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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 07:23

Ce fut un tweet comme un autre dans le monde de la communication politique. Manuel Valls écrit le 24 juin : « Partage du repas de rupture de jeûne avec des habitants d'Évry : la République laïque garantit notre vivre-ensemble ». Le lendemain, sur son compte intitulé Teamcatho, un certain @cistercien a répondu au premier Ministre : « Pour la 100e fois les cathos vous attendent (Carême, Noël, Pâques...) afin de faire vivre les valeurs républicaines ».Retrouver ici leur échange.


Les habitués de ce blog connaissent ma position sur le regard que notre société peut porter sur les religions dans la société française. Je continue de penser que les confessions minoritaires ou moins bien intégrées socialement méritent des égards de la part des élites, de la presse ou des caricaturistes. Parce qu'il a tant imprégné la France, en bien ou en mal, et qui demeure puissant quoi qu'on dise, le catholicisme peut supporter les sarcasmes ou le scepticisme plus que d'autres.


Pour autant, si je ne partage pas toutes les positions de @cistercien, je suis sensible à son message. Il a raison de pointer, en le déplorant, le déséquilibre dans le traitement public des communautés par nos responsables politiques.


Le défilé des élus aux fêtes de l'Iftar – la rupture du jeûne du Ramadan– relève de la bonne gestion des communautés, mais aussi du clientélisme. Le repas du CRIF, présidé le plus souvent par le locataire de l'Élysée (ou, comme en 2016, par celui du Matignon), est aussi un rendez-vous qu'aucune star de la politique ne saurait manquer. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve honore la cérémonie des voeux de la Fédération protestante de France.


Le catholicisme français se dispose pas de rendez-vous de cette nature pouvant accueillir un discours officiel. Certes existe l'instance dite «Matignon » (voir sa présentation ici) qui réunit annuellement le premier Ministre, celui de l'Intérieur, et l'état-major de la conférence épiscopale. Mais il s'agit d'un rendez-vous à huis clos pour évoquer les relations État-Église.


Pourtant, en matière de #VivreEnsemble, si cher à Manuel Valls, les cathos n'ont pas de leçon à recevoir de personnes. Ils sont sur le terrain, massivement, depuis des siècles, au service de tous : le Secours catholique, la société Saint-Vincent-de-Paul, pour n'en citer que deux, sont des porte-drapeaux de cette générosité de disciples du Christ.


On conseille donc aux catholiques de France de créer un événement ad hoc, festif, généreux, et de préférence pas trop liturgique, pour attirer ceux qui nous gouvernent. Et les faire sortir de leur conception de la laïcité à la géométrie variable.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 13:34

Au début de l'Euro 2016 de football, le Ministère de l'Intérieur a publié des consignes pour les spectateurs des matchs. On y apprend, à l'aide de tableau et d'images comment « préparer son arrivée au stade », puis comment « bien se comporter au sein et aux abords des stades » (voir le document ici).


Le document indique les « messages » qu'il convient d'éviter. Dans la liste, on trouve les catégories traditionnelles de propos interdits en publics : injures, racisme, xénophobie, sexisme. Et un dernier qualificatif qui fait beaucoup réagir les milieux catholiques. Le ministère recommande de « ne pas exprimer ou diffuser de messages religieux ».


En quoi un message religieux peut troubler le public du stade ? Certes, il peut exprimer le dénigrement d'autres religions ou de peuples censés confesser une foi différente. On peut citer dans cette catégorie les Irlandais réputés « tous catholiques » ou les Albanais « nécessairement musulmans ». Des amalgames très relatifs quand on sait qu'une majorité des joueurs vivent hors de leurs pays et que l'ensemble du continent est en voie de déconfessionnalisation.


Quoi qu'il en soit, de tels propos relèveraient de l'injure ou du racisme. Leur usage est donc déjà défendu, et par la loi française et par les consignes ministérielles.


Si le message « religieux » ne fait montre d'aucun des autres délits évoqués, en quoi est-il gênant ? Pourquoi donc cette prévention particulière, alors qu'il n'est pas, a priori, défendu de tenir des propos « politiques » ou « philosophiques ? Sans parler des publicités commerciales.


Une pancarte «Jesus loves football » présenterait donc un risque de perturbation dans les tribunes, plus sérieux qu'un calicot « Brexit now » de la part de souverainistes anglais, ou «Valls démission ». M. Cazeneuve, aussi en charge des cultes, pourrait nous en expliquer la raison s'il n'avait d'autres chats à fouetter.


Plus sérieusement, la notion « religieuse » apparaît aujourd'hui comme un cauchemar pour notre République obsédée, hélas à raison, par les questions de sécurité. Et la suppression de toutes références de foi apparaît comme le seul moyen de retrouver le calme.


Certes le nationalisme, parfois source de violence dans les stades, peut comporter une composante religieuse. Mais réduire le message religieux à cet aspect montre la méconnaissance ou le mépris porté aux convictions de foi.


Enfin, on peut rappeler que l'expression de la foi dans l'espace public n'est pas interdite en France, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 13:34

Au début de l'Euro 2016 de football, le Ministère de l'Intérieur a publié des consignes pour les spectateurs des matchs. On y apprend, à l'aide de tableau et d'images comment « préparer son arrivée au stade », puis comment « bien se comporter au sein et aux abords des stades » (voir le document ici).


Le document indique les « messages » qu'il convient d'éviter. Dans la liste, on trouve les catégories traditionnelles de propos interdits en publics : injures, racisme, xénophobie, sexisme. Et un dernier qualificatif qui fait beaucoup réagir les milieux catholiques. Le ministère recommande de « ne pas exprimer ou diffuser de messages religieux ».


En quoi un message religieux peut troubler le public du stade ? Certes, il peut exprimer le dénigrement d'autres religions ou de peuples censés confesser une foi différente. On peut citer dans cette catégorie les Irlandais réputés « tous catholiques » ou les Albanais « nécessairement musulmans ». Des amalgames très relatifs quand on sait qu'une majorité des joueurs vivent hors de leurs pays et que l'ensemble du continent est en voie de déconfessionnalisation.


Quoi qu'il en soit, de tels propos relèveraient de l'injure ou du racisme. Leur usage est donc déjà défendu, et par la loi française et par les consignes ministérielles.


Si le message « religieux » ne fait montre d'aucun des autres délits évoqués, en quoi est-il gênant ? Pourquoi donc cette prévention particulière, alors qu'il n'est pas, a priori, défendu de tenir des propos « politiques » ou « philosophiques ? Sans parler des publicités commerciales.


Une pancarte «Jesus loves football » présenterait donc un risque de perturbation dans les tribunes, plus sérieux qu'un calicot « Brexit now » de la part de souverainistes anglais, ou «Valls démission ». M. Cazeneuve, aussi en charge des cultes, pourrait nous en expliquer la raison s'il n'avait d'autres chats à fouetter.


Plus sérieusement, la notion « religieuse » apparaît aujourd'hui comme un cauchemar pour notre République obsédée, hélas à raison, par les questions de sécurité. Et la suppression de toutes références de foi apparaît comme le seul moyen de retrouver le calme.


Certes le nationalisme, parfois source de violence dans les stades, peut comporter une composante religieuse. Mais réduire le message religieux à cet aspect montre la méconnaissance ou le mépris porté aux convictions de foi.


Enfin, on peut rappeler que l'expression de la foi dans l'espace public n'est pas interdite en France, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public.

13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 20:02

Savez-vous où ont rendez-vous les jeunes chrétiens français du 24 ou 28 juillet ? Si vous répondez en Pologne, vous n'aurez pas tort. Les 40.000 jeunes de l'hexagone participant aux JMJ (voir ici le site national) seront à ces dates accueillis dans des diocèses polonais avant de converger vers Cracovie, le 27 juillet, pour cinq jours en compagnie du Pape François.


Une autre réponse est correcte : Saint-Malo. La cité bretonne accueille la 3e édition du Grand Kiff (voir ici), rassemblement pour les 15-20 ans organisé par l'Église protestante unie de France. Après Lyon en 2019 et Grenoble en 2013, la cité corsaire va recevoir près de 1500 jeunes durant cinq journées intenses autour du thème : « Et vous qui dites vous que je suis ? » (Mc, 8, 29).


Le clip officiel du rassemblement (à retrouver ici), inévitablement tourné sur la plage, fait rimer trois phrases : « Que dis tu de moi ? / Dis moi comment tu crois / Partage autour de toi ». Trois dimensions très présentes, notamment à travers les cultes quotidiens, dont trois seront thématisés : « Ce que je crois, je le dis », « Vivre sa foi avec d’autres », « Dire sa foi ensemble ».


Un contenu de nature à tordre le coup aux propos convenus prétendants que le monde luthéro-réformé ne serait plus qu'une confrérie humaniste et sociale, aux vagues racines chrétiennes. La Bible sera très présente à travers des ateliers chaque matin.


Les jeunes sont invités à entrer dans la démarche menant l'ensemble du monde protestant vers 2017 et le 500e anniversaire de la Réforme de Luther. Toute l'année, des questions leur ont été proposées en ce sens : « Le jugement dernier ne fait plus peur ? Tant mieux ! Mais quels sont les jugements qui brisent ou qui paralysent aujourd'hui ? », « Jésus est sauveur ! Mais de quoi ? », « Pâturages verdoyants, salle de noces, cité radieuse et surtout festin, dit la Bible pour évoquer le règne de Dieu. Et nous, comment voyons-nous ce royaume ? », « La trinité : 3D en haute fidélité ? » ou encore « Le malheur est-il une punition de Dieu ? ». Des interrogations valables pour les fidèles toutes les Églises chrétiennes.


Un concours « Nos thèses pour l’Évangile » a été lancé en amont du Grand Kiff. Seuls ou en groupe, les jeunes de 15 à 30 ans étaient invités à exprimer par des vidéos (deux minutes maximum) une conviction de foi, leur « thèse » 2017.


Autre nouveauté de cette 3e édition du Grand Kiff, la génération précédente, celle des 20-30 ans, est mobilisée pour participer à un camp-service, l'Alter Kiff, du 15 au 31 juillet. Encadrés par des professionnels, les 200 à 300 volontaires pourront ainsi se former dans différents domaines (prévention, communication, spectacle, vie spirituelle...), tout en permettant la réussite de l'évènement pour leurs cadets.


Depuis le début de l'année scolaire, deux garçons en service civique sillonnent les groupes de la jeunesse protestante. Ils assurent la promotion de l'événement Grand Kiff bien sûr. Mais ils sondent également les aspirations des jeunes, pour leur permettre de s'intégrer au mieux dans la vie de leurs communautés locales. Une préoccupation partagée par leurs cousins catholiques.

31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 14:14

De nos jours, on entend beaucoup d'un côté les anti-religieux les plus obtus et de l'autre les croyants qui affirment leur identité de foi face aux autres. Un peu de détente ne peut donc pas faire de mal. Merci donc à Coexister, le mouvement interreligieux et inter-convictionnel des jeunes, qui vient de publier un réjouissant Cahier de vacances au titre assez engageant : « Coexistez, bons dieux » (éd. du Cerf, 80 pages, 10 €, voir la présentation ici).


Le titre en dit déjà beaucoup. On ne peut que se réjouir de la mise au pluriel de l'expression populaire « bon dieu », juron jadis exclusivement catholique. En France au début du XXIe siècle, les dieux sont plusieurs, ce qui ne doit pas être une mauvaise nouvelle.


Le titre s'adresse-t-il aux dieux eux-mêmes ? On peut en douter. Les dieux sont vraisemblablement plus sages que les hommes. Du reste, selon les auteurs, ces dieux sont bons, et leur bienveillance les rend capables de vivre ensemble en paix. Il sera plus facile pour eux de ne pas se chamailler que d'aller en librairie se procurer ce cahier de vacances à leur gloire. Même si Amazon est sans doute capable de livrer dans le ciel.


A l'évidence, l'exhortation s'adresse aux croyants, toujours prêts à se crêper le chignon au nom de leur divinité, meilleure que celle du voisin. Mais aussi aux citoyens, hélas nombreux, qui considèrent que les dieux quels qu'ils soient et leurs affidés n'apportent rien de... bon. On y revient toujours.


Comme tous les cahiers de vacances, celui-ci offre des cartes à colorier, des mots-fléchés, des quiz, de l’histoire, de la géographie, des jeux à relier. Ainsi que des questions capitales comme : une huître est-elle casher ?


A la différence des autres livre du genre, celui-ci traite d'un contenu que l'école, hélas, aborde peu. Mêmes les meilleurs élèves – petits et grands – ont donc beaucoup à y apprendre. Non pour récolter de bonnes notes l'an prochain, mais pour se comporter en meilleurs citoyens, ouverts au monde dans sa diversité.


Grâce à sa présence médiatique, Coexister avait déjà réussi à parler bien au-delà de son public originel – les jeunes. Il reste à espérer que les générations plus avancées, celles pour qui la cohabitation interreligieuse, réalité nouvelle, est loin d'être évidente. C'est donc un beau cadeau pour la plage ou le jardin, à offrir à celles et ceux qui ne savent pas encore que les dieux sont divers et bien disposés.

14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 22:02

En 2013, les biblistes francophones ont proposé de changer une phrase de la plus célèbre prière chrétienne, le Notre-Père. « Ne nous soumets pas à la tentation » est remplacé par « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Cette formulation, validée par Rome, pourrait entrer en vigueur dans la liturgie catholique en 2017.


Dans un souci d'oecuménisme, réalité très forte chez les biblistes (on pense à l'aventure de la Traduction oecuménique de la Bible, la célèbre TOB), les responsables catholiques francophones ont eu la bonne idée de soumettre le changement aux principales Églises partenaires du monde protestant. Réuni en Synode lors du week-end de l'Ascension à Nancy, l'Église protestante unie de France (EPUdF), qui regroupe luthériens et réformés hors zone concordataire, ont étudié cette évolution qui n'est pas sans signification.


Dans sa déclaration finale (à retrouver ici) , le Synode « recommande aux paroisses et Églises locales d’utiliser » la nouvelle version proposée. Non sans avoir louer la tradition oecuménique dans le domaine biblique et signaler leur « reconnaissance » envers le partenaire catholique qui les sollicite. On notera que le Synode n'impose pas, dans la tradition protestante, cette évolution. En effet, selon l'organe officielle de l'EPUdF, « il est impossible de décider d’une traduction univoque concernant certaines expressions de la prière du Notre-Père ».


En amont de la réunion de Nancy, l'hebdomadaire protestant Réforme avait interrogé plusieurs théologiens de l'EPUdF. Et l'enquête de Marie Lefebvre-Billiez (à lire ici) montre que tous les spécialistes ne partagent pas ce changement, ni le présupposé théologique qui le porte. Dans le camp de l'évolution, on trouve le pasteur Louis Pernot, de la paroisse parisienne de l'Étoile. « Je ne crois pas que Dieu soit à l’origine de la tentation, dit-il. Le monde suffit à nous éprouver, Dieu n’a pas besoin d’en rajouter ! ».


Ancien aumônier de prison, Catherine Zuber, d’Avignon, pense aussi que la nouvelle formule est plus facile à accepter pour les détenus. « Nous cherchons à leur présenter un Dieu qui peut nous soustraire à la tentation, quelqu’un à qui l’on peut demander la force d’y résister. »


Flemming Fleinert-Jensen, pasteur retraité, avait été sollicité pour donner aux catholiques un avis sur la formule. Un avis favorable. Tout en reconnaissant qu'il n’y a pas de traduction idéale. « On peut trouver dans l’Ancien Testament des pages disant que Dieu met l’homme à l’épreuve pour tester la solidité de sa foi. Mais l’ensemble de la Bible indique que ce n’est pas Dieu, mais le diable, qui nous tente. Dieu ne tend pas de piège. Il est là pour nous mettre à l’abri de la tentation, et rester à nos côtés pour qu’on ne tombe pas quand c’est trop lourd. »


Pour Flemming Fleinert-Jensen, ancien du groupe oecuménique des Dombes, la tentation dont il est question ici serait est celle « d’abandonner, de se dire “à quoi bon ?” ». Il est rejoint sur ce point par Nicole Fabre, pasteur, bibliste et aumônier d'hôpital : «La tentation suprême est de croire qu’on est abandonné de tous, qu’on est livré à soi-même. »


Un aréopage de savants protestants unanimes serait quelque peu décevant. L'enquête de Marie Lefebvre-Billez donne la parole aux réfractaires. Parmi eux Jean-Paul Morley, pasteur de la paroisse parisienne Pentemont-Luxembourg, « Dieu ne cherche pas à nous éviter de tomber dans la tentation. Cette dernière est nécessaire. C’est l’Esprit de Dieu qui pousse Jésus dans le désert pour y être tenté, et c’est cela qui le qualifie comme Messie. Sans tentation, sans épreuve, que devenons-nous ? Comment avoir de la compassion pour autrui, si on n’a pas partagé ses souffrances ? » Pour lui, il convient davantage de demander à Dieu « qu'il nous donne la force de passer à travers la tentation » ou, autrement formulé, « de ne pas être détruit ou entièrement vaincu par la tentation. »


Professeur de dogmatique à l’Institut protestant de théologie, le pasteur luthérien Frédéric Chavel voit dans cette nouvelle traduction « une tentative pour nettoyer l’image de Dieu, pour qu’il n’ait aucune compromission avec le mal. On préférerait une répartition claire des bons et des mauvais rôles entre Dieu et le diable ».


La liberté laissée aux pasteurs dans la décision du Synode a permis un vote très majoritaire. Jean-Paul Morley pense qu'il va conserver la formulation ancienne. Mais pour les rencontres oecuméniques, il invitera sa communauté à utiliser la nouvelle phrase. Le Notre-Père, version catholique, ne provoqueront donc pas de tempête chez les protestants.

29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 11:51

Dans toutes les administrations occidentales, un patron arrive avec ses équipes et les personnages clés qui entouraient son prédécesseur sont priés de faire leur bagage illico presto. Rien de tout cela dans les salons du Saint-Siège où l'habit d'archevêque et encore plus de cardinal garantit de hautes fonctions jusqu'à 75 ans, voir plus.


Au Vatican, on ne congédie pas un cardinal de la Sainte-Église comme un vulgaire énarque chef de cabinet. L'élu sur le Siège de Pierre doit composer avec ceux que le pontife précédent a mis en place. C'est ainsi, on l'a vu dans mon dernier post (à relire ici), que le cardinal Müller demeure en charge de la doctrine de la foi, malgré certaines divergences de vue avec le pape.


Un autre personnage central est aujourd'hui en tension avec son patron : Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques. Le cardinal québécois est en charge des nominations épiscopales dans tous les pays anciennement chrétiens (1). Ses services proposent, pour chaque poste à pourvoir, trois noms au pape. Lequel est seul habilité à nommer des évêques.


D'après le journaliste québécois Alain Prokin, cité dans le Journal de Montréal du 18 avril (lire ici), les candidatures mises au panier par François seraient de plus en plus fréquentes. Pour des postes importants – Chicago, Madrid ou Sydney -, les poulains de Ouellet n'ont pas été retenus. J'avais écrit un post sur la nomination suprrise de Blase Cupich à Chicago en 2014 (voir ici).


Marc Ouellet, souvent cité lors du conclave de 2013, avait une image de conservateur comme archevêque de Québec entre 2003 et 2010. Celle-ci s'est confirmée à Rome, quand Benoit XVI l'a nommé en 2010 à la tête de la puissance congrégation.


Le journaliste québécois s'interroge même sur l'avenir du prélat dans cette fonction. A quoi bon pour le pape s'astreindre à travailler avec une personne à qui il ne fait plus confiance pour les choix de nomination ? Mais alors, que faire de ce cardinal trop jeune (71 ans) pour être mis à la retraite (75 ans) ?


Le système hiérarchique est ici prise en faute et on rêverait du modèle des communautés religieuses. Les supérieur(e)s retournent dans le rang leur mandat effectué. L'ancien patron des jésuites d'Argentine (1973-1980) redevenu simple prêtre ensuite en sait quelque chose.


Pour l'heure, seul l'ultra conservateur cardinal Raymond Burke (voir ici sa fiche wikipedia) a été clairement mis au placard. Titulaire du poste prestigieux de Préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique, ce prélat étatsunien a été « promu » en 2014 patron de l'Ordre souverain militaire de Malte par le pape argentin.


S'il veut continuer à avancer, le pape devra se séparer, avec diplomatie, des hauts responsables du Saint-Siège qui ne se situent pas dans sa dynamique. Sans quoi, les évolutions qu'il veut mettre en œuvre risquent la paralysie.


(1) Les pays de mission relèvent de la congrégation pour l'évangélisation des peuples.

26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 08:38

Prêtre parisien, curé de la paroisse Notre-Dame de Compassion (XVIIe arrondissement), Christian Lancrey-Javal demeure bouleversé, comme nous tous, pour la histoires de pédophilie touchant les religieux.


Dans son homélie dominicale du 24 avril (à retrouver intégralement ici), en commentant l'évangile de Jean (Jn 13, 31-33a.34-35), il est d'abord revenu sur une réponse du Pape François dans son livre d'entretien avec des enfants « Quelles sont les décisions qui coûtent au Pape ? », interrogeait un enfant. Réponse de François: « Il y en a beaucoup, mais le plus difficile est de devoir relever quelqu'un d'un poste de responsabilité ou d'une position de confiance parce qu'il n'est pas compétent ».


La phrase résonne fort aujourd'hui au regard de la difficulté pour l'institution de se séparer de ses membres coupables de crimes ou de délits sexuels. Dans un récent billet de ce blog, j'émets l'hypothèse que le manque de prêtres fait hésiter à se séparer des fautifs d'hier et potentiels récidivistes (à retrouver ici). Je suis intervenu dans ce sens lors de l'enquête présentée vendredi 22 avril sur France Inter, "Pédophilie dans l'Église: la conspiration du silence" (à écouter ici), dans l'émission Secrets d'info.


Le P. Lancrey-Javal est nettement plus catégorique que nombres des ses supérieurs les évêques. « Au Vendredi saint, l’Église a re-demandé pardon pour ceux de ses prêtres qui ont commis des abominations, qui ont profané le sacerdoce dont ils étaient investis, mais cela ne suffit pas. Avec d’autres chrétiens, nous demandons qu’ils soient renvoyés de l’état clérical : radiés, pas déplacés. Non pas renvoyés dans la nature : suivis et accompagnés, à la charge de l'Église qui s’est engagée envers eux au jour de leur ordination. J’attends cet engagement solennel de nos évêques. Et je vous demande de prier avec moi, et de faire pression, avec le sensum fidei, pour qu’ils le prennent. »


L'appel est clair, alors que la commission ad hoc se met en place dans l'épiscopat pour aider les évêques à gérer ces cas douloureux.


Le curé parisien ne supporte plus les excuses mille fois entendues en milieu ecclésiastique. Il en réfute trois. « Je vous en supplie : ne dites pas, à la décharge de ces prêtres, que d’autres hommes, plus nombreux d’ailleurs dans les familles, le font ».


Il rejette l'argument de l'acharnement de la société à travers les « méchants » journalistes. « Ne dites pas, pire encore, que les médias en profitent et s’acharnent contre l’Église. Les médias ne sont que la caisse de résonance d’une horreur sans équivalent, à l’égard de ceux qui se servent de Dieu et le défigurent ».


Enfin, il pourfend la réponse insuffisante et si souvent apportée par l'Église devant les victimes, à Lyon comme ailleurs : « Ne dites pas que c’est une affaire de pardon : c’est une affaire de responsabilité »


Pour lui, l'Église se doit d'être implacable. « Lorsque le dommage est irréparable, il ne peut plus y avoir retour à l’activité. Et puis, il faut être logique : ils ne pourraient pas entrer au séminaire ; ils ne peuvent plus être prêtres. »


Cette parole est depuis longtemps celle des victimes, celle de la société toute entière. Elle doit être demain celle de toute l'institution.

18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 20:01

En octobre 2017, on célèbrera les 500 ans de l'acte de naissance de la Réforme : la publication par le moine Martin Luther de ses fameuses 95 thèses. Les catholiques ne veulent pas tous souffler les bougies du gâteau.


On avait perçu quelques signes plutôt positifs jusqu'alors. Le Pape François doit se rendre en Suède terre historiquement luthérienne, en octobre prochain (voir ici une dépêche de l'AFP), afin de participer à une rencontre luthéro-catholique. Il sera accueilli par une femme, qui dirige la très libérale Eglise luthérienne du pays (femmes prêtres, évêques ouvertement homosexuels).


Le pape s'est aussi dernièrement rapprocher de l'Eglise vaudoise (voir ici un post de mon blog) , la famille luthéro-réformée la plus dynamique en Italie. L'an dernier, le père capucin Raniero Cantalamessa, le prédicateur du pape, avait salué « l'enrichissement théologique et spirituel » de la Réforme.


Et voici que l'homme fort de la ligne conservatrice de la Curie, le cardinal allemand Gerhard Müller, vient de refroidir ceux qui attendaient des embrassades oecuméniques l'an prochain. Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, nommé par son ami Benoît XVI (il prépare la publication de ses œuvres complètes) a ensuite été confirmé par François, qui l'a créé cardinal. Il a affirmé début avril que les catholiques n'ont « aucune raisons de célébrer l'événement de 1517 ».


Il a dénoncé le danger d'une « protestantisation de l'Église catholique sur la base d'une vision laïque sans référence à la transcendance ». « Si nous sommes convaincus, a-t-il affirmé, que la révélation divine est présente en totalité et de manière inchangée à travers les Ecritures et la tradition, dans la doctrine de la foi, les sacrements et la constitution hiérarchique de l'Eglise par le droit divin, fondée par le sacrement de l'ordre, nous ne pouvons accepter l'existence des raisons suffisantes de se séparer de l'Eglise ».


Autrement dit, selon la bonne ecclésiologie catholique, la rupture luthérienne était non avenue en 1517. Et ceux qui sont du côté de la vérité catholique n'ont pas à fêter la naissance d'une autre voie.


Pourtant le même Gerhard Müller fut, de 2009 à 2012, le vice-président de la Commission internationale luthéro-catholique. En 2013, son nom figure parmi les signataires d'un rapport de cette instance paritaire sur la commémoration de 2017, intitulé "Du conflit à la communion" (lire en intégralité ici).


On pouvait lire dans le premier alinéa de ce document : « En 2017, les chrétiens luthériens et catholiques célébreront ensemble le 500e anniversaire des débuts de la Réforme. Aujourd’hui, les luthériens et les catholiques ont la joie de se comprendre mutuellement de mieux en mieux, de coopérer et de se respecter de plus en plus. Ils ont fini par reconnaître que ce qui les unit est plus important que ce qui les sépare ».


Le cardinal allemand semble aujourd'hui plus prompt à pointer les divergences, réelles, que les croyances communes.


Une clarification de la position du Saint-Siège vis-à-vis de l'événement est aujourd'hui nécessaire. Le pape ne peut plus se contenter de multiplier les gestes avec les orthodoxes – à Cuba avec le Patriarche de Russie ou à Lesbos, avec les hiérarques d'Athènes et de Constantinople - sans renouer le fil, plus fragile, avec les enfants de Luther.

4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 21:45

Le jour de Pâques, plus de 60 personnes ont trouvé la mort à Lahore (Inde) dans un attentat clairement dirigé contre les chrétiens locaux. Cette triste réalité n'a pas été mentionnée dans le message du président Hollande.


En Grande-Bretagne, l'adjectif « chrétien » semble tout naturel au Premier ministre David Cameron. En, ce même jour de Pâques, le dirigeant conservateur a affirmé : « Nous sommes un pays chrétien et nous en sommes fiers ». Pour lui, pas de doute, les valeurs du pays - « responsabilité, travail, charité, compassion, fierté de travailler pour le bien commun », sont « des valeurs chrétiennes ».


Cette déclaration est diversement appréciée de l'autre côté de la Manche. Une critique vient du monde évangélique, peu enclin pourtant à mettre sa foi dans sa poche, qui plus est en terre concordataire. Ainsi le site internet des Evangéliques du Bas-Rhin, qui fédère 15 Eglises et 13 associations de l'agglomération de Strasbourg (lire leur réaction ici), récuse l'idée de pays chrétiens « que ce soit pour l’Angleterre, la France, ou tout autre pays, qui relève d’une confusion entre le spirituel et le temporel ». Pour eux, le terme de racines chrétiennes est bien suffisant.


Le Premier ministre britannique est coutumier du fait. En janvier 2012, le blog religieux de Ouest France signalait qu'il avait déclaré « La Grande-Bretagne est un pays chrétien et personne ne doit avoir peur de le dire » (post disponible ici). Loin d'y voir un danger d'exclusion d'autres confessions, David Cameron affirmait alors que « la tolérance que le christianisme exige » offre « plus de place aux autres religions » dans son pays.


Il accordait l'essentiel des mérites non pas aux institutions religieuses, en perte de crédit comme chez nous, mais à la Bible. Laquelle dans sa bouche semble un livre exclusivement chrétien ! Livre majeur et pour comprendre le passé et pour « construire l'avenir collectif », la Bible a donné, dixit Cameron, la « structure de langage » du pays, celle que « nous vivons et respirons, sans même parfois nous en rendre compte ». Elle a apporté des bienfaits en politique : « droits de l'homme et de l'égalité, monarchie constitutionnelle et démocratie parlementaire ». Enfin, le Livre des livres a apporté à la Grande-Bretagne « une série de valeurs et une morale qui sont à la base de ce qu'elle est aujourd'hui » et qui méritent d'être défendues.


On n'ose imaginé pareil propos dans notre République. Aux peuples épris de laïcité, David Cameron faisait justement la leçon. Selon lui, il est « beaucoup plus facile de croire en d'autres religions et de les pratiquer en Grande Bretagne, quand celle-ci s'appuie sur sa propre identité chrétienne ».


Arrivait alors la pique anti-française : « Beaucoup de gens me disent à quel point c'est plus facile d'être juif ou musulman en Angleterre que dans un pays laïc comme la France. Pourquoi? Parce que la tolérance que le christianisme exige de notre société donne plus de place aux autres religions et parce qu'un grand nombre des valeurs d'une société chrétienne sont partagés par des personnes de toutes les religions ou d'aucune religion ».


Le militant laïque français qui aura survécu à ces arguments sera sans doute achevé par une dernière conviction que portait, en 2012, l'hôte du 10 Downing Street. « Pour moi, le christianisme, la foi, la religion, l'Eglise et la Bible sont toutes intrinsèquement impliquées dans la politique, dans la mesure où tant de questions politiques sont des questions morales ».


On pourrait penser que les catholiques français brandissant volontiers leurs bannières religieuses se réjouiraient de voir le leader britannique si bienveillant envers le christianisme de son pays. Pourtant, dans Famille chrétienne, Jean-Claude Bésida avait moqué l'an passé « David Cameron et son curieux message de Pâques » (à retrouver ici), lequel était du même acabit.


Le journaliste faisait remarquer que le Premier ministre avait laisser passer « plusieurs mesures en contradiction directe avec la vision chrétienne de l’homme » – notamment le mariage entre personnes de même sexe (adopté en mars 2014) – et que son pays ne reconnaissait pas la liberté de conscience pour les sages-femmes qui refusent de pratiquer l’avortement. Il y qualifiait de « gloubi-boulga » ces prétendues « valeurs chrétiennes » choyées par David Cameron.


Jean-Claude Bésida voyait quand même un bon coté dans le positionnement un peu acrobatique du leader conservateur anglais. « La foi chrétienne redevient un peu à la mode. En tout cas, elle n’est plus tout à fait quelque chose de totalement ringard et déphasé. Est-il in d’être chrétien ? »


Sans doute davantage dans les arcanes du pouvoir à Londres qu'à Paris.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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