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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 12:42

Ah l'hérésie. Ce mot qui fleure bon les livres d'Histoire. Cette hérésie, qui rimait avec infamie, qui annonce les bannissements, les procès et les bûchers ? Car l'hérétique de jadis, expression qui devrait rester un pléonasme, n'avait guère l'occasion de se défendre ni de s'amender dans quelques geôles. Non, celui qui ne se rétractait pas, qui persistait à affirmer des idées contraires à celle des croyants de son clan, de son Prince, était voué à une mort purificatrice. Belle époque !

 

Or donc, ce week-end, des ennemis acharnés du pape François ont lancé, officiellement, une accusation en hérésie. Non un procès, il faut le noter. Histoire de rester dans la bonne tradition, le texte de 25 pages signé par des ecclésiastiques et des universitaires de divers pays a été écrit...en latin, langue internationale bien connu du monde intellectuel au XXIe siècle.

 

Le 23 septembre, a été rendue public une Correctio Filialis de haeresibus propagatis (voir ici le texte dans son intégralité, ou, pour les paresseux, les résumés des auteurs ) une correction filiale concernant la propagation d’hérésies. Pour ces chevaliers blancs de la vraie foi, l'absence de réponse du pontife a justifié que l'affaire soit portée à l'attention de tous.

 

La première partie du texte justifie le droit des fidèles à interpeller le pontife. J'en suis bien d'accord et j'en ai déjà parlé dans ce blog (comme ici). Sur le fond, on ne saurait qu'encourager des prises de positions polémiques sur les paroles et actions d'un responsable.

 

Les termes employés montrent que les auteurs restent dans l'esprit de l'Ancien régime, avant que la modernité n'impose en Occident le pluralisme. On lit ainsi que les accusateurs usent du droit d'intervention « lorsque les pasteurs de l’Église induisent le troupeau en erreur ». Ces rebelles n'ont pas l'objectif de débattre avec le pontife romain mais d'affirmer qu'il a tort et qu'ils ont raison.

 

Il est instructif de voir qu'un des reproches adressés à Bergoglio, avec sa vision de la famille, est sa proximité avec Luther, ci-devant « l'hérésiarque  allemand ». Le roman historique d'Anne Soupa, Le jour ou Luther a dit non, loué par mon blog (à relire ici) raconte que le prélat romain Cajétan venu rencontrer le moine révolté allemand n'avait pas l'intention de discuter avec lui. Sa mission consistait uniquement à lui demander une rétractation de ses errements. 500 ans plus tard, nos rebelles d'aujourd'hui se comportent de la même manière

 

« Les signataires ne s’aventurent pas à juger du degré de conscience avec lequel le pape François a propagé les sept hérésies qu’ils énumèrent. Mais ils insistent avec respect pour qu’il condamne ces hérésies, qu’il a directement ou indirectement soutenues. » Traduction libre et leste : « Savoir pourquoi vous propagez de telles idées nous indiffère, nous vous demandons uniquement d'enclencher la marche arrière ». On pourra s'amuser de voir que les « correcteurs du pape » ont trouvé « 7 erreurs » comme dans les jeux pour enfants

 

En étudiant la liste des signataires français, on découvre qu'ils viennent tous de la galaxie traditionnelle, hors ou au sein de la communion romaine. Apparaît le nom de Mgr Bernard Fellay, patron de la Fraternité Saint Pie X (les héritiers des Lefebvristes), chef de file des partisans d'un ralliement romain. Et pour lequel le pape était, semble-t-il prêt à ouvrir la porte. Allez comprendre...

 

D'autres clercs vivent dans la galaxie Summorum pontificum, du nom de ce motu proprio de Benoit XVI en 2007, qui a permis le retour dans l'Eglise catholique romaine des fans de l'ancienne liturgie au sein d'entités comme l'Institut du Bon Pasteur, l'Institut du Christ-Roi souverain prêtre ou la Fraternité Saint-Pierre. On voit ainsi le nom de l'abbé Claude Barthe, ordonné par Mgr Lefebvre avant de rejoindre les ralliés à Rome et de garder des liens avec toute cette frange « dedans-dehors ».

 

Enfin, j'ai repéré un prêtre qui émargerait dans le diocèse de Paris. Le P. Guy Pagés est une star des réseaux sociaux islamophobes pour ses critiques de la mansuétude des autorités catholiques face au péril islamiste. Le site du diocèse de Paris l'indique comme vivant dans une communauté de frères franciscains, lesquels ne le connaissent pas... Enquête en cours.

 

Même en ajoutant quelques anciens personnages de la Curie romaine ou quelques professeurs, je doute que ces accusateurs empêchent de dormir l'hérétique de la Maison Sainte-Marthe. S'il dit ou écrit parfois des bêtises, lui, au moins, vit dans son siècle.

 

 

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 09:00

Ami lecteur, pour ma rentrée, voici un petit cadeau pour celles et ceux qui n'auront pas le temps (ou le goût) de lire le dernier opus du pape François.

 

A partir de ma lecture de « Politique et société », ouvrage d'entretiens avec Dominique Wolton (éd. de l'Observatoire, voir ici la présentation), publié ce jeudi, je me suis laissé aller au jeu de l'abécédaire papal.

 

Afin de vous le faire découvrir, quelques remarques sur l'ouvrage. À ceux qui accusent François de n'être pas un théologien, celui-ci répond en faisant un livre de non-théologien. À ceux qui lui reprochent de ne pas construire vraiment sa pensée (au contraire de son prédécesseur), il donne un texte décousu, riche de quelques saillis, inégal. Son précédent livre d'entretien, pour les revues jésuites au début de son pontificat (voir ici) était plus travaillé, plus riche d'enseignements sur un personnage que l'on ne connaissait pas alors.

 

Enfin, on peut regretter que l'éditeur, voulant respecter le caractère oral du travail, se soit exonéré de donner à lire un texte en bon français.Malgré ses défauts, ces pages sont agréables et aident à comprendre un peu plus un personnage inattendu à son poste.

 

Âge Les personnes âgées sont la mémoire d'un peuple, ils sont la sagesse. Les jeunes sont la force, l'utopie. Et ce pont entre les jeunes et les personnes âgées, nous devons le retrouver, parce que tous les deux aujourd'hui dans le monde, sont des laissés-pour-compte. (p. 88)

 

Beauté Aujourd'hui, il est plus facile de se maquiller que de se rendre beau. (p. 113)

 

Communiste On ma dit une fois : « Mais vous êtes communistes !». Non. Les communistes, ce sont les chrétiens. C'est les autres qui nous ont volé notre bannière. (p. 227)

 

Diversité L’Église, pour ce qui concerne la diversité culturelle, a commencé le jour de la Pentecôte. (p. 92)

 

Évangélisation L'évangélisation est un mandat de Jésus-Christ (p. 75)

 

Fermeture La fermeture n'est pas chrétienne. La fidélité est chrétienne. Si je me ferme, si je me défends, ce n'est pas chrétien. Défendre les valeurs chrétiennes pas la fermeture n'est pas une voie chrétienne. (p. 108)

 

Geste J'aime beaucoup parler du langage des gestes. C'est une belle forme de communication. Parce que des cinq sens, le plus important, c'est le toucher. (p. 173)

 

Hésitation Franciscain, non. Mais [j'aurais pu être] dominicain. J'ai hésité, puis j'ai choisi les Jésuites (p. 266).

 

Kamikaze Je crois que l'époque a perdu le sens du péché. Quand on voit un kamikaze se faire exploser en tuant cinquante personnes. (p. 215)

 

Identité En Argentine, il y a des natifs. Nous avons des peuples indigènes. L'identité argentine est métissée. La majorité du peuple argentin est issue du métissage. Parce que les vagues d'immigration se sont mélangées, mélangées et mélangées. Pour nous, c'était absolument normal d'avoir à l'école diverses religions ensemble. (p. 269)

 

Joie Quand on lit certains textes ecclésiastiques, ils disent la vérité, mais c'est terriblement ennuyeux. Ils n'ont pas la joie, la légèreté d'une belle communication. (p. 242-243)

 

Liberté Je me sens libre. Ça ne veut pas dire que je fais ce que je veux, non. Mais je ne me sens pas emprisonné, en cage. En cage ici, au Vatican, mais pas spirituellement. (pp. 113-114)

 

Modernité Pour moi, la modernité a un double sens. (…) Il y a la modernité que le voit maintenant. Et l’Église doit accepter les modes de vie d'aujourd'hui. Mais il y a un autre sens qui s'assimile à la mondanité. Ça c'est un mot négatif pour les chrétiens. Le chrétien ne peut pas être mondain. Il doit être dans le monde, et vivre la modernité du monde, mais sans être mondain. (p. 147)

 

Niveau Je crois que, pour être égaux, il faut se mettre au niveau de l'autre. Et en principe, je dois m'abaisser au niveau de l'autre, même si l'autre est supérieur à moi. Mais c'est toujours un acte qui consiste à « aller dans la maison de l'autre ». (p. 371)

 

Orgueil Nous autres, Argentins, sommes orgueilleux. Et ce n'est pas bon. Cela donne des blagues sur les Argentins. Vous savez comment se suicide un Argentin ? Il monte au sommet de son ego et se jette de là-haut. Une autre histoire drôle qui me concerne. « Mais voyez à quel point ce pape est humble ! Il a beau être argentin, il a choisi de s'appeler François et pas Jésus II ! ». (p. 273)

 

Peuple En Amérique latine il y a une théologie dite du peuple. Le peuple a fait avancer la foi. (…) Le peuple a sa piété, sa théologie. (pp. 142-143)

 

Rigidité On voit des jeunes prêtres rigides. Ils ont peur de l'évangile et préfèrent le droit canonique. (p. 60)

 

Social L'économie libérale de marché est une folie. (…) Lors de mon discours pour le Prix Charlemagne (en 2016), j'ai demandé à l'Europe d'abandonner la liquidité de l'économie pour retourner à quelque chose de concret, c'est-à-dire à l'économie sociale de marché. J'ai gardé le marché, mais « sociale » de marché. (p. 106)

 

Télévision Depuis les années 1990, je ne la regarde plus. C'est un vœu fait à la Vierge. (p. 176)

 

Ultra-libéralisme Si un économiste ultra-libéral lit des passages de Laudato si', il finira par se dire qu'il manque une boussole morale à l'économie. (p. 216).

 

Violence J'ai davantage peur de la violence en gants blancs que de la violence directe. La violence de tous les jours, celle faite aux domestiques par exemple. (p. 76)

 

X comme Sexe Les prêtres ont eu la tentation – pas tous, mais beaucoup - de se focaliser sur les péchés de la sexualité. Certains, quand ils reçoivent confession d'un péché de ce genre, demandent : « Comment tu l'as fait, et quand l'as-tu fait, et combien de temps ? » Et ils se font un « film » dans leur tête. Mais ceux-là, ils ont besoin d'un psychiatre. Les péchés les plus graves sont ailleurs. (pp 249-250)

 

Zéro Les prêtres pédophiles représentent plus ou moins 2% des pédophiles. Cela semble peu, mais c'est trop. Qu'un seul prêtre fasse cela, c'est horrible. Tolérance zéro ! (p. 222)

 

 

 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 06:57

Dans son éditorial de La Croix du 3 juillet, Isabelle de Gaulmyn évoque une « polémique indigne » (à retrouver ici). C'était à craindre, le décès de Simone Veil vendredi 1er juillet a excité les franges réactionnaires de la galaxie catholique. Détestant la ministre qui fit voter l'autorisation de l'IVG, ils se sont d'abord déchaînés sur la Conférence des évêques de France. (CEF)

 

À travers deux messages sobres, l'épiscopat avait pourtant trouvé le ton juste pour réagir à la triste nouvelle : « Nous saluons sa stature de femme d’État, sa volonté de bâtir une Europe fraternelle, sa conviction que l’avortement est toujours un drame», puis « Pensées et soutien à nos frères juifs, prière pour Simone Veil, déportée, figure de la Résistance et ardente combattante de l’antisémitisme».

 

« Si même la CEF s’extasie devant Simone Veil… », a réagi Maximilien Bernard sur le portail Riposte catholique (à retrouver ici). « Celle qui a permis l’avortement de plus de 200 000 bébés chaque année est aujourd’hui une icône de la République. La Conférence des évêques de France sème la confusion». « La CEF rend hommage à l'avorteuse Simone Veil», lit-on dans le site Docteur angélique (voir ici).

 

Le Salon Beige pour sa part a relayé le message d'un bien énigmatique « collectif de délégués à la pastorale familiale des diocèses de France», appuyé sur aucune signature, qui réagit aux propos de l'épiscopat. « Ce signal "consensuel" envoyé à la société française est entaché d'infamie». Et plus loin : « La Conférence des Évêques de France, instrumentalisée par des tâcherons sans convictions claires, va-t-elle se déshonorer comme en 1975 ?» Le texte (à lire ici) parle, sans vergogne d'un « contexte d'apostasie silencieuse, jusque dans les rangs de l'institution ecclésiale».

 

Les évêques en ont entendu d'autres. Surtout depuis les tensions autour d'une autre loi, également portée par une femme, la Loi Taubira sur le mariage.

 

Descendons plus bas encore, dans la fange antisémite catholique. Sur le site Le peuple de la paix, un certain Pierre-Charles Aubrit Saint Pol signe un texte intitulé : « Simone Weil (sic), une énigme morale ?» (à retrouver ici si vous y tenez). « Nous avons honte de notre épiscopat», affirme l'auteur qui nous informe que « le président Valéry Giscard d’Estaing est toujours sur le coup d’une excommunication prononcée par le bienheureux Pape Paul VI». Le texte contient également un couplet clairement antisémite concernant la ministre décédée. « Elle se déclara athée, mais sa culture messianique impérialiste juive était la source de toute son action politique».

 

Comme souvent en pareil cas, les commentaires sont pires encore. Un ignoble contributeur, caché sous le pseudonyme de Pax et bonum (!) éructe : « L'encensement de tous les esprits libre-penseurs et maçonniques pour cette dame est d'un aveuglement et hypocrisie crasse! Et il est bien triste de voir des chrétiens enfourcher cette cavalerie infernale». L'immonde suit, abrité derrière l'anonymat qui évite les poursuites judiciaires. « Hier quelqu'un me disait que Giscard n'a pas pris au hasard une juive pour accomplir son funeste dessein, car la moindre contradiction au projet serait considérée comme propos antisémite...le malin !...dans tous les sens du terme

 

Et pour ceux qui ont le cœur bien accroché, on termine par une phrase révisionniste. « Puisque l'on parle des juifs qui nous servent l'holocauste à tous les propos, les déportations se comptent peut-être de l'ordre du million tandis que les enfants tués dans le sein maternel se comptent par centaines de millions »

 

Pour se purifier l'esprit après ses horreurs, proférées par des hommes, retrouvons la plume, comme toujours juste et sage, d'Isabelle de Gaulmyn : « Le combat mené par Simone Veil pour légaliser l’avortement, que l’on soit pour ou contre, porte la marque d’une grande dignité. (…) Elle a choisi toute sa vie de défendre une certaine idée de l’action publique. Comme femme, elle ne pouvait ignorer la détresse de celles n’ayant d’autres choix alors que de se faire avorter dans la clandestinité. On ne peut s’empêcher de penser que porter cette loi, lorsqu’on avait subi ce qu’elle avait dû subir comme humiliations, avait aussi un autre sens. Et comme ministre, elle assumait courageusement une forme d’obligation de l’État, face à un problème majeur de santé publique. Cette haute conception du sens de l’action politique, au-delà des convictions éthiques personnelles, marque tous ses combats. »

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 20:32

Samedi dernier, j'ai assisté à une belle messe de confirmation. Comme cela se pratique désormais dans certains diocèses, le sacrement de la foi « adulte » était donné à de jeunes enfants, certains âgés de 11 ans étant encore à l'école primaire.

 

La cérémonie était animée par un dynamique groupe musical paroissial. Le célébrant a su s'adresser avec des mots adaptés et un sourire bienveillant aux 27 confirmés. Bref, un bon moment spirituel.

 

Hélas, mon esprit persifleur s'est arrêté sur le chant de l'Offertoire, dont le choix intrigue devant de si jeunes chrétiens. Le chant « Céleste Jérusalem » est inspiré de l'Apocalypse, qui n'est pas le texte biblique le plus accessible. On en trouve une belle version chantée ici et les paroles .

 

Le refrain nous dit : « Notre cité se trouve dans les cieux/ Nous verrons l'Épouse de l'Agneau/ Resplendissante de la gloire de Dieu/ Céleste Jérusalem ». La fin des temps, voici une notion qui ne concerne que de très très loin les héros du jour.

 

Passons rapidement sur l'expression sibylline : « Épouse de l'Agneau ». Après avoir chanté l'attrait de cette Céleste Jérusalem, comment dire à des jeunes que la grâce de l'Esprit reçue en ce grand jour doit les aider à grandir dans leur foi et leur vie quotidienne ? Doivent-ils comprendre que la gloire de Dieu se trouve uniquement dans cet avenir hypothétique que les chrétiens attendent depuis 2000 ans et non ici et maintenant ?

 

Je ne remets pas en cause la pertinence théologique du dernier livre de la Bible. Mais je doute qu'il représente le message prioritaire à transmettre à des jeunes enfants. Même pour des adultes bien formés, l'eschatologie, science de la fin des temps, demeure difficile à appréhender dans nos sociétés rationnelles.

 

Allons plus loin. « L'Agneau deviendra notre flambeau, affirme le premier couplet. Nous nous passerons du soleil/Il n'y aura plus jamais de nuit/Dieu répandra sur nous sa lumière ». Difficile de ne pas voir dans ces mots le fondement d'une pensée qui me semble archaïque. Celle du christianisme qui apprenait aux fidèles que la vie terrestre était d'un intérêt limité par rapport à la joie offerte après, la « vraie vie », auprès de Dieu pour les sages et dans les enfers pour les pécheurs.

 

Ce discours, des siècles durant, a assuré la paix sociale au bénéfice des puissants, les miséreux attendant sans broncher la fin de leur existence dans cette « vallée de larmes ».

 

Espérons que les jeunes confirmés retiendrons essentiellement la mélodie, belle et méditative, de cette « Céleste Jérusalem ».

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 10:46

Comme tous les évêques, le cardinal André Vingt-Trois remettra sa démission au pape, le jour de son soixante-quinzième anniversaire en novembre. Comme nous l'avons déjà écrit dans ce blog (on peut relire ici mon article "Pitié pour nos évêques fatigués"), on peut douter que Rome lui demande de poursuivre, étant donner ses récents soucis de santé.

 

La procédure pour lui trouver un remplaçant est donc en route à Paris, avec le Nonce apostolique, et à Rome. On sait que sur un poste aussi important que l'archevêché de Paris, le pape ne se contente pas de suivre l'avis de ses services sans jeter un œil.

 

À Paris, certains catholiques veulent participer au processus de choix, s'appuyant sur le canon 214, qui indique que « les fidèles ont la liberté de faire connaître aux Pasteurs de l’Église leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits ». Le groupe local de la Conférences catholique des baptisées francophones (CCBF) vient d'adresser un courrier à Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique en France (voir ici).

 

Ce groupe espère « un évêque qui aime le monde, qui vive avec le monde. Un évêque qui témoigne de simplicité et d’humilité ». mais aussi « qu’il s’entoure d’une équipe qui fasse souffler un vent d’ouverture, jusqu’à la société civile en quête de sens. Qu’il fasse vivre la communion entre les différentes sensibilités. »

 

Il n'est guère étonnant que la CCBF attende du nouvel archevêque « qu’il soutienne la créativité des laïcs au service de la vitalité de l’Église » L'association rappelle la «chance» du diocèse de Paris d’avoir « un grand nombre de baptisés, femmes et hommes, bien formés ».

 

Ils souhaitent enfin que le successeur du cardinal Vingt-Trois « partage les difficultés et les espoirs de l’ensemble des habitants de la métropole, dans une collégialité à l’échelle des diocèses du Grand Paris ».

 

Dans La Croix (article à retrouver ici, pour les abonnés), Céline Hoyeau nous apprend qu'en 1978, avant de voir arriver son nouveau prélat, le diocèse de Valence avait lancé une « consultation générale des forces vives locales ». Et la journaliste ajoute que la démarche est très rare. Trop rare sans doute.

 

Nul se sait si le Nonce, dont l'enquête est très discrète, va tenir compte de ces remarques et s'il va demander ce que pense ce groupe de laïcs ou d'autres. Quelques nominations ratées ces dernières années – on pense à Mgr Gaschignard, nommé évêque de Dax alors que ses attitudes avec les jeunes étaient déjà connues -, font penser que tous les avis ne sont pas toujours entendus.

 

L'autre question concerne l'origine du futur archevêque. Les deux derniers titulaires étaient issus du clergé parisien. Jean-Marie Lustiger avait succédé en 1981 à l'Aveyronnais François Marty (et son accent rocailleux). Et il a transmis le flambeau à son ancien vicaire (à la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal) et ancien vicaire général.

 

Faut-il apporter du sang neuf venu de l'extérieur du périphérique pour diriger le très riche presbyterium ? Ou au contraire est-il nécessaire de connaître les arcanes et les histoires du clergé de la capitale pour mener la barque ? Faut-il investir un prélat déjà en responsabilité ? Les avis sont partagés.

 

Voici quelques questions qui vont occuper l'été de Mgr Ventura. En espérant qu'il n'oubliera pas les laïcs qui, plus encore demain, animeront le diocèse de Paris.


 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 06:25

Pour la Pentecôte, La Croix consacre traditionnellement un sujet à l’Église de France. Cette année, le quotidien catholique a commandé un sondage sur l'image des prêtres. On peut trouver ici  l'article de présentation et sur cet autre lien les résultats exhaustifs de l'enquête de l'Ifop.

 

Les prêtres sont vus comme « proche des autres hommes » par 71 % des Français (4 points de plus qu'en 1993, date de la dernière étude. Ils sont perçus comme « disponibles » à 76 %, mais aussi « dignes de confiance » (68 %).

 

Certains observateurs expriment leur étonnement devant ces chiffres. "Surprise, les prêtres ont une image très positive", se félicite le blogueur Koz (lire son billet ici). "Malgré le discours ambiant et une chasuble surprenante, les prêtres sont appréciés", s'amuse l'avocat.

 

Comment donc, malgré la sécularisation galopante et les scandales touchant le monde catholique, la figure du prêtre peut-elle rester populaire ? Tentons des explications.

 

On préfère toujours un soldat à son armée. Les mêmes qui critiquent la lenteur de La Poste apprécient leur facteur. Et ceux qui pestent contre le mammouth Éducation nationale peuvent tous évoquer la mémoire d'un instituteur charismatique ou un professeur qui les a marqués. Il en est de même pour l’Église catholique. Pour les anciens éloignés de l’Église, le souvenir de prêtres croisés dans leur jeunesse, époque ou ils étaient omniprésents (écoles, patronages, santé), demeure positif.

 

Nombre de personnes ne côtoient désormais les prêtres que dans des occasions particulières, émotionnellement fortes : mariage, décès, préparation d'un sacrement... Conscient que ces rencontres restent des occasions rares pour tenir une parole chrétienne, ou à minima de l'ordre du sens, le prêtre s'y montre sous son meilleur jour.

 

Lors de tes échanges, le demandeur rencontre un homme qui occupe une fonction, et non l'institution Église et toute ses lourdeurs. Les règles et doctrines, si elles ne quittent pas l'esprit du prêtre, passent derrière l'histoire de la personne et sa demande.

 

C'est cette figure du prêtre qui demeure populaire à une population qui n'en demande pas plus. Et qui, et la bonne nouvelle est bien ici, ne lui fait pas payer les horreurs d'une minorité de ses confrères et la lenteur de réaction de ses supérieurs.

 

Dans l'enquête de La Croix, la sociologue Céline Béraud avance l'idée que le prêtre est populaire car, privé d'autorité moral, il ne fait plus peur. Une vision valable pour les plus anciens. Mais qu'en sera-t-il demain quand presque plus personne n'aura connu l'époque de l’Église contrôlant les âmes et les corps ?

 

Il semble illusoire d'envisager des promotions fournies de prêtres ces prochaines années. Aussi, il devient urgent d'étudier comment les autres acteurs catholiques sont vus de nos concitoyens. Je pense aux catéchistes, aux animateurs de funérailles (une majorité d'obsèques religieuses se déroule sans présence de ministre ordonné), aux couples recevant les futurs mariés. Voici un nouvel objet d'étude pour nos sondeurs et un excellent indicateur de l'image nouvelle du catholicisme.

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 08:40

Dans son édition du 11 mai, La Croix a donné longuement la parole à Mgr Georges Pontier, dont le silence entre les deux tours de l'élection présidentielle avait été diversement apprécié (voir l'entretien ici). Le journaliste Nicolas Senèze a posé au président de la Conférence des Évêques une double question à propos du Président de la République élu : « Qu'attendez-vous de lui ? Que redoutez-vous ? »

 

À la première, Mgr Pontier a évoqué la nécessité de la « cohésion et de la réconciliation des Français », après un campagne qu'il a jugée « violente du début jusqu'à la fin ». Un propos assez convenu que le quotidien catholique retiendra comme titre à l'interview.

 

Sa réponse à la deuxième question – sur ses craintes - est riche et mérite qu'on s'y attarde. « J'espère qu'il [le nouveau président] ne va pas nous enliser dans des débats de société qui ont aussi contribué à la division du pays mais qu'il n'est pas urgent de remettre en première ligne ». On voit évidemment à quoi fait référence l'archevêque de Marseille, qui garde en mémoire les débats autour de l'extension du mariage et les législations sur la fin de vie.

 

Mais qui doit vraiment craindre un « enlisement » ? L'ensemble des Français qui, globalement sont favorables à des évolutions en faveur de plus de libertés individuelles en matière morale, ou les catholiques, qui les freinent ? Le pays n'a pas été autant « divisé » par le débat autour du mariage que les paroissiens devant la parole très univoque des autorités catholiques. On peut se demander ce que recouvre le « nous » utilisé par le prélat.

 

Ces débats, à le lire, ne sont pas « urgents à remettre en première ligne ». Dans ce sens, il rejoint beaucoup d'observateurs qui ont reproché à François Hollande et demain à son successeur de faire plus de sociétal que de social (voir ici l'éditorial de Jean-Pierre Denis le 11 mai dans La Vie).

 

Pourtant cette question de l'urgence n'est pas si évidente. Dans les domaines concernés, les évolutions législatives offrent des possibilités nouvelles à des catégories numériquement faibles de citoyens : les lesbiennes en demande de maternité, les personnes incurables subissant des souffrances intenables. Pour ces quelques milliers de personnes, il s'agit souvent d'une urgence. L’Église catholique, qui se prétend depuis Paul VI « experte en humanité », ne peut rester insensible aux cris de ces infortunés. Et on imagine mal qu'elle tente de les minimiser pour préserver la paix dans ses sacristies.

 

Le Mouvement homosexuel chrétien David & Jonathan a réagi aux propos de Mgr Pontier, dans un communiqué intitulé « Questions de société : deux poids, deux mesures ? » (à lire ici) . David & Jonathan reproche aux responsables de l’Église catholique de France d'un côté de « tenter de peser sur le pouvoir politique lorsqu’il s’agit en particulier des questions de l’intime : la sexualité, les modalités de la procréation, la vie » et, dans le même temps « d'afficher une frilosité consternante et refuser de prendre position lorsque menacent à grande échelle l’exclusion, le rejet de l’autre, le racisme, l’homophobie, etc. ».

 

Pour David & Jonathan, « éluder des débats aussi fondamentaux est contraire à la démocratie, ne permet pas de ressouder une société profondément divisée, et mène au contraire à la peur, à la méfiance et à l’exclusion. »


Dans le processus de la Loi Taubira, le gouvernement s'est mal comporté envers le contradicteur catholique. Emmanuel Macron, qui a vécu l'épisode au cabinet du Président Hollande, agira on l'espère avec plus de finesse. L’Église aussi, en se rappelant qu'avec son soutien aux Manifs pour tous, elle n'a redoré son image ni dans l'opinion, ni chez certains catholiques. Sur ces fameuses questions de société, le mouvement homosexuel chrétien affirme « la nécessité d’écouter les témoignages de vie des personnes concernées, plutôt que de partir d’un dogme. La conscience éclairée de chacun-e décide ainsi en dernier lieu… Quelle liberté pour le peuple de Dieu ! ».


Si le nouvel hôte de l’Élysée remet sur la table des dossiers touchant à la famille ou la fin de vie – l'ouverture de la PMA aux couples de femmes figurait à son programme -, l’Église devra contribuer au débat sans se sentir agressée, en écoutant ce qui se dit dans ses rangs, comme en dehors. Pour que le sujet se s'enlise pas et soit traité au mieux de l'intérêt de la nation.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 19:18

Décidément le pape argentin ne cesse de nous surprendre. Le voici en passe de réussir là ou son prédécesseur allemand s'est cassé les dents : faire revenir les intégristes de la Fraternité Saint-Pie X dans le giron romain.

 

Romilda Ferrauto, qui fut longtemps la responsable du service francophone de Radio Vatican, explique longuement la situation sur le site de La Vie (voir ici, disponible pour les abonnés). Pour elle, la visite papale à Fatima le 13 mai pourrait être le cadre de l'annonce. À défaut ce sera pour 2017.

 

La journaliste rappelle par le pontife argentin a déjà posé deux gestes significatifs en direction des héritiers de Mgr Lefebvre : reconnaissance de l'absolution par les prêtres de la Fraternité et validation, sous certaines conditions, de la célébration de mariages par les mêmes.

 

Quand Benoît XVI voulait en son temps régler les différends avant toute réintégration, François agit autrement. « Ce pape privilégie les gestes concrets, et il veut aller vite sans tergiverser, écrit Romilda Ferrauto. L’unité théologique viendra plus tard. La pleine communion devrait être rétablie sans attendre que la situation soit entièrement satisfaisante ».

 

Trois critères simples pourraient être demandés aux membres de la Fraternité Saint-Pie X voulant redevenir des catholiques romains, selon le site Vatican Insider : la profession de foi, la reconnaissance de la validité des sacrements célébrés selon la liturgie post-conciliaire et l’obéissance au pape.

 

Pourquoi le pape François veut-il réussir cette réintégration ? Sans doute pour montrer ses bonnes dispositions à l'égard de l'aile conservatrice du catholicisme, qu'il ménage assez peu d'habitude. L'idée de pouvoir enfin discuter de Vatican II et de ses suites sans anathèmes préalables n'est pas inintéressante pour toute l’Église.

 

On peut avancer une stratégie plus politique. Il vaut parfois mieux avoir ceux qui ne vous aiment pas à vos côtés plutôt qu'en face. Tel François Mitterrand nommant son rival Michel Rocard à Matignon en 1988, pour mieux le museler et ruiner son pouvoir de nuisance.

 

Le pape va surprendre – et décevoir – nombre de catholiques. Dans les diocèses qui vont accueillir des membres de la Fraternité, le risque est réel d'une cohabitation artificielle de fidèles sans aucune estime réciproque. Les communautés traditionalistes réintégrées par Benoît XVI (l'Institut du Bon Pasteur, notamment) ont montré leur peu de désir de collaboration diocésaine.

 

Les fans de Bergoglio lui feront sans doute confiance, mais seront attentifs à ce que les entrants mettent de l'eau dans leur vin, en particulier en ce qui concerne les acquis conciliaires non négociables.

 

Quel bénéfice peut retirer le pape de cet épisode ? Il va casser son image de dureté envers ceux qui ne pensent pas comme lui. Et montrer qu'il est définitivement inclassable selon les critères ordinaires de jugement à l'égard des pontifes.

 

En terminant son article, Romilda Ferrauto note qu'un « autre schisme pourrait se produire au sein même du camp intégriste ». L'aile la plus irréductible de la Fraternité n'est pas prête à la moindre des concessions et pourrait faire scission. Certains, comme le négationniste Richard Williamson (exclu en 2012), ont quitté Saint-Pie-X D'autres préféreront sans doute demeurer dans leurs certitudes. Rome ne les regrettera pas. Nous non plus.

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 20:03

La Conférence des évêques de France est incapable de tenir un propos ferme concernant le choix de dimanche. Certains évêques, dans leur coin (voir ici un florilège de textes compilés par La Croix), tentent de dire l'évidence pour un chrétien : le non possumus du vote Le Pen et le bulletin, par défaut mais ferme, pour Macron. Un message que portent sans sourciller les autorités juive, musulmane et luthéro-réformée, dans un communiqué commun sur lequel plane l'ombre du partenaire catholique absent (voir ici).

 

Car de l'avenue de Breteuil, où siège la représentation nationale de l'épiscopat, rien de bien clair n'est venu. Ni le président Pontier, ni le Conseil permanent, porteur ordinaire des messages officiels, ne se sont exprimés. Le communiqué de référence au lendemain du 1er tour, sans orientation précise (à retrouver ici), est signé du P. Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole, d'une parole... bien molle. Pourquoi ?

 

Bien sûr, on peut entendre le discours du refus des consignes de vote depuis Vatican II et de la primauté de la conscience du catholique adulte. Mais ce ne fut pas le cas en 2002, quand l'épiscopat, poussé par le cardinal Lustiger qui connaissait les dangers que porte notre extrême droite, était catégorique face à Le Pen Père. Plus près de nous, en 2013, cette posture non interventionniste ne fut guère celle de nos évêques face à l'ouverture du mariage aux homosexuels. Certains ne se sont pas gênés pour passer par dessus la conscience des fidèles en leur expliquant comment se positionner.

 

Une réalité, bien plus grave, amène le corps des évêques, plus désunis que jamais, à rester dans cette funeste neutralité. A croire le sondage publié par Le Monde mercredi 3 mai au soir (enquête Ipsos pour le Cevipof), le mal est déjà advenu. 46% des catholiques (toutes catégories confondues) seraient tentés par le vote Le Pen ce 7 mai. 46 % !! 6 points de plus que la moyenne de la population.

 

On pouvait pourtant se réjouir des scores modérés de l'héritière frontiste au 1er tour : 22% pour l'ensemble du groupe catholique (11% pour les pratiquants réguliers, 22% pour les irréguliers et 29% pour la masse des non-pratiquants). Marine Le Pen ferait plus que doubler son potentiel entre les deux tours. Ce qui signifie qu'elle récupérerait une très grande partie des 28% des catholiques orphelins de François Fillon (voir ici l'enquête d'Ipsos, en page 17).

 

Presque une personne sur deux se disant catholique s'apprête à voter FN. Comment est-ce possible quand les catholiques par milliers sont engagés tous les jours sur le terrain dans des actions aux antipodes des idéaux frontistes ? Comment le comprendre alors que l'immense majorité des évêques détestent ce parti autant que moi ? Comment imaginer que des fidèles soutiennent un parti qui méprise l’Église et ses valeurs ? Au même titre que les partis politiques traditionnels, les médias ou le monde de la culture, l’Église n'a pas su ou pu contenir la montée de ce vote haineux.

 

Un autre motif, pour moi, justifie cette frilosité. Il relève de la parole de l'autorité catholique dans notre société. Quoi qu'elle dise ou ne dise pas cette semaine, celle-ci est discréditée. Au risque de me répéter lourdement dans ce blog, tant que l’Église maintiendra son discours, bâti par des mâles célibataires, sur les familles, la sexualité ou la place de la femme, elle demeurera inaudible, sans crédibilité aucune. Et ce quel que soit son thème d'intervention. C'est pourquoi, l’Église est aujourd'hui incapable d'assurer sa fonction de guide moral. Pour ses fidèles comme pour les autres.

 

Faut-il ajouter au tableau la gestion des cas de pédophilie dans ses rangs ? La société a bien compris qu'entre la fermeté officielle, récente mais bien réelle, et les pratiques de terrain, l'écart demeurait trop grand pour que le soupçon cesse.

 

Derrière ce discours officiel se dédouanant de toute position tranchée, je vois un aveu de faiblesse. Divisé à son sommet et plus encore à sa base droitisée, l’Église catholique de France est muette et impotente quand le pays vit un tournant. Une réalité aussi inquiétante que le résultat de dimanche. Car lundi, le chantier sera toujours là.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 16:28

2017 n'est pas une année majeure uniquement pour la politique française. Les chrétiens célèbrent les 500 ans du début de la Réforme. De nombreux ouvrages abordent la vie, la pensée et la postérité du moine Martin Luther. Je veux en retenir ici un Le jour où Luther a dit non , d'Anne Soupa (voir la présentation par son éditeur Salvator ici).

 

Plusieurs raisons dictent ce choix. L'auteure est une catholique, bibliste et militante de l'ouverture de l’Église. La fondatrice du Comité de la Jupe (voir ici) et de la Conférence des baptisés catholiques (voir ici) est dotée d'une jolie plume et sait faire passer ses convictions.

 

Ensuite, Anne Soupa a choisi le genre romanesque pour traiter ce fait historique majeur. Son ouvrage n'est pas un traité de théologie mais un récit, documenté sur un épisode majeur de la vie du moine augustinien allemand. Il s'agit des quatre jours, du 12 au 15 octobre 1518, où, à Augsbourg, il rencontre le cardinal Cajétan, dominicain érudit envoyé par le pape pour voir ce rebelle qui fait trembler la Sainte-Église.

 

Très vite on apprend que le légat du pape ne souhaite pas mener une disputatio théologique, genre dans lequel il excelle tout comme Luther. « Je ne suis pas ici non pour débattre mais pour entendre ta rétraction », dit clairement Cajétan, qui doit réprimer son goût pour l'échange. De plus, il ordonne au moine déviant, de « s'abstenir de tout ce qui pourrait dans l'avenir troubler l’Église ». Et l'auteure du roman ne cache guère ce qu'elle ressent de l'intransigeance romaine.

 

Premier point achoppement, première « erreur » dans la bouche du prélat : la condamnation des indulgences. Cette pratique consistait à inciter les fidèles à payer pour se voir pardonner. L'argent recueilli servait largement les besoins de l’Église, des Princes et des banquiers, dont Jacob Fulger, qui abrite dans sa demeure la rencontre historique. La femme de ce dernier finit par être convaincue par les arguments du rebelle, lançant à son mari : « Ces indulgences sont comme une drogue qui t'endort et te fait rester à la surface de toi-même, dans des paradis d'apparence qui ne font pas vivre ».

 

Cajétan dénonce une seconde erreur. « Tu affirmes que l'absolution des péchés ne confère par la grâce du pardon si le bénéficiaire n'y croit pas ». Pour le moine, qui défendant sa position, « l'engagement pour Dieu, c'est la conscience qui le prend, libre, souveraine. Personne d'autres. Ni le pape, ni aucun ministre du culte ». Ainsi est posée l'idée, révolutionnaire, de la relation directe entre le croyant et le créateur, diminuant l'importance des intermédiaires et le pouvoir de la hiérarchie ecclésiale. « Tu sous-estimes le don de Dieu fait à l’Église », tance le cardinal. « Je le rends à chacun de ses fidèles », répond Luther.

 

Ne se vivant pas comme hérétique, le moine lutte pied à pied, rageant que le prélat refuse la joute. C'est l'arrivée de étudiants actuels et passés de Luther, ayant marché des jours pour être au côté de leur maître, qui lui donne le courage de tenir bon. La Réforme est lancée.

 

Dans sa postface, Anne Soupa affirme que ces controverses ne valaient pas un schisme. Elle sous-entend qu'en prêtant l'oreille au moine augustinien et en révisant ses pratiques, l’Église aurait pu éviter ce que le rebelle ne souhaitait pas. L'Europe se serait alors passée de siècles de violence, épargnant des milliers de vies (des deux côtés) et des années de haine.

 

D'autant, note la bibliste, que « aujourd'hui, l'essentiel de ce qu'a soutenu Luther est réintégré par l’Église catholique comme son bien naturel ; altérité, autorité de la Bible, justification par la foi, respect de la conscience personnelle ». Et les différences peuvent cohabiter. Elle ne voit qu'une seule divergence restante : « vaut-il mieux avoir un pape ou non ? ».

 

Ce récit agréable, vivant, bien écrit, pourrait être monté sur les planches. Surtout, il nous éclaire sur les choix ecclésiaux à venir.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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