justesse que la laïcité veut lutter contre la dérive cléricale de la religion, non contre la religion en tant que telle. Difficile de voir le péril clérical dans notre affaire.


Le refus de l'acharnement et d'une lecture étriquée de la loi rapprochent donc nos responsables politiques et c'est heureux. Nos juges, comme nos élus, ont d'autres chats à fouetter que de savoir si donner à voir le petit Jésus relève du prosélytisme dangereux ou d'une tradition qui perdure bien au-delà des pratiques chrétiennes dans notre pays.


Le 24 décembre au soir, dans nombres d'églises pleines, les enfants qui iront voir l'enfant de la crèche ne seront pas tous, loin s'en faux, des piliers du catéchisme. Et leur esprit sera bien loin de ces querelles de « grands » sans intérêt.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 13:29

Si elle ne transparaît pas partout dans l'Église de France, l'attitude pastorale impulsée par le pape François semble inspirer le diocèse d'Évreux. On se permettra de rappeler que celui-ci fut célèbre en son temps, au siècle dernier, pour son pasteur original : Jacques Gaillot.


Son successeur actuel Mgr Christian Nourrichard vient de valider des orientations pastorales 2015-2020 très « bergogliennes », à l'issue du synode local.


Le premier des cinq pôles (voir ici) retenus s'intitule joliment : « Une Église au service du monde ». Cela paraît banal, mais certains événement récent dans l’Église de France ont davantage donné à voir une Église au service d'elle-même, et de ses idées, que de l'ensemble de la population à laquelle elle est envoyée. Ce qui n'est pas le même projet.


La référence des fidèles du diocèse d’Évreux est clairement désignée : Diaconia 2013 et l'attention aux frères. L'orientation est claire : « Dans toutes les rencontres en Église (...), gardons le souci de l'accueil, de l'écoute, de la place des plus fragiles, de celles et ceux qui n'ont que rarement la parole... (...) Ouvrons des « lieux » d'écoute, de parole et de convivialité dans la proximité afin de permettre aux plus fragiles de s'exprimer, de prendre leur place, d'échanger, de donner du sens à leur vie et de sortir de l'isolement. »


Le diocèse normand a perçu que l'événement organisé en mai 2013 à Lourdes avait vocation à changer de façon structurelle le regard et l'action des catholiques. Priorité mise au second plan par certains obnubilés par une autre cause...


On retiendra des 3 décrets qui accompagnent ces orientations l'idée d'un Festival des sans-voix, organisé chaque 1er mai par le Service diocésain de la solidarité. On notera que le concept des « no vox » a bien plus de succès dans la gauche radicale qu'en milieu catholique. Si nombre de baptisés empruntent cette voie à titre personnel ou associatif, rares sont les diocèses qui si engagent de façon si officielle. Il conviendra quand même de ne pas faire trop de concurrence aux défilés syndicaux de la Fête du travail.


La troisième décision concrète prévoit l'accompagnement politique des chrétiens. Puisqu'une nouvelle génération de militants se lève à droite dans le sillage des manifestations contre la Loi Taubira, le diocèse saura les aider, avec leurs alter-ego de gauche, pour « pour relire leurs expériences, donner du sens et nourrir la réflexion collective, envisager des pistes d'action ou d'interpellation dans le domaine du « vivre ensemble ».


Et tout cela au service de tous nos concitoyens, du centre et des périphéries.

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 21:42

Sacré Mélenchon. Inaudible sur la scène politique française, il vient se refaire la santé médiatique en s'attaquant à l'un de ses ennemis favoris, l’Église catholique. Profitant de la visite éclair à Strasbourg du pape François mardi 25 novembre, il adresse à ce dernier une « Lettre ouverte ».


D'entrée de jeu, histoire de ne pas décevoir ses fans, il attaque sa missive (à lire ici en intégralité) par un tonitruant « Monsieur le pape ». Il a du hésiter avec « Camarade Bergoglio ».


Son bienveillant « bienvenue en France » est vite éclipsé par le sujet majeur du courrier : sa protestation devant les discours prévus devant le Parlement européen et le Conseil de l'Europe.


Les choses étant posées, le militant tient à évoquer « ce qui nous rapproche au-delà de ma propre éducation initiale et de l’engagement de certains des miens, et non des moindres, dans la foi chrétienne ». Il faut se rappeler l’histoire familiale douloureuse du jeune Jean-Luc qui avait vu sa mère, paroissienne fervente, chassée sans ménagement par des prêtres après son divorce. Il s'en était confié à La Vie pendant la campagne présidentielle de 2012 (voir ici mon post sur cette interview).


Ses premières lignes sont à l'honneur du pontife, et de son pays natal. « J’aime l’Argentine, écrit le fondateur du Parti de gauche. Je m’honore de tenir d’elle l’unique décoration qui m’ait été décernée. C’est le président Raoul Alphonsin qui me l’a attribuée du fait de mon engagement pour la libération de plusieurs de vos compatriotes. Celles-ci étaient persécutées par les militaires factieux qui avaient soumis votre pays à leur dictature abominable ». Le militant sait que le jésuite, ayant eu des responsabilités assez jeune comme supérieur national de sa compagnie, s'est comporté assez honorablement durant les sombres années 70.


Puis Jean-Luc Mélenchon fait l'éloge du pape social. « J’ai entendu avec faveur votre franche critique de la domination de la société par l’argent. Votre adresse aux puissants de la terre et votre engagement par des paroles aimantes à l’égard des pauvres qui luttent pour leur dignité ont retenu mon attention scrupuleuse. J’y ai entendu l’écho de la théologie de la libération d’illustre influence ».


On se demande à ce stade de la lecture quand l'ancien candidat à la présidence de la République va lancer les anathèmes dont il est coutumier. Cela va venir. « Monsieur le pape, je ne veux pas réduire votre conviction à un seul de ses aspects. Mais je ne saurai m’adresser à vous sans vous dire comme nous sommes nombreux à être blessés par certaines de vos options négatives ». Et de lister les actions du pape contre le droit à l’avortement, l’usage des contraceptifs, le droit de choisir « d’éteindre la lumière » de sa vie, et le droit au mariage civil des personnes de même sexe.


Le militant avance un argument qui ne peut laisser indifférent. « Que les croyants chrétiens y soient hostiles et s’y refusent, je l’entends bien. Le cas échéant, je ferai tout pour leur permettre de ne pas se voir imposer le choix contraire. Mais pourquoi vouloir imposer le leur à tous les autres ? » Autrement dit quelques lignes plus loin : « L’idée de placer la loi sous la nécessité d’être conforme au dogme est une voie périlleuse pour nos sociétés et pleine de violences pour les personnes. »


On sent pointer le couplet sur la laïcité. Le voici justement. Avec un évocation toute mélenchonienne de la « loi de séparation des Églises et de l’État » (l’appellation est exacte, et c'est suffisamment rare pour le signaler). De celle-ci, le député européen retient deux points. « Elle garantit à chacun la liberté absolue de pratiquer ou de ne pas pratiquer le culte ». Ce dont tout le monde convient. « Elle (la loi de 1905) interdit absolument que la religion et la politique soient mêlées dans la vie des institutions qui doivent rester ouvertes à tous ». Ce qui est une invention des militants laïcs. La loi n'a jamais interdit aux religions de jouer leur partie dans le jeu politique, au titre d'un lobby au milieu des autres.


Il réserve pour la fin de la missive son attaque principale : la venue de François devant les institutions européennes, vécue comme une « humiliation ». « Monsieur le pape, votre place à la tribune du Parlement ne peut s’accepter dans le cadre d’une session officielle de notre assemblée. Cette impossibilité résulte de notre définition républicaine d’une assemblée de députés du peuple souverain. Vous avez la sagesse et la culture qui auraient dû vous permettre de prévoir que nombre d’entre nous seraient humiliés par un tel manquement aux règles de la laïcité indispensable d’un Parlement européen lorsqu’il inclut notamment des Français dont la loi interdit ce genre de confusion ». Une vision bien franco-française de l'espace européen.


De fait, aucun pontife de passage à Paris ne s'est avisé à prendre la parole au Palais Bourbon ou devant le Sénat. Mais le pape ne vient pas ici au pays de Voltaire. Il faudra attendre l'an prochain pour cela. Et l'on espère alors un Mélenchon en grande forme


En pied de nez final – à moins qu'il ne s'agisse de sauver son âme pécheresse (la colère comptant parmi les sept péchés capitaux) -, le camarade Mélanchon renouvelle courtoisement « ses vœux de bienvenue dans une ville française ». Avant son ultime pique : « J’aurai préféré que vous y soyez venu faire une messe dans la sublime cathédrale de Strasbourg, ce qui est dans vos devoirs, plutôt qu’un discours à notre tribune humaine, ce qui contrarie les nôtres ».


Devant le style réel de Jean-Luc Mélenchon, ses combats légitimes et ses outrances, ses envolées et ses approximations, l'observateur reste perplexe. Qu'en sera-t-il dans quelques décennies lorsque nos dirigeants, encore plus déchristianisés qu'aujourd'hui, ne pourront même plus attaquer une tradition qu'ils ne connaîtront que par quelques livres d'histoire ? On regrettera alors ce bouffe-curé utile de Mélenchon.

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 13:18

« Le Pape appelle les chrétiens à sortir de l'enfouissement ». Voici le titre d'une dépêche de Radio Vatican, après l’Angélus du dimanche 16 novembre (lire l’intégralité ici ). Le pape François y avait commenté la parabole des talents (Mt 25, 14-30).


Quand on parle d'enfouissement, et pour critiquer cette posture chrétienne, mon sang de catho de gauche ne fait qu'un tour. Voici que resurgit le fameux procès. Qui plus est de la part de celui qui redonne des couleurs aux enfants du Concile, étouffés par l’ecclésiologie de l'affirmation des années Benoît XVI.


La théorie de l'enfouissement, portée notamment par l'expérience des prêtres ouvriers, consiste à vivre au milieu des gens, notamment dans leur cadre de travail, sans se présenter d'abord comme chrétien. C'est par le témoignage de fraternité en humanité (via l'engagement syndical souvent), l'altruisme et l'attention à l'autre, que peut naître – ou non - l'interrogation sur ce qui pousse ainsi ce camarade particulier. C'est alors que la foi peut être dite. Et c'est ainsi, pensent toujours certains catholiques, que l’Évangile du Christ peut retentir.


Il fallait donc y voir de plus près sur cet appel à « sortir de l'enfouissement ». Et regarder les enseignements tiré par François de cette parabole dans laquelle un « méchant » a enfoui l'argent que son maître lui avait confié sans tenter de le faire fructifier, par peur du risque et par paresse. Écoutons.


« Jésus ne nous demande pas de conserver sa grâce dans un coffre-fort, mais veut que nous l’usions à l’avantage des autres. Tous les biens que nous avons reçus sont faits pour les donner aux autres. C’est comme s’il disait : « Voici ma miséricorde, ma tendresse, mon pardon : prends-les et fais-en un large usage. » Et nous qu’avons-nous fait ? Qui avons-nous « contaminé » avec notre espérance ? Combien d’amour avons-nous partagé avec notre prochain ? Ce sont des questions qui nous feront du bien ! »


Qu'est ce que le pape demande de ne pas cacher ? Sa bannière ? Son croix ? Son étiquette ? Non. François dresse la liste de ce que des croyants dans le Christ doivent partager : miséricorde, tendresse, pardon, espérance, amour. Nul ne dit que ces valeurs pleinement évangélique ne peuvent être porté qu'en arborant avec un T-shirt « je suis catho et fier de l'être ».


« Cette parabole, a dit François, nous encourage à ne pas cacher notre foi et notre appartenance au Christ, à ne pas enfouir la Parole de l’Évangile, mais à la faire circuler dans notre vie, nos relations, dans les situations concrètes, comme une force qui met en crise, qui purifie, qui rénove ».


C'est bien la parole de l’Évangile qu'il ne faut pas enfouir, non le label catho. Et le pape ne prétend pas ici donner la recette unique pour qu'elle soit proclamée, et surtout entendue. Dans certains cas, l'affirmation préalable de son appartenance religieuse et de ses convictions est sans doute un atout pour que le message passe. Dans d'autre, elle peut, on le regrette, provoquer le rejet.


Chacun doit user de son bon sens pastoral. Les prêtres, pour parler d'eux, doivent estimer s'il est plus efficace de de promener en pull-over, en veste avec un croix discrète au revers, avec un col romain ou en soutane. Même si l'on devine ma préférence en la matière.


Le pape est suffisamment au fait des diversités pour ne condamner ici aucune des attitudes pastorales de ceux qui veulent porter la Bonne nouvelle à tous et partout.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 14:46

Je pensais, grand naïf, que les cathos pouvaient au moins s'entendre sur l'idée d'égalité entre les hommes et les femmes. Mes visites sur la toile m'ont fait déchanter. Les organisateurs de deux événements programmés en ce mois de novembre ont décidé d'attaquer la question sur des bases radicalement différentes.


Samedi 15, à Strasbourg, le CCFD Terre solidaire s'est associé avec l’Institut des traducteurs, interprètes et de relations internationales pour proposer un colloque national affichant un intitulé sans équivoque « Égalité Femmes-Hommes, un enjeu de développement » (voir la présentation ici).


On a pu y entendre des militantes venues du Burundi, de Thaïlande et d’Argentine. Ainsi que mon amie Anne Soupa laquelle devait animer un atelier sur les femmes dans la Bible.


Rien n'est surprenant quand on sait que l'ONG catholique accorde beaucoup d'importance à la promotion féminine, ayant compris depuis longtemps que les bonnes pratiques (sociales, hygiéniques, scolaires, démocratiques...) se transmettaient bien mieux et plus vite par les dames que par ces indécrottables messieurs. Et ce sous toutes les latitudes.


Une principe qui ne plaît pas toujours en milieu catholique, lequel, faut-il le répéter, pratique une discrimination sexiste à l'embauche dans ses postes de cadres assez anachronique en milieu occidental.


Il se trouve que, quelque jours après les échanges en Alsace, une grande soirée est annoncée à Marseille. Les promoteurs en sont les frères dominicains qui animent le Centre Cordier. Le 20 novembre, la rencontre est intitulée «L’égalité homme-femme : une invention ou un échec de la société occidentale ? » (voir l'annonce ici).

Changement de ton. L'égalité tant cherchée à Strasbourg se retrouve à Marseille à la barre des accusés. Au mieux, elle n'existe pas. Au pire, elle fut une erreur. Voila qui ne laisse pas grande chance à la prévenue.


Cette fois, pas de militants ou d'experts déjà convaincus mais des responsables politiques de tous bords, et des religieux. On retrouvera l’insubmersible Jean-Claude Gaudin, le héros FN des dernières municipales Stéphane Ravier, et une sénatrice du Front de Gauche, Isabelle Pasquet, dont on se demande comment elle a pu accepter un tel traquenard.


Certes, la sénatrice ne sera pas la seule femme à la tribune. On remarque la présence de Sr. Marie-Madeleine Barrère, Prieure de la Fraternité Notre-Dame des Prêcheurs, communauté dominicaine basée à Pau. On s'attend que cette dernière se comporte en féministe revendicatrice, capable de démonter sans souci le présupposé de la soirée. Et ainsi remettre à leur place tous ses hommes qui voudraient que rien ne change quant à leur pouvoir.

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