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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 07:21

 

Le week-end dernier se tenait au Parc floral de Paris-Vincennes la rencontre des Semaines sociales de France. Autour de la question de la démocratie, près de 3000 personnes ont participé à ce qu'il est convenu d'appeler le grand rendez-vous (ou la grand'messe pour les observateurs qui se croient drôles) des catholiques sociaux.

 

Cette nébuleuse se compose de fidèles engagés dans l’Église, socialement cadres et plus, d'un âge avancé (1), politiquement entre le PS et l'UMP, et à l'abri des tentations extrêmes, ce qui n'est plus, hélas, une évidence aujourd'hui. Les Semaines sociales drainent des cathos main-stream.  

 

Durant la journée consacrée aux discours des politiques sur la démocratie, ils ont pu sans souci applaudir les représentants d'Europe Écologie les Verts (Lucile Schmid), du PS (Marie-Sol Touraine) ou de l'UMP (Hervé Mariton), tous comme les candidats François Bayrou et Christine Boutin. On notera que les deux seuls aspirants à l’Élysée venus en personnes sont ceux qui mettent en avant leur foi catholique et assument leur filiation démocrate chrétienne.

 

Il y a une petite dizaine d'années pourtant, les Semaines sociales étaient au bord de l'abysse. Ils n'étaient que quelques centaines à se retrouver à Issy-les-Moulineaux. On prédisait alors le même déclin à l'institution centenaire que celui dont souffre Chrétiens en Forum, le successeur du Forum des Communautés chrétiennes, et dont la courbe de fréquentation est descendante.

 

Preuve du désamour alors des Semaines sociales, les seuls stands présents étaient ceux de la presse (Bayard , La Vie, Témoignage chrétien, France catholique et Réforme). Aujourd'hui, ce week-end de trois jours est l'incontournable lieu d'exposition de tous les mouvements, œuvres et revues catholiques ouverts. Beaucoup d'entre eux cassent leur maigre tirelire et convoquent leurs militants pour s'y montrer. Car le lieu est idéal (et unique) pour communiquer sur ses activités, comme il l'est au congressiste pour savoir ce qui se fait dans la galaxie catho. Pour un exposant habitué, une absence peut être comprise comme un signe de mauvaise santé, voire de disparition.

 

Au-delà de la qualité intellectuelle du plateau (2), les Semaines sociales jouissent de l'effet congrès : ce qui se vit hors des salles de débat est aussi intéressant que les conférences. Des amis de la France entière savent qu'ils vont s'y retrouver et des provinciaux privés de librairies religieuses font le plein sur les tables garnies de La Procure. On peut enfin mettre un visage sur le nom d'un correspondant téléphonique ou électronique. Les plus priants ont l'occasion de passer quelques instants de recueillement avec les frères de Taizé et leurs chants.

 

Le journaliste fait le plein de cartes de visites et d'idées de reportage. On se voit, on se parle, on se découvre, on échange sur ses misères et ses espoirs, on donne des nouvelles des petits-enfants et on jase sur son curé. Peut-être qu'en rentrant chez soi, au-delà du brio de tel orateur, on gardera en mémoire une rencontre personnelle ou le plaisir d'avoir découvert la qualité d'un journal ou la pertinence d'un engagement sur un stand inconnu.

 

Lieu de formation exigeant et pouvant paraître un peu austère, le rendez-vous de novembre a peut-être assuré sa pérennité grâce à son cadre de convivialité unique dans l'agenda catho français.

 

(1) Les jeunes couples avec enfants, on peut le déplorer, ne sont plus disposés comme avant à donner trois jours pour leur formation intellectuelle. Malgré la garderie. Les 25-40 ans rencontrés sont donc des bénévoles, des exposants, des jeunes étrangers venus d'Europe d'Est... ou des séminaristes.

 

(2) Des responsables de communautés religieuses payent la session à leur membres et des séminaires y envoient leurs étudiants.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 14:10

 

Peu crédible sur la grande scène politique où l'espace à droite est irrespirable hors de l'UMP, la candidate du Parti chrétien-démocrate concentre ses efforts dans son milieu naturel : la famille catholique. A moins qu'il ne s'agisse du seul endroit où on l'écoute (1).

 

Jeudi 24 novembre, l'ancienne ministre du Logement était invitée de l’émission de radio Face aux chrétiens, coproduite par RCF, Radio Notre-Dame et La Croix. Dimanche 27, elle intervient au grand rendez-vous des cathos sociaux, les Semaines sociales, consacrées cette année à la démocratie.

 

Côté presse écrite, Christine Boutin a page ouverte à France catholique. Cet hebdomadaire a consacré le 18 novembre pas moins de 8 pages à la question que la France entière se pose avec angoisse : « Où en-est la campagne de Christine Boutin ? ». La réponse, forcément optimiste, est donnée par la vedette elle-même.

 

L'entretien est accompagné d'un questionnaire « vrai-faux » sur les méchancetés qui courent partout à son propos, entièrement rédigé par qui vous devinez, orné d'un titre émoustillant : « Je ne suis pas celle que vous croyez ». Exemple : « Christine Boutin est homophobe ». Et bien non, sachez le.

 

« Christine Boutin est notre amie et nous croyons son combat indispensable, écrit Frédéric Aimard directeur de publication (2). Nous ne resterons donc pas neutres. » Et, un peu plus, loin : « Mais nous gardons notre liberté et, surtout, laissons à chacun sa propre liberté pour les futures échéances électorales ».

 

Leurs confrères de Famille chrétienne  agissent un peu plus finement. Une des journalistes, Marie-Joëlle Guillaume, a annoncé il y a quelques semaines renoncer provisoirement à son poste d’éditorialiste pour rejoindre l'équipe de campagne de la candidate Boutin. Une posture un poil plus déontologique.

 

Notons enfin que le mélange des genres journal d'info – journal de parti n'est pas l'apanage des cathos de droite. Le journaliste politique de Politis Michel Soudais est un très proche collaborateur de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui cause quelques remous au sein de sa rédaction.

 

Quant à Témoignage chrétien, qui naguère roula pour Jean-Pierre Chevènement, du temps ou celui-ci était encore crédible, il y a longtemps que les lecteurs n'y lisent plus de consigne de vote. D'abord parce qu'il sont assez grands pour choisir. Ensuite parce que les membres de la rédaction soutiennent des poulains divers.

 

Au fait, il n'est pas impossible de retrouver prochainement semaine dans cet (excellent) hebdo une certaine... Christine Boutin

 

(1) A l'heure d'écrire ces méchancetés, j'apprends qu'elle était au Grand journal de Canal + hier.

(2) Aidé par la plume de Gérard Leclerc, il porte à bout de bras cet hebdomadaire depuis des années avec un courage admirable

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 13:24

Pour être crédible, l'Église catholique doit donner l'impression qu'elle et le Christ aiment les gens. Problème, le prélat romain convaincu de cela est un spécialiste des questions familiales, celles qui coincent.

 

Jean-Laffitte.jpg

Mgr Jean Laffitte est un homme affable et souriant. Avec son bon accent du Béarn, il parcourt le monde pour porter la bonne parole vaticane dans un domaine où elle passe difficilement : la morale familiale et sexuelle. Ce prélat est en effet secrétaire (numéro 2) du Conseil pontifical pour la famille.

 

Quand on l'interroge sur les milliers de femmes abandonnées par leurs maris, interdites de table eucharistique si elles ont l'idée de vouloir se remarier, Mgr Laffitte répond le plus tranquillement du monde que l'on ne peut défaire le sacrement donné devant Dieu. Tant pis ! Le geste posé enferme à jamais.

 

Mgr Laffitte ne s'est s'en doute jamais demandé pourquoi en Occident, si peu de catholiques suivaient les règles qu'il s'obstine à expliquer dans tous les séminaires et toutes les nonciatures qu'il visite à longueur d'année. Mgr Laffitte maîtrise bien mieux les fuseaux horaires que la réalité de la vie des gens.

 

Et voici que, à l'occasion de son passage à Lourdes pour la fête des familles, Mgr Laffitte a répondu à un entretien dans La Croix  du 31 octobre 2011. A la question « Quelles sont les conditions aujourd'hui de la crédibilité du message catholique ? », Jean Laffitte donne une réponse intéressante : « la première condition, c'est que les gens sentent que l’Église les aime comme le Christ les aime ». L'évêque parle d'amour et non de loi.

 

A lire les Évangiles, il est difficile de penser que Jésus était très à cheval sur les procédures. Lui qui n'a rien bâti, si ce n'est l'essentiel. Comment donc le Christ aime les gens, comment il a aimé ses contemporains qui ne suivaient pas les lois de l'époque ? Devant la femme adultère, il a dit « Va et ne pêche plus », il ne lui pas expliqué « tu ne peux me suivre car tu as fauté ».

 

Jésus accueille sans interdire. L’Église aussi, dira-t-on, accepte les divorcés-remariés, mais en leur fermant la portes de son signe le plus important. Elle accueille également les homosexuels, en leur demandant un comportement impossible. Elle aime sans conditions les gens qui marchent droit. Drôle de façon d'aimer.

 

Les « gens » qui vivent hors des clous ont bien du mal à « aimer l’Église ». Albert Rouet, alors archevêque de Poitiers, avait abordé la question dans un autre sens : « C'est à nous de nous rendre aimables  » (Le Monde, 4 avril 2010).

 

Une récente enquête réalisée par le Cevipof (le Centre d'étude de Science po Paris) et relevée par Le Monde (8 novembre 2011) donne une image édifiante de la réalité. A la question « Avec-vous confiance dans les instituions suivantes », l'Eglise (sans précision, et sans accent sur l'initiale, on pense penser qu'il s'agit de la catholique) ne récolte qu'un piètre 28 % de oui, dixième sur douze du palmarès, loin derrière l'armée (tête de liste, avec 85 %), l'école (78 %) ou encore la police (52 %). Cette Eglise ne laisse derrière elle que la télévision (24 %) et les partis politiques (13 %) dans le concours d'amour/désamour.

 

Mgr Laffitte et ses collègues ont-il songé un jour à la vague de sympathique qui submergerait le monde catholique si le Vatican renonçait à un de ces principes qui provoquent tant de souffrance et éloignent tant de gens du message évangélique ? En lâchant sur une règle de morale familiale et sexuelle, la parole de Mgr Laffitte et son sourire prendraient réellement sens. On pourrait enfin tous dire : l’Église aime les gens.

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 08:52

 

 

La vie d'évêque de nos jours n'est pas une sinécure. Pour preuve, certains prêtres disent non au Nonce apostolique qui leur propose les honneurs de la mitre et les embarras de la responsabilité épiscopale. Gérer la pénurie de prêtres, accueillir les demandes sans cesse croissantes des fidèles, écrire des homélies et enseigner, recevoir, supporter les pressions de tous les bords, entretenir les relations avec les autorités locales...

 

Nos évêques aspirent à respirer. Et c'est pourquoi la petite semaine lourdaise, qui s'achève aujourd'hui, est un ballon d'oxygène, et pas simplement grâce à l'air des Pyrénées ou les prières devant la Grotte.

 

Bien sûr à Lourdes, nos prélats travaillent beaucoup. Cette année, ils ont parlé famille, internet, rassemblement dominical, écologie, anniversaire de Vatican II... Séances plénières, réunions en commission, messes, ils ont gardé le rythme soutenu des semaines dans leur diocèse.

 

Et pourtant, rien n'est pareil.

 

A Lourdes, ils peuvent échanger tranquillement avec leurs collègues, se raconter malheurs et succès, parler de soucis que seul un confrère peut comprendre.

 

A Lourdes, il ne sont pas accaparés par les soucis quotidiens et peuvent éteindre le téléphone portable sans scrupules, laissant leur vicaire général gérer les affaires courantes.

 

A Lourdes, ils ont le loisir de s'échapper le temps d'un repas en ville pour causer avec un ancien camarade qu'ils ne croisent qu'une fois l'an.

 

A Lourdes, ils se parlent en vérité, quelles que soient leur sensibilité, d'autant plus tranquillement que la majorité des séances se tient à huis-clos

 

A Lourdes, ils acceptent avec le sourire les sollicitations des journalistes qui les attendent au pied de l'escalier qui monte à l'hémicycle

 

A Lourdes, ils peuvent répondre à leurs courriels quand le sujet de débat les passionne moyennement

 

A Lourdes, nos évêques font corps et reprennent des forces.

 

Dans une ville quasi déserte - seuls quelques pèlerins étrangers fréquentent le sanctuaire -, nos prélats sont heureux. Et cela fait plaisir.

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:28

 

Victime d'une attentat inadmissible contre ses locaux, Charlie Hebdo s'est fourvoyé en passant de la satire au combat politique et en humiliant les musulmans aujourd'hui,

 

J'aime bien Charlie Hebdo. Je fus fan des spectacles de Font & Val (du temps où ce dernier était rigolo dans sa période anarcho-romantique) et cet hebdomadaire a accompagné mes années d'étudiants, notamment avec les leçons d'économie anti-libérale d'Oncle Bernard (Marris). Je l'achète encore de temps en temps. J'ai souvent trouvé son outrance envers les religions et les croyants salutaire. Mais cette fois, je ne suis pas d'accord.

 

En rebaptisant son numéro du 2 novembre Charia Hebdo, Charlie vient de franchir la barrière qui sépare la satire et son magnifique espace de liberté et la politique, ce lieu attirant mais plein de contraintes. Un journal qui se pique de faire de la politique doit répondre à une exigence de sérieux. Il doit également peser l'opportunité d'écrire en en temps et un contexte donné. S'il persiste dans cette voix Charlie va finir par oublier ce qu'il sait faire : informer en faisant rire. Il tiendra une autre posture, qui amène parfois à blesser au nom de ses convictions.

 

Alors que les pays arabes libérés de leur dictateur se cherchent une voix complexe entre traditions religieuses et aspiration laïque, un numéro Charia Hebdo fait plus de mal que de bien. La liberté de la presse n'offre pas un blanc-seing à tout.

 

Oui, bien sûr, le dirigeant libyen qui a parlé de charia lors de sa première déclaration à la mort de Kadhafi a manqué de finesse diplomatique. Oui, bien sûr, des al Al-Qaïda, talibans et consorts sont prêts à sauter sur toute opportunités de semer les ténèbres sur les peuples tunisiens, libyen et égyptien. Oui, bien sûr, il conviendra d'aider les mouvements politiques qui veulent que l'islam soit un élément parmi d'autres des nations à reconstruire.

 

Mais ce n'est certainement pas en agressant l'ensemble de le population musulmane que satiristes ou journalistes parviendront à faire taire les terroristes de la foi. Car les journalistes de Charliesavent bien que l'utilisation détournée de la figure du Prophète est insupportable aux fidèles de l'islam. Ils ont beau penser que ce sentiment est ridicule, c'est un fait. Les musulmans pensent ainsi. Rien ne sert de les agresser tous quand on ne vise - et les responsables du journal l'ont répété à tous les micros mercredi - que les ennemis de la démocratie laïque.

 

Alors voilà, pour se faire plaisir, et pour s'offrir un coup médiatique au succès assuré, Charlie-Charia Hebdo a créé des conditions pouvant faire advenir la violence de fanatiques qui n'attendait qu'une étincelle pour faire brûler leur haine d'un Occident qu'ils jugent perverti.

 

Je ne tomberai pas dans le piège : Entre la liberté de la presse et la barbarie obscurantiste, choisis ton camp. Je dénonce la violence destructrice des ennemis d'un journal et je regrette vivement l'inconscience politique de ceux qui s'amusent au dépens de l'avenir de peuples et de l'équilibre international. J'en veux presque davantage aux seconds, car ils sont bien plus intelligents que les premiers.

 

Ce n'est pas Charlie hebdo qui va devoir gérer les attaques de fanatiques autour des ambassades françaises dans les jours qui viennent. Ni ses journalistes qui, comme les musulmans de France, vont se faire traiter de fous furieux. Ce n'est pas Charlie hebdo qui va ramasser la casse de sa triste pochade. Le journal retrouvera des locaux avant que la fièvre ne retombe et que l'on en mesure les conséquences.

 

Il faut tout faire pour éviter que Charlie hebdo ne tombe dans la fosse de l'aigreur. Notre pays a besoin de ce titre pour lutter contre les bigots de tous poils. Sans dommages inutiles cette fois.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 09:59

 

 

Les interventions publiques de Benoît XVI sont désormais entendues bien au delà du cercle catholique. Encore plus lors d'un rassemblement ouvert aux autres religions et aux non-croyants en quête de sens. Et davantage quand la thématique est hautement universelle : la paix. On peut donc penser que le pape a soigneusement pesé le texte de son intervention hier matin à Assise, lors de la journée qu'il a initié, autour du thème très ratzingérien « Pèlerin de la Vérité, pèlerin de la paix ».

 

Après un survol historique depuis la rencontre fondatrice de 1986 dans la même ville, à laquelle le cardinal Ratzinger d'alors n'avait pas participé, Benoît XVI a abordé la « la critique de la religion, à partir des Lumières, et a maintes fois soutenu, que la religion fut cause de violence ». Le pape parlait principalement de la famille catholique. « Nous le reconnaissons plein de honte » a-t-il dit, surprenant celles et ceux qui dénoncent un pape hostile aux repentances, plus facilement pratiquées par son prédécesseur.

 

A l'heure où une autre tradition religieuse, l'islam, est accusée à raison de pratiques violentes, la parole papale est forte et courageuse. Et même si Benoît XVI voit en ces violences passées « une utilisation abusive de la foi chrétienne », le nostra culpa est clair et a été salué comme il se doit.

 

Lucide sur le passé, sa conception du présent interroge. Dans la dernière partie de son intervention, le pape explique pourquoi il a ouvert le rendez-vous interreligieux à des non-croyants. « A côté des deux réalités de religion et d'anti-religion, il existe aussi, dans le monde en expansion de l’agnosticisme, une autre orientation de fond : des personnes auxquelles n'a pas été offert le don de pouvoir croire et qui , toutefois, cherchent la vérité, sont à la recherche de Dieu ».

 

Après avoir rendu hommage à ces personnes , qui « ôtent aux athées militants leur fausse certitude » et « mettent en cause les adeptes des religions pour qu'ils ne considèrent pas Dieu comme une propriété », le pape conclue un peu vite sur la finalité de leur quête en se répétant presque mot pour mot : « ces personnes cherchent la vérité, elles cherchent le vrai Dieu ». Le lien entre les deux propositions lui apparaît comme un évidence.

 

Pourtant, si pour le pape toute quête humaine ne peut mener que vers le Créateur, est-ce nécessairement le cas pour tous les humains ? N'existe-t-il pas d'autre cadre pour penser la vie, le monde et la mort que la transcendance religieuse célébrée dans une divinité indicible ? On peut douter que Mme Kristeva et les autres intellectuels athées conviés dans la ville de saint François soient si sûrs que l'aboutissement de leur route sera la reconnaissance d'un dieu ou du Dieu des chrétiens.

 

D'autant que chacune et chacun, vivant en Occident, a du déjà évaluer longuement l'hypothèse divine. Il est même permis de penser que ces éminents penseurs apprécient modérément qu'on leur indique ici la finalité à atteindre. Sauf à croire à la grâce particulière d'Assise ou du rassemblement de tant de grands esprits, les invités non-croyants du pape ne vont pas se convertir illico. Si le propos papal fait grincer quelques dents, rien ne paraîtra, l'ambiance feutrée d'une telle journée n'étant pas propice aux coups d'éclat.

 

En poussant le bouchon, et quitte à faire hurler certains, on pourrait même aller jusqu'à voir dans le texte pontifical quelque chose flirtant avec la récupération. « Vous êtes venus ici en quête de sens. Ne cherchez plus, nous avons la solution » pourrait être la tradition en slogan publicitaire du message du pape.

 

Accepter l'altérité demeure la difficulté - la souffrance - de ce pape. Tellement comblé personnellement par le Christ et l’Évangile, il n'arrive toujours pas à penser comment il est possible de vivre sans.

 

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 07:18

 

« Les femmes chrétiennes doivent-elles être soumises ? ». Rendez-vous jeudi 20 octobre à Boulogne-Billancourt pour en savoir plus sur cette épineuse interrogation.

 

Frère Samuel (Rouvillois), prêtre depuis 1988 et membre de la Communauté Saint-Jean, se pose de vraies questions. Mieux, il les propose à ses ouailles et offre, généreusement, d'y répondre lui-même à travers des conférences. Voici donc un bon apôtre de l'intelligence de la foi, par ailleurs formé en philosophe et expert auprès du Centre des Jeunes dirigeants (CJD). Tout va donc pour le mieux. Intéressons-nous au thème de la soirée organisée ce soir à Boulogne-Billancourt (Sainte-Cécile, 20h45) : « Les femmes chrétiennes doivent-elles être soumises ? ». Rien que cela.

 

Étudions donc le sujet, comme une mise en bouche avant le brillant exposé promis. Excluons d'emblée une réflexion sur les pratiques sado-masochistes dans les presbytères, cela ne colle ni avec le bonhomme, ni avec la communauté. Il sera question des femmes chrétiennes. Comme il est inenvisageable d'imaginer que Frère Samuel se désintéresse des non-chrétiennes, on peut imaginer qu'il les sait déjà perdues dans une société de permissivité dans laquelle aucun autre carcan n'est tolérable que le plaisir, la liberté et autres horreurs.

 

Occupons-nous donc des seules femmes qui méritent intérêt : les chrétiennes. Peut-être même faut-il restreindre encore le champ en écartant les luthéro-réformées, qui, en plus d'être hérétiques, ont parfois l'impudence de coucher avec des pasteurs, voire, pire, de le devenir elles-mêmes.

 

Donc, il sera question de la soumission de la femme catholique. Mais à qui ou à quoi doit-elle être soumise ? A Dieu, à son père, à son mari, à son patron, à son curé, à la théologie catholique toujours bien inspirée à son égard ? A tous à la fois ? A la société de consommation, à la publicité, à la mode ?

 

Ne pouvant répondre aussi brillamment que le conférencier, on pourra se permettre de rajouter quelques autres interrogations. Combien de femmes auront besoin du docte religieux pour savoir par qui et pourquoi elles sont l'objet d'une soumission particulière (aucune soirée concernant les soumissions masculines ne figure au programme cette année) ? Pourquoi les fidèles des conférences de Samarie (tel est le nom du cycle d'enseignement animé depuis 1997 par le frère Samuel) sont-ils, parfois, soumis à des sujets de réflexion aussi abjects ?

 

Nous aurons réponse à ces questions douloureuses en nous rendant ce soir à Boulogne-Billancourt ou en profitant du podcast (1). Pour info, et en guise de pub, voici les prochains sujets abordés par l'omni-compétent Frère Samuel. Ils m'inspirent un peu moins.

La réincarnation est-elle compatible avec la foi chrétienne ? (15 décembre)

L’Église est-elle démocratique et/ou démocrate ? (12 janvier)

Il y a t-il un regard chrétien sur l'islam ? (15 mars)

Le serviteur souffrant (10 mai)

Comment vivre notre fragilité humaine ? (9 juin)

 

Enfin, il faut signaler que l’exposé surréaliste de ce soir est annoncé dans l'agenda de la Conférence des Évêques de France. Nous rappellerons avec malice que le patron de celle-ci, le cardinal André Vingt-trois, s'est naguère illustré en indiquant que le port de la jupe n'était point suffisant pour prétendre à une responsabilité dans l’Église catholique (2).

Avec les propositions de la Communauté Saint-Jean, on reste dans le ton.

 

  1. Avec internet, on peut être réac et moderne.

  2. Il s'était par la suite excusé de cette saillie pour le moins maladroite, qui a donné naissance au très séditieux Comité de la Jupe, lui même ancêtre de la Conférence des baptisé(e)s catholique de France.

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 06:54

 

Dans sa livraison du 14 octobre dernier, l'hebdomadaire France catholique dévoile un trait de sa ligne. Il consacre principalement sa une sur la polémique autour du genre et son arrivée controversée dans les manuels scolaires. Les autres titres de la couverture questionnent d'avantage : « Printemps arabe : un cauchemar ? » et « Primaires : Succès ambigu ».

 

Tout est analysable, critiquable, démontable. Mais on remarque que les mises en question concernent deux expériences démocratiques inédites, deux événements politiques majeurs de cette année, sur lesquels tous les observateurs portent un regard plutôt bienveillant.

 

Oui, la situation des pays arabes au lendemain des Révolution est difficile et dangereuse (1). Oui, le débat interne au PS masque une certaine vacuité de fond. Faut-il pour autant porter ce double regard négatif ? Crûment dit : France catholique semble être dérangé par la démocratie, par le fait de laisser la masse influer sur son devenir.

 

Poussons le bouchon, la défense acharnée d'une institution peu portée sur la consultation de sa base n'aurait-elle pas déteint sur l'hebdomadaire ? Celui-semble ignorer que les autorités catholiques ont plutôt salué les évolutions en Égypte et en Tunisie. Et que l'épiscopat français, muet sur la primaire socialiste, encourage l'investissement politique et le vote.

 

France catholique s'adresse à des lecteurs déjà convaincus. Heureusement. Sa lecture cette semaine donnerait une drôle d'image de ce que peut être un regard catholique sur l'actualité.

 

 

(1) Le péril principal, qui mobilise le journal, est la situation des chrétiens d'Egypte. Juger la situation d'un pays par la lorgnette unique d'une de ses minorités est assez réducteur. Et pas vraiment catholique.

 

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 12:05

 

La société française opprimerait les fidèles de Jésus ? Petit décryptage historico-sociologico-médiatique d'un phénomène largement exagéré et explicable.

 

Samedi 29 octobre, se déroulera à Paris une manifestation nationale contre la christianophobie.  A l'origine de cet appel, se trouve l'Institut Civitas, animé par des catholiques qui militent pour un retour à l'époque, bénie pour eux, où régnaient règles et valeurs de l'Église. Ces militants nationalistes, plus souvent lecteurs de Maurras que de Marx, plus proches de la famille Le Pen que de Mélenchon (1), rappellent dans leur argumentaire quelques sujets de colère. Il est question notamment des spectacles Golgota Picnic et Sur le concept du visage du fils de Dieu, lesquels « insultent et humilient le Christ » ? Et ce, quelques mois après l'affaire du Piss Christ, ce tableau de Jésus trempé dans l'urine. Pour les activistes, seule la mobilisation peut éviter un « déferlement christianophobe ».

 

D'une œuvre, il convient de dire si elle est réussie ou ratée, si elle parle à notre intelligence et à nos sens ou non. Si les artistes vilipendés ne sont pas toujours bien inspirés, ils jouissent de la liberté du créateur. Dans notre démocratie, la visée morale ou idéologique d'une œuvre peut prêter à débat (c'est même souvent le but) mais jamais en allant jusqu'à l'interdiction. Seules sont prohibées les mises en cause de personnes et les incitations à la haine ou à la violence. Détourner les symboles chrétiens, même avec le mauvais goût le plus immonde ou la provocation la plus primaire, n'en fait pas partie. Cela demeure une possibilité offerte aux artistes.

 

Ces derniers humilient-il le Christ ? On peut en douter de la part de personnes clamant souvent haut et fort leur athéisme. Plus sûrement, leur travail vise à choquer les croyants avec l'arme de la plume ou du pinceau. En montant au créneau, ces chrétiens offusqués offrent la victoire aux provocateurs et leur procurent une tribune inespérée. Le silence et l'ignorance auraient, au contraire, fait perdre la partie à leurs contempteurs.

 

Deuxième argument de la colère des victimes de cette christianophobie : le silence devant leurs misères, alors que « lorsqu'une parcelle musulmane ou juive d'un cimetière est profanée, tous les médias et les autorités politiques s'émeuvent ». Et nos chrétiens persécutés d'évoquer des « églises vandalisées durant la Semaine sainte » dans la plus grande indifférence. Dans le même ordre d'idée, ils déplorent que publicitaires et humoristes se déchaînent sur les symboles chrétiens, sans jamais oser toucher aux références juives ou musulmanes.

 

Cette différence de traitement, réelle, est pourtant compréhensible. Sur les trois traditions monothéistes présentes en France, qu'elle est celle qui a forgé la culture française et dont la pratique a été longtemps quasi obligatoire ? Quelle religion est celle de l'ordre, du pouvoir et des gens-bien-comme-il-faut et qui a longtemps contrôlé l'éducation, la santé et les mœurs ? La catholique.

 

Et il est logique que l'art, avant-garde de la liberté contre tous les magistères, s'y attaque tout particulièrement. On peut voir dans l'outrance un retour de bâton – plus ou moins conscient - de siècles d'interdits de blasphème. Les catholiques d'aujourd'hui doivent apprendre à payer pour le joug qu'ont fait peser leurs prédécesseurs sur la société française.

 

Comme les militants de l'Institut Civitas, je hurle, dans un premier élan, quand j'entends parler du « passé nazi » de Benoît XVI (dont je ne suis pas le premier fan) ou du prétendu tas d'or sur lequel se prélasse l'Eglise catholique. Certains mensonges malveillants sont rudes à entendre.

 

Le judaïsme et l'islam, parce ce que religions minoritaires, et du fait que leur pratique en France a connu ou connaît toujours des difficultés diverses, méritent un égard particulier.

 

A la célèbre question « Peut-on rire de tout ? », je réponds que l'on peut moquer, même avec excès et mauvaise foi, les puissants de la société : les politiques, les hommes, les patrons, les stars du spectacle, les milliardaires du sport et... l’Église catholique.

 

A l'inverse, il convient, selon moi, de ménager petits, pauvres, homosexuel(le)s, femmes... et croyants minoritaires (2). Parce que ces catégories de personnes, fragilisées par la société, connaissent une existence plus difficile, et que les railleries sont infiniment plus dures à supporter pour elles que pour ceux qui sont du bon côté de la norme ou du pouvoir.

 

Voici pourquoi je ne défilerai pas contre une christianophobie que je ne reconnais pas dans notre société et qui doit faire hurler celles et ceux qui, de part le monde, souffrent de vrais brimades pour leur foi ou leur pratique religieuse. Et je ne pense pas uniquement aux chrétiens. Le jour où la France brimera les croyants, je serai aux côtés des manifestants.

 

  1. Dont le discours sur les religions ne me plaît guère.

  2. Je demande pardon pour l'amalgame de réalités très diverses.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 14:49

 

Le Code de droit canonique recèle parfois des pépites de liberté. A condition que nos pasteurs acceptent d'en tenir compte.

 

Je n'ai pas l'habitude de parler de droit canonique. Je ne déborde pas d'admiration pour ces séminaristes dont l'unique raison de vivre est d'étudier la littérature juridique catholique, puis de faire carrière dans les bureaux des évêchés pour les moins doués ou dans les palais romains pour l'élite. Bref, le Code de droit canonique, version 1983, n'est pas mon livre de chevet.


Pourtant, on se souvient que la Conférence catholique des baptisé(e)s de France avait organisé sa marche fondatrice en octobre 2009, en revendiquant haut et fort le Canon 208 : « Entre tous les fidèles, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propres de chacun ». Il y a donc du bon dans cet austère document.

 

Lundi 3 octobre, Mgr Philippe Ballot, évêque de Chambéry, a prononcé un bel éloge du Code, à l'occasion de la rentrée du Studium de droit canonique de Lyon. Dans le site du diocèse de Lyon, on apprend de la bouche du prélat que ce texte est « un excellent outil pastoral ». En voilà une déclaration qui interpelle, tant elle juxtapose deux propositions apparemment antinomiques.

 

Mgr Ballot cite notamment le Canon 212, que l'on peut lire dans la partie : « Obligations et droits de tous les fidèles ». Le premier alinéa n'annonce rien de bon  :

§ 1. Les fidèles conscients de leur propre responsabilité sont tenus d'adhérer par obéissance chrétienne à ce que les Pasteurs sacrés, comme représentants du Christ, déclarent en tant que maîtres de la foi ou décident en tant que chefs de l'Église.

 

Heureusement, la suite est plus ouverte

§ 2. Les fidèles ont la liberté de faire connaître aux Pasteurs de l'Église leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits.

§ 3. Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l'intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes.

 

Merci, Monseigneur, de nous faire découvrir ces quelques lignes sur laquelle peuvent et doivent s'appuyer ceux qui aspirent à faire advenir une véritable opinion publique dans l’Église catholique. « Cela n’est pas facile à mettre en pratique car on a plutôt tendance à entendre ceux qui rejoignent notre pensée », a commenté avec franchise l'évêque de Chambéry. N'importe quelle personne en responsabilité est enclin à éviter ses détracteurs.

 

Vous avez hâte de connaître la conclusion qu'en tire le pasteur. Un espace de parole ? Un échange avec des laïcs critiques ? La rédaction d'un courrier destinée à Rome sur un aspect « qui touche le bien de l'Église » ?

 

Vous n'y êtes pas : « En tant qu’évêque je l’intègre (le canon 212) dans la perspective du salut des âmes ». Qu'est ce à dire ? Le lien entre le souci du salut des âmes et la nécessité pour le pasteur d'entendre les idées de ses ouailles sur le bien de l'Église n'est pas limpide. On aimerait en savoir plus.

 

A défaut, on pourrait se dire que dans leur lecture des textes magistériels – il en est parfois de même pour le Concile – nos pasteurs ont le chic pour glisser sous le tapis ce qui pourrait déranger leur façon de fonctionner ou l'institution ecclésiale. Mais il s'agit sans doute ici de mauvaises pensées.

 

 

 

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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