16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 10:13

La grande affaire de l'automne du petit monde catho sera sans contexte le synode des évêques consacrée à la famille, du 5 au 19 octobre prochain. Nous en avons déjà parlé (ici et ici) et ce n'est fini. En attendant d'étudier les idées en présence, l’événement de la semaine passée a été la publication de la liste des participants.


Outre les membres de droits, présidents de conférences épiscopales, responsables de la Curie, supérieurs religieux, on attendait bien sûr les nominations de laïcs. Et la cathosphère s'est réjoui de la présence parmi eux de couples. Pour parler de la famille, rien n'est plus légitime, pense-t-on.


Ce qui n'est pas en évidence chez nous. La Conférence des évêques de France vient de publier un document sur « La préparation au mariage dans le contexte de la nouvelle évangélisation » (voir la présentation ici), fruit du travail d'un groupe ne comportant que des prêtres et des évêques !!!


Revenons au synode romain. Treize couples seront présents comme auditeurs. Sans prise de parole, ce qui est normal puisqu'il s’agit d'un rassemblement d'évêques. Un couple interviendra comme expert. Sébastien Maillard, pour La Croix (10 septembre, lire ici pour les abonnés), précise leur provenance : « responsables d’Équipes Notre-Dame, membres d'un conseil de planning familial « naturel », un couple de médecins engagés dans la pastorale familiale ou d'autres encore investis dans des mouvements d’Église en lien avec la famille ». Bref des couples bien comme il faut, bien dans les clous...


Comme le confrère de La Croix est un journaliste sérieux, il a interrogé « la » référence en matière de féminisme vaticanesque, l'historienne et journaliste Lucetta Scaraffia (voir un portrait d'elle ici, créatrice du supplément féminin mensuel de l'Osservatore romano. D'autant que celle-ci avait été missionnée pour recruter des femmes pour l'assemblée. Et Sébastien Maillard n'a pas été déçu.

« C'est le clergé qui pense en terme de couples mariés, pas le monde laïc, a répondu Mme Scaraffia Un couple en soi ne parle pas. Chacun composant le couple s'exprime, mais il ne le fera pas de la même manière en venant en couple ».


Elle-même divorcée, Lucette Scaraffia pointe une réalité que l'organisation du synode a un peu oublié : la famille est histoire d'individus d'abord, qui tentent et réussissent, ou pas, une aventure à deux. Quand on interroge un couple catholique, l'un parle (l'homme le plus souvent) et son ou sa partenaire acquiesce. La « parole du couple » n'est pas libre, mais d'abord normative. Il ne semble pas nécessaire d'être diplômé de psychologie conjugal pour le sentir.


Les mouvements d’Église peuvent s'interroger sur leur propension à donner des responsabilités à des couples. Mêmes les Équipes Notre-Dame, promotrices d'une spiritualité conjugale. Si deux personnes, aussi proches et complices soient elles, pensent, parlent et agissent pareillement, la suspicion est forte que l'une, dominante, prenne le pas sur l'autre, silencieuse. Une situation qui peut mettre en difficulté le duo. Et ceci au-delà de sa responsabilité ecclésiale.


On ne peut penser que l’Église catholique veuille le moindre mal à cette cellule à qui elle attribue toute les vertus de l'humanité.

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 23:42

En 2011, les manifestations de catholiques contre des œuvres jugées blasphématoires avaient fait l'événement et assuré la renommée de l'institut Civitas. Débordé par sa droite – son extrême-droite -, l'épiscopat en avait conclu qu'il ne devait pas laisser la rue aux intégristes sur des sujets de société. D'où sa mobilisation quelques mois plus tard face au projet d'ouverture du mariage aux homosexuels.


Parmi les œuvres contestées, figuraient le tableau Piss Christ, mettant en scène un crucifix baignant dans de l'urine. Une création au goût douteux du photographe new-yorkais d'origine cubaine Andrés Serrano. Celui-ci se définit comme chrétien, et dit vouloir dans ce projet « rappeler au monde les horreurs qu’a vécues le Christ ».


Après les incidents liés à la présentation du tableau à Avignon en 2011, Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers et président de l'Observatoire « Foi et Culture » de la Conférence des évêque de France, avait intelligent calmé le jeu. Il avait fait remarquer que la figure de Jésus n'était la propriété de personne et qu'il était intéressant de voir comment des artistes présentent aujourd'hui le Christ. Quitte a se faire bousculer. Voir ici une interview donnée pour Témoignage chrétien.


Cette position d'ouverture a inspiré l'évêque d'Ajaccio lorsque l'oeuvre incriminée est venu s'installer sur l'ile de Beauté cet été, prêtée avec une centaine d'autres par la Collection d'Yvon Lambert d'Avignon. Mgr Olivier de Germay, peu réputé pour son laxisme moral, avait même croisé l'artiste lors du vernissage de l'exposition prévue pour durée jusqu'à fin septembre.


Début septembre pourtant, la mairie d'Ajaccio a décidé de fermer le Palais Fesch qui accueillait l'exposition.


Le 26 août, une poignée de militants avait manifesté aux cris de «Serrano fora (dehors)» ou de «Pour l’honneur de Jésus Christ et de la Corse». L'instigateur du rassemblement François Veyret a même entamé une grève de la faim, tout aussi pathétique que celle de Béatrice Bourges en pleine affaire du mariage gay, pour demander la démission de François Hollande.


Le 6 septembre, un nouveau rassemblement d'une vingtaine de personne mêlant slogans religieux et nationalistes, a réussi, selon Libération (voir ici), a faire plier les autorités, qui gardaient en mémoire les débordement de 2011.


Le site chrétien d'extrême-droite le Salon beige (voir ici) s'est fait un plaisir de raconter que le meneur de la fronde François Veyret a été soutenu par un prêtre du diocèse, visiblement moins sensible à la liberté artistique que son évêque.


On n'ira pas jusqu'à demander à Mgr de Germay de partir au front pour défendre l'exposition. Mais on doit se réjouir qu'un responsable catholique ait permis d'établir une barrière claire entre une Église à l'écoute de la diversité du temps et un extrémisme religieux intolérant. Cela n'est plus toujours une évidence de nos jours.

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 10:49

L'association française des sciences sociales des religions (voir leur site ici) (AFSR) n'est pas connue pour réunir des charlatans et des humoristes, mais plutôt des sociologues, anthropologues et philosophes intéressés par le champ religieux.


Alors que certains croyants (ou prétendus tels) se font remarquer cet été pour provoquer plus de larmes que de bonheur (au Proche-Orient et au Moyen-Orient, en Afrique,..), cette honorable confrérie consacre le 31 octobre à Paris une journée d'études au thème « Rire et religions » (voir l'appel à contributions ici).


Les organisateurs détaillent les sujets qu'ils proposent aux intervenants : rire et modernité religieuse ; rire et distance réflexive; rire et transgression (sacrilège, blasphème, tabous etc.); Rire et violence ; rire et persécution ; rire et controverse; le rire dans les pratiques, cultes, rites religieux ; rire et possession, etc.


Ce n'est pas la première fois que l'on s'intéresse à la question. En 2005, l'affaire des caricatures de Mahomet, dans un journal danois puis relayées par Charlie Hebdo a montré que, parfois, des postures se voulant humoristiques pouvait avoir des conséquences fâcheuses, et pas seulement au niveau diplomatique.


À la question « Peut-on rire des religions ? », Frédéric Lenoir répondait « oui, cent fois oui », dans un éditorial du Monde des religions (mars-avril 2006, voir ici). Le philosophe écrivait alors : « Les croyances et les comportements religieux ne sont pas au-dessus de l’humour, ils ne sont pas au-dessus du rire et de la caricature critique ». Des propos évidents, qui ne le sont sans doute pas, sans quoi il n'eût pas été nécessaire de la préciser.


Des limites existent à cette liberté. Celle de la loi, qui proscrit les propos racistes ou antisémites. Frédéric Lenoir avance une autre restriction. « Nous nous sommes toujours refusés à publier un dessin bête et méchant, qui ne délivre aucun message donnant à réfléchir, mais qui vise seulement à blesser ou à détourner de manière gratuite une croyance religieuse, ou bien encore qui confonde tous les croyants d’une religion, par exemple à travers la figure de son fondateur ou de son symbole emblématique ».


Le directeur d'alors du Monde des religions ajoute à cette exigence le devoir de ne pas « faire abstraction des enjeux contemporains. Sa responsabilité morale et politique va au-delà du cadre juridique démocratique ». Selon lui, la responsabilité de la presse consiste aussi à « faire preuve de compréhension et de conscience politique ».


L'islamologue Tariq Ramadan ne dit pas autre chose. « Je me battrai pour que tous les dessins puissent être publiés, mais nous ne devons pas oublier qu’au sein de toute société, une psychologie collective prévaut, liée aux histoires et aux blessures. En vivant ensemble, nous avons l’idée de ce qui pourrait choquer différents éléments de notre société » (Revue Médias, juin 2099, dans un dossier comportant également des interventions de Jean Plantu, Guy Bedos et Jean-Louis Schlegel, voir ici)


Quel est donc ce contexte particulier qui fait que certains propos passaient sans souci il y a quelques années et mettent le feu aux poudres aujourd'hui ? L'avènement de courants politico-religieux, qui ne pensent les sociétés qu'en fonction de leur foi et de leur lecture des textes sacrés, au détriment des principes démocratiques et de l'idée du vivre-ensemble occidental est, on le sait, la cause de cette évolution. Cette réalité sévit dans le monde islamique, mais pas uniquement. Il convient d'ajouter, comme facteur de tension, la persistance du conflit israélo-palestinien.


Le dessinateur Jean Plantu, toujours dans la revue Médias, se souvient de plusieurs images diffusées hier et inenvisageables aujourd'hui. Dans les années 50, écrit-il, on pouvait montrer une imam qui drague les filles dans la presse égyptienne. Haderer, dessinateur autrichien, a représenté Jésus faisant de la planche à voile, sans souci dans son pays. « En revanche, l’Église orthodoxe grecque lui a intenté un procès. Si, un jour, Haderer met un pied à Athènes, il ira directement en prison », écrivait Plantu, prouvant que la fermeture à l'humour n'est pas une exclusivité musulmane.


Tariq Ramadan souhaite lui éviter la judiciarisation des conflits entre médias et autorités religieuses. Et en appelle à l'intelligence. « Il est légal de se moquer de la souffrance des Juifs, mais il est stupide de le faire. Notre monde change et les sensibilités changent également. Notre sensibilité collective doit intégrer ces sensibilités particulières ; elle doit le faire par le débat critique, non par la loi ».


Dans ce débat critique, les chercheurs de l'AFSR ont toute leur place. Et on aimerait les entendre davantage que les juges pour régler ces tensions, marques de notre époque d'hyper sensibilité religieuse.

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 09:33

Ce début de semaine de remaniement ministériel, tout le monde parlait économie, rigueur, pouvoir d'achat, impôt. Ligne Hollande-Valls ou Montebourg. Continuité ou rupture. Frondeurs ou fidèles. Tous, non. Une petite tribu portait des préoccupations bien plus importantes.


Je veux parler de certains mouvements catholiques – toujours les mêmes, ceux qui crient forts sur la toile et parfois dans les rues.


Dès l'annonce de la mort du gouvernement Valls 1, Tugdual Derville a dégainé. Sur twitter, le héraut de la cause des « vrais » familles catholiques – Alliance Vita, Mariage pour tous, Ecologie chrétienne -, écrivait "Ce soubresaut gouvernemental nous conduit à lorgner sur certains portefeuilles sensibles". Et pour les malcomprenants, il listait : Fin de vie, famille.


Celles et ceux qui ont perdu leurs boulots ces derniers mois ou qui tremblent pour demain, ou les petits patrons qui ne savent pas si leurs société passeront l'automne sont ravis d'apprendre ce qui préoccupe M. Derville.


Et dès la nouvelle équipe connue, ce fut un festival. Le même Derville annoncait, toujours sur twitter, que la "triplette de combat" – Taubira Touraine Belkacem, maintenues ou promu (pour la dernière) - "nous mobilisera le 5 octobre". Un rassemblement contre la PMA au sein des couples homosexuelles et contre la GPA est prévu de longue date. Tout est bon pour chauffer les troupes


Toute en finesse, Ludivine de la Rochère s'est dit "horrifée" par l'arrivée à la tête du ministère de l'Education nationale de Najat Vallaud-Belkacem (Le Figaro, 27 août, voir ici). La ministre avait promu l'ABCD de l'égalité, dans lequel certains ont décelé la volonté de faire changer de sexes les écoliers....


Sans doute, cette nomination a fait plus peur à Mme de la Rochère que l'arrivée d'un libéral assumé à Bercy, ce qui, avec d'avantage de raison, "horrifie" les électeurs de François Hollande.


La nomination de l'ancienne Droits des Femmes (et également de la Jeunesse) est qualifiée par la porte-parole de la Manif pour tous de "provocation pour un grand nombre de Français". Rien que ça.

Après tout, ne pouvant attaquer le gouvernement de gauche pour une politique économique et sociale... qui n'est pas de gauche, les catholiques de droite doivent bien se faire les dents sur un os.


Un martien débarquant dans notre belle France et cherchant à comprendre qu'elle est cette étrange tribu appelé les catholiques pourrait conclure que les questions d'école et de famille les rendent hystériques et que le reste ne compte pas. En forçant le trait.


Il y a longtemps que la majorité bruyant des catholiques français a choisi son camp. Et opté pour le combat. Sans que cela ne préoccupe trop leur pasteurs. Et les responsables politiques de droite l'ont bien compris. Comme Hervé Mariton, relai parlementaire numéro un des anti-mariage gay, qui a choisi de publier son manifeste de campagne pour la présidence de l'UMP – Le bonheur regarde à droite -voir la présentation de l'ouvrage ici) - aux éditions du Cerf.


Jadis, la prestigieuse maison dominicaine aurait été plus prudente. Mais l'ouvrage se vendra mieux que les thèses de théologie qui ont fait se renommée. Soyons sûr que, dans un souci d'équilibre politico-ecclesial admirable, le Cerf va maintenant se battre pour accueillir les état d'âmes d'Arnaud Montebourg !!!

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 09:52

Alors que nous venons de vivre la saison des ordinations, laquelle a révélé la démographie inquiétante des ministres diocésains, Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême, vient de lancer un nouveau pavé dans la mare. Dans une tribune (voir ici) publiée mardi 8 juillet dans La Croix, le prélat académicien s'en prend à une certaine manière de procéder pour obtenir, on pourrait dire recruter, des prêtres aujourd'hui en France.


« La pastorale des vocations n'est pas une une stratégie ». Rien que le titre sonne comme un critique des façons de faire de certains évêques champions dans l'accueil de séminaristes. On peut penser ici à Mgr Dominique Rey, qui réalise chaque année des miracles numériques dans le séminaire de son diocèse de Fréjus-Toulon, que fréquentent de nombreux jeunes venus de partout.


Habitué à déplorer l'absence de séminaristes charentais, Claude Dagens voit arriver pour l'an prochain trois candidats au parcours menant à la prêtrise. « Je ne les ai pas rencontré comme un chef d’entreprise qui embaucherait des employés pour des contrats à durée plus ou moins déterminée ». L'évêque a souhaité « discerner en eux le travail de Dieu, pour envisager avec eux la meilleur façon de poursuivre leur route de baptisés, de chrétiens, d'hommes désireux d'aller de l’avant dans la connaissance d’eux-mêmes et du Corps du Christ ».


À l'entendre, l'évêque d'Angoulême n'aurait eu aucun mal, et sans doute l'a-t-il fait par le passé, à dissuader ces candidats au sacerdoce, si leur projet n'avait pas été le meilleur. D'abord pour eux, ensuite pour le service de l’Église et des fidèles. Autrement dit, la politique du chiffre lui est étrangère, voire malsaine.


« Que serait la pastorale des vocations si elle était une technique de recrutement, avec des agents recruteurs et des réseaux d'influence ? » À qui pense donc Claude Dagens en écrivant ces lignes ? Et il poursuit : « Que deviendraient les hommes pris dans ces réseaux et qui s'apercevraient un jour que l'on s'est servi d'eux ? ». Ce « management spirituel », il n'en veut pas.


Comme il a pu parler, il y a peu, de deux types ce catholiques, divisés dans leur capacité de dialoguer avec le monde (voir ici son interview dans Témoignage chrétien, après l'affaire Brugère), il propose à nouveau deux conceptions de l’Église.


Dans la première, il est question de système de pouvoir, d'efficacité, de « rentabilité spirituelle et pastorale ». Et Dieu est alors défini, par lui, comme « principe d'ordre supérieur, promoteur suprême d'un système qui marche et qui s'impose par ses réussites visibles ». Une sucess-story catholique, pourrait-on traduire en terme d'aujourd'hui. Et un retour au temps béni, très largement mythifié, de la chrétienté glorieuse.


Ce visage, l'évêque d'Angoulême le récuse sans aucune timidité depuis quelques mois, Il en propose un autre avec une Église « corps du Christ, toujours blessé, mais vivant et vivant de la charité du Christ ». Dans ce cadre, les évêques ne sont pas des « chefs triomphants », forts de leurs statistiques, mais « des veilleurs et des lutteurs ».


Il s'explique aussitôt sur des termes qui paraissent appartenir au camp qu'il dénonce. « Des lutteurs pour que rien n'empêche la charité du Christ d'être l'âme de l’Église, dans toutes ses activités et ses missions ». On retrouve là, à peine voilé, la dénonciation de la mobilisation surdimensionné contre la Loi Taubira l'an passé. Si l'on considère que ce mouvement, et les propos qu'il a fait naître en son sein, n'a pas posé la charité du Christ comme principe premier.


Celui qui est devenu l'ennemi numéro 1, non seulement des réseaux identitaires d'extrême-droite mais d'une partie du catholicisme français, introduit son dernier paragraphe par une pointe d'humour lucide : « Au risque d'aggraver notre cas ». Il peut alors affirmer se référer à Jésus-Christ, non pas « comme à valeur à défendre », mais « comme une personne que nous n'en finissons jamais de connaître et d'aimer ».


Pour conclure, l'évêque-académicien se place sous la protection de celui qui est son plus grand espoir en ces temps de tensions hexagonales : le pape François, en reprenant le titre de son exhortation apostolique. « Alors la 'joie de l’Évangile' n'est pas un vain mot ».


Si ces trois jeunes séminaristes sont un jour ordonnés pour le diocèse d'Angoulême, Claude Dagens n'en sera plus le pasteur. Mais il n'est pas près de renoncer à défendre sa conception d'une Église, « dont nous ne sommes pas les maîtres ».

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 17:04

Est-on libre de choisir sa paroisse ? En voici une bonne question, posée par La Croix (samedi 28 juin, en ligne ici pour les abonnés uniquement) au P. Luc Forestier, oratorien. Celui-ci est tout indiqué pour répondre car il cumule la responsabilité de recteur du sanctuaire Saint-Bonaventure à Lyon, animé par sa congrégation, et de professeur d'ecclésiologie à la Catho de Paris.


Le P. Forestier rappelle l'importance de l'appartenance paroissial pour certains actes (baptêmes, mariages), mais indique que cela n'oblige en rien les chrétiens à pratiquer le dimanche dans un même lieu. « Depuis bien longtemps, il existe bien d'autres manière de nourrir sa vie chrétienne », affirme-t-il avant de lister : les monastères, les scouts, le MEJ, le Secours catholique, les pèlerinages, la communauté de l'Emmanuel. Un beau catalogue de la diversité de l’Église.


Citant le Pape François, le P. Forestier insiste sur la nécessité que « ces mouvements, communautés, groupes de spiritualité gardent un contact avec la paroisse, mais surtout soit intégré à la pastorale d'ensemble du diocèse, dont l'évêque est le garant ». L'unité dans la diversité est possible, mais autour du personnage central qu'est l'évêque. Et qui le sera de plus en plus à l'avenir, quand le maillage paroissial sera encore davantage distendu. C'est à dire demain.


Pour l'ecclésiologue, « l'émulation entre divers lieux spirituels d'une grande ville est heureuse ». Il n'y a donc pas lieu de condamner le principe de la paroisse d'élection et non de quartier. Dans les grandes villes, nombre de fidèles choisissent leur lieu de culte en fonction des célébrants et du style liturgique pratiqué. On pourra ajouter que, par ces temps de pratiques faibles, l’Église aurait intérêt à se réjouir de ses paroissiens qui migrent d'églises en églises, quand tant d'autres abandonnent.


Le P. Forestier l'évoque en une phrase dans son texte : il s'agit là d'une question de riches. Dans beaucoup d'endroits de France, les solutions pour un paroissien mal à l'aise dans son clocher habituel sont moins attirantes : faire 20 km en voiture, se contenter du Jour du Seigneur ou de la messe de France Culture... ou de rien du tout.


Pour les ruraux depuis longtemps déjà, se pose ici la question de la desserte eucharistique. La seule réponse communément donnée - prier pour faire naître davantage de vocations masculines – donne des résultats plus que mitigés. En cette année 2014, 82 nouveaux prêtres diocésains ont été ou seront ordonnés, et encore moins de diacres en vue du sacerdoce pour la cuvée 2015 (voir ici le communiqué statistique de l'épiscopat).


Quand il n'y aura plus de paroisse à proximité de chez soi, la question du choix aura disparu. Sauf si d'ici là, le modalité de réunion communautaire dominicale sans prêtre revient en grâce. Avec ou sans hostie consacrée. Un principe de réalité, difficile à admettre pour les responsables d'une religion jadis omniprésente.


Il s'agit pourtant d'un fonctionnement que connaissent de nombreux territoires animés par des missionnaires. Lesquels se réjouissent de trouver des communautés vivantes quand ils viennent, de temps en temps, célébrer l'eucharistie avec elles.

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 16:03

La désobéissance civile est un sujet passionnant pour le philosophe et pour le militant. A ce double titre, le chrétien est concerné par ce dilemme entre loi civil et conscience personnelle. Jusqu'au peut-on aller ? Quelles cause méritent que l'on prennent des risques ?


Le 11 juin, Le P. Gérard Riffard, prêtre du diocèse de Saint-Étienne a du répondre à ces questions. La justice des hommes lui reproche d'avoir accueilli des étrangers sans-papiers, durant plusieurs mois dans une salle paroissiale, en 2013. Et d'avoir persévéré après publication d'un arrêté municipal lui interdisant de poursuivre.


Après avoir abrité ces infortunés chez lui de nombreuses années, Gérard Riffard a du, débordé par le nombre, les loger dans un local paroissial. Pour ce faire, il y a quatre ans, il a créé avec des paroissiens l'association Anticyclone.


La correspondante à Lyon de Libération Catherine Coroller, anciennement en charge des questions religieuses pour le quotidien, raconte (lire son article ici ) les échanges entre le président du Tribunal et le prêtre durant l'audience. «Vous créez un appel d’air en faveur du puits sans fond qu’est l’immigration clandestine». «Je ne vois pas en quoi le fait de proposer à des gens de dormir par terre sur un matelas qu’ils doivent partager avec d’autres peut créer un appel d’air».


«Il y a des règles à respecter. Notre société étant très bien faite, on ne peut pas accueillir un nombre de personnes qui commence à être important dans un lieu pas adapté». «On est dans une société passablement désorganisée. Il y a un conflit entre la loi et l’obligation qu’on a à ne pas laisser des gens dehors en situation de danger», répond le prêtre, qui indique que la salle a été équipée : détecteurs de fumée, extincteurs, issues de secours.


Le tribunal de police a requis 50 euros d'amende par jour d'infraction, soit 12.000 euros. Le jugement a été mis en délibéré au 10 septembre.


Le prêtre n'est pas seul dans son combat. Il est soutenu par les membres d'Anticyclone, l'ONG Service jésuite des réfugiés (voir ici) et...Mgr Dominique Lebrun. Quelques jours avant l'audience, l'évêque de Saint-Étienne a publié un communiqué clair et ferme (lire ici ).


« Que doit faire un prêtre, un chrétien : laisser des personnes à l’insécurité de la rue ou bien leur ouvrir sa modeste porte ?, interroge le prélat, qui est également l'évêque accompagnateur de l’aumônerie catholique des prisons. « L’engagement du P. Gérard Riffard et de l’association Anticyclone ont leur source dans l’Évangile et l’attitude de Jésus. Je soutiens le P. Riffard dans son action d’accueil et d’accompagnement ».


Mgr Lebrun , complice de rébellion, conclut son bref message en s'appuyant sur l’Évangile. « 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même … et moi, je vous le dis, aimez vos ennemis' : ce sont deux paroles de Jésus qui constituent la loi suprême que nous proposons à la société, et que nous voulons essayer de vivre ».


L'an passé, on a beaucoup entendu parlé de désobéissance civile chez les opposants à l'ouverture du mariage aux homosexuels. La base évangélique était alors moins évidente que celle qui anime le P. Riffard et les milliers de chrétiens français qui risquent des sanctions pour leur action aux côtés des étrangers clandestins.

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 14:10

Dimanche 8 juin, le pape François a convié au Vatican les présidents palestinien et israélien Mahmoud Abbas et Shimon Peres. Cette initiative fut une des surprises de son récent voyage en Terre sainte. Annoncé comme d'abord pastoral et donc tourné vers les communautés chrétiennes locales, il fut marqué par des gestes politiques comme ses arrêts imprévus devant le mur de séparation érigé par Israël et devant une stèle à la mémoire des victimes d'attentats à Jérusalem.


L'appel lancé aux deux président à se rendre à Rome est-il politique ? Non, puisqu'il s'agissait de prier et non de parler du conflit entre les deux peuples. On suppose que chacun a invoqué ou interpellé son Dieu, en lui priant d'inspirer au mieux les dirigeants et les peuples pour que cessent violences et souffrances. On notera que dans la plupart des conflits dans le monde aujourd'hui, cette idée de faire prier des chefs d' État apparaîtrait incongrue. Pas en Israël-Palestine.


Dans bien des lieux, prier est au moins aussi utile que l'action politique, si tant est que celle-ci porte une efficacité pratique. Samedi 26 juin, l'Acat (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture) organise sa Nuit des veilleurs (voir ici ) pour les victimes de détention et de violences injustifiables. Les militants de cette association œcuménique savent, parce que les principaux intéressés le disent, que l'action spirituelle est aussi importante que les courriers envoyés aux gouvernements pour que cesse l'injustice. Si ces dernières actions ne portent pas toujours de fruits, la prière réchauffe les cœurs dans les cellules à tout coup et rompt quelques instants avec l'insondable solitude du condamné.


Il y a quelques semaines, Témoignage chrétien a publié un témoignage sur la visite d'une délégation de missionnaire protestants français à Bangui (voir ici). Les chrétiens de Centrafrique, comme les musulmans, attendent autant de leurs frères d'Europe une aide matérielle (pour faire face aux déplacements de populations qui s'éternisent), que l'assurance qu'ils prient pour eux. Cette prière de solidarité qui revêt là-bas une importance que nos sociétés – habituées à l'abondance et à la stabilité - ont oublié.


Si François appelle ce jour les deux présidents à prier, ce n'est pas faute de mieux. Ni par ce qu'il n'a aucun mandat pour les amener à parler concrètement d'une solution de paix. On ne saurait non plus y voir un coup médiatique. Le pape a souhaité cette rencontre, aussi curieuse soit-elle dans le contexte actuel d'impasse, car il est sûr qu'elle a été utile aux deux peuples. Autant que les aller-retours du secrétaire d’État américain John Kerry entre Washington, Jérusalem et Ramallah.

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 16:23

D'après une étude de l'Ifop publiée par La Croix le 26 mai, 21% des catholiques pratiquants ont glissé un bulletin aux couleurs du Front national lors des récentes élections européennes. En 2009%, ils n'étaient que 4%. La fameuse barrière morale qui protégeait les catholiques intégrés de l'extrême-droite n'existe donc plus.


Il semble qu'elle ait sauté aussi chez une responsable de paroisse. C'est du moins ce qui apparaît en lisant le programme des Lundis du Prieuré (voir ici), soirées publiques organisées par la paroisse Notre-Dame du Cher, en Indre-et-Loire. Toute l'année ont été proposées des rencontres assez classiques - « Le Nouveau Testament est-il 'anti-juif' ? », « Le handicap est-il un obstacle à la foi ? », des rencontres autour des grands textes de Vatican II ou sur le ministère pastoral féminin dans l’Église réformée de France.


La dernière soirée interpelle : « Un engagement politique au Front National est-il compatible avec le message évangélique ? » L'invitée, Véronique Péan, est présentée comme chargée de Mission pour le Front national en Indre-et-Loire. Elue en mars conseillère municipale FN de Joué-les-Tours (avec 18% des voix au 1er tour et 11% au second), elle est secrétaire départementale du parti de la famille Le Pen.


Quelle idée ont eu les responsables de la paroisse en donnant un telle tribune à cette militante ? Fréquemment, les paroisses organisent des rencontres, souvent thématiques, donnant la parole à divers sensibilités partisane. Le mouvement Chrétiens en Forum s'en est fait une spécialité.


Lundi 16 juin, dans la salle paroissiale de Ballan-Miré, Véronique Péan aura tout loisir de parler de la compatibilité FN-Evangile. Depuis fort longtemps, les évêques de France ont répondu par la négative. Notamment à cause du discours de ce parti sur l'accueil (ou plutôt le rejet) des étrangers.


« C'est une paroissienne et elle pourra exprimer ses convictions. Nous ne sommes pas obligé de penser pareil » explique le curé du secteur le P. Hervé Loubriat, qui s'étonne de l'émoi suscité par la soirée prochaine. Il sait déjà que des « chrétiens de gauche ont annoncé qu'ils viendraient répondre à Mme Péan ». C'est heureux.


Quand une paroisse, ou une association quelconque, invite une personne seule à la tribune, et non sous forme de débat contradictoire, on peut penser qu'elle est au minimum en empathie. Il y a suffisamment d'orateurs intéressants dont le travail ou les convictions méritent d'être valorisés pour solliciter une personne dont on ne partage pas les thèses.


On ajoutera que le caractère légitimiste des catholiques amène souvent – peut-être pas à Ballan-Miré – à considérer que la paroisse ne peut inviter que quelqu'un de bien. Même si le curé s'en défend, assurant de pas partager les options politiques frontistes. « Tout le monde pourra s'exprimer, les gens intelligents comme les modestes ».


La proposition a été lancée il y a une an. Personne ne s'y est opposé dans l'équipe d'animation qui travaille avec le P. Loubriat. « J'ai soumis le projet au vicaire général. Il m' a invité à être prudent ». D'autres personnes s’inquiètent pour cette drôle de soirée. « Si cela se passe mal, on appellera les gendarmes », répond flegmatique le curé, qui signale que ces soirées attirent habituellement de 15 à 30 personnes.


Faut-il souhaiter qu'ils soient plus nombreux le 16 juin ?

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 22:07

On connaît l'histoire du Concordat, qui permet aux deux diocèses de Metz et de Strasbourg de faire rémunérer leurs prêtres par l’État. Ces régions, allemandes en 1905, tiennent mordicus au statut antérieur, assez favorable pour les catholiques, comme pour les Églises protestantes et le Consistoire israélite.

Le département de Guyane lui aussi paye les prêtres catholiques, et uniquement eux, depuis une ordonnance de 1828 sous Charles X. Du moins jusqu'au 1er mai dernier, à en croire un courrier reçu par Mgr Emmanuel Lafont, évêque du lieu. 26 prêtres ont été « rayés d'office » de la liste des fonctionnaires pris en charge. Le diocèse de Cayenne en rémunère 6.


Après avoir pris conseil auprès du Nonce apostolique, l'évêque a décidé de contesté cette décision unilatérale et brutale. Et devrait en toute logique obtenir gain de cause, le droit étant de son côté.


Les temps sont durs pour les collectivités locales, on le sait. Mais de la à s'attaquer à 26 postes, quand on connaît le rôle social que joue l’Église catholique dans ce département pauvre, on est en droit de parler de mesquinerie administrative. D'autant que les salaires versés, 1500 euros par mois, ne sont pas mirifiques (voir ici ).


Certains y voient un nouveau bras de fer entre l’Église et la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Élue de ce territoire français au nord de continent latino-américain, elle est amie du président de l’exécutif départemental, Tien Long. Ce dernier prétend que la décision effective aujourd'hui a été prise en décembre 2011 et dit corriger une anomalie de l'histoire (voir ici).


Il faut espérer que le Conseil général de la Guyane revienne sur cette décision. Si possible, en évitant d'en passer par la justice administrative, souvent longue et parfois incertaine.


Cette histoire peut être aussi l'occasion de de penser la solidarité des diocèses de métropole avec une territoire très modeste. Il revient aux fidèles, d'avantage qu'aux contribuables guyanais, d'assurer les conditions matérielles de la présence catholique.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux à Témoignage chrétien. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétitOn peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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