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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 13:08

Samedi 30 janvier, une manifestation géante a réuni à Rome les opposants au projet d'union civile ouvrant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels. Le gros des troupes, sans surprise, était issu des rangs de la droite et des catholiques.


Le parallèle, facile, avec les événements français de 2013 mérite quelques nuances. Tout d'abord, le gouvernement de centre-gauche de Matteo Renzi n'a pas utilisé le mot mariage, que certains considèrent comme une chasse gardée des couples hétéros. Ensuite, si la question de la PMA est absente du texte italien comme de la Loi Taubira, elle n'a pas joué le rôle d'épouvantail du débat français.


Enfin, le comportement de l'Eglise italienne diffère de celui de sa voisine. Les spécialistes de la Croix expliquent cela : Sébastien Maillard, de Rome, avant la manif (voir ici) et Isabelle de Gaulmyn, dans son blog (voir ici) au lendemain du défilé.


Si « les évêques italiens disent « non », en particulier à l’adoption, écrivait ainsi Sébastien Maillard le 28 janvier, ils ne sont pas pour autant convaincus de descendre dans la rue le 30 janvier à Rome. Ni de cautionner officiellement cette mobilisation ». On retrouve ici la posture initiale de l'épiscopat français à l'automne 2012, avant que nombre de prélats décident d'encourager les manifs. Voire d'y participer pour certains.


En Italie, les évêques ont refusé « de cautionner un camp politique », décrit le journaliste qui ajoute aussitôt que les prélats sont disposés « à négocier le projet de loi pour en éliminer les aspects les plus controversés (l’adoption) ».


Exit donc les points non-négociables établis par Benoît XVI, qui furent un point d'appui majeur des catholiques français opposés au projet Taubira. Son successeur ne les a pas repris à son compte. François, fort de son expérience politique argentine, ne ferme pas complètement la porte, afin de se laisser les moyens de peser dans le débat, autrement que par l'affrontement frontal.


Isabelle de Gaulmyn porte un jugement assez sévère sur la stratégie du pape émérite allemand. Pour elle, sa tactique « a montré ses limites. Elle met les évêques en première ligne, au détriment de leur mission de pasteur. Et elle repose sur une forme de contresens de l’action politique : la politique, c’est – en partie – l’art du compromis : l’éthique de conviction doit toujours être confrontée à l’éthique de responsabilité ». Et la journaliste de présenter une conséquence de cette attitude. Dans le débat autour du Dico (équivalent transalpin du Pacs) en 2007, « les évêques se sont trouvés à prendre position pour un camp contre un autre », soutenant le conservateur Berlusconi contre le dirigeant de centre-gauche Prodi.


La journaliste, qui fut correspondante permanente du quotidien catholique pendant le pontificat du pape bavarois, ne cache pas sa préférence pour la méthode Bergoglio. Avec lui, affirme-t-elle « , la politique n’est plus l’affaire des évêques, mais des catholiques laïcs, là où ils sont engagés ». Ce qui n'est pas neuf, contrairement à ce qui suit : « Ils sont invités à prendre des positions de dialogue, et à privilégier l’action positive à la condamnation morale ». Ce qui dans le cas concret se décline ainsi : « Défendre la famille sur le terrain, en l’aidant concrètement, plutôt que défiler dans la rue ».


En France, les catholiques remplissent bien cette mission. Des mouvements comme les Associations familiales catholiques ou les services diocésains de la pastorale familiale proposent activités, ateliers et formations. Leur expertise est reconnue et appréciée, au-delà des cercles cathos même.


Pour ce qui est de l'action politique, dans laquelle, rappelle la journaliste, le pape demande de prendre « le risque se salir les mains », les laïcs catholiques de France sont davantage en peine. « Dans une société comme la nôtre où (ces laïcs) sont minoritaires, voire inaudibles, il leur semble impossible de faire entendre une vision chrétienne autrement qu’en passant par l’institution, écrit Isabelle de Gaulmyn. On pourra ajouter qu'ils ne sont pas seuls responsables, étant victimes de la pression hiérarchique et cléricale. De plus, la société et les médias ont beaucoup de mal à considérer légitime une parole catholique non ecclésiastique.


La journaliste pointe une autre difficulté, très prégnante depuis 2013. Ces laïcs ont estimé « à tort ou à raison, qu’ils étaient exclus a priori du débat politique ». Revoici l'éternel débat du poids des catholiques dans un jeu politique national, vierge (en principe) de toute influence religieuse.


En conséquence de quoi, ces laïcs (la moitié des pratiquants environ, ne l'oublions pas) ont considéré « qu’ils leur restaient alors comme unique solution de descendre dans la rue, pour manifester leur point de vue ». Avec le succès numérique et médiatique que l'on sait. Et avec une efficacité politique limitée, sauf à avoir effrayé le gouvernement.


La journaliste pointe pour sa part un autre « risque » : « avoir finalement plus contribué à construire des murs dans la société que noué un dialogue constructif autour de la famille ». Cette partie de l'Eglise de France de 2013 a fonctionné selon la méthode Benoît. Sera-t-elle prête à s'engager dans un prochain combat avec un style plus « François » ?

23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:52

Toute la semaine, la bataille Valls Bianco a fait rage. Le premier ministre a ouvertement attaqué le président de l'Observatoire de la laïcité, le miterrando-hollandais Jean-Louis Bianco, l'accusant de fréquentations musulmanes douteuses et d'angélisme. La Croix de vendredi 22 janvier propose un bon résumé de la polémique (voir ici). Et le quotidien catholique prend position nettement pour la laïcité large et bienveillante de Jean-Louis Bianco, face à l'intransigeance du locataire de Matignon (lire ici l'éditorial de Dominique Greiner).


Soyons clair, je suis sur cette ligne, défendant le travail de l'Observatoire. Quand Valls était ministre de l'intérieur, j'avais pointé son autoritarisme face à la communauté musulmane de France en décortiquant son discours lors de l'inauguration en 2012 de la Grande Mosquée de Strasbourg (voir ici).


Je vois dans cette passe d'arme, comme d'autres observateurs, le positionnement d'un possible candidat à une certaine élection prévue en 2017. Je vous recommande l'éclairage de mon camarade, l'historien Vincent Soulage, « Le laïcarisme, brevet de socialisme ? » (voir ici). A travers Bianco, c'est bien Hollande qui est visé. Lequel, comme souvent, ne dit rien. Avec naïveté, on pourra regretter que certains hauts dirigeants soient prêts, pour leur intérêt personnel, à souffler sur les braises d'un dossier sensible.


Pendant ce temps-là, la Fédération des médias catholiques tenait son congrès annuel, à Annecy, patrie de François de Sales, saint patron des journalistes. Et la question a été évoquée, notamment par la présidente de l'association Coexister , structure très proche de l'Observatoire de la Laïcité. Radia Bakkouch, étudiante franco-marocaine, a rappelé que la polémique reprenait, plus d'un siècle après, le débat opposant le « libéral » Aristide Briand au très intransigeant Emile Combes. On sait que le premier obtiendra gain de cause pour faire de la Loi de 1905 un cadre de liberté plus que de lutte anti-religieuse.


Mais l'intervention la plus forte pour défendre la laïcité française est venue d'un fils d'un des pays européens... les moins laïcs. Il s'appelle Alexandre Siniakov, il est russe et prêtre de l'Eglise orthodoxe russe (voir son portrait ici) . Il dirige depuis sept ans en banlieue parisienne un séminaire, au sein duquel il forme de futurs formateurs de prêtres. Il les envoie parfaire leurs humanités dans les grandes universités parisiennes... publiques.


Le P. Siniakov intervenait dans une table-ronde intitulée : « Quelle place pour toutes les religions dans la société française ? », avec Mohammed Chirani, consultant en politique publique ; Marion Muller-Collard, théologienne protestante et le journaliste juif Salomon Malka (1).


Il a commencé par se mettre l'auditoire de journalistes dans sa poche. « Quand vous parlez de collusion entre l'Église et l'État russe, vous n'avez pas tord ». Puis, le prêtre, au français impeccable après 17 de présence dans notre pays, avec une pointe d'accent, s'est lancé dans un plaidoyer enflammé pour le modèle tricolore. « La laïcité à la française a fini par me séduire. C'est la manière idéale de concevoir la religion. Votre séparation entre le temporel et le spirituel représente la seule solution, la plus évangélique. Cela sauve la religion, comme cela sauve l'Etat. »


Le P. Siniakov a raconté comment, malgré les coups de froid diplomatiques entre nos deux pays, les projets de l'Église orthodoxe russe – comme la cathédrale de Nice récemment ouverte – ont toujours été soutenus par les autorités. « Les religions ont toute la liberté de s'exprimer, d'agir, de témoigner, de construire en France », a-t-il affirmé.


On sent ce jeune russe de 35 ans plus proche de Jean-Louis Bianco que de Manuel Valls.


(1) Je recommande chaudement la lecture de l'enquête réalisée avec son frère Victor, également journaliste, et récemment publiée chez Albin Michel : « Le grand désarroi. Enquête sur les juifs de France »

12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 09:31

Ce mardi est publié dans plus de 80 pays, en France par une coédition Robert Laffont – Presses de la Renaissance, un nouveau livre du Pape François. Il s'agit d'un interview que le pontife argentin a accordée au vaticaniste italien Andrea Tornielli, du quotidien La Stampa. Un journaliste qui fait autorité et que l'on peut suivre, en anglais, sur le site Vatican Insider.


Le titre de l'ouvrage n'est guère surprenant, alors que l'année jubilaire débute : «Le nom de Dieu est Miséricorde ».


Les médias français en ont donné quelques extraits : La Croix , La Vie, et le Figaro. Dans les propos retenus par le spécialiste des religions du Figaro Jean-Marie Guénois, une phrase a retenu mon attention.


«L'hôpital de campagne, l'image avec laquelle je me plais à représenter cette «Église en sortie», a pour caractéristique de naître là où l'on se bat: ce n'est pas la structure solide, pourvue de tout, où l'on va soigner les maladies bénignes ou gravissimes. C'est une structure mobile, de sauvetage, d'intervention rapide, pour éviter que les combattants ne succombent


Le Pape approfondit son image fameuse de l'hôpital de campagne. En lisant ces lignes, je pense à l'organisation de notre Eglise de France. Je vois tous ces évêques dévoués qui passent le plus clair de leur temps à... penser et faire comme hier.


La stratégie pastorale demeure immuable : quadriller le terrain et assurer, coûte que coûte, en épuisant des prêtres parfois octogénaires, une messe dominicale dans chaque nouvelle paroisse. C'est à dire, pour les diocèses riches, dans chaque canton. Tous les prêtres, diocésains ou venus d'Afrique et d'Asie (10% des actifs), sont affectés en paroisse, au service des ouailles pratiquantes.


On est loin, très loin de la « mobilité, du sauvetage, de l'intervention rapide ». Ce travail, sorte de Samu ecclésial-social, demeure marginal dans le catholicisme français. Certaines opérations d'évangélisation de rues (ou de plage l'été), avec leurs limites, peuvent apparaître de cet ordre. On citera aussi les stands que des militants catholiques tiennent, au nom de leurs paroisses ou diocèse, dans des foires commerciales.


Mais l'essentiel des forces reste déployé dans les lieux de culte, à travers un rituel eucharistique bien identifié par celles et ceux qui ont l'habitude de pousser la porte des églises. Mais qui parle de moins en moins à nos contemporains.


Dédier un prêtre ou une équipe pastorale à une activité en dehors des lieux de culte identifiés demeure un luxe que nombres de diocèses ne peuvent se permettre que rarement. Ces missions hors secteurs géographiques ne sont assurées aujourd'hui qu'en rajoutant un quatrième ou un cinquième tiers-temps sur la feuille de mission d'un curé. Les « malades » les attendent en vain, là où ils vivent.


Alors évêque de Saint-Etienne, Mgr Dominique Lebrun avait travaillé sur l'idée d'équipe pastorale itinérante. Vous trouverez ici l'entretien qu'il m'avait accordé en 2010 pour Témoignage chrétien.


Rares sont les pasteurs à avoir ainsi tenter des innovations pastorales que la démographie ecclésiale rend pourtant incontournables. Même si elles peuvent mener à des décisions suscitant le colère des habitués des sacrements, victimes potentiels d'un redéploiement. Si le pasteur (éleveur cette fois, pas évêque...) quitte ses 99 brebis pour s'occuper de la centième égarée, il prend le risque d'entendre 99 protestations.


Espérons que la piqure de rappel du rêve du pape incite nos évêques à chercher et à risquer des nouveautés pour une présence optimale des forces catholiques. Partout où vit le monde et où la Parole est attendue.

5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 21:13

En 2016, les catholiques n'ont pas l'intention de se taire devant les réalités politiques et économiques. L'élan de mobilisation, partagé avec toutes les religions, à l'occasion de la COP 21 n'est pas prêt de se tarir.


A Nantes, le projet de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, longtemps bloqué par les recours juridiques et par la détermination des opposants, semble redémarrer. Le groupe diocésain « Paroles de chrétiens sur l'Ecologie » (voir ici), déjà connu pour diverses actions et publications, vient de lancer un « Appel de Chrétiens de Loire-Atlantique à réexaminer le projet de Notre-Dame-des-Landes ». La pétition est disponible ici.


Le discours est ferme : « Le projet de développement de l’aéroport nous paraît totalement en contradiction avec les objectifs de la COP 21, aussi bien sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre que sur le type d’utilisation des sols. »


A la lumière de l'encyclique Laudato si' du pape François, le groupe nantais, animé notamment par le diacre permanent Loïc Lainé, propose une grille d'analyse en quatre points. Le premier, intitulé « Le bien commun », évoque « une conception dépassée de la réalité économique et sociale ». L'alinéa suivant « Justice et solidarité » interroge : « Le projet de nouvel aéroport est-il de nature à favoriser cette exigence de justice sociale pour les générations d’aujourd’hui et de demain ? »


Dans le chapitre « Notre maison commune », les auteurs se demandent si « en transformant 600 ha de terres agricoles avec béton, goudron et pelouses, en détruisant ou déménageant des espèces protégées végétales et animales », le projet « ne contribuerait-il pas gravement » à la déprédation des ressources de la terre évoquée dans le texte du pape.


Enfin dans son dernière thème « Dialogue et transparence dans les processus de décision », l'appel se base sur le contenu de Laudato si' qui demande, en pareil cas, que soit réalisée une étude de l'impact sur l'environnement « transparente et indépendante de toute pression économique ou politique ». L'encyclique prône également « un consensus entre les différents acteurs sociaux, qui peuvent offrir des points de vue, des solutions et des alternatives différents ». Les militants nantais estiment que les promoteurs de Notre-Dame des Landes sont loin d'être irréprochables selon ses critères.


Forte de ce réquisitoire, la pétition appelle à « réexaminer l’ensemble du projet d’aéroport et ses alternatives, avec une procédure transparente et démocratique ». De plus, le texte demande de « cesser toute procédure d’expulsion des habitantes et habitants de la zone concernée ». En effet, le tribunal de Nantes doit statuer le 13 janvier sur les cas de 11 familles et 4 exploitants agricoles.


Pour le groupe « Paroles de chrétiens sur l'écologie », la conversion à laquelle invite le pape François déborde le cadre strictement écologique. Elle doit être une « conversion démocratique, prenant en compte les avis de tous, conversion du modèle de développement, conversion de notre mode de vie ».


Les habitants de Loire-Atlantique peuvent signer la pétition à l'adresse courrielle créée pour l'occasion : nddl.laudatosi@gmail.com.

22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 08:08

On a fêté dernièrement, sans grand bruit médiatique, les 50 ans de la constitution conciliaire Nostra ætate, sur les rapports entre l’Église catholique et les autres religions. Le paragraphe majeur du document, le numéro 4, marquait le nouveau regard sur le judaïsme. On ne dira jamais assez comment cette nouvelle posture romaine, fruit du travail d'intellectuels français comme Jules Isaac (l'historien co-auteur des fameux manuels « Malet et Isaac"), fut un des points majeurs de l'aggiornamento catholique.


La posture de Rome et des hiérarchies locales pendant le drame de la Shoah, avec son lot de héros et de médiocres, avait démontré que, globalement, le temps de la haine et de l'indifférence étaient révolus. Avec Nostra ætate, l’Église catholique est entrée dans une autre dimension dans son rapport au judaïsme. Depuis 1965, il est question d'amitié, de reconnaissance, de filiation et de désir d'approfondissement mutuel.


50 ans après, la Commission pour les relations avec le judaïsme du Saint-Siège, que préside le cardinal Kurt Koch, a publié le 10 décembre une « réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et juifs ». Intitulé « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », citation de l’Épître aux Romains (11, 29), ce document est infiniment plus long et précis que les quelques lignes du document conciliaire. On peut le trouver ici, sur le site de l'Amitié judéo-chrétienne de France.


La préface du texte en donne l’objectif « jeter un regard en arrière plein de gratitude sur les progrès réalisés au cours des dernières décennies dans les rapports juifs-catholiques, tout en s’efforçant de leur donner une nouvelle impulsion pour l’avenir ». Ses auteurs, ambitieux, souhaitent que leurs travaux « puissent faire l’objet d’un approfondissement de la part des membres des deux traditions de foi ».


Plus modestement, on peut espérer que la partie catholique s'en empare ce qui n'est pas gagné. C'est ce qu'a souligné le rabbin David Rosen, directeur international des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC), lors de la conférence de presse romaine (lire ici la traduction de son intervention). Se félicitant que le document évoque la responsabilité des « établissements d’enseignement, en particulier ceux pour la formation des prêtres, d’intégrer dans leurs programmes à la fois Nostra ӕtate et les documents ultérieurs du Saint-Siège concernant la mise en œuvre de la déclaration conciliaire », le rabbin Rosen observe finement : « le défi le plus notable consiste à ce que ces réalisations descendent du sommet où elles ont été conçues jusqu’à la base, universellement ».


Il est édifiant, pour ne pas dire étonnant, que dans un document d'un niveau théologique sérieux, on puisse lire des propos aussi évident que la phrase suivante. « On ne peut pas comprendre l’enseignement de Jésus ni celui de ses disciples si on ne l’inscrit pas dans l’horizon juif et dans la tradition vivante d’Israël ; et on comprendrait encore moins ses enseignements si on les considérait en opposition avec cette tradition. »


J'avais la naïveté de penser que la judéité de Jésus et ses proches était un acquis. Cela ne doit pas être évident pour tout le monde...


On relit également avec intérêt l'histoire du différent théologique entre les deux traditions. Celui-ci début avec la séparation définitive entre l'église et la synagogue que l'on sait désormais très tardive, IIIe et IVe siècle de l'ère courante, selon l'expression juive (&16). Les Pères de l'Eglise (&17) ont alors théorisé la théologie du remplacement, que le nouveau document romain définit ainsi : « les promesses et les engagements de Dieu ne s’appliquaient plus à Israël qui n’avait pas reconnu en Jésus le Messie et le Fils de Dieu, mais avaient été reportés sur l’Église de Jésus Christ, devenue désormais le véritable « Nouvel Israël », le nouveau peuple élu de Dieu ».


On connaît les conséquences politiques et psychologiques de cette position, contre laquelle il faudra encore se battre, malgré son discrédit officiel.


Cette histoire enchevêtrée explique également pourquoi, pour les chrétiens, le judaïsme n'est pas un partenaire comme un autre. « C’est uniquement par analogie, lit-on au &15, qu’on peut qualifier le dialogue entre juifs et chrétiens de « dialogue interreligieux », autrement dit de dialogue entre deux religions différentes et intrinsèquement séparées, comme dans le cas de deux religions fondamentalement différentes qui se seraient développées indépendamment l’une de l’autre, sans influence réciproque. »


Dans l'organigramme de la Conférence des évêques de France, le Service pour les relations avec le judaïsme dépend du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme et non du Conseil épiscopal pour les Relations interreligieuses et nouveaux courants religieux, ou l'on trouve le Service des relations avec l'islam.


A la veille de fêter la naissance du Prince de la Paix de Bethléem, la lecture de ce document nous rappelle comment l'identité de Jésus fait de juifs et chrétiens des frères.

6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 16:26

Après Benoît XVI, il est difficile pour un pape visitant le sol africain d'échapper à une question sur la lutte contre le sida. Ce fut le cas lundi 30 novembre dans l'avion papal du retour de Bangui, cette agora médiatique qui s'apparente aux grandes conférences de presse tenues régulièrement à la Maison blanche ou à l'Elysée. On retrouvera ici l'échange avec la presse.


Quand un journaliste sud-africain a interpellé le pape sur la possibilité pour l'Eglise catholique de changer de discours sur l'usage du préservatif (à partir de 25e minutes) comme outil de prévention, le pontife ne pouvait être pris de court. Sa réponse prouve qu'il était prêt à faire entendre sa petite musique bergoglienne sur un sujet cher aux médias profanes.


Il a construit sa réponse en trois temps.


En bon politique, il a commencé par critiquer la question, jugée « trop étroite et partiale ». En ce sens, François n'a pas tort tant la presse mondiale (comme l'opinion) attend du pape un jugement manichéen, afin de publier à la Une que sur le préservatif, l'Eglise veut passer du feu rouge au feu vert. La question est plus subtile que cela et le pape a su le dire.


Ensuite, il a attaqué le fond et on a retrouvé la modestie du pape qui sait dire simplement les faiblesses du discours de son Eglise. Après avoir reconnu que le préservatif était « une des méthodes pour contenir l'épidémie», contredisant les propos de son prédécesseur en 2009, il a lancé une phrase symptomatique de la franchise du personnage : « La morale de l’Eglise se trouve sur ce point devant une perplexité , car selon elle les rapports sexuels doivent être ouverts à la vie ».


Dans un troisième temps, il a lancé avec force et gravité, « La malnutrition, l’esclavagisme, l’exploitation, le manque d’eau potable, voilà les problèmes ! ».


Etre « Ouverts à la vie», signifie bien sûr dans la bouche du pape la disponibilité à la procréation. Une posture peu compatible avec l'utilisation d'un procédé qui, s'il protège de terribles maladies, demeure avant tout un contraceptif.


Mais on peut entendre également que pour être « ouverts à la vie», les rapports sexuels gagneraient à ne pas risquer de provoquer la mort. La perplexité du pape l'amène donc à se situer quelque part entre deux actes : empêcher la procréation et empêcher la contamination. Entre l'idéal du couple fidèle ouvert aux enfants et le principe médical du primum non nocere (en premier lieu, ne pas faire de mal). Ce n'est pas simple, et le qualificatif proposé par François est donc le bon.


On sait que localement, face à l'urgence, des médecins et des ONG catholiques prennent l'option de promouvoir les préservatifs. Les autorités religieuses froncent les sourcils ou ferment les yeux, selon les circonstances. Mais pour une fois, un pape reconnaît qu'une position tranchée n'est pas la solution.


Aussi je ne souscris pas au commentaire de Cécile Chambreau qui parle dans le Monde d'une « timide ouverture» (lire son article ici). Espérait-elle que cet homme de 78 ans, élevé dans la bonne tradition, devenu pape, fasse la promotion du préservatif sans condition, piétinant la position – certes difficilement défendable – de son institution depuis plus de 45 ans ?


Sur ce sujet délicat et passionnel, modestie et modération sont aujourd'hui – et en attendant des jours de plus grande ouverture - les meilleures postures à mettre en avant, après tant de maladresses romaines et d'incompréhensions.

22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 22:42

Et si l’Église catholique était une des dernières autorités à croire et à défendre le politique ? A lire les textes épiscopaux, notamment en période électorale, le jeu politique et la représentation démocratique demeurent chères à nos évêques. Tandis qu'une partie non négligeable de la population semble ne plus rien en attendre.


Une nouvelle marque de cette affection portée par les dirigeants catholiques de France apparaît dans le thème du prochain colloque de l'Observatoire « Culture et foi » de la Conférence des évêques de France.


Disons un mot de cette instance épiscopale méconnue. Successeur a minima du regretté Service national Incroyance-Foi (voir ici un article historique sur la question ), l'organisme est dirigé par Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers. On ne peut que déplorer le peu de rayonnement de cet Observatoire. Le caractère squelettique de la page dédiée sur le site internet de l'épiscopat (voir ici) en donne le meilleur exemple.


Sans moyen réel, l'Observatoire a mission de « scruter les relations entre la foi et les expressions de la culture » et produit, à destination des évêques, des notices de films, de livres ou de spectacles. On en retrouve certaines en ligne (à retrouver ici). Il organise également chaque automne une journée de colloque à Paris, dont les actes sont ensuite publiés par les éditions « Parole et silence ». La rencontre de novembre 2014 s'intitulait :« Sauver la création. Écologie, enjeu spirituel ».


Le 6e colloque, prévu samedi 28 novembre à la Maison des évêques de France, avenue de Breteuil, abordera la question : « Le désenchantement du politique est-il irréversible ? » On pourra entendre Marcel Gauchet, grand maître es désenchantement, Pierre Manent, dont le dernier essai « Situation de la France » (éd. DDB) fait grand bruit chez les catholiques, ou encore Blandine Kriegel. Du côté des ecclésiastiques, figurent au programme Matthieu Rougé, ancien « aumônier des parlementaires » ou Henri-Jérôme Gagey, professeur à la Catho de Paris et auteur d'un essai très vivifiant « Les ressources de la foi », paru en janvier aux éd. Salvator (voir ici).


« Sans doute n’avons-nous pas fait le deuil du « village » dont les Français pensent être issus – ce village où tout le monde se connaissait, écrit Mgr Wintzer dans la présentation de la journée (à lire ici). Or on ne vit plus dans une société de ruralité mais dans un monde globalisé. Il ne suffit plus d’être trois au quatre pour être d’accord, il faut des accords internationaux, complexes, pour répondre à des problèmes internationaux. Cela ne retire rien au politique mais certaines de ses dimensions ne sont plus immédiatement perceptibles ».


Pour expliquer ce désamour des Français pour le politique, seront sans doute évoquées la crise globale des autorités, ainsi que la perte de vitesse des combats collectifs au profit des quêtes individuelles.


Deux périls dont l’Église catholique, comme toutes les institutions anciennes, ont à souffrir. Ce qui peut faire penser qu'en défendant la chose politique, et par derrière la démocratie mise à mal ces derniers jour, les initiateurs du colloque peuvent esquisser des pistes de relégitimation... du discours catholique.

9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 08:42

A l'Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, tous les débats susceptibles de mettre en évidence les divergences d'idées se tiennent à huis clos. Arguments évoqués : Lourdes n'est pas le Palais-Bourbon (ce qui est juste) et la présence d'oreilles extérieures pourrait brider la liberté de parole.


Même si le secret des échanges demeure, quelque chose à changé. Il y a peu, l'image d'harmonie entre nos prélats était défendue mordicus par les responsables de l'épiscopat. Désormais, ces derniers ne cherchent plus à nier l'évidence : les évêques ne sont pas toujours d'accord entre eux. Le monde de l'épiscopat n'est pas le pays des bisounours.


Lors de la semaine achevée dimanche, une certaine presse a évoqué ces dissensus. S'agissant du site internet de la Conférence et de KTO TV, on ne peut parler de médias médisants.


Interrogé par eglisecatholique.fr pour ses débuts comme évêque (lire ici), Mgr Dominique Blanchet, à la tête du diocèse de Belfort-Montbéliard depuis mai dernier, a indiqué deux choses qui l'ont « frappé ». « La fraternité qui caractérise l'assemblée ». Tout de suite après, il ajoute : « Pourtant, on sent de la diversité. Pour moi, c’est plutôt bon signe : nous ne sommes pas des clones ! »


Le P. Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général et porte-parole de la CEF, a donné une interview bilan de la semaine lourdaise à KTO (à retrouver ici, à partir d'1 minute 15). Quand on lui demande si l'appel du pape aux pères synodaux pour une expression libre a inspiré l'assemblée français, il répond avec le sourire : « Tous les évêques souhaitent qu'il y ait une liberté de parole ».


On sait bien que des sujets qui fâchent. Et on croyait que d'autres faisaient davantage consensus. Le porte-parole a cite deux dossiers particuliers, qui ont provoqué des débats internes. « Sur les migrants, comme sur la famille, les évêques ont eu le temps de s'exprimer et d'exprimer leurs divergences d'approches ».


Le soutien aux migrants, qui relève d'un principe de base biblique et évangélique, provoquerait donc un débat chez nos prélats ? On voudrait avoir plus de précisions.


Cette réalité surprenante se confirme en écoutant Mgr Jean-Paul Jaeger, évêque d'Arras et donc en charge de la région de Calais, toujours au micro de KTO (à regarder ici, à partir de 2 minutes 25).


Déjà la question posée par le journaliste peut étonner : « Espérez vous une mobilisation commune des évêques de France ? ». Et l'évêque, dont on attendait une répartie tout en diplomatie, de répondre : « Les évêques ne sont pas tous d'accord sur les questions et les réponses à apporter, ce qui n'a rien de choquant et de scandaleux ».


De fait, dans le diocèse de Toulon, a été invitée cet été une dirigeante du Front national, affirmant qu'elle était une élue comme une autre. Il existe bien un désaccord entre évêques à ce sujet. Et l'on peut s'interroger sur l'analyse de Mgr Jaeger qui trouve que, sur ce sujet, « cela n'a rien de choquant ou de scandaleux ».

3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 23:11

Vous connaissez François. Pas celui de Rome via Buenos-Aires, celui d'Assise. Tout le monde connaît l'épisode de sa visite au Sultan. En 1219, alors que la guerre sévissait entre chrétiens et sarrazins, le futur saint est allé rencontrer le chef de ces derniers, le Sultan Al Malik Al Kamil. En ces temps on l'on ne connaissait que deux manières de faire avec celui qui croyait autrement : trucider ou convertir, le geste prophétique fut la pierre fondatrice du dialogue interreligieux.


Mais connaissez vous Abdelkader ? Homme politique, chef militaire et leader spirituel, l'émir Abd el-Kader (1808-1883) est une figure de l'histoire algérienne. Opposant farouche mais respecté à la conquête française, il fut emprisonné à Toulon et Paul, puis exilé en Turquie et en Syrie. En 1860, ce musulman soufi, poète et théologien, protégea des milliers de chrétiens de Damas menacés d'être massacrés.


Pour la cinquième fois, des militants du dialogue islamo-chrétien organisent, à Paris, une marche « Sur les pas de l’Emir Abdelkader et de frère François », modèles d'ouverture dans les deux familles spirituelles. La manifestation, proposée à « toute personne respectueuse des convictions d’autrui », se tiendra dimanche 15 novembre.


Pour cette journée au programme copieux, le rendez-vous est fixé à 10h au Couvent des Capucins (32 rue Boissonade, XIVe arr.). Le frère Séraphin parlera de « François dans (son) itinéraire spirituel et (son) engagement citoyen». Après le pique-nique, tout le monde se mettra en marche vers la Grande Mosquée (place du Puits de l’Ermite, Ve arr.). A 14h30, Fouzia Oukazi, professeur d’histoire, évoquera « Abdelkader dans (son) itinéraire spirituel et (son) engagement citoyen». Après les prières de clôture, une visite guidée du haut-lieu de l'islam parisien sera proposée.


Cet événement se déroule dans le cadre de la Semaine de rencontres islamo-chrétiennes 2015 (voir le site de la manifestation ici), qui se tient du 12 au 22 novembre, dans plusieurs villes de France et d'Europe.


Toujours au chapitre islamo-chrétien, une bonne nouvelle arrive de Turquie. La Croix (voir une reprise de l'article ici) nous apprend que le 15 octobre a été présenté un livre intitulé « Les principes de base du christianisme », et destiné aux 97% de musulmans du pays.


L'originalité de l'ouvrage est d'être œuvre commune de toutes les Églises chrétiennes du pays : grecque orthodoxe, arménienne apostolique, syrienne orthodoxe, catholique et évangélique. Le projet est né dans la continuité d'un travail œcuménique, lancé en 2002, pour rédiger les chapitres sur le christianisme dans les manuels scolaires de culture religieuse, à la demande du ministère de l'éducation.


A l'heure où le parti du président Erdogan, partisan d'une islamisation forte du pays, a renforcé son pouvoir lors des élections législatives du 1er novembre, l'unité des chrétiens sera utile pour rappelle la présence des disciples de Jésus dans le pays, bien antérieure à celle du Prophète de l'islam.

20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 19:16

Chère Monique,


Quand je vous ai rencontrée au moment de la rédaction de mon ouvrage (« Mariage pour tous, divorce chez les cathos », Plon), nous étions déjà sur la même longueur d'ondes. Après la lecture du livre d'entretien réalisé avec Dominique Quinio, ancienne directrice de La Croix, « L'évangile c'est pour aujourd'hui. Eglise, famille, société » (Bayard), je suis rempli de joie.


Je me sens en harmonie complète avec une catholique « canal officiel ». Voila qui n'est pas banal. Vos propos prouvent qu'il est possible de penser en liberté, en femme, en mère de famille, dans le saint des saints de la Conférence des Évêques de France. Vous y avez travaillé durant 6 ans comme directrice du service Famille et société.


Vous vous définissez comme « réformiste et pas révolutionnaire », ce qui est déjà tendre le bâton dans le contexte ecclésial national actuel. Lorsqu'on vous a demandé à votre arrivée avenue de Breteuil si vous vous mettiez au service des évêques, vous avez rétorqué, avec un cran et une théologie assurée : « Non, je me mets au service de l'évangile et au service des évêques en tant qu'ils sont serviteurs des évangiles » (p. 14).


A ceux qui croient encore (c'est terminé depuis quelque temps pour ma part) que, dans le monde merveilleux des « frères évêques », tout le monde est toujours d'accord, vous affirmez que les divergences existent et que la quête du consensus, nécessaire parfois, n'est pas chose aisée. « La communion exige que la discussion se poursuive jusqu'à ce qu'un texte ou une décision soit acceptable pour tous ». En bonne catholique, vous jugez cela « très beau d'un point de vue ecclésial », mais, comme femme d'action, de nature à « ralentir le processus de décision », et, plus gênant, « de rendre les textes parfois trop lisses » (p. 21).


Durant vos 6 ans au milieu des évêques, vous dites avoir été libre... le plus souvent, « sauf pour la parole publique ». Ce qui est un peu gênant quand on occupe une place majeure dans l'organigramme d'une institution. Et vous en tirez une drôle de maxime : « Si notre religion devient si compliquée qu'un laïc bien formé et avec une bonne expérience de l’Église ne peut plus prendre la parole sur une question religieuse sans crainte de se tromper, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond » (p. 22).


Alors que - c'est moi qui parle, vous êtes trop bien élevée pour écrire des mots pareils - , la grâce de l'ordination donne aux mâles, prêtres et évêques, une assurance infaillible contre la profération de bêtises.


« L'autonomie des laïcs », dites-vous, « l’Église l'a acceptée plus facilement dans les questions sociales que dans le domaine personnel où elle a davantage tendance à vouloir dicter leur conduite aux personnes. Ce qui n'est plus accepté aujourd'hui » (p. 23). Que les autorités ecclésiastiques aient raison ou tord dans leurs prescriptions, elles ne sont pas entendues. Ce qui pose question pour une Église qui se dit Mater et Magistra. Un slogan que vous reprenez souvent pour affirmer qu'elle ne peut se prétendre mère et éducatrice « comme avant ».


Sur ces questions « personnelles », qui touchent la morale familiale et sexuelle, vous avez été en première ligne « grâce » au gouvernement et à Mme Taubira. Dont vous fustigez, à raison, la mauvaise volonté à parler avec les cathos.


Pour autant, même opposée à titre personnel à la loi controversée, vous tenez un discours sur les homosexuels qui fera bondir plus d'un. « Ni la société ni l’Église n'ont pensé leur place dans la société », et toutes deux « doivent balayer devant leur porte ». Les personnes homosexuelles ne sont « pas seulement des objets de soin pastoral » mais « ont des richesses à apporter ».


Observant la mobilisation contre le mariage gay, vous avez perçu la tension dans les communautés et vous n'êtes pas tendre envers certains comportements. « La liturgie n'est pas le lieu du débat politique », affirmez vous alors que tant de prêtres ont appelé, au cours des offices, à descendre dans la rue. « Beaucoup de catholiques ont eu l'impression d'être pris en otage » (p. 69).


L'avocate que vous êtes réagit. « Certains ont eu l'impression que l’Église défendait l'ordre établi. Or dans cet ordre établi, il y a des exclus, et parmi eux des personnes homosexuelles ».


Vous revenez sur la douloureuse affaire Brugère (voir mon article à ce sujet pour Témoignage chrétien), et la chasse à la sorcière lancée contre l'universitaire bordelaise, votre invitée, pour les crimes d'être socialiste, favorable à la loi Taubira et intéressée par les travaux sur le genre. Les sites d'extrême-droite ont demandé votre démission. Vous rappelez, avec justesse, que ces lobbys ont une influence davantage auprès des journalistes que des fidèles catholiques. Mais que pour autant, c'est mon avis, ils ont eu la peau de Mme Brugère.


Evoquant la famille, vous revenez sur l'encyclique Humanae vitae (1968), « qui a ouvert un gouffre d'incompréhension entre beaucoup de fidèles et l’Église, un fossé qui ne fait que se creuser depuis ». Sur cette funeste interdiction de la contraception mécanique, toujours réaffirmée depuis 1968, vous proposez une lecture de femme, de mère de famille. « L’Église n'avait pas mesuré l'angoisse des femmes, vécue pendant des siècles, d'être enceinte quand ce n'est pas prévu, quand ce n'est pas le moment, quand les conditions pour assumer une grossesse ne sont pas réunies. Pour elles, la contraception était un soulagement : elle pouvait faire l'amour (...) sans avoir cette crainte. Cette aspiration des femmes, l’Église ne l'a pas comprise ou pas prise au sérieux » (p. 104).


Et vous assenez : « Je crois que l’Église paie le fait d'avoir voulu être présente dans la chambre à coucher. Elle en a été virée manu militari et toutes ses prescriptions avec » (p. 105). Une phrase que beaucoup d'hommes d’Église devrait méditer.


Il a dans votre livre bien d'autres convictions de sagesse. Je vous souhaite, chère Monique, de nombreux lecteurs, défenseurs et contradicteurs, qui ne seront pas rebutés par le titre gnangnan de votre ouvrage, guère à la hauteur de la puissance du contenu.


Continuez, je vous en conjure, là où vous œuvrez aujourd'hui, à défendre cette ambition pour l’Église, belle mais tellement perfectible.


Avec toute mon amitié.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant. Ce blog n'engage que moi. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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