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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 09:08

La Compagnie de Jésus va vivre à compter du 2 octobre sa 36e Congrégation générale, le parlement mondial des disciples d'Ignace de Loyola. On pourra la suivre sur le site dédié (en français). Deux points principaux figurent à l'agenda des 215 délégués (1), venus des 66 Provinces et Régions de la Compagnie.


Ils vont tout d'abord élire leur nouveau supérieur général ou Père général. Jadis élus à vie, les grands patrons jésuites laissent désormais leur place avant de gagner le ciel. Comme son prédécesseur le Néerlandais Peter-Hans Kolvenbach (général de 1983 à 2008), l'Espagnol Afonso Nicolas, 80 ans, a annoncé depuis des mois qu'il fallait lui choisir un successeur. Et se profile dans toutes les têtes le jour où le plus illustre des jésuites actuels, l'Argentin Bergoglio, demandera lui aussi à prendre congé du Siège de Pierre.


L'autre tâche des pères réunis à Rome sera de "discuter des sujets de grande importance pour la vie et la mission de la Compagnie", selon les mots prononcés lors de la conférence de presse. Il s'agira de définir les grandes orientations pour les années à venir. Nulle doute qu'ils observeront les évolutions démographiques de leur famille. Fin 2015, les 16700 jésuites se répartissaient ainsi : 5600 en Asie (dont 4000 en Inde !!), 5000 en Europe, 5000 dans les Amériques et 1 600 en Afrique.


Quand certains sont en charge de penser l'avenir, il est intéressant de voir l'avis d'un jésuite expérimenté. Le P. Pierre Émonet fête ses 50 ans de sacerdoce, dont 40 au sein de la Compagnie dans la Province de Suisse, qu'il a dirigée à deux reprises. Dans un entretien avec le journaliste du portail de l'Église catholique suisse Pierre Pistoletti, à lire ici, il lui est demandé de définir l’identité de l’ordre aujourd’hui. La réponse fera grincer quelques dents : "Un ordre missionnaire qui cherche à ouvrir de nouvelles perspectives plutôt que d’entretenir une piété dans les peuples".


Pour le P. Émonet, existent aujourd'hui deux conceptions du sacerdoce. La première est portée par "une nouvelle génération peut-être tentée par le cléricalisme". Elle met en scène un "prêtre “père", lequel "engendre à la foi en prenant son disciple par la main tout en lui disant ce qu’il faut faire".


La seconde manière d'être est celle du "prêtre fraternel, qui “marche avec”", dixit le P. Émonet. Celui-ci "n’impose pas une certaine forme de culture, mais “vit avec”". On devinera assez aisément quel modèle préfère le jésuite suisse, qui raconte avoir "refait toute son ecclésiologie" lors d'une année vécue en milieu ouvrier en France, avec la Mission de France et les prêtres du Prado. Dans sa liste des "papes formidables" figurent "Jean XXIII, Paul VI et aujourd’hui François". Le Concile plus que la restauration wojtylo-ratzingerienne.


Est-ce cette vision "prêtre fraternel, qui “marche avec”" qui dominera dans les échanges entre les délégués jésuites avant de choisir leur chef et de décider des priorités futures ? Si c'est le cas, le message prendra une forme nécessairement plus diplomatique que les mots du jésuite suisse. Mais une telle option ne devrait pas chagriner le pape François, dont on connaît les tendance anticléricales (au sens premier du terme) et son attrait pour les périphéries.


Les jésuites, au Vatican et ailleurs, n'ont pas fini de faire entendre leur petite musique qui ne fera jamais l'unanimité.


(1) Trois membres de la Province de France comptent au nombre des délégués : le P. Jean-Yves Grenet, provincial, et le PP P. Sylvain Cariou-Charton et Etienne Grieu, SJ. On ajoutera deux Français "romains", les PP. François-Xavier Dumortier, recteur de l'Université grégorienne, et Antoine Kerhuel, assistant régional de la Curie jésuite.

18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 21:33

Sorti à la fin de l'été, l'ouvrage « Monsieur le curé fait sa crise » (éd. Quasar, 176 p., 12 €, voir ici) bénéficie d'un accueil unanime dans le monde catho et de ventes record (il est en tête dans le département "catholicisme" d'Amazon). Je m'en réjouis à plusieurs titres.


L'auteur de cette fable, Jean Mercier, rédacteur en chef adjoint en charge des religions à La Vie, est un confrère que j'apprécie. Même si nous eûmes des prises de bec par le passé, du fait de son tropisme ratzingerien.


Jean Mercier a fait œuvre utile en documentant sous une forme agréable et bienveillante, une réalité ecclésiale que beaucoup veulent taire et que j'évoque très souvent ici : l'impasse du ministère presbytéral en France aujourd'hui.


On ajoutera que l'auteur fait cela avec humour et style. Ce qui n'est guère évident. Son récit me rappelle le travail mené par Christine Pedotti (alias Pietro di Paoli), avec ses chroniques de la vie d'un prêtre et son monumental roman d'anticipation Vatican 2035 (tous chez Plon, à retrouver ici).


A 50 ans, Benjamin Bucquoy est le curé d'un de ces nombreux ensembles pastoraux ruraux intenables. Il doit faire faire aux pressions et aux procès de tous bords. L'auteur présente des portraits saisissant de justesse : une catéchiste moderniste pleine de certitudes (et pour qui les prêtres n'ont pas leur mot à dire), un aristocrate qui s'est mis en tête de réparer une chapelle en ruine et ne supporte pas que son projet ne soit la priorité de notre curé, ou encore un ennemi de Mme Taubira qui accuse le curé de "refuser de soutenir la morale catholique". On lit avec délectation les récits de la guerre que se livrent deux paroissiennes...


Chaque jour, le prêtre est accusé par les uns d'être progressiste, quand d'autres lui reprochent son penchant classique. Au milieu, son évêque préfère le plus souvent donner raison aux paroissiens.


C'est le cas d'une belle page sur l'organisation des messes dominicales. "Le rêve de Benjamin serait qu'on ait le courage de dire aux gens la vérité : il n'y aura plus de messe dans les petits clochers, mais seulement dans le grand. (...) Chaque dimanche, on se casse la tête pour savoir où aura lieu l'eucharistie." Refus de l'évêque selon qui la suppression de la rotation des clochers "contreviendrait à l'article 4.3 des actes synodaux votés en 2007". Le curé a beau répliquer que depuis dix ans, la situation a changé et que la décision synodale est "périmée", rien n'y fait. L'évêque conclut le débat : "les laïcs tiennent à leur messe dans leur église, alors fais un effort. Fais au moins semblant qu'ils comptent pour toi". Merci patron !


Un débat qui me rappelle un souvenir de jeune journaliste. C'était il y a plus de 20 ans. Mon hebdomadaire diocésain proposait à ses lecteurs un tableau des horaires des offices pendant l'été. Je téléphone donc à un curé de campagne, qui devait à l'époque frôler les 80 ans, lui demandant comment il s'organise dans son secteur. Ma question lui paraissant des plus saugrenues, il me répond un peu sèchement. "Comme toujours Monsieur. Je dois desservir cinq clochers. Il y aura donc cet été deux messes le samedi soir et trois le dimanche matin". Depuis j'imagine qu'on a dû retrouver un jour la petite Citroën de ce forçat de l'eucharistie dans un platane, un dimanche matin.


Revenons aux aventures de notre Père Benjamin. Après avoir lu la moitié de l'ouvrage, celle qui décrit la situation du héros, je me suis même dit en moi-même : voilà le livre que j'aurais voulu écrire. Si j'avais eu le talent littéraire...


Je ne dirai rien ici de la suite de l'ouvrage, de la décision de crise de M. Le Curé. Elle est originale, romantique, assez dans l'air du temps. Dérangeante, elle ouvre des pistes de réflexion sur l'Église de demain. Pour ma part, je l'aurais imaginé plus revendicative, plus utopique. On retrouve ici la diversité de regard de deux observateurs du monde catholique.


Pour se faire une idée, le mieux reste donc de lire les aventures rocambolesques de ce curé en qui bien de nos prêtres se reconnaîtront. Et si le coup de colère de ce héros romanesque fait école dans les diocèses de France, il sera alors temps de se poser les bonnes questions.

13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 11:26

Le vaticaniste italien Sandro Magister poursuit son travail critique du présent pontificat. Un travail journalistique et quelque peu orienté qui fait écho aux courants, non négligeables à Rome et ailleurs, opposés aux actions du pontife argentin.


Son blog Chiesa sur le site de l'Espresso abordait le 9 septembre dernier (voir son article ici) les conséquences des changements à la Curie voulus par le pape François, non d'un point de vue politique ou ecclésiologique, mais social. Magister s'interroge sur les conséquences salariales des deux décisions de cette été : les créations du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, et, le 1er janvier prochain, du dicastère pour le service du développement humain intégral. Dans les deux cas, des instances disparaissent et leur administration avec.


Pour Sandro Magister, les commentateurs ont passé sous silence "le groupe assez nombreux de dignitaires du Vatican qui se trouvent sans affectation – autrement dit, au chômage". Le mot dignitaire à son importance. Il fait resurgir dans nos mémoires les critiques acerbes du pape sur les fonctionnaires de curie, qui préfère la vie douce du Vatican et ses voyages à la dur réalité de leur pays et diocèses d'origine.


Le journaliste ne s'inquiète pas, à raison semble-t-il, pour les 50 employés laïcs touchés par ces restructurations. "Le pape François a affirmé plusieurs fois qu’il ne licencierait jamais des pères et des mères de famille". Mais quid des 18 clercs et des 4 religieuses dont le poste a disparu ou est condamné ? Leur avenir effraie notre observateur qui écrit, manifestement choqué, que ces hommes et femmes consacrées à Dieu et à l'Eglise "pourraient, de but en blanc, être renvoyés respectivement dans leur diocèse ou leur congrégation d’origine".


Quel est le problème ? Serait-ce une disgrâce, une punition, ou un camouflet pour ces prêtres, religieux et religieuses, après un temps au service du Saint-Siège, de poursuivre leur mission hors du Vatican ? Lors de leur ordination ou de leurs voeux, toutes et tous ont juré d'obéir à leurs supérieur(e)s. Personne ne leur a promis qu'il finirait leurs carrière à Rome.


Magister s'inquiète particulièrement pour les anciens patrons de services disparus. Comme le cardinal polonais Stanislaw Rylko, président sortant de feu le Conseil pontifical pour les laïcs. On propose au prélat de 71 ans. le siège prestigieux de Cracovie, celui de Saint Jean Paul II, dont le titulaire Stanislaw Dziwisz a déjà 77 ans et vient d'accueillir les JMJ. Si le poste ne lui convient pas, il pourrait, "rester à la curie ou sans activité", écrit le vaticaniste qui, avec bienveillance, fait la liste des postes de son niveau qui "pourraient être disponibles pour son reclassement". Deux fonctions actuellement occupés par des cardinaux de... 78 et 81 ans.


On me permettra de douter que le cas du cardinal Rylko, comme celui d'autres prêtres précédemment secrétaires ou sous-secrétaire pareillement désoeuvrés, soit la priorité première du pape. Tous peuvent exercer leurs talents ailleurs qu'à Rome et faire profiter leurs pays de leur expérience acquise à la Maison Mère. A moins qu'ils n'aient peur de retrouver un quotidien moins tranquille que celui du monde merveilleux du Vatican. Comme tous ces cardinaux retraités octogénaires incapables de quitter la Ville éternelle.


Ceci donne envie de reprendre le fameux discours des voeux du pape à la Curie de décembre 2014. De ce texte célèbre au accent de pamphlet, François listait les 15 "maladies de la Curie" (retrouver le texte complet ici). En voici quatre qui fustigent le carriérisme romain.


Citons d'abord la maladie "de la rivalité et de la vanité. Quand l’apparence, les couleurs des vêtements et les insignes de distinctions honorifiques deviennent l’objectif premier de la vie". Puis celle de "diviniser les chefs : c’est la maladie de ceux qui courtisent les Supérieurs, en espérant obtenir leur bienveillance". Ils sont victimes du carriérisme et de l’opportunisme, ils honorent les personnes et non Dieu".


On ajoutera au tableau la "maladie des cercles fermés, où l’appartenance au groupe devient plus forte que celle au Corps et, dans certaines situations, au Christ lui-même". On pense à la présence massive des Salésiens de Don Bosco, du temps où l'un des leurs, le Secrétaire d'État Bertone, faisait la pluie et le beau temps sur les nominations. Et enfin la quinzième et dernière, celle "du profit mondain, des exhibitionnismes, quand l’apôtre transforme son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise pour obtenir des profits mondains ou plus de pouvoirs. »


Contrairement donc à Sandro Magister, je ne s'inquièterai pas du sort des hauts prélats, des 18 clercs et des quatre religieuses, qui ne souffriront jamais du drame du chômage et des fins de mois difficiles. L'ancien archevêque de Buenos-Aires sait faire la différence entre cette réalité, qu'il connaît, et le déchirement d'un départ de Rome.

5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 07:07

Ayant souvent moqué la communication de l'épiscopat, je suis heureux d'en saluer aujourd’hui une bonnes initiative. J'ai reçu il y a quelques jours le programme trimestriel des activités de l'Église de France, envoyé par le service de communication de la CEF. Une belle initiative qui montre le dynamisme des catholiques dans notre pays.


À vos agendas. Au rayon des grands rassemblements, Lourdes accueillera du 12 au 15 septembre celui de la Pastorale des personnes handicapées. 500 personnes sont attendues pour ce temps fort autour du thème « Passionnément Vivants ! » (voir ici). Les 30 septembre et 1er octobre, Ain Karem, Alpha Anuncio et la Communauté de l'Emmanuel organisent à Paris un « Congrès Mission » (voir ici).


Octobre sera également chargé. Deux pèlerinages sont prévus à Lourdes : celui des élus du 13 au 16 (« Chrétien et élu. Des visages d’Evangile pour s’engager aujourd’hui » (voir ici), puis celui des servants d'autels, du 24 au 27 (« Soyez Miséricordieux ! », voir ici). Le Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ) a choisi Saint-Malo pour son Rassemblement national (du 28 au 31, voir ici).


En novembre, en plus de l'habituelle session plénière des évêques (du 4 au 9, à... Lourdes), le Mouvement Chrétien des Cadres et dirigeants (MCC) tient son congrès quinquennal à Saint-Denis (93), sur le thème « Accélérer, jusqu’où ? » (voir ici). La fin de l'Année de la Miséricorde donnera l'occasion de plusieurs déplacements à Rome. Du 23 au 26 septembre, 400 personnes vont participer au Pèlerinage des catéchistes (voir ici). Joliment nommé « Fratello », le Pèlerinage des personnes de la rue (voir ici) sera, du 10 au 13 novembre le dernier événement de l'Année sainte, qui prend fin le 13 novembre, à Rome et ailleurs.


Moins médiatisés que Mère Teresa, le 16 octobre, le Frère Salomon Leclerc, Frère des Écoles chrétienne, (voir ici), ainsi que la carmélite de Dijon Élisabeth de la Trinité (voir ici) rejoindront le panthéon des saints et des saintes. Le père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, fondateur de la famille de Notre-Dame de Vie, sera lui béatifié à Avignon le 19 novembre (voir ici).


Les amateurs de travaux intellectuels trouveront leur bonheur entre le colloque « Le religieux et la cohésion nationale : du Concordat de Bologne à la Séparation », organisé par Mgr Gérard Defois (13-16 octobre à l'Institut catholique de Paris, voir ici), la session annuelle des Semaines sociales de France sur le thème « Ensemble, l'éducation » (19-20 novembre à Paris-La Villette, voir ici) et le 7ème colloque de l'Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France « Dignité du politique et christianisme » (3 décembre, à la CEF, voir ici).


Deux diocèses franciliens fêtent leurs 50 bougies : Évry du 8 au 10 octobre, et Créteil, le 16 octobre. Le Dalaï Lama sera de passage en France du 12 au 18 septembre, à Paris (notamment aux Bernardins) et Strasbourg (voir ici).


On terminera ce catalogue non exhaustif (le programme complet est disponible ici) par un rendez-vous très émouvant. Le 2 octobre sera réouverte l'église Saint-Etienne de Saint-Etienne du Rouvray (diocèse de Rouen). La messe sera précédée d'un rite pénitentiel de réparation (voir ici).

19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 15:33

Des "cathos ++". Voici comment La Vie décrit les quelques 35.000 Français inscrits aux JMJ qui rejoindront la semaine prochaine Cracovie (voir les résultats de l'étude, publiés dans l'édition du 7 juillet 2016, ici). Comme à Madrid en 2011, l'hebdomadaire a sondé les participants au grand rassemblement estival et a pu établir que cette cohorte était davantage estampillée "catho" que la précédente.


L'étude de leur pedigree (voir ici) nous apprend que 83% sont étudiants et lycéens (seuls 2% de demandeurs d'emploi) et que 52% sont enfants de cadres supérieurs. 79% ont fréquenté l'Enseignement catholique


Les chiffres de pratique religieuse (voir ici) sont édifiants : 62% vont à la messe une fois par semaine (contre 54% en 2011), et 8% s'y rendent presque chaque jour. Ils ne sont que 4% à se définir « en recherche » et 1% « sans religion ». Très engagés dans le monde catholique (voir ici , ils fréquentent davantage les branches scoutes (39%), les paroisses (33%) ou les aumôneries (31%) que les mouvements (6%) ou les ONG chrétiennes (4%).


En phase globalement avec les positions de l'Église, ils sont 52% à se dire très proches du discours officiel sur la défense de la vie. Davantage que sur les questions sociales (43%) et, plus encore, que sur l'accueil des migrants et des réfugiés (25%, et 37% « assez proches »). On ne sera pas étonné en conséquence de les trouver sur l'échiquier politique très à droite (voir ici). Il ne sont que 4% à se sentir de gauche, et autant à se dire proches de l'écologie. Ces deux infimes catégories cumulées se révèlent plus faible que celle des JMJistes sensibles à l'extrême droite (9%).


Un dernier caractère de cette cohorte me paraît plus inquiétant : leur regard sur la pluralité religieuse. L'affirmation - radicale - « Il y a une seule vraie religion » a recueilli l'aval de 11% des sondés. C'est peu, mais ce n'est pas rien. Dans une époque marquée par les radicalisations dans toutes les familles de croyances, cela fait frissonner. L'item un peu plus ouvert - « Il y a une seule vraie religion mais d'autres religions contiennent aussi des vérités de base » - arrive en tête (44%), devançant la proposition qui paraît de bon sens « Il n'y a pas une seule vraie religion car toutes les grandes religions contiennent des vérités de base » (37%).


L'accent porté par le pontificat de Benoit XVI sur la vérité du catholicisme a porté ces fruits dans cette jeunesse catholique. Ces JMJistes, qui représentent « le coeur du réacteur catholique de demain », selon Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie, bénéficient de l'attention et de la bienveillance de toute l'institution. Celle-ci sait qu'elle y trouvera ses cadres de demain, clercs, religieux ou laïcs.


A suivre...

8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 12:33

J'ai souvent évoqué dans ce blog les différences, de pensée comme de mode de gouvernement, entre les deux pontifes vivants. Sans cacher ma préférence pour l'actuel. Il est de bon ton dans l'institution catholique de gommer les particularités individuelles et de tordre la réalité jusqu'à montrer que Benoît et François partagent toujours les mêmes convictions. Lesquelles du reste ne sont pas les leurs mais celles de l'Église éternelle.


Il est un observateur qui se fait une joie de marquer les divergences entre l'Allemand et l'Argentin. Il s'agit du plus grand pourfendeur médiatique du pape jésuite, le vaticaniste Sandro Magister, dont certaines des chroniques pour l'hebdomadaire italien l'Espresso sont traduites en français.


Magister est célèbre pour avoir été, l'an passé, temporairement interdit d'accès à la salle de presse du Saint-Siège pour divulgation interdite d'information (crime grave au pays des embargos et des secrets). Il ne cesse de mettre en avant les thèses des spécialistes actuels comme de scruter les textes anciens interdisant les évolutions en cours sur la pastorale familiale.


Le vaticaniste au nom prédestiné a publié il y a quelques jours un billet intitulé « Il n’y a pas un pape, mais deux: un "actif" et un "contemplatif" » (lire ici en français). Très vite, le ton anti-bergoglien est donné. Il est question des « ambigüités, déjà très nombreuses, du pontificat de François », puis de la « révolution » de ce dernier « en train de mettre l’Église sens dessus dessous ». Quand à l'émérite, il est qualifié de « doux prédécesseur », histoire de mettre en avant le caractère autoritaire, connue de tous, de l'actuel pape. On ne peut accuser Magister d'avancer masqué.


Beaucoup pensaient que l'ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi passait ces dernières années dans la discrétion entre ses livres et son piano. Et on apprend qu'il ne renonce pas à sa papauté. Magister liste les signes : il porte la soutane blanche, il signe "Benedictus XVI Papa emeritus", il se fait appeler "Sainteté" et "Saint Père". Bref, il fait le pape, plus peut être que Bergoglio.


D'après Mgr Georg Gänswein, son secrétaire particulier, fidèle depuis sa renonciation, Benoît XVI « n’a pas du tout abandonné le ministère pétrinien », mais a transformé celui-ci en « un ministère élargi, avec un membre actif et un membre contemplatif », dans « une dimension collégiale et synodale, presque un ministère en commun ».


Selon ses propos, tenus en public dans une Université pontificale romaine, l'Eglise serait donc dirigée par un binôme, reprenant les deux formes traditionnelles de vie religieuse : action et contemplation. Souvent décrit comme l'antithèse de l'homme d'appareil, le pape émérite serait donc en train d'inventer un poste, tout seul.


Que cherche donc Ratzinger ? Nourrir son ego ? Ce n'est pas le genre du personnage. Établir un contre-pouvoir ? Son parcours de loyauté rend cette hypothèse peu crédible.


Les ennemis, les vrais, du pape François, sont souvent proches des idées de Benoît XVI, si ce n'est de lui même. Ces personnes ont tout intérêt à remettre en selle le pape émérite en lui donnant un rôle à jouer. Un emploi inattaquable – qui peut critiquer un contemplatif ? - et généreux, à l'image du « doux » Ratzinger.


In fine, si le pape émérite est contemplatif, on ne sait rien de sa contemplation. Prie-t-il pour le monde ? Bien sûr. Pour le Pape François ? Sans doute. Pour la réussite du pontificat actuel ?

6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 14:26

Le diocèse d'Arras cherche un responsable de son service de communication. Il ou elle prendra ses fonctions en septembre. L'annonce, voir ici, précise les qualités requises.


Comme d'habitude dans l'Eglise, le profil recherché est celui d'un mouton à cinq pattes. L'élu(e) doit savoir tout faire : radio, presse écrite, communication institutionnelle, formation des bénévoles, animation d'équipe, réseaux sociaux. Le salaire n'est pas précisé mais on suppose qu'il est calqué sur la grille des animateurs laïcs en pastorale davantage que sur les cadres du privé. Jusqu'ici, rien de très neuf dans le monde de la communication diocésaine.


Une phrase pourtant a attiré mon attention. La voici : « Si possible, avoir une expérience dans la communication à avoir en "situation de crise" ». Passons sur la lourdeur du libellé. Pourquoi faut-il donc maitriser la communication en situation de crise dans un diocèse catholique de France. A cause du drame des migrants coincés à Calais, ville du diocèse ? Parce que le département vote massivement à l'extrême droite et que la présidentielle approche ?


On s'orientera plutôt sur le triste constat que, aujourd'hui ou demain, le diocèse devra (doit ?) faire face à la tempête médiatico-judiciaire d'une histoire de moeurs impliquant un prêtre. Réalité présente pour certains évêques, cauchemar pour tous, les scandales sexuels touchant le clergé sont devenus la hantise des diocèses. Et donc de celle (celui) qui serait en première ligne devant la presse déchaînée.


Jadis, quand on demandait à un évêque le plus gros problème dans la gestion de son diocèse, il évoquait l'alcoolisme qui touchait nombre de ses prêtres. Ce drame, causé par la solitude, était socialement acceptable et accepté. On disait en souriant « M. le Curé taquine un peu trop la bouteille », tout en convenant qu'il s'agissait d'un des plaisirs non défendus. Et inoffensif, sauf pour le foie.


Rien de comparable avec la tornade de la pédophilie qui n'a pas fini de s'abattre sur les diocèses et sur des évêques perdus. Comme ils ne peuvent, comme celui de Lyon, se payaient les services d'un cabinet spécialisé, les diocèses modestes n'ont que le choix de demander une corde supplémentaire à l'arc déjà bien fourni de leur chargé(e) de communication.

28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 07:23

Ce fut un tweet comme un autre dans le monde de la communication politique. Manuel Valls écrit le 24 juin : « Partage du repas de rupture de jeûne avec des habitants d'Évry : la République laïque garantit notre vivre-ensemble ». Le lendemain, sur son compte intitulé Teamcatho, un certain @cistercien a répondu au premier Ministre : « Pour la 100e fois les cathos vous attendent (Carême, Noël, Pâques...) afin de faire vivre les valeurs républicaines ».Retrouver ici leur échange.


Les habitués de ce blog connaissent ma position sur le regard que notre société peut porter sur les religions dans la société française. Je continue de penser que les confessions minoritaires ou moins bien intégrées socialement méritent des égards de la part des élites, de la presse ou des caricaturistes. Parce qu'il a tant imprégné la France, en bien ou en mal, et qui demeure puissant quoi qu'on dise, le catholicisme peut supporter les sarcasmes ou le scepticisme plus que d'autres.


Pour autant, si je ne partage pas toutes les positions de @cistercien, je suis sensible à son message. Il a raison de pointer, en le déplorant, le déséquilibre dans le traitement public des communautés par nos responsables politiques.


Le défilé des élus aux fêtes de l'Iftar – la rupture du jeûne du Ramadan– relève de la bonne gestion des communautés, mais aussi du clientélisme. Le repas du CRIF, présidé le plus souvent par le locataire de l'Élysée (ou, comme en 2016, par celui du Matignon), est aussi un rendez-vous qu'aucune star de la politique ne saurait manquer. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve honore la cérémonie des voeux de la Fédération protestante de France.


Le catholicisme français se dispose pas de rendez-vous de cette nature pouvant accueillir un discours officiel. Certes existe l'instance dite «Matignon » (voir sa présentation ici) qui réunit annuellement le premier Ministre, celui de l'Intérieur, et l'état-major de la conférence épiscopale. Mais il s'agit d'un rendez-vous à huis clos pour évoquer les relations État-Église.


Pourtant, en matière de #VivreEnsemble, si cher à Manuel Valls, les cathos n'ont pas de leçon à recevoir de personnes. Ils sont sur le terrain, massivement, depuis des siècles, au service de tous : le Secours catholique, la société Saint-Vincent-de-Paul, pour n'en citer que deux, sont des porte-drapeaux de cette générosité de disciples du Christ.


On conseille donc aux catholiques de France de créer un événement ad hoc, festif, généreux, et de préférence pas trop liturgique, pour attirer ceux qui nous gouvernent. Et les faire sortir de leur conception de la laïcité à la géométrie variable.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 13:34

Au début de l'Euro 2016 de football, le Ministère de l'Intérieur a publié des consignes pour les spectateurs des matchs. On y apprend, à l'aide de tableau et d'images comment « préparer son arrivée au stade », puis comment « bien se comporter au sein et aux abords des stades » (voir le document ici).


Le document indique les « messages » qu'il convient d'éviter. Dans la liste, on trouve les catégories traditionnelles de propos interdits en publics : injures, racisme, xénophobie, sexisme. Et un dernier qualificatif qui fait beaucoup réagir les milieux catholiques. Le ministère recommande de « ne pas exprimer ou diffuser de messages religieux ».


En quoi un message religieux peut troubler le public du stade ? Certes, il peut exprimer le dénigrement d'autres religions ou de peuples censés confesser une foi différente. On peut citer dans cette catégorie les Irlandais réputés « tous catholiques » ou les Albanais « nécessairement musulmans ». Des amalgames très relatifs quand on sait qu'une majorité des joueurs vivent hors de leurs pays et que l'ensemble du continent est en voie de déconfessionnalisation.


Quoi qu'il en soit, de tels propos relèveraient de l'injure ou du racisme. Leur usage est donc déjà défendu, et par la loi française et par les consignes ministérielles.


Si le message « religieux » ne fait montre d'aucun des autres délits évoqués, en quoi est-il gênant ? Pourquoi donc cette prévention particulière, alors qu'il n'est pas, a priori, défendu de tenir des propos « politiques » ou « philosophiques ? Sans parler des publicités commerciales.


Une pancarte «Jesus loves football » présenterait donc un risque de perturbation dans les tribunes, plus sérieux qu'un calicot « Brexit now » de la part de souverainistes anglais, ou «Valls démission ». M. Cazeneuve, aussi en charge des cultes, pourrait nous en expliquer la raison s'il n'avait d'autres chats à fouetter.


Plus sérieusement, la notion « religieuse » apparaît aujourd'hui comme un cauchemar pour notre République obsédée, hélas à raison, par les questions de sécurité. Et la suppression de toutes références de foi apparaît comme le seul moyen de retrouver le calme.


Certes le nationalisme, parfois source de violence dans les stades, peut comporter une composante religieuse. Mais réduire le message religieux à cet aspect montre la méconnaissance ou le mépris porté aux convictions de foi.


Enfin, on peut rappeler que l'expression de la foi dans l'espace public n'est pas interdite en France, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 13:34

Au début de l'Euro 2016 de football, le Ministère de l'Intérieur a publié des consignes pour les spectateurs des matchs. On y apprend, à l'aide de tableau et d'images comment « préparer son arrivée au stade », puis comment « bien se comporter au sein et aux abords des stades » (voir le document ici).


Le document indique les « messages » qu'il convient d'éviter. Dans la liste, on trouve les catégories traditionnelles de propos interdits en publics : injures, racisme, xénophobie, sexisme. Et un dernier qualificatif qui fait beaucoup réagir les milieux catholiques. Le ministère recommande de « ne pas exprimer ou diffuser de messages religieux ».


En quoi un message religieux peut troubler le public du stade ? Certes, il peut exprimer le dénigrement d'autres religions ou de peuples censés confesser une foi différente. On peut citer dans cette catégorie les Irlandais réputés « tous catholiques » ou les Albanais « nécessairement musulmans ». Des amalgames très relatifs quand on sait qu'une majorité des joueurs vivent hors de leurs pays et que l'ensemble du continent est en voie de déconfessionnalisation.


Quoi qu'il en soit, de tels propos relèveraient de l'injure ou du racisme. Leur usage est donc déjà défendu, et par la loi française et par les consignes ministérielles.


Si le message « religieux » ne fait montre d'aucun des autres délits évoqués, en quoi est-il gênant ? Pourquoi donc cette prévention particulière, alors qu'il n'est pas, a priori, défendu de tenir des propos « politiques » ou « philosophiques ? Sans parler des publicités commerciales.


Une pancarte «Jesus loves football » présenterait donc un risque de perturbation dans les tribunes, plus sérieux qu'un calicot « Brexit now » de la part de souverainistes anglais, ou «Valls démission ». M. Cazeneuve, aussi en charge des cultes, pourrait nous en expliquer la raison s'il n'avait d'autres chats à fouetter.


Plus sérieusement, la notion « religieuse » apparaît aujourd'hui comme un cauchemar pour notre République obsédée, hélas à raison, par les questions de sécurité. Et la suppression de toutes références de foi apparaît comme le seul moyen de retrouver le calme.


Certes le nationalisme, parfois source de violence dans les stades, peut comporter une composante religieuse. Mais réduire le message religieux à cet aspect montre la méconnaissance ou le mépris porté aux convictions de foi.


Enfin, on peut rappeler que l'expression de la foi dans l'espace public n'est pas interdite en France, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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