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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 15:33

Des "cathos ++". Voici comment La Vie décrit les quelques 35.000 Français inscrits aux JMJ qui rejoindront la semaine prochaine Cracovie (voir les résultats de l'étude, publiés dans l'édition du 7 juillet 2016, ici). Comme à Madrid en 2011, l'hebdomadaire a sondé les participants au grand rassemblement estival et a pu établir que cette cohorte était davantage estampillée "catho" que la précédente.


L'étude de leur pedigree (voir ici) nous apprend que 83% sont étudiants et lycéens (seuls 2% de demandeurs d'emploi) et que 52% sont enfants de cadres supérieurs. 79% ont fréquenté l'Enseignement catholique


Les chiffres de pratique religieuse (voir ici) sont édifiants : 62% vont à la messe une fois par semaine (contre 54% en 2011), et 8% s'y rendent presque chaque jour. Ils ne sont que 4% à se définir « en recherche » et 1% « sans religion ». Très engagés dans le monde catholique (voir ici , ils fréquentent davantage les branches scoutes (39%), les paroisses (33%) ou les aumôneries (31%) que les mouvements (6%) ou les ONG chrétiennes (4%).


En phase globalement avec les positions de l'Église, ils sont 52% à se dire très proches du discours officiel sur la défense de la vie. Davantage que sur les questions sociales (43%) et, plus encore, que sur l'accueil des migrants et des réfugiés (25%, et 37% « assez proches »). On ne sera pas étonné en conséquence de les trouver sur l'échiquier politique très à droite (voir ici). Il ne sont que 4% à se sentir de gauche, et autant à se dire proches de l'écologie. Ces deux infimes catégories cumulées se révèlent plus faible que celle des JMJistes sensibles à l'extrême droite (9%).


Un dernier caractère de cette cohorte me paraît plus inquiétant : leur regard sur la pluralité religieuse. L'affirmation - radicale - « Il y a une seule vraie religion » a recueilli l'aval de 11% des sondés. C'est peu, mais ce n'est pas rien. Dans une époque marquée par les radicalisations dans toutes les familles de croyances, cela fait frissonner. L'item un peu plus ouvert - « Il y a une seule vraie religion mais d'autres religions contiennent aussi des vérités de base » - arrive en tête (44%), devançant la proposition qui paraît de bon sens « Il n'y a pas une seule vraie religion car toutes les grandes religions contiennent des vérités de base » (37%).


L'accent porté par le pontificat de Benoit XVI sur la vérité du catholicisme a porté ces fruits dans cette jeunesse catholique. Ces JMJistes, qui représentent « le coeur du réacteur catholique de demain », selon Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie, bénéficient de l'attention et de la bienveillance de toute l'institution. Celle-ci sait qu'elle y trouvera ses cadres de demain, clercs, religieux ou laïcs.


A suivre...

8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 12:33

J'ai souvent évoqué dans ce blog les différences, de pensée comme de mode de gouvernement, entre les deux pontifes vivants. Sans cacher ma préférence pour l'actuel. Il est de bon ton dans l'institution catholique de gommer les particularités individuelles et de tordre la réalité jusqu'à montrer que Benoît et François partagent toujours les mêmes convictions. Lesquelles du reste ne sont pas les leurs mais celles de l'Église éternelle.


Il est un observateur qui se fait une joie de marquer les divergences entre l'Allemand et l'Argentin. Il s'agit du plus grand pourfendeur médiatique du pape jésuite, le vaticaniste Sandro Magister, dont certaines des chroniques pour l'hebdomadaire italien l'Espresso sont traduites en français.


Magister est célèbre pour avoir été, l'an passé, temporairement interdit d'accès à la salle de presse du Saint-Siège pour divulgation interdite d'information (crime grave au pays des embargos et des secrets). Il ne cesse de mettre en avant les thèses des spécialistes actuels comme de scruter les textes anciens interdisant les évolutions en cours sur la pastorale familiale.


Le vaticaniste au nom prédestiné a publié il y a quelques jours un billet intitulé « Il n’y a pas un pape, mais deux: un "actif" et un "contemplatif" » (lire ici en français). Très vite, le ton anti-bergoglien est donné. Il est question des « ambigüités, déjà très nombreuses, du pontificat de François », puis de la « révolution » de ce dernier « en train de mettre l’Église sens dessus dessous ». Quand à l'émérite, il est qualifié de « doux prédécesseur », histoire de mettre en avant le caractère autoritaire, connue de tous, de l'actuel pape. On ne peut accuser Magister d'avancer masqué.


Beaucoup pensaient que l'ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi passait ces dernières années dans la discrétion entre ses livres et son piano. Et on apprend qu'il ne renonce pas à sa papauté. Magister liste les signes : il porte la soutane blanche, il signe "Benedictus XVI Papa emeritus", il se fait appeler "Sainteté" et "Saint Père". Bref, il fait le pape, plus peut être que Bergoglio.


D'après Mgr Georg Gänswein, son secrétaire particulier, fidèle depuis sa renonciation, Benoît XVI « n’a pas du tout abandonné le ministère pétrinien », mais a transformé celui-ci en « un ministère élargi, avec un membre actif et un membre contemplatif », dans « une dimension collégiale et synodale, presque un ministère en commun ».


Selon ses propos, tenus en public dans une Université pontificale romaine, l'Eglise serait donc dirigée par un binôme, reprenant les deux formes traditionnelles de vie religieuse : action et contemplation. Souvent décrit comme l'antithèse de l'homme d'appareil, le pape émérite serait donc en train d'inventer un poste, tout seul.


Que cherche donc Ratzinger ? Nourrir son ego ? Ce n'est pas le genre du personnage. Établir un contre-pouvoir ? Son parcours de loyauté rend cette hypothèse peu crédible.


Les ennemis, les vrais, du pape François, sont souvent proches des idées de Benoît XVI, si ce n'est de lui même. Ces personnes ont tout intérêt à remettre en selle le pape émérite en lui donnant un rôle à jouer. Un emploi inattaquable – qui peut critiquer un contemplatif ? - et généreux, à l'image du « doux » Ratzinger.


In fine, si le pape émérite est contemplatif, on ne sait rien de sa contemplation. Prie-t-il pour le monde ? Bien sûr. Pour le Pape François ? Sans doute. Pour la réussite du pontificat actuel ?

6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 14:26

Le diocèse d'Arras cherche un responsable de son service de communication. Il ou elle prendra ses fonctions en septembre. L'annonce, voir ici, précise les qualités requises.


Comme d'habitude dans l'Eglise, le profil recherché est celui d'un mouton à cinq pattes. L'élu(e) doit savoir tout faire : radio, presse écrite, communication institutionnelle, formation des bénévoles, animation d'équipe, réseaux sociaux. Le salaire n'est pas précisé mais on suppose qu'il est calqué sur la grille des animateurs laïcs en pastorale davantage que sur les cadres du privé. Jusqu'ici, rien de très neuf dans le monde de la communication diocésaine.


Une phrase pourtant a attiré mon attention. La voici : « Si possible, avoir une expérience dans la communication à avoir en "situation de crise" ». Passons sur la lourdeur du libellé. Pourquoi faut-il donc maitriser la communication en situation de crise dans un diocèse catholique de France. A cause du drame des migrants coincés à Calais, ville du diocèse ? Parce que le département vote massivement à l'extrême droite et que la présidentielle approche ?


On s'orientera plutôt sur le triste constat que, aujourd'hui ou demain, le diocèse devra (doit ?) faire face à la tempête médiatico-judiciaire d'une histoire de moeurs impliquant un prêtre. Réalité présente pour certains évêques, cauchemar pour tous, les scandales sexuels touchant le clergé sont devenus la hantise des diocèses. Et donc de celle (celui) qui serait en première ligne devant la presse déchaînée.


Jadis, quand on demandait à un évêque le plus gros problème dans la gestion de son diocèse, il évoquait l'alcoolisme qui touchait nombre de ses prêtres. Ce drame, causé par la solitude, était socialement acceptable et accepté. On disait en souriant « M. le Curé taquine un peu trop la bouteille », tout en convenant qu'il s'agissait d'un des plaisirs non défendus. Et inoffensif, sauf pour le foie.


Rien de comparable avec la tornade de la pédophilie qui n'a pas fini de s'abattre sur les diocèses et sur des évêques perdus. Comme ils ne peuvent, comme celui de Lyon, se payaient les services d'un cabinet spécialisé, les diocèses modestes n'ont que le choix de demander une corde supplémentaire à l'arc déjà bien fourni de leur chargé(e) de communication.

28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 07:23

Ce fut un tweet comme un autre dans le monde de la communication politique. Manuel Valls écrit le 24 juin : « Partage du repas de rupture de jeûne avec des habitants d'Évry : la République laïque garantit notre vivre-ensemble ». Le lendemain, sur son compte intitulé Teamcatho, un certain @cistercien a répondu au premier Ministre : « Pour la 100e fois les cathos vous attendent (Carême, Noël, Pâques...) afin de faire vivre les valeurs républicaines ».Retrouver ici leur échange.


Les habitués de ce blog connaissent ma position sur le regard que notre société peut porter sur les religions dans la société française. Je continue de penser que les confessions minoritaires ou moins bien intégrées socialement méritent des égards de la part des élites, de la presse ou des caricaturistes. Parce qu'il a tant imprégné la France, en bien ou en mal, et qui demeure puissant quoi qu'on dise, le catholicisme peut supporter les sarcasmes ou le scepticisme plus que d'autres.


Pour autant, si je ne partage pas toutes les positions de @cistercien, je suis sensible à son message. Il a raison de pointer, en le déplorant, le déséquilibre dans le traitement public des communautés par nos responsables politiques.


Le défilé des élus aux fêtes de l'Iftar – la rupture du jeûne du Ramadan– relève de la bonne gestion des communautés, mais aussi du clientélisme. Le repas du CRIF, présidé le plus souvent par le locataire de l'Élysée (ou, comme en 2016, par celui du Matignon), est aussi un rendez-vous qu'aucune star de la politique ne saurait manquer. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve honore la cérémonie des voeux de la Fédération protestante de France.


Le catholicisme français se dispose pas de rendez-vous de cette nature pouvant accueillir un discours officiel. Certes existe l'instance dite «Matignon » (voir sa présentation ici) qui réunit annuellement le premier Ministre, celui de l'Intérieur, et l'état-major de la conférence épiscopale. Mais il s'agit d'un rendez-vous à huis clos pour évoquer les relations État-Église.


Pourtant, en matière de #VivreEnsemble, si cher à Manuel Valls, les cathos n'ont pas de leçon à recevoir de personnes. Ils sont sur le terrain, massivement, depuis des siècles, au service de tous : le Secours catholique, la société Saint-Vincent-de-Paul, pour n'en citer que deux, sont des porte-drapeaux de cette générosité de disciples du Christ.


On conseille donc aux catholiques de France de créer un événement ad hoc, festif, généreux, et de préférence pas trop liturgique, pour attirer ceux qui nous gouvernent. Et les faire sortir de leur conception de la laïcité à la géométrie variable.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 13:34

Au début de l'Euro 2016 de football, le Ministère de l'Intérieur a publié des consignes pour les spectateurs des matchs. On y apprend, à l'aide de tableau et d'images comment « préparer son arrivée au stade », puis comment « bien se comporter au sein et aux abords des stades » (voir le document ici).


Le document indique les « messages » qu'il convient d'éviter. Dans la liste, on trouve les catégories traditionnelles de propos interdits en publics : injures, racisme, xénophobie, sexisme. Et un dernier qualificatif qui fait beaucoup réagir les milieux catholiques. Le ministère recommande de « ne pas exprimer ou diffuser de messages religieux ».


En quoi un message religieux peut troubler le public du stade ? Certes, il peut exprimer le dénigrement d'autres religions ou de peuples censés confesser une foi différente. On peut citer dans cette catégorie les Irlandais réputés « tous catholiques » ou les Albanais « nécessairement musulmans ». Des amalgames très relatifs quand on sait qu'une majorité des joueurs vivent hors de leurs pays et que l'ensemble du continent est en voie de déconfessionnalisation.


Quoi qu'il en soit, de tels propos relèveraient de l'injure ou du racisme. Leur usage est donc déjà défendu, et par la loi française et par les consignes ministérielles.


Si le message « religieux » ne fait montre d'aucun des autres délits évoqués, en quoi est-il gênant ? Pourquoi donc cette prévention particulière, alors qu'il n'est pas, a priori, défendu de tenir des propos « politiques » ou « philosophiques ? Sans parler des publicités commerciales.


Une pancarte «Jesus loves football » présenterait donc un risque de perturbation dans les tribunes, plus sérieux qu'un calicot « Brexit now » de la part de souverainistes anglais, ou «Valls démission ». M. Cazeneuve, aussi en charge des cultes, pourrait nous en expliquer la raison s'il n'avait d'autres chats à fouetter.


Plus sérieusement, la notion « religieuse » apparaît aujourd'hui comme un cauchemar pour notre République obsédée, hélas à raison, par les questions de sécurité. Et la suppression de toutes références de foi apparaît comme le seul moyen de retrouver le calme.


Certes le nationalisme, parfois source de violence dans les stades, peut comporter une composante religieuse. Mais réduire le message religieux à cet aspect montre la méconnaissance ou le mépris porté aux convictions de foi.


Enfin, on peut rappeler que l'expression de la foi dans l'espace public n'est pas interdite en France, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 13:34

Au début de l'Euro 2016 de football, le Ministère de l'Intérieur a publié des consignes pour les spectateurs des matchs. On y apprend, à l'aide de tableau et d'images comment « préparer son arrivée au stade », puis comment « bien se comporter au sein et aux abords des stades » (voir le document ici).


Le document indique les « messages » qu'il convient d'éviter. Dans la liste, on trouve les catégories traditionnelles de propos interdits en publics : injures, racisme, xénophobie, sexisme. Et un dernier qualificatif qui fait beaucoup réagir les milieux catholiques. Le ministère recommande de « ne pas exprimer ou diffuser de messages religieux ».


En quoi un message religieux peut troubler le public du stade ? Certes, il peut exprimer le dénigrement d'autres religions ou de peuples censés confesser une foi différente. On peut citer dans cette catégorie les Irlandais réputés « tous catholiques » ou les Albanais « nécessairement musulmans ». Des amalgames très relatifs quand on sait qu'une majorité des joueurs vivent hors de leurs pays et que l'ensemble du continent est en voie de déconfessionnalisation.


Quoi qu'il en soit, de tels propos relèveraient de l'injure ou du racisme. Leur usage est donc déjà défendu, et par la loi française et par les consignes ministérielles.


Si le message « religieux » ne fait montre d'aucun des autres délits évoqués, en quoi est-il gênant ? Pourquoi donc cette prévention particulière, alors qu'il n'est pas, a priori, défendu de tenir des propos « politiques » ou « philosophiques ? Sans parler des publicités commerciales.


Une pancarte «Jesus loves football » présenterait donc un risque de perturbation dans les tribunes, plus sérieux qu'un calicot « Brexit now » de la part de souverainistes anglais, ou «Valls démission ». M. Cazeneuve, aussi en charge des cultes, pourrait nous en expliquer la raison s'il n'avait d'autres chats à fouetter.


Plus sérieusement, la notion « religieuse » apparaît aujourd'hui comme un cauchemar pour notre République obsédée, hélas à raison, par les questions de sécurité. Et la suppression de toutes références de foi apparaît comme le seul moyen de retrouver le calme.


Certes le nationalisme, parfois source de violence dans les stades, peut comporter une composante religieuse. Mais réduire le message religieux à cet aspect montre la méconnaissance ou le mépris porté aux convictions de foi.


Enfin, on peut rappeler que l'expression de la foi dans l'espace public n'est pas interdite en France, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public.

13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 20:02

Savez-vous où ont rendez-vous les jeunes chrétiens français du 24 ou 28 juillet ? Si vous répondez en Pologne, vous n'aurez pas tort. Les 40.000 jeunes de l'hexagone participant aux JMJ (voir ici le site national) seront à ces dates accueillis dans des diocèses polonais avant de converger vers Cracovie, le 27 juillet, pour cinq jours en compagnie du Pape François.


Une autre réponse est correcte : Saint-Malo. La cité bretonne accueille la 3e édition du Grand Kiff (voir ici), rassemblement pour les 15-20 ans organisé par l'Église protestante unie de France. Après Lyon en 2019 et Grenoble en 2013, la cité corsaire va recevoir près de 1500 jeunes durant cinq journées intenses autour du thème : « Et vous qui dites vous que je suis ? » (Mc, 8, 29).


Le clip officiel du rassemblement (à retrouver ici), inévitablement tourné sur la plage, fait rimer trois phrases : « Que dis tu de moi ? / Dis moi comment tu crois / Partage autour de toi ». Trois dimensions très présentes, notamment à travers les cultes quotidiens, dont trois seront thématisés : « Ce que je crois, je le dis », « Vivre sa foi avec d’autres », « Dire sa foi ensemble ».


Un contenu de nature à tordre le coup aux propos convenus prétendants que le monde luthéro-réformé ne serait plus qu'une confrérie humaniste et sociale, aux vagues racines chrétiennes. La Bible sera très présente à travers des ateliers chaque matin.


Les jeunes sont invités à entrer dans la démarche menant l'ensemble du monde protestant vers 2017 et le 500e anniversaire de la Réforme de Luther. Toute l'année, des questions leur ont été proposées en ce sens : « Le jugement dernier ne fait plus peur ? Tant mieux ! Mais quels sont les jugements qui brisent ou qui paralysent aujourd'hui ? », « Jésus est sauveur ! Mais de quoi ? », « Pâturages verdoyants, salle de noces, cité radieuse et surtout festin, dit la Bible pour évoquer le règne de Dieu. Et nous, comment voyons-nous ce royaume ? », « La trinité : 3D en haute fidélité ? » ou encore « Le malheur est-il une punition de Dieu ? ». Des interrogations valables pour les fidèles toutes les Églises chrétiennes.


Un concours « Nos thèses pour l’Évangile » a été lancé en amont du Grand Kiff. Seuls ou en groupe, les jeunes de 15 à 30 ans étaient invités à exprimer par des vidéos (deux minutes maximum) une conviction de foi, leur « thèse » 2017.


Autre nouveauté de cette 3e édition du Grand Kiff, la génération précédente, celle des 20-30 ans, est mobilisée pour participer à un camp-service, l'Alter Kiff, du 15 au 31 juillet. Encadrés par des professionnels, les 200 à 300 volontaires pourront ainsi se former dans différents domaines (prévention, communication, spectacle, vie spirituelle...), tout en permettant la réussite de l'évènement pour leurs cadets.


Depuis le début de l'année scolaire, deux garçons en service civique sillonnent les groupes de la jeunesse protestante. Ils assurent la promotion de l'événement Grand Kiff bien sûr. Mais ils sondent également les aspirations des jeunes, pour leur permettre de s'intégrer au mieux dans la vie de leurs communautés locales. Une préoccupation partagée par leurs cousins catholiques.

31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 14:14

De nos jours, on entend beaucoup d'un côté les anti-religieux les plus obtus et de l'autre les croyants qui affirment leur identité de foi face aux autres. Un peu de détente ne peut donc pas faire de mal. Merci donc à Coexister, le mouvement interreligieux et inter-convictionnel des jeunes, qui vient de publier un réjouissant Cahier de vacances au titre assez engageant : « Coexistez, bons dieux » (éd. du Cerf, 80 pages, 10 €, voir la présentation ici).


Le titre en dit déjà beaucoup. On ne peut que se réjouir de la mise au pluriel de l'expression populaire « bon dieu », juron jadis exclusivement catholique. En France au début du XXIe siècle, les dieux sont plusieurs, ce qui ne doit pas être une mauvaise nouvelle.


Le titre s'adresse-t-il aux dieux eux-mêmes ? On peut en douter. Les dieux sont vraisemblablement plus sages que les hommes. Du reste, selon les auteurs, ces dieux sont bons, et leur bienveillance les rend capables de vivre ensemble en paix. Il sera plus facile pour eux de ne pas se chamailler que d'aller en librairie se procurer ce cahier de vacances à leur gloire. Même si Amazon est sans doute capable de livrer dans le ciel.


A l'évidence, l'exhortation s'adresse aux croyants, toujours prêts à se crêper le chignon au nom de leur divinité, meilleure que celle du voisin. Mais aussi aux citoyens, hélas nombreux, qui considèrent que les dieux quels qu'ils soient et leurs affidés n'apportent rien de... bon. On y revient toujours.


Comme tous les cahiers de vacances, celui-ci offre des cartes à colorier, des mots-fléchés, des quiz, de l’histoire, de la géographie, des jeux à relier. Ainsi que des questions capitales comme : une huître est-elle casher ?


A la différence des autres livre du genre, celui-ci traite d'un contenu que l'école, hélas, aborde peu. Mêmes les meilleurs élèves – petits et grands – ont donc beaucoup à y apprendre. Non pour récolter de bonnes notes l'an prochain, mais pour se comporter en meilleurs citoyens, ouverts au monde dans sa diversité.


Grâce à sa présence médiatique, Coexister avait déjà réussi à parler bien au-delà de son public originel – les jeunes. Il reste à espérer que les générations plus avancées, celles pour qui la cohabitation interreligieuse, réalité nouvelle, est loin d'être évidente. C'est donc un beau cadeau pour la plage ou le jardin, à offrir à celles et ceux qui ne savent pas encore que les dieux sont divers et bien disposés.

14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 22:02

En 2013, les biblistes francophones ont proposé de changer une phrase de la plus célèbre prière chrétienne, le Notre-Père. « Ne nous soumets pas à la tentation » est remplacé par « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Cette formulation, validée par Rome, pourrait entrer en vigueur dans la liturgie catholique en 2017.


Dans un souci d'oecuménisme, réalité très forte chez les biblistes (on pense à l'aventure de la Traduction oecuménique de la Bible, la célèbre TOB), les responsables catholiques francophones ont eu la bonne idée de soumettre le changement aux principales Églises partenaires du monde protestant. Réuni en Synode lors du week-end de l'Ascension à Nancy, l'Église protestante unie de France (EPUdF), qui regroupe luthériens et réformés hors zone concordataire, ont étudié cette évolution qui n'est pas sans signification.


Dans sa déclaration finale (à retrouver ici) , le Synode « recommande aux paroisses et Églises locales d’utiliser » la nouvelle version proposée. Non sans avoir louer la tradition oecuménique dans le domaine biblique et signaler leur « reconnaissance » envers le partenaire catholique qui les sollicite. On notera que le Synode n'impose pas, dans la tradition protestante, cette évolution. En effet, selon l'organe officielle de l'EPUdF, « il est impossible de décider d’une traduction univoque concernant certaines expressions de la prière du Notre-Père ».


En amont de la réunion de Nancy, l'hebdomadaire protestant Réforme avait interrogé plusieurs théologiens de l'EPUdF. Et l'enquête de Marie Lefebvre-Billiez (à lire ici) montre que tous les spécialistes ne partagent pas ce changement, ni le présupposé théologique qui le porte. Dans le camp de l'évolution, on trouve le pasteur Louis Pernot, de la paroisse parisienne de l'Étoile. « Je ne crois pas que Dieu soit à l’origine de la tentation, dit-il. Le monde suffit à nous éprouver, Dieu n’a pas besoin d’en rajouter ! ».


Ancien aumônier de prison, Catherine Zuber, d’Avignon, pense aussi que la nouvelle formule est plus facile à accepter pour les détenus. « Nous cherchons à leur présenter un Dieu qui peut nous soustraire à la tentation, quelqu’un à qui l’on peut demander la force d’y résister. »


Flemming Fleinert-Jensen, pasteur retraité, avait été sollicité pour donner aux catholiques un avis sur la formule. Un avis favorable. Tout en reconnaissant qu'il n’y a pas de traduction idéale. « On peut trouver dans l’Ancien Testament des pages disant que Dieu met l’homme à l’épreuve pour tester la solidité de sa foi. Mais l’ensemble de la Bible indique que ce n’est pas Dieu, mais le diable, qui nous tente. Dieu ne tend pas de piège. Il est là pour nous mettre à l’abri de la tentation, et rester à nos côtés pour qu’on ne tombe pas quand c’est trop lourd. »


Pour Flemming Fleinert-Jensen, ancien du groupe oecuménique des Dombes, la tentation dont il est question ici serait est celle « d’abandonner, de se dire “à quoi bon ?” ». Il est rejoint sur ce point par Nicole Fabre, pasteur, bibliste et aumônier d'hôpital : «La tentation suprême est de croire qu’on est abandonné de tous, qu’on est livré à soi-même. »


Un aréopage de savants protestants unanimes serait quelque peu décevant. L'enquête de Marie Lefebvre-Billez donne la parole aux réfractaires. Parmi eux Jean-Paul Morley, pasteur de la paroisse parisienne Pentemont-Luxembourg, « Dieu ne cherche pas à nous éviter de tomber dans la tentation. Cette dernière est nécessaire. C’est l’Esprit de Dieu qui pousse Jésus dans le désert pour y être tenté, et c’est cela qui le qualifie comme Messie. Sans tentation, sans épreuve, que devenons-nous ? Comment avoir de la compassion pour autrui, si on n’a pas partagé ses souffrances ? » Pour lui, il convient davantage de demander à Dieu « qu'il nous donne la force de passer à travers la tentation » ou, autrement formulé, « de ne pas être détruit ou entièrement vaincu par la tentation. »


Professeur de dogmatique à l’Institut protestant de théologie, le pasteur luthérien Frédéric Chavel voit dans cette nouvelle traduction « une tentative pour nettoyer l’image de Dieu, pour qu’il n’ait aucune compromission avec le mal. On préférerait une répartition claire des bons et des mauvais rôles entre Dieu et le diable ».


La liberté laissée aux pasteurs dans la décision du Synode a permis un vote très majoritaire. Jean-Paul Morley pense qu'il va conserver la formulation ancienne. Mais pour les rencontres oecuméniques, il invitera sa communauté à utiliser la nouvelle phrase. Le Notre-Père, version catholique, ne provoqueront donc pas de tempête chez les protestants.

29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 11:51

Dans toutes les administrations occidentales, un patron arrive avec ses équipes et les personnages clés qui entouraient son prédécesseur sont priés de faire leur bagage illico presto. Rien de tout cela dans les salons du Saint-Siège où l'habit d'archevêque et encore plus de cardinal garantit de hautes fonctions jusqu'à 75 ans, voir plus.


Au Vatican, on ne congédie pas un cardinal de la Sainte-Église comme un vulgaire énarque chef de cabinet. L'élu sur le Siège de Pierre doit composer avec ceux que le pontife précédent a mis en place. C'est ainsi, on l'a vu dans mon dernier post (à relire ici), que le cardinal Müller demeure en charge de la doctrine de la foi, malgré certaines divergences de vue avec le pape.


Un autre personnage central est aujourd'hui en tension avec son patron : Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques. Le cardinal québécois est en charge des nominations épiscopales dans tous les pays anciennement chrétiens (1). Ses services proposent, pour chaque poste à pourvoir, trois noms au pape. Lequel est seul habilité à nommer des évêques.


D'après le journaliste québécois Alain Prokin, cité dans le Journal de Montréal du 18 avril (lire ici), les candidatures mises au panier par François seraient de plus en plus fréquentes. Pour des postes importants – Chicago, Madrid ou Sydney -, les poulains de Ouellet n'ont pas été retenus. J'avais écrit un post sur la nomination suprrise de Blase Cupich à Chicago en 2014 (voir ici).


Marc Ouellet, souvent cité lors du conclave de 2013, avait une image de conservateur comme archevêque de Québec entre 2003 et 2010. Celle-ci s'est confirmée à Rome, quand Benoit XVI l'a nommé en 2010 à la tête de la puissance congrégation.


Le journaliste québécois s'interroge même sur l'avenir du prélat dans cette fonction. A quoi bon pour le pape s'astreindre à travailler avec une personne à qui il ne fait plus confiance pour les choix de nomination ? Mais alors, que faire de ce cardinal trop jeune (71 ans) pour être mis à la retraite (75 ans) ?


Le système hiérarchique est ici prise en faute et on rêverait du modèle des communautés religieuses. Les supérieur(e)s retournent dans le rang leur mandat effectué. L'ancien patron des jésuites d'Argentine (1973-1980) redevenu simple prêtre ensuite en sait quelque chose.


Pour l'heure, seul l'ultra conservateur cardinal Raymond Burke (voir ici sa fiche wikipedia) a été clairement mis au placard. Titulaire du poste prestigieux de Préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique, ce prélat étatsunien a été « promu » en 2014 patron de l'Ordre souverain militaire de Malte par le pape argentin.


S'il veut continuer à avancer, le pape devra se séparer, avec diplomatie, des hauts responsables du Saint-Siège qui ne se situent pas dans sa dynamique. Sans quoi, les évolutions qu'il veut mettre en œuvre risquent la paralysie.


(1) Les pays de mission relèvent de la congrégation pour l'évangélisation des peuples.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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