Les gens ordinaires apprécient la raison. Habilement, Benoît XVI a passé l'essentiel de son pontificat a expliqué que la foi chrétienne était parfaitement compatible avec la raison, et donc avec la modernité, parce qu'elle était elle-même de l'ordre de la raison. Je n'ai jamais été bien convaincu par l'argument, résumé ici très grossièrement, et je me disais qu'après la retraite du pape allemand, ces circonvolutions allaient cesser.
Quel grand naïf ! Des philosophes catholiques poursuivent le sillon ratzingérien. Sont-ils pour autant convaincants ?
Dans La Croix du 21 mai, Claire Lesegretain raconte la grande fête de Pentecôte organisée à Lille, pour le centenaire du diocèse. Le temps fort intellectuel lundi 20 était un échange entre Laurent Ulrich, archevêque des lieux, et Fabrice Hadjadj, le penseur star de la cathosphère, autour des « défis pour l’Église d'aujourd'hui ».
La journaliste annonce y avoir entendu des « perspectives réconfortantes pour l'avenir de l’Église ». Selon le philosophe, l’Église aurait une « place de défenseure de la raison, face à des revendications émotionnelles et irrationnelles, et du corps, face à des idéologies désincarnées ».
On peut donc croire à un homme, né d'une vierge, connu pour ses miracles, mort et ressuscité parce que fils de Dieu, et se définir, aujourd'hui, champion de la raison. A quoi pense donc Fabrice Hadjadj en parlant de « revendications émotionnelles et irrationnelles » ? Quelles croyances et philosophie délirantes peut-il nous présenter pour montrer en quoi les disciples de Jésus sont gens de raison ?
Quand j'étais jeune, à la fin des années 70, on chantait dans les églises : « Ils sont partis sur un regard. Ils ont suivi un inconnu. Il fallait bien être un peu fou ». Ce chant est-il aujourd'hui à l'index ?
Quant au statut de promoteur du corps de l’Église catholique, cela ne m'a jamais paru évident. Que pourrait penser un béotien qui assisterait à une liturgie dans nos églises – quand le geste le plus sportif consiste à traquer une pièce dans son porte-monnaie -, et qui lirait la littérature romaine sur le rapport au corps, à la sexualité ? Il n'en arriverait pas nécessairement à la conclusion que chez les cathos, on est fort en corps. A moins que le génie de l'incarnation du Christ, la véritable révolution chrétienne, dédouane l'institution de siècles de pudibonderie, de répression sexuelle, et de méfiance envers celle par qui le scandale arrive depuis toujours : la femme !
Si l’Église catholique récolte de si bonnes notes dans les matières évoquées plus haut, que dire de ses performances auprès des pauvres. L’Église est, pour Claire Lesegretain, « également bien placée du fait de sa doctrine sociale » pour, dixit notre philosophe, « défendre la dignité individuelle et collective de l'humanité ». Je suis bien d'accord. Hors de nos chapelles, j'ai idée que c'est par ce biais là que les catholiques ont toujours été appréciés et qu'ils sont, aujourd'hui, attendus par leur contemporains.
Le défi pour l’Église d'aujourd'hui est bien d'aller encore plus avec les hommes que de mettre en avant sa « raison ». L'un ne va pas sans l'autre, objectera-t-on. Certes, mais l'amour du prochain doit être visible d'abord, la foi « raisonnable » transparaîtra ensuite, sans être brandie.