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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 11:21

« Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne peut s'arroger le monopole des valeurs chrétiennes. Pas plus aujourd'hui qu'hier ». François Vercelletto, spécialiste des religions à Ouest France rappelle dans son blog (à retrouver ici) cette vérité de base. Pourtant, cette année, il semblait que les catholiques de France, dont le cœur on le sait penche nettement à droite, avaient leur champion avec François Fillon.

 

Croyant assumé, bon père de famille, rigoureux comme il faut, peu suspect de bonhomie un tantinet jouisseuse à la Chirac ou d'arrivisme mondain du style Sarkozy : le portait parfait. D'autant plus que l'élu sarthois puis parisien était porté par la nouvelle vague catho en politique de Sens Commun. Mais, le rappelle François Vercelletto « Il ne suffit pas de dire "je suis chrétien" pour être le meilleur garant des valeurs évangéliques ».

 

Las, on sait ce qu'il est advenu. Le parangon de vertu s'est révélé être comme les autres, arrangeant, pour le moins, avec la morale et les finances publiques. Et l'homme que tous voyaient à l’Élysée fuit désormais les foules, les concerts de casseroles et les tomates. Que fait-on, s'interroge le (la) bon(ne) catholique pour qui le choix était plié ?

 

« Les catholiques dans l'embarras » titrait L'Union de Reims dans son édition du 27 mars. Le quotidien a réuni six fidèles engagés à la Maison diocésaine. Malgré les affaires, Fillon garde la confiance d'au moins deux d'entre eux. « Il faut un vote utile. Et Fillon ne fera rien contre ma religion », dit une responsable de la radio RCF. « Je ne vote pas par rapport à ma religion, mais je veux un président qui mette l'humain devant tout le reste », affirme une laïque en mission ecclésiale, qui s'affirme communiste et annonce avoir choisi.... Hamon. Quant au responsable régional des Semaines sociales, le cœur à gauche, il déplore que le candidat socialiste soit favorable à l'euthanasie.

 

Dans son commentaire, la journaliste Catherine Frey, qui a organisé la rencontre, conclut de façon un peu péremptoire, en s'appuyant sur un témoignage : « Il est fort probable, qu'au dernier moment, ces croyants votent tout de même Fillon. La mort dans l'âme ». Mais cette campagne nous réservera encore des surprises.

 

La question taraude même les évêques, si l'on en croit l'article de La Croix, (voir l'article ici)  à la veille de leur rendez-vous de printemps à Lourdes (du 28 au 31 mars). Entre eux, et c'est une bonne chose, les évêques parlent de leurs options politiques. Lesquelles sont diverses.

 

Un évêque – on note l'anonymat du propos – a confié aux journalistes du quotidien catholique : « Pour en avoir parlé avec les évêques de ma province, la campagne prend un tel tour que nous sommes, nous aussi, un peu perdus ». Il voit autour de lui « beaucoup d’indécis ». Ce qui tend à prouver que les évêques sont comme tout le monde.

 

Il est plus gênant de lire que ce même prélat craint, en prenant la parole, « d’ajouter à la cacophonie généralisée » ». Si un pasteur n'ose pas parler d'un choix aussi essentiel que celui de notre gouvernant, on peut s'inquiéter. On est bien loin de la bonne ambiance consécutive à la réception, quasi unanime dans la presse et auprès des politiques, du livre Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, publié par l'épiscopat en octobre.

 

La fin de l'article donne une idée de l'ampleur de la question. Nos évêques auraient du mal à se positionner si, comme cela est prévisible, Marine Le Pen, se qualifie pour le second tour. « Certains d'entre nous pourraient voter pour elle », avoue un évêque à La Croix (des noms!!!). Une situation qui doit faire bondir leurs aînés qui, dans les années 80, avaient été stricts face au péril Jean-Marie Le Pen. Un évêque « de l’ancienne génération » explique : « si je dis quelque chose trop nettement à mes fidèles, en pensant apaiser les choses, en réalité je les ravive ». Mettre en garde contre les dangers de l'extrême-droite serait devenu contre-productif et périlleux ! Un joli constat d'échec pastoral... ou de lepénisation des esprits débordante.

 

Le message est clair pour les naïfs qui pensaient que le discrédit du candidat de la droite classique allait inciter naturellement à un recentrage du vote catholique. Les casseroles de la cheffe frontiste et, surtout, son programme aux antipodes des valeurs évangéliques ne rebutent donc pas tant que cela les catholiques. Quoi qu'il arrive, Marine Le Pen pourra dire un grand merci à sa nièce Marion.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 21:17

Mardi 21 mars, France 2 consacre un numéro de son magazine Cash investigation à un sujet brûlant « La pédophilie dans l’Église. Le poids du silence » (voir ici). La Conférence des évêques de France (CEF) a décliné la proposition d'envoyer un « représentant officiel de l’Église » lors du débat qui suivra la diffusion du document. Dans un communiqué diffusé le 20 mars, elle estime que la déontologie journalistique n'est pas respectée et que l'émission est « plus préoccupée d'accuser que d'informer ».

 

Cash investigation a l'habitude de ne pas ménager les institutions sur lesquelles elle enquête. C'est sans doute pour cela que les téléspectateurs plébiscitent ce programme moins complaisant avec les puissants que d'autres. Sur le site Le Samaritain, le blogueur Koz publie une note signée Vincent Neymon, directeur de la communication de l'épiscopat (à retrouver ici). Il raconte les méthodes insistantes et souvent indélicates d’Élise Lucet, la présentatrice de l'émission, notamment lors de la dernière assemblée d'automne des évêques à Lourdes.

 

Il paraît clair que le reportage est volontairement à charge. Faut-il pour autant renoncer à participer à l'exercice plus contradictoire du débat qui suivra la diffusion ? Je pense que non. Par sa politique de la chaise vide, la CEF ne sert pas ses idées.

 

Bien sûr, on peut considérer comme injuste qu'une institution qui réalise depuis quelques années des efforts louables paie pour des décennies d'incurie et de scandales tus par ses anciens dirigeants. Bien sûr, on peut redire que l’Église n'est pas le seul cadre dans lequel se produisent des horreurs vis-à-vis des enfants. Mais tout cela n'effacera pas l'image détestable que devra supporter encore quelques années l’Église catholique sur cette question. On pourra hurler tant qu'on voudra : c'est ainsi et il faut faire avec.

 

Pour remonter la pente, il est plus utile de se présenter devant les bazookas médiatiques que de fuir en attaquant la déontologie d'une profession. Surtout quand la sienne a tant fait défaut jadis. Si l'épiscopat prône désormais la « tolérance zéro », qu'il le crie au plus grand nombre !

 

Qu'on se rappelle que le pontificat de Benoît XV fut un calvaire pour les communicants ecclésiaux. Entre les maladresses de propos (Ratisbonne, les préservatifs) et les véritables scandales (la petite brésilienne enceinte d'un viol incestueux dont l'évêque refusa l'avortement), l’Église catholique a plusieurs fois été clouée au pilori par les médias français. Un homme possédait la bonne méthode pour faire face. Le P. Michel Kubler, assomptionniste, rédacteur en chef religieux à La Croix, était souvent invité sur France 5 dans l'émission « C dans l'air ». Il commençait toutes ses interventions en plaidant coupable, en reconnaissant que sur la forme, en terme de communication, l’Église avait été nulle. Puis, ses contempteurs calmés, une fois récupéré un certain capital de modestie et de sympathie, Michel Kubler exprimait clairement la pensée catholique.

 

En désertant la scène médiatique sous prétexte qu'elle lui est défavorable, l’Église catholique perd sur tous les plans. Elle est inaudible sur le fond et ne peut ni condamner l'inacceptable, ni demander pardon, ni dire ce qu'elle fait aujourd'hui. Elle apparaît comme s'estimant au-dessus de la confrontation avec le jeu médiatique. Elle n'améliore en rien son image dans l'opinion.

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 09:29

Petite (par le nombre) société de prêtres, la congrégation de l'Oratoire de France (voir son site ici) a toujours fourni à l’Église de France des penseurs originaux et libres. Elle anime la paroisse parisienne de Saint-Eustache et gère des centres spirituels de très bonne tenue à Lyon et Marseille. On peut revoir un article écrit par mes soins lors de leur bicentenaire ici.

 

Oratorien, le P. Luc Forestier, qui dirige l'Institut d'études religieuses de l'Institut catholique de Paris, vient de publier chez Salvator une belle étude intitulée Les ministères aujourd'hui.Il propose un point théologico-historique sur la nature des ministères, les raisons de leur pluralité et leur articulation, principalement autour de la figure de l'évêque.

 

Il évoque la fonction de vigilance dans l’Église, présente dans les lettres de saint Paul, et qui « implique bien plus de chrétiens que les seuls évêques. Bien des épisodes de l'histoire de l’Église catholique montrent à quel point ce sont des laïcs, des religieux, des religieuses qui ont été porteurs de cette vigilance chrétienne ».

 

Autrement dit, la grâce de l'ordination n'est pas absolument nécessaire pour être des phares évangéliques dans nos sociétés. Le rayonnement de grandes figures non ordonnées au XXe siècle – l'abbé Pierre, Sœur Emmanuel, Madeleine Delbrêl... - nous le rappelle. Et ceci ne diminue pas l'importance du sacrement de l'ordre.

 

Pour Luc Forestier, il est clair qu'on ne saurait limiter la notion de ministère aux seuls ministères ordonnés. Dans un chapitre très riche intitulé « les ministères confiés à certains laïcs » (1), il rappelle que les Pères du Concile Vatican II avaient pensé à la situation de laïcs « engagés dans les institutions ecclésiales », à titre « temporaire ou définitif ». Toutefois, écrit l'auteur, ce statut était principalement envisagé pour les « Églises naissantes » et terres de mission. En France, 50 ans après, nous y sommes...

 

En 1972 dans ce même élan, un texte de Paul VI « prévoyait que les conférences épiscopales puissent demander au Saint-Siège l'institution d'autres ministères laïcs, adaptés aux terrain pastoral et aux besoins des Églises ». Le même pontife en 1975 cite des exemples concrets : catéchètes et « chef de petites communautés » (Evangelii nuntiandi).

 

En 1988, dans son exhortation post-synodale Christifideles laici (2), Jean Paul II revient sur l'idée, mais tempère l'enthousiasme de certains. Le texte pointe « le risque de créer une structure ecclésiale de service parallèle à celle qui est fondée sur le sacrement de l'ordre ». Le cléricalisme refait surface et montre ses dents.

 

Au niveau national, le P. Forestier évoque une définition des ministères confiés aux laïcs présentée lors de l'assemblée des évêques de Lourdes en 1973 par le P. Yves Congar. Le grand théologien dominicain établit cinq critères pour différencier ces offices d'autres engagements ecclésiaux moins importants. Ces ministères sont définis comme « des services précis, d'importance vitale, reconnus par l’Église locale, établis pour une certaine durée et comportant une certaine responsabilité ». Luc Forestier s’attarde sur ce dernier critère et invite à ne pas confondre deux notions : « l'égale dignité de tous les baptisés, affirmée solennellement à Vatican II » avec « l'égalité de tous les baptisés ».

 

Depuis, aucune avancée notable à signaler, malgré les efforts du jésuite Bernard Sesbouë qui voulaient « donner un statut nouveau à ces fidèles chrétiens » engagés comme animateur pastoraux (2). Il envisageait un « troisième pôle », sorte d’intermédiaire entre clercs et laïcs, mais sans succès.

 

Pour le P. Forestier pourtant, « il n'est pas possible » de limiter (le ministère) à l'épiscopat, au presbytérat et au diaconat. Et il formule, après Congar, trois critères théologiques pour un ministère confié à un laïc : « quand la responsabilité tient d'un certain lien à l'évêque », quand le laïc a « la charge effective de quelques personnes au moins » et quand ce ministère « implique une vraie prise en charge de l'articulation entre le contenu de la foi chrétienne, son effectuation liturgique et sacramentelle et sa mise en œuvre dans l''histoire et la société ».

 

On le sent, le P. Forestier aimerait voir évoluer la situation. Avec des bases solides, tant théologiques qu'historiques, il lance des pistes pour qu'une belle intuition conciliaire, née dans une époque où tout pouvait s'envisager, voit enfin le jour quand les possibles renaissent dans la tête de certains à Rome.

 

(1) On rappellera que, dans cette orthographe, « laïc » désigne un fidèle catholique non clerc et que l'adjectif « laïque » est lui relatif à la laïcité.

(2) Cette encyclique est très souvent traduite en français par « Les fidèles laïcs ». Fidèles de qui ? De l’Église ou du Christ ? La question n'est pas secondaire.

(3) N'ayez pas peur : Regards sur l’Église et les ministères aujourd'hui, Bernard Sesbouë , éd. Desclée de Brouwer, 1996.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:26

La question de l'homosexualité continue de déchaîner les passions dans certains milieux catholiques. La semaine dernière, un scandale a secoué un lycée catholique de Neuilly-sur-Seine. Les élèves de classe de première du Lycée Sainte-Croix Notre Dame (voir ici son site) se sont vu remettre l'ouvrage « Pour réussir ta vie sentimentale et sexuelle », du Père Jean-Benoît Casterman, membre de la communauté Saint-Jean, publié aux éditions des Béatitudes. Proposé lors d'un cours de catéchèse, cet opuscule tient un discours stupéfiant sur l'homosexualité.

 

Si l'auteur note que « personne ne choisit une tendance homosexuelle », ce sera son seul éclair de lucidité. Car son explication du phénomène – inexplicable pour l'ensemble de la communauté scientifique - fait bondir. « L’homosexualité résulte surtout d’une évolution psychique marquée par l’influence excessive ou insuffisante du père ou de la mère dans l’enfance; ou suite à des perversions d’adultes qui ont provoqué une attirance pour le même sexe, ou une répulsion pour l’autre sexe ». Un ramassis de clichés.

 

Pour le P. Casterman, une tendance homosexuelle à l'adolescence «n’est pas irrémédiable et peut être surmontée ». Le funeste discours sur la guérison survit donc. Affirmant doctement que « l’épanouissement sexuel n’est totalement possible que dans l’altérité homme/ femme, qui est psychique autant que physique », le prêtre conclut son propos en affirmant que « l’homosexualité sera toujours problématique pour l’épanouissement sexuel et conjugal, et pour l’épanouissement des enfants».

 

On peut imaginer l'effet dévastateur d'un tel discours sur un(e) jeune homosexuel(le) pour qui la vie est déjà bien difficile. De tels propos peuvent pousser à des gestes irréparables, comme alertent depuis longtemps les spécialistes des tendances suicidaires adolescents.

 

Hélas, ce n'est pas la première fois que de telles idées sont colportées dans des établissements scolaires. Lors du débat autour de l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, on a attendu des propos homophobes dans certains établissements. Parfois, la participation aux manifestations d'opposants à la loi était rendue obligatoire pour les personnels et fortement conseillée aux élèves. J'ai eu l'occasion de l'évoquer dans mon ouvrage « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (Plon).

 

Dans le cas du lycée de Neuilly-sur-Seine, la sagesse a fini par prévaloir. Dans un communiqué publié samedi 25 février (à retrouver ici), le chef d’établissement Pierrick Madinier s'est fermement désolidarisé de la diffusion de l'ouvrage, « dont les contenus ne reflètent en rien la réflexion que nous voulons conduire avec nos élèves. Plusieurs des propos qui y sont tenus sont pour certaines et certains offensants ou blessants ». Hommage donc à ce responsable qui a présenté ses regrets « à ceux qui se sont sentis offensés ou qui ont été choqués » par cette vision bien peu chrétienne.

 

Cet incident vite et bien réglé rappelle à tous les éducateurs à être bien attentifs devant un public très sensible aux questions d'identité et de norme sexuelle. Alors qu'elle progresse dans sa protection des enfants vis-à-vis des prédateurs sexuelles, l’Église catholique ne peut laisser circuler des propos blessants ou idiots à l'égard des orientations minoritaires.

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 11:25

Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, a investi récemment, cet été, le monde fascinant de twitter. Sa production (on peut le suivre ici) est assez originale pour un évêque. Il réagit, questionne, cite ses lectures, comme un observateur du monde davantage que comme un cadre institutionnel qui défend sa boutique.

Ancien président de l'Observatoire Foi et culture de l'épiscopat (voir ici mon dernier post sur cet organisme), il n'a pas peur de se lancer sur le terrain glissant de la politique. Ainsi le 12 février, il lançait sur la toile un message crypto-macronien : « La Ve République est née avec de Gaulle. Pouvait-elle lui survivre ? Faut-il encore attendre quelque homme providentiel ? ».

Lucide, Mgr Wintzer interroge les limites de l'exercice du gazouillis. « Quand il n'y a plus de pensée, restent les slogans. Les twitts sont-ils de la pensée ? », écrivait-il le 27 janvier.

Le 7 février, Pascal Wintzer postait sur la toile: « Avec la nouvelle traduction liturgique de la Bible, les cruches sont devenues des carafes... le rural s'est-il effacé devant l'urbain ? ». Ne faut-il lire ici qu'une pointe de nostalgie d'une homme qui voit les références à la vie campagnarde s'effacer devant dans notre civilisation urbaine ?

Son propos ouvre la porte à un débat qui me taraude depuis quelques années. Comment parler à nos sociétés occidentales d'aujourd'hui avec des images de la vie palestinienne du Ier siècle de notre ère ?

L’Évangile nous abreuve de récits de semeurs faisant la distinction entre bon grain et ivraie, d'aventures dont les héros sont des bergers, de lampes à huile défectueuses, de festins autour de veaux gras ... Tout ceci demande une capacité d'imagination certaine. Que dirait un Jésus du XXIe siècle pour nous parler ?

Il n'est plus ici question de traduire – va pour les carafes, les cruches étant passées de mode - mais bien d'adapter. Sans toucher au texte, les metteurs en scène de théâtre ou d'opéra savent transposer les chefs d’œuvre de jadis dans un cadre, avec des décors et des costumes qui parlent immédiatement parce que contemporains. Ne faudrait-il pas faire de même pour les paraboles de Jésus ?

Les plus habiles traductions en langue courante ou en français fondamental ne peuvent que simplifier des récits écrits pour un public d'hier. Pourtant je sais bien que celui qui osera récrire les paraboles dans des situations contemporaines, en conservant le sens initial, se fera étriller à l'image des metteurs en scène trop audacieux hués les soirs de première.

Sous le prétexte, discutable, que « cela a toujours été ainsi », il est toujours difficile de toucher à un texte sacré. Même quand le contexte dans lequel le message est présenté devient un obstacle à la transmission de ce dernier. A méditer pour tous les chercheurs es nouvelle évangélisation.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 09:04

Depuis quelques jours, le petit monde qui suit les affaires vaticanes est tout retourné : on a osé critiquer le pape sur les murs de la Ville éternelle. La semaine dernière, sont apparues plusieurs centaines d'affiches reprochant à François son comportement.« Tu as placé sous tutelle des congrégations, évincé des prêtres, décapité l'Ordre de Malte et les franciscains de l'Immaculée, ignoré des cardinaux. Mais ou est ta miséricorde ? », a-t-on pu lire en dialecte romain, avant que les services municipaux ne retirent cet affichage sauvage (voir l'article du Monde ici).

 

Le combat, jusqu'ici confiné aux sites et à la presse spécialisée, arrive dans la rue, sans doute pour atteindre un pape plus attaché au peuple qu'aux élites. Au-delà de l'émotion et de l'ambiance anti-bergoglio qui plane, cette situation assez inédite inspire quelques commentaires.

 

Toute d'abord, il est sain et salutaire que le pape soit critiqué. J'ai trop souvent ici déploré l'absence de débat contradictoire dans le monde catholique pour m'offusquer contre les attaques lancées contre le pontife, quel qu'il soit. Celui-ci est un personnage de pouvoir, qui en use et s'expose à ses contradicteurs. Reconnaissons que ces faits énumérés par le libelle romain sont réels : le pape sanctionne, bien plus que ses prédécesseurs et sans s'en cacher. Là où Benoît XVI hésitait, par bonté d'âme et para caractère, François tranche.

 

Ceci dit, on est en droit de discuter des critiques portées. Moins sur le catalogue des "méfaits" du pape que sur l'interpellation. Que peut-on penser du lien avancé entre les sanctions prises, contre des institutions ou des chefs, et la miséricorde, dont on a célébré les vertus durant une année ?

 

Dans l'esprit du pape, et pas que le sien, l'exigence de miséricorde s'applique d'abord aux petits. On l'a vu dans le choix des populations mises en avant lors de l'année sainte : pauvres, prisonniers, malades... (retrouver ici le programme du Jubilé clos cet automne). Le grand patron de l'Ordre de Malte n'entre pas dans cette catégorie, ni les cardinaux frondeurs dont l'Américain Raymond Burke.

 

Voici donc la réponse à la question lancée sur les affiches : la miséricorde du pape s'adresse avant tout à ceux qui ne peuvent se défendre. Un chômeur et un Prince de l’Église n'ont pas droits aux mêmes égards. La miséricorde ne peut être brandie comme système de défense pour ceux dont les agissements sont critiquables aux yeux du pontife.

 

Le pape n'a pas peur de ces affrontements. En Argentine, pendant et après la dictature militaire, il a connu des tensions bien plus rudes. Certains de ses proches, moins habitués à un tel combat, peuvent être davantage affectés. Espérons que tous tiendront le choc pour poursuivre le nécessaire travail mené à Rome.

 

 

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 17:13

Du 25 au 27 janvier à Annecy se tenaient les Journées d'études annuelles (1) de la Fédération des médias catholiques (voir le site ici), autour du thème : « Les religions font la Une ». Parmi les nombreux sujets abordés par les patrons de presse, journalistes et communicants présents, je souhaite revenir sur l'atelier « Piège du jargon et éléments de langage »,


La presse religieuse, comme les autres, n'est pas à l'abri de l'usage, et de l'abus, de termes inaudibles en dehors d'un cercle restreint. L'intervenant était Aymeric Christensen, rédacteur en chef adjoint de La Vie en charge du site de l'hebdomadaire. Il a proposé une typologie de ces difficultés : le vocabulaire technique, les faux-amis et ce qu'il nomme le « jargon pur auto-référentiel ».


Concernant le vocabulaire, Aymeric Christensen a interrogé la tension permanente entre la rigueur de terme et l’accessibilité au grand public. Il a cité en exemple l'expression latine instrumentum laboris, utilisé lors des synodes romains, aisément traduisible en « instrument de travail ». « Nous avons choisi de mettre le terme consacré la première fois, puis ensuite la version française ». Dans le même genre, il a fait remarquer que la très vaticane cohabitation ad experimentum gagnerait a être présenté sous le terme bien français de concubinage.


Dans l'assistance lors de l'atelier, il a été question de la « renonciation », terme canonique consacré quand tout le monde parle de « démission ». Au moins, le terme ecclésial correct est compréhensible, ce qui n'est pas toujours le cas.


Le risque de l'usage immodéré d'un vocabulaire, exact et précis mais difficile, est l'élitisme, explique le rédacteur en chef adjoint de La Vie, qui propose comme remède un effort de limitation.


La deuxième catégorie de difficulté lexicale est celle des faux-amis. Les mots communion ou encore charisme, n'ont pas le même sens dans le monde catholique qu'ailleurs. Un ami prêtre me racontait que durant ses études brillantes, à l’École centrale, il s'amusait à parler de son avenir à ses condisciples en lançant « Je songe au ministère ». Les journalistes ne gardent pas toujours cette lucidité devant les double sens possibles.


« Après le meurtre du P. Hamel, raconte Aymeric Christensen, nous avons longuement hésité à placer le mot martyr en titre. Et finalement, on nous a beaucoup plus rapproché d'avoir utilisé l'expression "curé de campagne", Saint-Étienne du Rouvray étant dans une périphérie urbaine. Pour nous, "curé de campagne" ne signifiait pas "curé à la campagne" ». Face au danger du brouillage de message, l'expert recommande la prudence.


Ses véritables ennemis, parce que plus insidieux, sont ces termes jargonneux qui foisonnent dans les pages de la presse catholique – et des blogs du même milieu (j'attends vos cartons jaunes). La liste fait sourire : temps de partage, faire Église, vivre un cœur à cœur avec le Christ. Je rajouterai la redoutable tournure verbale : « il nous a partagés », de nature à faire hurler un grammairien. « C'est un type de discours qui exclut », affirme le journaliste.


Contre tous ces dangers lexicaux, et pour que la presse catholique soit lisible par tous, notamment par les plus jeunes, le meilleur antidote est l'intervention d'un journaliste qui ne soit pas tombé petit dans la marmite catho. Un regard extérieur qui puisse sonner l'alerte devant certaines expressions propres à la tribu.


Cette intervention souvent salutaire fait advenir un autre danger, pointé par Aymeric Christensen : la simplification au prix de quelques inexactitudes. Ainsi, sur un sujet aussi sensible qu'à la mode, il est tentant de parler de "nullité de mariage" pour évoquer la déclaration de nullité. Le problème se pose notamment dans les titres quand il s'agit de faire court et efficace et que le corps de l'article permet précision et rigueur.


Cet effort ne concerne sans doute pas uniquement le monde journalistique. Évêques, clercs et fidèles préoccupés par la transmission du message évangélique gagneraient à se poser ces questions simples : « les mots que j’emploie sont-ils compréhensibles ? Peut-on évangéliser dans une langue inconnue de la majorité de la population ?  ». Il n'est pas uniquement question de haute théologie. Si on faisait un sondage dans la rue, je serai étonné de savoir à combien de nos compatriotes, les mots de diocèse et de vicaire disent quelque chose.


Le chantier est immense. Ce n'est pas une raison pour ne pas l'entamer.

 

  1. Journées Saint-François de Sales, du nom du patron des journalistes, savoyard, fêté le 24 janvier.

 

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 11:00

Alors que nous ergotons en France pour savoir s'il est légitime pour un candidat à la présidentielle d'exprimer sa foi, nos amis états-uniens préparent les prières de l'inauguration du mandat de Donald Trump, le 20 janvier à Washington.

 

Comme le veut la tradition depuis des décennies, l’Église catholique sera représentée. Apprenant qu'il était sollicité, le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New-York, s'est déclaré « honoré d'avoir été appelé pour offrir une lecture de l'Écriture sainte » et de pouvoir ainsi « demandé à Dieu Tout-puissant d'inspirer et de guider notre nouveau Président et continuer à bénir notre grande Nation » (propos rapportés par la revue jésuite America, à lire ici en anglais).

 

Le cardinal a choisi de lire une extrait du Livre de la Sagesse (9, 13-18, à retrouver ici) dans lequel le Roi Salomon prie pour que l'homme mène Israël selon la sagesse et la volonté de Dieu. « Je prie cela tout le temps, mais le Seigneur ne répond pas toujours » a-t-il dit en forme de boutade.

 

Le cardinal Dolan est plutôt réputé membre de l'aile conservatrice de l'épiscopat états-unien, dont il fut le président de 2010 à 2013. Dans une tribune publiée après le triomphe électoral de l'homme d'affaire, le prélat new-yorkais avait exprimé « un optimisme prudent », évoquant des points de convergence : la nomination de juges de la Cour suprême opposés à l'avortement, promulgation de lois offrant la liberté de conscience pour des salariés des services médicaux hostiles à l'IVG.

 

Mais, des points de désaccord existent entre le président.et le cardinal, ce dernier dénonçant, durant la campagne, « l'hostilité aux migrants », en qui il voit, au contraire, « un cadeau à notre nation ». Timothy Dolan porte un nom irlandais comme nombre de catholiques de Big Apple, et se souvient que sa communauté arriva dans le Nouveau monde, migrants et miséreux. On estime que 3 millions d'Irlandais ont franchi l'Atlantique entre 1820 et 1920. Mais l'Histoire n'est pas le fort de M. Trump.

 

« Comme nous avons connu quelques conflits avec le président qui va quitter ses fonctions, a dit l'archevêque qui avait combattu l'Obama Care, je suis sûr qu'il y aura un peu de tension avec le nouveau. » (sur Fox News le 23 décembre) .

 

Dolan a rencontré Trump, membre d'une Église presbytérienne, deux fois dernièrement. En octobre, lors d'une conversation privée à la Cathédrale (catholique) Saint-Patrick à New York, à la demande du candidat accompagné par son épouse. Puis, le mois suivant, pour un dîner caritatif, en compagnie de sa rivale démocrate Hillary Clinton.

 

Le 20 janvier, le cardinal ne sera pas le seul dignitaire religieux. Seront à ses cotés le pasteur évangélique Samuel Rodriguez, responsable d'une fédération de dirigeants hispaniques chrétien et très enthousiaste devant le nouvel président ; Paula White, présentée comme prédicatrice prônant la théorie de la prospérité (une pensée qui fait grincer des dents chez les évangéliques français) ; et le Rabbin Marvin Hier, fondateur du Centre Simon Wiesenthal. Pas d'imam à la fête de Donald Trump.

 

 

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 10:49

Les Églises chrétiennes peuvent-elles, veulent-elles, être au plus près des décideurs politiques de notre pays ? L'actualité nous incite à réponse positivement.

Depuis 1992, les catholiques disposent du Service pastoral d’Études politiques (SPEP, voir le site ici). Lancée par le cardinal Lustiger, cette officine a été successivement animée par les PP. Alain de la Morandais, Antoine de Vial, Matthieu Rougé, et, depuis 2012, par Laurent Stalla-Bourdillon. À son programme : rendez-vous (discrets) avec des élus, pèlerinage annuel des élus à Lourdes et messe de rentrée des parlementaires. Ce dernier rendez-vous, très fréquenté, est présidé par l'archevêque de Paris à la Basilique Saint-Clotilde, « paroisse des parlementaires ».

Depuis ce premier janvier, le Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) dispose d'une personne à temps plein pour le Service Pastoral auprès des Parlementaires (SPP)

Cette mission, inaugurée l'an passé, est assurée par Thierry Le Gall , en charge de la communication du CNEF depuis 2011. Par le passé, ce fidèle des Assemblées de Dieu (ADD), une des grandes familles évangéliques en France, a travaillé dans la communication dans le secteur privé. Puis les ADD lui ont confié des responsabilités comme pasteur en paroisse et dans l'action sociale.

La mission principale du Service consiste, d'après son site internet (ici) à « assurer une présence chrétienne, un témoignage auprès des élus, responsables politiques et leaders d’opinion français et représenter les intérêts, les valeurs et prises de positions des églises évangéliques et associations membres du CNEF auprès de ce public ».


La journaliste Judith Chertrit a raconté dans l'hebdomadaire protestant Réforme (numéro du 9 juin 2016, à retrouver icile quotidien de Thierry Le Gall, lequel « s'offusque d'être comparé à un lobbyiste du Seigneur qui murmurerait des amendements à l'oreille des députés ». Il échange avec des parlementaires de tous bords sur les lois en discussion, expliquant les positions du CNEF.

La famille évangélique, en plein développement numérique (600.000 fidèles, soit les trois-quarts des protestants pratiquants) et institutionnelle (2400 lieux de culte), a choisi une méthode courante dans les milieux anglo-saxons où elle est née. La double culture commerciale et ecclésiale de Thierry Le Gall va faire diminuer les réticences de nos parlementaires face à une galaxie évangélique à la réputation sulfureuse.

Il pourra notamment expliquer que l'appartenance de nombre des communautés évangéliques aux quelque 30 Unions d’églises membres du CNEF apporte des garanties de sérieux quant à la formation des pasteurs et les structures mises en place.

Comme le remarque la journaliste de Réforme, la Fédération protestante de France « n'a pas souhaité la mise en place de poste équivalent ». Son président François Clavairoly dit assurer directement les relations avec les ministres et les élus. Chacun sa façon de faire.

Nul doute qu'en cette année électorale chargée, président, ministres députés et sénateurs entendront la petite musique des chrétiens.


 

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 13:45

C'est un bien embarrassant cadeau de Noël qu'a reçu cette année Paul Desfarges. Ce jésuite, installé depuis des années en Algérie, était depuis 2008 évêque de Constantine-Hippone. Depuis mai, il cumulait cette charge avec celle d'administrateur apostolique de l'archidiocèse d'Alger, quand le titulaire, Mgr Ghaleb Bader, a été nommé nonce apostolique au Pakistan.


Dans une lettre de nouvelles adressée à l’occasion de Noël à ses parents et amis, Mgr Desfarges disait attendre « que soit nommé un nouvel archevêque pour le diocèse d’Alger qui a vraiment besoin d’un pasteur à demeure et non en pointillés ». Se méfiait-il alors de la décision romaine ?


Le 24 décembre, c'est lui, le jésuite de 72 ans, que Rome a choisi pour diriger le plus important diocèse catholique d'Algérie. À trois ans de l'âge légal de la retraite pour les prêtres et les évêques...

 

« J'ai dit oui avec tremblement car je connais mon âge et vous aussi le connaissez, écrit-il alors sur le site des diocèses d'Algérie (à retrouver ici). Cependant, comme pour les appels précédents, j'ai dit oui avec confiance, en le glissant dans le oui de Marie, pour servir son Église qui est en Algérie et tout spécialement son Église dans le diocèse d'Alger ».

 

Le fameux quatrième vœux des jésuites, celui de l'obéissance au pape, a bien fonctionné. Mais on peut penser que l'évêque septuagénaire a dû penser que son illustre confrère argentin, qui vient de fêter ses 80 ans à Rome, aurait pu trouver un candidat plus jeune pour le poste.

 

Né à Saint-Étienne en 1944, Paul Desfarges a découvert l'Algérie comme coopérant enseignant, métier qu'il exercera durant la plus grande partie de sa carrière ecclésiastique. Il sera de 1976 à 2005 professeur de psychologie, en arabe, à Constantine. Il sera également vicaire général de ce diocèse dont il deviendra le pasteur en 2008, après quelques années à Alger.

 

Son parcours est l'image de cette étonnante Église d'Algérie, qui vit bien davantage au cœur et au service de la population musulmane que vers l'infime minorité catholique. Depuis l'Indépendance et le choix de Mgr Duval (archevêque de 1954 à 1988) de rester au service de ce nouveau pays, sans volonté prosélyte, prêtres et religieux sont actifs au cœur de la société algérienne dans une présence gratuite. La Mission de France y est très présente, notamment au Centre d'études diocésain des Glycines (voir ici), ainsi que les Missionnaires d'Afrique ou pères blancs (18 prêtres en Algérie, voir leur site international ici).

 

Le site Catholic hierarchy (voir ici) nous donne des chiffres étonnants sur la réalité catholique locale pour l'année 2015. Le diocèse comptait 1.500 catholiques soit... 0 % des 11,2 millions d'habitants, 6 prêtres diocésains et 31 prêtres religieux, 37 religieux et 63 religieuses.

 

Le « Père Paul », ainsi qu'il a signé avec humilité son communiqué d'arrivée dans la capitale algérienne, n'aura aucun mal à trouver sa place dans un diocèse où il connaît déjà tout le monde. Avec eux, il poursuivra cette aventure discrète et modeste de présence au monde.


Une posture qui préfigure peut-être le christianisme occidental dans des sociétés dominées demain, non par l'islam, mais par l’indifférence religieuse.

 

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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